Le Royaume des Rats

Chapitre 88 : Retour au bercail

7830 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 19/01/2024 22:36

Et c’est une nouvelle année qui commence pour nous tous, femmes-rates et hommes-rats ! J’espère que les fêtes se sont bien déroulées, et que vos meilleurs projets verront le jour dans les douze prochains mois !

 

Gloire au Rat Cornu !

 

 

Le soleil se couchait, et la colline se teintait de lueurs rouges. La grande forme allongée du Brave Griffon se découpait, ombre noire devant la lumière cuivrée, au milieu du campement. Sœur Judy s’épongea le front.

 

-         Où en sommes-nous ?

-         Je viens de m’occuper du dernier, Sœur Judy, répondit l’une des deux prêtresses qui lui faisaient face.

-         Le deuxième convoi de blessés va pouvoir prendre la route, et nous allons embarquer les enfants sur le Brave Griffon, ajouta l’autre.

 

La femme aux cheveux roux poussa un soupir de soulagement.

 

-         Shallya vous remercie, mes Sœurs, et moi aussi ! Je vais tout de suite transmettre l’information aux Steiner.

 

Sœur Judy chercha à travers le camp le couple de Skavens, mais quand elle les vit, elle ne les rejoignit pas immédiatement. En effet, Heike et Psody étaient en pleine argumentation avec les hautes autorités du jour. Les Jumeaux, Romulus, les quelques membres de l’armée ayant un grade et les Bretonniens s’entretenaient vivement avec les Steiner. Marjan expliqua à Villefort :

 

-         Tous ces Skavens Sauvages que vous avez vus ligotés à l’entrée du tunnel sont ceux que le gaz de Gabriel a endormis avant notre premier assaut.

-         C’est dommage, on n’en a pas neutralisé autant que voulu, grommela Jochen. Quand j’étais Lennart Sang-de-Feu, j’ai tenté de pousser Karhi à mettre le plus de Skavens possible dehors, mais le gros de leurs troupes est resté à l’abri.

-         Certes, mais au vu du nombre de Skavens Sauvages capturés sans avoir à croiser le fer, ce gaz me paraît rudement efficace ! s’étonna le Bretonnien. Et vous dites que c’est votre plus jeune fils qui l’a concocté ? Même si ma nature de Chevalier au service de la Dame du Lac ne me permet pas d’approuver de tels procédés, je dois reconnaître que le résultat est très impressionnant !

-         Quoi qu’il en soit, le sergent Kürbis vient de me dire qu’ils ont repris connaissance, reprit la grande Humaine blonde. Ils sont complètement réduits à l’impuissance, et encore sous surveillance de nos gars, mais il va falloir prendre une décision.

 

Lombard posa la main sur la garde de son épée.

 

-         La décision est toute prise, ma Dame : on leur coupe à tous la tête et on brûle le tout.

 

Toutes les figures d’autorité réunies se regardèrent. Psody, Heike, Marjan, Jochen, Kürbis, Lescuyer, Himmelstoss et Villefort ne furent pas long à donner leur accord, Romulus fut le seul à s’abstenir.

 

-         Bien. Qui se porte volontaire ?

-         J’emmène quelques-uns de mes gentilshommes, et on vous débarrassera de cette corvée.

-         Merci à vous, Sire de Lombard, répondit Romulus.

-         Êtes-vous sûr que ça n’entachera pas votre honneur ? s’inquiéta Heike.

-         Non pas, ma Dame. Notre honneur nous dicte de protéger les faibles et les innocents, et de punir sans pitié les créatures malfaisantes.

-         Avec votre permission, je souhaite les accompagner dans cette tâche, déclara alors Himmelstoss.

-         Exécuter vos pairs ne vous posera pas de problème de conscience ? demanda Villefort.

-         Pas plus que vous quand vous mettez à mort un criminel Humain. En outre, grâce au Maître Mage et à ses proches, je n’ai jamais considéré les Skavens Sauvages comme mes pairs.

-         Je pars avec vous, ajouta la sergente Lescuyer.

-         Moi aussi, dit à son tour le sergent Kürbis. Plus nous serons nombreux, plus vite nous en aurons fini.

-         Qu’il en soit ainsi-ainsi, conclut Psody.

 

Les Bretonniens firent route derechef vers le champ de bataille, suivis par Kürbis, Lescuyer et Himmelstoss.

 

-         J’aurais préféré que Père organise un procès pour eux, mais en temps de guerre, avec ce genre d’individu… ce ne serait rien d’autre qu’une perte de temps.

 

Le Skaven Blanc ne la contredit pas. Il ne connaissait que trop bien la mentalité des Fils du Rat Cornu, et savait que sa compagne avait raison.

 

-         Heureusement que Siggy et Gab ne vont rien voir de tout ça, marmonna-t-il.

