Une courbure de l'espace-temps (saison 1)

Chapitre 23 : Le tango se danse à deux

3480 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 10/04/2026 08:59

Repères chronologiques : cette scène s'insère comme une scène coupée de The Umbrella Academy, saison 1, épisode 9, autour de 07:48 (au moment du coup de poing de Ben à Klaus).


TW: référence à des usages de drogue et d'alcool.


Soundtrack suggérée : Arcade Fire - Wake up ; Marvin Gaye & Kim Weston - It takes two.


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Dimanche 1er avril 2019, 07:24


J'ai l'impression qu'il a fallu une éternité à Pogo pour détacher cette foutue aiguille de mon bras. Pour me coller un sparadrap dont je n'avais pas besoin, et pour réinterroger Grace au sujet de mon cas, avant de transfuser Allison. Pour s'assurer de mon groupe sanguin, de mes antécédents, et je comprends mieux, à présent, pourquoi il était pertinent que sa base de données soit aussi bien renseignée sur ça.


Toute ma volonté était toutefois entièrement tournée vers la porte de la salle médicale, où Klaus venait de disparaître. Résigné à ne plus tenter d'invoquer Dave pour ne pas en souffrir encore plus, et blessé de ne toujours pas être écouté, même lucide. Plein de rancoeur, de désillusion. En ayant plausiblement déjà renoncé à son éphémère sobriété.


Dès que je l'ai pu, je me suis évaporée à mon tour, je crois même que je me suis téléportée deux fois, jusqu'à l'étage et le couloir des chambres. Parce que je ne peux pas supporter de rester sur cette conversation avec lui, et surtout parce qu'il ne va pas bien. Je n'ai vraiment pas envie qu'il fasse une connerie qu'il regretterait, après tous ces efforts. La seule chose qui me rassure, c'est que Ben est avec lui. Comme toujours.


Une nouvelle fois, les affiches des postures de combat défilent le long du couloir : à force, elles font tellement partie du couloir que je ne les vois même plus. La chambre de Klaus est allumée, et je l'entends pester, argumenter. J'imagine que Ben est en train d'en prendre pour son grade à son tour.


*Crac !*, j'apparais à la porte, pour trouver Klaus en posture défiante et moqueuse, se penchant vers la silhouette ectoplastmique de son frère, en exultant sarcastiquement : "JE DÉCONNE ! AH AH AH !"


Combien de cachetons a-t-il dans la bouche ? Deux ? Trois ? Mes yeux s'écarquillent. Il n'est quand même pas en train de faire ça ? Je peux sentir la trace d'énergie spectrale de Ben, et toute sa volonté converger avec la mienne. Mon sang ne fait qu'un tour, et le sien l'aurait fait s'il en avait encore eu. Un long frisson remonte mon échine. Et tout va alors très vite : trop pour que je comprenne pleinement.


En une fraction de seconde, le coup part, les comprimés volent, la mâchoire de Klaus l'entraîne dans la direction opposée à celle d'où vient de s'abattre le poing de Ben.


Quoi ?


Ma tête, celle de Ben, celle de Klaus, n'affichent plus que la même expression. La plus littérale surprise, abasourdie d'incompréhension, tandis que Klaus râle, plus sous le coup de la surprise que de la douleur, et que je reste figée dans l'encadrement de la porte.


"Aow".

Il regarde Ben de haut en bas, toujours une main sur son menton.

"Attends, c'est moi ou tu viens de te la jouer comme Patrick Swayze ? Comment t'as fait ça ?"

Ben, complètement perdu, bredouille :

"Je... j'ai... j'ai rien fait. C'était toi, je crois..."


Il écarquille ses yeux de fantôme. Depuis sa mort, il a toujours été dans le sillage de Klaus, mais jamais - jamais - ils n'avaient pu interagir physiquement. Ben regarde son poing - matériel, autant que celui de Klaus ou que le mien - puis de nouveau en direction de son frère. Et moi, je réalise que je viens d'entendre ce que Ben a dit, pour la première fois.