 

Le visage d’Heike s’éclaira à la vue de celui de Sœur Judy, resplendissant d’optimisme.

 

-         Ma Dame, Maître Mage, les derniers blessés ont été pris en charge. Nous n’avons plus qu’à les embarquer à bord du Brave Griffon.

-         Parfait ! Marjan, je pense qu’on peut lever le bivouac, vous ne croyez pas ?

-         Absolument, ma Dame. Jochen, tu viens ?

 

Les Jumeaux Gottlieb parcoururent le campement, chacun de leur côté, et ordonnèrent le rangement du matériel.

 

-         Chargez tout sur les chariots, le Brave Griffon doit pouvoir accueillir le plus de passagers possible !

 

*

 

Une heure plus tard, les derniers blessés étaient à bord et le deuxième convoi prêt à prendre la route. Himmelstoss donnait quelques dernières recommandations aux sergents Lescuyer et Kürbis, avec qui il allait guider les derniers soldats de Vereinbarung encore capables de se tenir debout ou sur un cheval, par la voie routière.

 

-         En nous relayant, nous devrions pouvoir accomplir tout le trajet sans avoir besoin de nous arrêter trop longtemps. Les conducteurs de charrette et les cavaliers valides tourneront toutes les heures, et pourront se reposer dans l’une ou l’autre des charrettes. Par contre, il faudra qu’au moins l’un de nous trois soit toujours en tête de cortège, et un autre en queue. Je propose que deux d’entre nous restent éveillés et en poste pendant que le troisième est en relâche, et on fait le roulement toutes les huit heures. Qu’en pensez-vous ?

-         Ça me paraît réglo, répondit Lescuyer.

-         Ouais, en effet, approuva Kürbis.

-         Parfait. Je prends la tête du convoi pour le premier tour. Kürbis, vous vous mettrez à l’arrière. Lescuyer, vous remplacerez Kürbis dans huit heures, puis Kürbis me remplacera au tour suivant, puis je vous remplacerai, et ainsi de suite. Si l’on suit cette consigne, nous pourrons retourner à Steinerburg en faisant des pauses de dix minutes maximum toutes les deux heures, pour pisser un coup et permettre aux chevaux de souffler un peu. Pas d’objection ?

 

Ni Kürbis, ni Lescuyer, n’objecta. Himmelstoss retrouva les Jumeaux Gottlieb.

 

-         Ma Dame, Monseigneur, nous sommes prêts à rentrer à Steinerburg.

-         Bonne route, Himmelstoss.

-         Prenez votre temps, s’il y a des blessés qui demandent plus d’attention, ajouta Marjan. Une dernière bataille nous attend, là-bas, mais nous ferons appel en priorité aux troupes du capitaine Klingmann. Le bien-être de vos hommes reste votre principal souci.

-         À vos ordres, ma Dame.

 

Himmelstoss salua, et se dépêcha de rejoindre le convoi. Il monta sur son cheval, et ordonna :

 

-         En avant, marche !

 

La deuxième caravane s’ébranla, et avança lentement, à la lumière des torches et lampes portées par les cavaliers qui la défendaient.

 

Heike semblait inquiète, malgré tout. Maître Barisson rassura le maître mage :

 

-         Ne vous en faites pas, on n’aura pas de problème. Aucun nuage, aucun signe de tempête.

-         Il y a encore du brouillard, observa la femme-rate. Et la nuit est pratiquement tombée !

-         Ouais, Dame Heike, mais on volera au-dessus du brouillard. Dans le ciel, au-dessus de la campagne, on ne risque pas de percuter quelque chose. En plus, on a pris le temps d’équiper le Brave Griffon avec des lanternes couplées à des miroirs pour éclairer notre route, au cas où. Le bruit et les lumières effraieront les oiseaux de nuit et les chauves-souris. On devrait arriver chez vous au petit jour, avant vos autres troupes. Hé, on va tout droit sans s’arrêter !

 

Jochen Gottlieb avait abandonné son armure rouge. Plus à l’aise dans des vêtements de cuir bouilli, il s’étira, et déclara :

 

-         Bon, je ne sais pas pour vous, mais cet endroit me donne vraiment la gerbe. On n’a plus rien à faire ici, et comme ma sœur l’a rappelé à Himmelstoss, on a encore du pain sur la planche à Steinerburg. On peut y aller ?

 

Quelques personnes acquiescèrent. Mais le maître mage leva la main.

 

-         Attends-attends.

 

Perplexe, le jeune seigneur vit son ami faire quelques pas dans la direction d’un petit groupe à l’écart, rapidement suivi par sa compagne.

 

Sire Réginald de Villefort, Sire Guillaume de Lombard, et dix autres chevaliers, entouraient une charrette. Genou à terre, mains jointes sur le pommeau de leur épée à hauteur de leur visage, ils priaient silencieusement.

 

Psody eut un coup au cœur quand il vit une caisse de la taille d’un cercueil posée sur la charrette. Sans l’avoir jamais vu, il comprit aussitôt qui était dedans. Il se serra contre sa femme, en quête d’un peu de chaleur. Ils restèrent ainsi sans bouger ni parler une longue minute, attendant une réaction de la part des Bretonniens.

 

Sire de Villefort se releva, imité par les autres, qui se détendirent. Lombard, le porte-étendard, marcha vers les deux Skavens.

 

-         Ma Dame, Maître Mage… quoi que vous puissiez penser de lui, je dois vous dire qu’il croyait faire le bien pour notre pays.

-         Je ne dirai-ferai rien, Sire Lombard. De nous deux, c’est bien lui le plus à plaindre.

-         Tous ces morts, cette destruction… Quel gâchis, murmura Heike, larmes aux yeux.

-         J’en suis désolé, ma Dame.

 

Villefort avait l’air anéanti, mais il voulut faire figure honorable.

 

-         Vous avez toutes les raisons de ne plus vouloir entendre parler de nous, mais sachez que les Bretonniens peuvent reconnaître leurs torts. Horace de Vaucanson a eu tort, cette fois. Il en a payé le prix, mais ça ne réparera pas tout ce qu’il a fait subir à votre principauté. La seule chose que je puisse faire est de vous présenter nos plus plates excuses.

-         Peut-être qu’avec le temps, les plaies de nos royaumes respectifs cicatriseront, et mon père acceptera d’établir un contact avec le Roy Louen Cœur de Lion sur de nouvelles bases, pour des relations plus saines ?

-         C’est tout ce que nous pouvons nous permettre d’espérer, ma Dame.

-         J’ai promis à votre fils Sigmund de conter ses exploits à notre souverain, ajouta Lombard. Vous direz au Prince Steiner que Sa Majesté Louen Cœur de Lion pourra le rencontrer et faire sa connaissance quand bon lui semblera.

-         Il en sera informé, répondit la femme-rate. Que la Dame du Lac veille sur vous.

 

Les deux chevaliers s’agenouillèrent simultanément, et s’inclinèrent. Psody baissa la tête, et Heike fit la révérence. Puis les chevaliers survivants de la bataille d’Ysibos enfourchèrent leur monture, suivis par la charrette conduite par l’un d’eux resté à pied. Le petit convoi se mit en marche.

 

Gabriel, resté à l’écart, courut pour se mettre sur un petit monticule de terre au bord du chemin, et se permit de les saluer d’un signe de main à leur passage. Il fut tout ému de voir les chevaliers lui rendre son salut, avec le même respect et la même solennité que s’il avait été lui-même un commandant.

 

Les Bretonniens disparurent derrière une colline avec les derniers rayons de soleil, et bientôt, on n’entendit plus les sabots des chevaux, ni le grincement des roues de la charrette.

 

 

Il ne restait plus désormais devant le vaisseau volant amarré que les trois Steiner, les Jumeaux Gottlieb et Maître Barisson. Après un bref moment de flottement, l’ingénieur Nain demanda d’une voix forte :

 

-         Bien, tout le monde est dans le Brave Griffon ?

-         Non, Maître Ingénieur.

 

Maître Barisson se retourna et vit Skadia Gandolfsdöttir. Ses sourcils broussailleux se relevèrent de surprise quand il constata qu’elle s’était rasé la tête, et n’avait gardé qu’une unique tresse.

 

-         Je pars pour Karak Kadrin.

 

Le contremaître n’eut besoin de rien d’autre pour comprendre. Il eut un léger hochement de tête.

 

-         Nous avons déjà perdu plusieurs bons éléments, et nous sommes sur le point d’en perdre un autre, mais je comprends votre décision. Que Grimnir vous guide jusqu’au bout de la piste, Skadia Gandolfsdöttir.

 

La Naine s’inclina, pivota vers le sentier, et quitta le camp sans se retourner.

 

Gabriel était perplexe.

 

-         Pourquoi part-elle ?

 

Maître Barisson fixa le jeune Skaven gris clair avec un regard chargé de gravité.

 

-         Chez nous, les Nains, l’honneur est quelque chose qu’on ne prend pas à la légère, fiston. Ta vie peut être bouleversée par une tragédie : le décès d’un proche, une humiliation suprême, une catastrophe qui se serait produite à cause de toi… et si ça arrive à un Nain, alors, la honte est trop forte pour qu’il continue de vivre dans la société des Nains. Il rejoint alors la caste des Tueurs.

-         Les… Tueurs ?

-         Oui, p’tit Gab. Les Tueurs sont des parias de notre société qui vont à Karak Kadrin, la forteresse des Tueurs, pour y prêter le Serment du Tueur. Un Nain qui s’engage sur le chemin du Tueur devra chercher la mort partout où elle est susceptible de se trouver, et doit finir sa vie au cours d’un combat glorieux. C’est la seule façon pour un Nain frappé de honte d’être accueilli chez Gazul, le Dieu qui s’occupe des âmes des morts chez nous.

-         Mais… donc… elle va mourir ?

-         C’est le but, fiston.

-         Mais ce n’est pas sa faute, si Gunnar est mort ! Pourquoi devrait-elle être punie ?

-         C’est elle qui a pris cette décision, et rien ne pourra changer les choses. C’est notre société, p’tit Gab, c’est comme ça. Les Humains font des procès pas toujours équitables, les Grobi se cassent la gueule entre eux, les Thaggoraki tuent et dévorent sans discuter, nous, les Nains, suivons nos traditions, même si ça doit étouffer notre société. Heureusement, certaines choses peuvent changer. Moi, par exemple, si je me cramponnais aux traditions de mes ancêtres, je ne devrais même pas te parler en ce moment. Mais les Humains sont les amis des Nains, et il existe quelques Nains comme moi qui veulent bien essayer d’être amis avec les amis des Humains comme toi. J’en connais qui auraient fait le Serment du Tueur rien que pour avoir échangé quelques mots amicalement avec toi comme je suis en train de le faire. Enfin… Faut juste souhaiter qu’elle trouve ce qui lui reste à trouver.

-         C’est très triste pour elle, Maître Barisson, mais nous ne devons pas perdre de vue que nous avons des blessés et des enfants à ramener !

-         Vous avez tout-à-fait raison, Dame Heike. P’tit Gab, tu as toujours ton sifflet ?

-         Euh… Oui, Maître Barisson.

-         Alors, prends-le, et souffle dedans un bon coup !

 

Le petit Skaven gris clair obéit. Aussitôt, les Nains se précipitèrent, chacun à son poste. L’ingénieur Nain mit ses mains en porte-voix et cria :

 

-         Machinistes, faites-moi chauffer les chaudières ! Remontez les amarres !

 

Le ronronnement des moteurs du Brave Griffon retentit de nouveau dans la nuit. Sur ordre de Barisson, les derniers Nains restés à terre décrochèrent les amarres, puis s’empressèrent de grimper sur la rampe d’accès.

 

-         Levez l’ancre ! Ho, j’ai besoin de bras solides pour remplacer nos gars tombés !

 

Ickert se précipita vers la roue autour de laquelle s’enroula la lourde chaîne, saisit à deux mains l’une des barres, et aida les Nains à pousser. Quelques soldats le rejoignirent. Une fois la lourde masse de fonte en place, l’un des Nains rabattit le cran d’arrêt, et cria dans le cornet de communication :

 

-         Amarres larguées, ancre relevée, Maître Ingénieur !

-         Bien reçu !

 

Maître Barisson fit face au tuyau de la salle des machines.

 

-         Vitesse maximum !

-         À vos ordres !

-         Cap sur Steinerburg !

 

Il agita la cloche d’avertissement, et s’installa à la barre. Le Brave Griffon s’éleva lentement mais sûrement dans le ciel étoilé. Barisson fit tourner la roue pour orienter le navire en direction de Steinerburg. C’est alors qu’une rumeur bourdonna à ses oreilles. Il se retourna, et son front se creusa sous l’effet de la surprise.

 

-         Par les tresses de Valaya, mais qu’est-ce que c’est que ça ?

 

Devant lui, il y avait tout un groupe d’enfants-rats. Une bonne douzaine, les plus âgés semblaient égaler en nombre d’années le jeune Gabriel. Derrière eux, Heike eut un sourire mi-gêné, mi-amusé.

 

-         Je suis navrée, Maître Ingénieur, mais les enfants ont insisté pour « voir le courageux Capitaine faire voler ce bateau magique ».

 

Le Nain n’était pas habitué aux enfants, mais il trouva la situation plutôt comique. En outre, il ne rechignait pas à l’idée de briller un peu aux yeux de la fille du Prince. Après tout, elle avait accepté d’amener son fils pour aider les Nains à faire voler le Brave Griffon, il pouvait bien lui accorder cette compensation. Il décida de jouer le jeu à fond :

 

-         D’accord, moussaillons, mais n’allez pas traîner dans mes pattes ! Venez plutôt devant les hublots, ou mieux, devant la baie vitrée, vous ne raterez pas une miette du spectacle ! Ne vous bousculez pas, il y a assez de place pour tout le monde. Et surtout, ne parlez pas trop fort, et ne touchez à rien !

 

L’aîné des enfants présents, Balin, approcha du Nain et demanda :

 

-         Maître, où est le sorcier ?

-         Quel sorcier ?

-         Le sorcier qui fait bouger ce bateau ! Ce n’est pas le Maître Mage, il est dans sa cabine en train de dormir. Alors c’est qui ?

-         Nous, les Nains, on ne fait pas voler nos bateaux avec la magie, gamin ! On utilise la technologie et la science.

-         Alors, comment ça marche ?

 

Maître Barisson sentit ses lèvres se pincer d’agacement. Soudain, ses traits se détendirent quand il eut une idée pour écourter la conversation qui devenait beaucoup trop longue à son goût. Il désigna Gabriel du pouce et répondit avec un petit sourire malicieux :

 

-         Demande donc au génial inventeur de tout t’expliquer !

 

Le Nain eut un léger soupir de soulagement en voyant le petit garçon-rat le dédaigner en un clin d’œil pour courir vers son congénère. Il compta les enfants installés devant les fenêtres, et marmonna dans sa barbe :

 

-         Maintenant, qu’on me laisse piloter…

 

*

 

Le Brave Griffon fila dans la nuit à une vitesse incroyable. Comme l’avait prédit son pilote, il n’eut pas à essuyer le moindre incident. Les passagers n’en avaient pas conscience, mais cette nuit allait revêtir une atmosphère très particulière pour beaucoup de gens. Comme Morrslieb était plutôt haute dans le ciel nocturne, son éclat vert se répandait sur les plaines, les forêts et les villages. Les petits Skavens distinguaient les maisons et les champs, fascinés. Et, au sol, plusieurs dizaines de personnes furent réveillées par le grondement sourd des moteurs du navire volant. Beaucoup d’entre eux craignirent la présence d’un Dragon, mais d’autres eurent le courage d’ouvrir la fenêtre ou de sortir pour découvrir cette étrange forme allongée planant au-dessus de Vereinbarung.

 

Heike était assise sur un siège posé devant la baie vitrée avant, les Jumeaux à ses côtés. Jochen ne tarissait pas d’éloges.

 

-         Pas à dire, ma Dame, votre garnement est un vrai génie ! J’avais entendu parler des gyrocoptères Nains, mais je ne pensais pas pouvoir voler un jour !

-         Si on pouvait utiliser ce truc pour aller jusqu’au Cathay, ça nous raccourcirait le trajet ! observa Marjan.

-         Nous ne connaissons pas son autonomie, Marjan, répliqua Heike. Gabriel m’a expliqué qu’il lui faudrait encore deux ou trois ans de travail, au moins, pour améliorer ses chances de parcourir d’aussi longues distances. Pour l’heure, vous aurez plus vite fait d’y aller à cheval.

-         C’est dommage.

-         Ouais, sœurette, mais c’est comme ça. Ho, regardez, ma Dame !

 

Jochen tapota du doigt la vitre blindée. Heike se redressa, et se pencha en avant pour mieux voir. Elle eut un petit cri de surprise.

 

Sous le Brave Griffon, c’était la rase campagne. Il faisait nuit noire, mais les rayons de Morrslieb découpaient les formes d’un convoi sur la ligne du sentier qui tranchait les champs. Des torches crevaient l’obscurité tout autour des chariots et des chevaux. La mère-rate comprit que c’était le premier convoi, mené par son fils, qui était en chemin. Elle avala sa salive, et se tourna vers Maître Barisson. Pendant une poignée de secondes, elle voulut lui demander d’arrêter l’engin et de le faire se poser, afin de pouvoir serrer le grand Skaven Noir dans ses bras. Mais elle y renonça, à contrecœur. Il ne fallait pas ralentir le rythme du navire, ni du convoi terrestre.

 

Le plus jeune fils Steiner n’était pas du tout dans le même état d’esprit, au contraire. Gabriel était aux anges. D’abord, il avait vraisemblablement échappé à la terrible punition que son initiative aurait dû lui coûter. Ensuite, il avait passé toute l’heure précédente à expliquer à Balin comment fonctionnait le Brave Griffon, tout en le guidant à travers ses entrailles. Chemin faisant, ils avaient croisé Branwen. Curieuse, elle avait quitté la cabine où les enfants se remettaient de leurs émotions. Elle s’était jointe au duo, fascinée par l’invention, et avide d’en apprendre davantage.

 

Les deux jeunes enfants-rats eurent du mal à comprendre toutes les explications du Skaven gris clair, mais Gabriel fut surpris de découvrir qu’il pouvait faire preuve de beaucoup de pédagogie quand il parlait d’un sujet qu’il maîtrisait parfaitement et qui le passionnait. Aussi, chaque fois que l’un de ses deux nouveaux amis avait des difficultés à comprendre quelque chose, il reformulait avec des mots plus simples, et ça marchait.

 

Les trois jeunes gens déambulaient dans les couloirs du fantastique appareil. Sans oser l’avouer à ses camarades, Gabriel avait toujours du mal à croire que l’un de ses rêves les plus fous s’était bel et bien concrétisé, et qu’il pouvait constater son fonctionnement de ses propres yeux. Bien sûr, à cause de l’urgence de la situation, beaucoup de petites choses par-ci par-là restaient à améliorer, et le petit homme-rat ne manquait pas de les noter sur son petit carnet chaque fois qu’il repérait quelque chose. Balin et Branwen se prirent d’ailleurs au jeu, et l’aidèrent à repérer tout ce qui semblait anormal – exercice plus difficile qu’il n’y paraissait, car pour deux enfants de la campagne au milieu des machineries d’un navire qui fonctionnait avec une technologie avant-gardiste, les sources d’étonnement ne manquaient pas.

 

Ils restèrent ensemble une grande heure, mais la fatigue finit par avoir le dessus sur leur enthousiasme juvénile. Gabriel raccompagna Balin et Branwen jusqu’au couloir inférieur où étaient alignés les hamacs réservés au personnel. Les prêtresses de Shallya veillaient sur les enfants-rats rassemblés dans les hamacs. Avant de le laisser partir, Branwen gratifia Gabriel d’une petite bise sur la joue. Saisi par un brutal vertige, le petit homme-rat gris clair regagna la cabine du capitaine, où étaient installés ses parents. Son père était déjà en train de dormir à poings fermés dans le grand lit. Il se coucha tout habillé dans un petit lit rajouté dans un coin de la pièce pour l’occasion, et sombra aussitôt dans un profond sommeil sans rêve.

 

*

 

Quand il ouvrit les yeux, il était tout seul dans la cabine. Les rayons du soleil chauffaient la pièce, c’était agréable. Le petit homme-rat se leva, s’étira, et regarda par la fenêtre. Il fut tout surpris de voir la ville de Steinerburg, à quelques miles de là. Le Brave Griffon était rentré à la maison ! Il s’empressa de rejoindre ses parents qu’il pensait trouver au poste de pilotage.

 

En effet, Psody et Heike étaient près du pilote. Celui-ci semblait concentré.

 

-         Ah, te voilà, p’tit Gab ! Tu arrives juste à temps pour l’atterrissage.

 

L’ingénieur Nain beugla quelques instructions qu’un assistant répéta dans le cornet de communication. Le navire volant amorça lentement sa descente vers sa destination : un pré en friche situé non loin de la porte principale de la capitale, qui avait d’ailleurs servi d’emplacement pour le chantier de construction de l’incroyable vaisseau. Il ne lui fallut que quelques minutes pour se retrouver juste-au-dessus de la terre ferme. Une fois de plus, les Nains amarrèrent le Brave Griffon au sol. Barisson ordonna l’extinction des moteurs, et le bateau s’immobilisa.

 

Sœur Judy était dans le dortoir où tous les enfants attendaient, avec les autres prêtresses. Elle expliqua :

 

-         Nous sommes arrivés à Steinerburg, chers petits. Vous allez nous accompagner au temple de Shallya. Nous allons tous vous prendre en charge en attendant que vos parents viennent vous récupérer.

-         Et… ceux qui n’ont plus de parents ? demanda craintivement Balin.

-         Eh bien, nous nous occuperons de leur trouver un autre foyer. S’il y en a qui souhaitent entrer dans les ordres, ils seront les bienvenus.

 

Un son de corne retentit à travers le plafond de bois. Heike entra dans la pièce.

 

-         Mes sœurs, les enfants, nous allons pouvoir descendre. Rassemblez vos affaires, et alignez-vous sagement par deux.

 

Jochen fut le premier à descendre la rampe et mettre pied à terre.

 

-         C’est bon, c’est assez stable !

 

Soudain, il vit le comité d’accueil, et s’empressa de se mettre genou à terre.

 

-         Votre Altesse…

-         Allons, fiston, relève-toi donc.

 

Quand il vit descendre le couple de Skavens, le Prince Steiner sentit son cœur accélérer. Les larmes lui montèrent aux yeux quand il les vit tous deux sains et saufs.

 

-         Mon fils ! Mon cœur !

 

Les deux Skavens se jetèrent dans les bras du monarque.

 

-         Quel soulagement, mes enfants !

-         Tout va bien, Père. Nous avons gagné-vaincu.

-         Gab et Siggy vont bien aussi, ajouta Heike.

 

Steiner s’adressa au Skaven Blanc.

 

-         Écoute-moi attentivement, Psody, et retiens-bien ceci : la prochaine fois que nous manigancerons une stratégie aussi tordue et dangereuse, au moment où je serai sur le point de donner mon approbation, empêche-moi de le faire. Gifle-moi, assomme-moi, s’il le faut arrache-moi la langue à coups de dents, mais je refuse d’imposer une telle épreuve à notre famille une nouvelle fois !

-         Attention, je pourrais vous prendre au mot ! répondit malicieusement le maître mage.

 

Le Prince rit de bon cœur, mais il s’arrêta lorsque son regard croisa celui de Romulus, descendu à son tour. En effet, il décela une lueur de tristesse dans l’œil du prieur.

 

-         Romulus ! Quelle joie de te revoir, aussi, mon ami !

-         Je partage ta joie, hélas, j’ai de mauvaises nouvelles.

-         Quoi donc ? Parle, je te prie.

-         On a essuyé des pertes, aussi bien chez les adultes que chez les enfants. Horace de Vaucanson n’a pas survécu à la bataille.

-         Vaucanson ? Tu veux dire qu’il était présent ?

-         Il a voulu nous aider. Sans les Bretonniens, on aurait eu des pertes bien plus lourdes.

-         Par la Barbe de Taal…

 

Gabriel était à la queue du groupe d’enfants-rats, aux côtés de Sœur Judy. Sœur Clarence, la prêtresse qui avait pris soin de lui, mena avec discipline les petits Skavens alignés sur deux rangs. Gabriel vit parmi les derniers à descendre Branwen. La fillette lui fit un petit salut de la main, avec un grand sourire. Le petit Skaven gris clair fut trop estomaqué pour lui répondre et resta à la regarder s’éloigner, yeux écarquillés et bras ballants. Il fut tiré de son état second par le contact de la main de Sœur Judy sur son épaule.

 

-         Allons-y.

 

La prêtresse portait délicatement Emil dans un couffin. Avant de poser le pied sur la rampe, Gabriel demanda :

 

-         Sœur Judy ! S’il vous plaît ?

-         Oui, Gabriel ?

-         Vous… qu’est-ce qu’Emil va devenir ?

-         Nous allons l’emmener au temple, avec tous les autres enfants. Je vais demander à ton grand-père le Prince d’envoyer un messager pour prévenir ses parents. Tu pourras leur rendre leur petit garçon quand ils seront à Steinerburg. Et en attendant, si tu le souhaites, tu pourras rendre visite à Emil tous les jours.

 

Gabriel passa le museau par-dessus l’osier, et vit Emil, qui babillait doucement en agitant les bras. Il tendit timidement la main au-dessus de lui, et le petit bébé lui saisit le doigt et le serra.

 

-         Hi hi, on dirait qu’il s’est attaché à toi ! Allez, ne fais pas attendre ton grand-père.

 

Le petit Skaven gris clair distingua ses parents et le Prince en train de lui faire signe, debout près d’une calèche. Sans dire un mot, Gabriel dégagea précautionneusement son doigt, et s’empressa de descendre du Brave Griffon.

 

*

 

Dans le parc de la propriété Steiner, Isolde se promenait aux côtés de Magdalena, la fidèle servante de sa mère. Malgré le beau temps, elle était d’humeur maussade, et ressemblait davantage à une âme errante qu’à une petite fille joyeuse. Plus personne de sa famille à la maison, en dehors de sa grande sœur toujours malade (même si elle allait mieux) et de son grand frère constamment absent. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’il travaillait avec Maître Grangecoq, le trésorier, sur « une affaire secrète très importante ». La petite fille-rate n’avait pas insisté, le mot « secret » résumait tout.

 

L’atmosphère était devenue pratiquement irrespirable. Être coincée toute la journée dans le domaine, ne plus avoir droit de sortir dans le jardin la nuit tombée, et avoir peur de tout et de tout le monde, tel était le quotidien pour elle depuis cette horrible soirée. Elle continuait, malgré tout, à prier Shallya tous les matins et tous les soirs, espérant voir la Déesse de la Compassion alléger au moins un peu son petit cœur.

 

Alors qu’elle était en train de traîner les pieds sur l’allée, elle entendit le son caractéristique de l’ouverture de la grille d’entrée. Comme tout le monde, elle avait vu le Brave Griffon survoler Steinerburg avant d’atterrir dans un champ voisin. Son cœur s’emballa : sa mère et son frère Gabriel étaient de retour ! Elle trottina jusqu’à l’entrée, heureuse comme tout à la perspective de les revoir. Elle vit le carrosse de son grand-père arrêté devant la maison. Le cocher ouvrait la porte, laissant descendre le Prince. Soudain, Isolde s’arrêta net quand elle vit la deuxième personne à sortir de l’habitacle. Ses yeux s’écarquillèrent douloureusement, et sa mâchoire menaça de se décrocher.

 

 

Le grand miroir de la penderie restituait à Bianka l’image de tout son corps, de la tête aux pieds. La lumière du soleil du matin se déversait dans la chambre par la fenêtre aux rideaux ouverts, et fit étinceler des reflets dorés sur sa fourrure couleur des blés.

 

Au sortir de sa toilette matinale, la jeune fille-rate avait quitté la salle de bain familiale pour regagner sa chambre, et se mirait, comme chaque matin, à l’affût du plus petit défaut dans sa présentation. Elle se racla la gorge. La variole verte n’avait pas eu le temps de provoquer des ravages irréversibles sur son corps, elle ne manquait pas de remercier silencieusement Shallya pour ça. Bien sûr, il y avait encore quelques traces : son pelage tonsuré aux endroits où le rasoir de Sœur Judy avait dû couper court afin de traiter les bubons. Mais les poils avaient commencé à repousser, d’ici quelques semaines, l’odieuse maladie ne serait plus qu’un pénible souvenir.

 

Bianka sourit à son reflet. La variole verte l’avait certes meurtrie, mais pas de manière irréversible, et son capital physique allait complètement être rétabli. Il ne s’agissait pas seulement de sa beauté, mais aussi de ses capacités. La jeune fille-rate était bien décidée à reprendre les exercices physiques une fois guérie pour de bon.

 

Elle entama un premier exercice en voulant faire quelques pompes, mais arrêta bien vite, prise d’une quinte de toux. Elle eut un nouveau sourire vers son reflet, celui-ci ironique.

 

-         Encore un peu de patience, ma vieille.

 

Un vertige la ramena à la réalité. En effet, la maladie n’était pas encore tout-à-fait vaincue. Elle s’appliqua à contrôler le rythme de sa respiration pour faire ralentir les battements de son cœur. Elle se laissa tomber sur son lit.

 

Verena me pardonne, je ne suis pas tout-à-fait tirée d’affaire !

 

Ses oreilles se dressèrent au son de coups sur la porte d’entrée de ses quartiers.

 

-         Qui est-ce ?

-         C’est Kit, répondit la voix de son frère aîné.

-         Attends juste une minute.

 

Bianka se releva tant bien que mal, décrocha rapidement une robe simple de sa penderie, la passa, et se rallongea sur le matelas.

 

-         Entre, je suis dans ma chambre, je ne peux pas t’ouvrir.

 

Kristofferson entra, avec une part de gâteau dans une petite assiette.

 

-         Ça ne va pas mieux ?

 

La grande archiviste plaça l’oreiller contre le mur et cala son dos dessus.

 

-         Si, ne t’en fais pas. Je dois juste me ménager. J’ai fait quelques pompes, or mes poumons n’étaient pas d’accord. Oh, merci !

 

Le grand Skaven brun s’assit dans le fauteuil pendant que la jeune fille-rate blonde grignota la pâtisserie.

 

-         Désolé de ne pas pouvoir te faire la bise, sœurette.

-         Laisse tomber. Alors, quelles nouvelles ?

 

Les yeux de Kristofferson brillèrent d’excitation.

 

-         L’étau se resserre. Nedland et moi avons trouvé un bon nombre d’entre eux. La plupart viennent de la Souricière ou d’autres quartiers mal fréquentés, mais d’autres ont plus de moyens. Il y en a même quelques-uns qui ont pignon sur rue dans le Quartier de la Balance !

-         Ce n’est guère étonnant, les sectes du Chaos ont des entrées dans toutes les couches de la société ! Ils sont nombreux ?

-         Des dizaines, trop pour qu’on puisse les coincer tous en même temps.

-         Sauf si on trouve le moyen de tous les rassembler au même endroit, je suppose ?

-         Tu supposes bien. Nedland est en train de creuser la question. Il pense à donner un coup de pied dans la fourmilière, à faire un coup suffisamment gros pour mettre la panique et obliger les dirigeants à se montrer.

-         Toujours ce fameux « triumvirat »… Tu crois vraiment qu’il y a trois dirigeants ?

-         Ça tient debout ; ils ont un homme de guerre, un comédien sans doute roi de l’infiltration et un prêtre. Trois têtes pensantes sont plus redoutables qu’une seule.

-         Il faudra redoubler de prudence, n’oublions pas qu’il y a toujours la Bête au rire d’Ange, parmi eux.

 

Kristofferson n’eut pas le temps de répondre. La porte des appartements s’ouvrit à la volée derrière lui. Il pivota sur ses talons, poings levés, et son visage s’étira de surprise quand il vit courir vers lui sa petite sœur Isolde, hors d’haleine.

 

-         Père est en vie, Père est en vie ! Venez vite au petit salon !

 

Elle fit demi-tour, et disparut aussi vite qu’elle était arrivée. Le Skaven brun n’en crut pas ses oreilles.

 

-         Comment ça, « Père est en vie » ?

 

Contrairement à la fillette qui débordait de joie, il comprit rapidement ce que cette nouvelle impliquait. Et cela ne lui plut pas du tout. Au contraire, une flambée d’adrénaline embrasa son épine dorsale. Il bondit du fauteuil, et descendit l’escalier d’un pas ferme, en entendant à peine les exclamations de sa sœur alitée.

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