Pourquoi ? Oh, je n'ai pas les capacités de Klaus en la matière, certainement pas. En revanche, je peux le sentir de façon claire comme le cristal : Ben est à présent matériel, ses cordes vocales capables de vibration. Je regarde Klaus, Klaus regarde Ben, Ben me regarde...


"Faites un effort", souffle Klaus, sidéré, "rembobinez ce qui s'est passé".

"Je t'ai filé un pain", souffle Ben, et j'ajoute :

"J'ai voulu qu'il te donne un pain. J'avoue".


Je n'en suis pas bien fière, mais c'était objectivement la seule option rapide. Et Klaus cligne trois fois des yeux, massant encore sa mâchoire quelque peu.


"Je n'ai pas... si j'ai fait quoi que ce soit, je ne l'ai pas fait consciemment".

Je secoue la tête. Moi, j'ai clairement perçu ce qu'il s'est passé, même si tout s'est bousculé.

"Tu as commencé à le matérialiser. Et moi je..."


Klaus me regarde, parce que je crois qu'au fil de cette semaine, il a commencé à comprendre que je percevais de plus en plus les convections de l'énergie spectrale. Parce qu'il a aussi progressivement réalisé que - lui aussi - n'avait pas encore tout découvert de ses pouvoirs, et qu'il était capable de bien plus que d'être un aimant à visions terrifiantes. Alors il éclate d'un rire mi-sarcastique, mi-sincère.


"... toi tu as fini le boulot pour qu'il finisse de me fracasser la mandibule ?"


En vérité, Ben aussi s'est fait mal, car je le vois secouer sa main. Mal ? Un fantôme ? Au même moment que nous, il commence à réaliser ce qu'un retour à la matérialité peut impliquer, et est tout aussi sidéré que nous.


"Mais enfin, Klaus",dis-je, "tu te rends quand même compte de ce que ça signifie ?"

Il glousse.

"Qu'on doit se mettre rapidement à la poterie sexy ?"

"Qu'il y a moyen de le refaire ! Qu'il y a moyen de matérialiser Ben ici !"


À mes mots, Ben relève ce regard que je découvre pour la première fois au travers de ma perception de l'énergie. Intelligent, posé, mais présentement perdu. Il regarde son poing, il l'ouvre et le referme. Et alors, dans un mouvement d'énergie spectrale, il se dissipe et s'en va.


"Quoi", je bredouille. "Qu'est-ce que j'ai dit ?"


Klaus écrase les comprimés qu'il avait manqué d'avaler, avec son talon. Puis après avoir attrapé sa veste militaire, il m'entraîne dans le couloir en soufflant :


"J'ai besoin de glucides. Viens, on va célébrer ça".


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08h04


Au-dessus des arbres d'Argyle Park, le soleil se lève timidement derrière une masse de nuages prête à faire tomber la pluie. Malgré tout, je ne peux pas m'empêcher de le trouver beau, ce ciel : peut-être parce que c'est le dernier lever du jour, avant l'échéance annoncée.


La rosée perle sur les bancs de bois, les pelouses sombres exhalent une odeur de terre humide, et les arbres dessinent des ombres longues sur les allées. Le dimanche, l'endroit est aux joggers, et aux promeneurs de chiens. Et je ne peux pas m'empêcher de penser que - d'une certaine façon - ce lieu est celui où tout a 'vraiment' commencé entre Klaus et moi.


Il squattait ici lorsque nous nous sommes connus : dans l'ancienne cabane des jardiniers, désaffectée depuis quelques années. Un squat comme il en a connu beaucoup, entre des canapés, des plumards, des halls, des caves, et - l'hiver - la désintox ou la garde à vue. Ce cabanon était peut-être l'un de ceux où il a connu le plus de tranquillité, jusqu'au jour où il en a été chassé, après deux ans. 


Vous seriez tentés d'en pleurer, peut-être, mais en réalité, c'étaient de bonnes années, parce que ce sont celles où il a commencé à grimper à l'escalier de secours derrière l'immeuble de Granny. Ici, nous avons posé les fondements de ce que nous sommes. Ici, j'ai compris pour la première fois que Ben l'accompagnait dans les ombres spectrales, alors depuis trois ans. Et ici, nous avons partagé nos premières gaufres, achetées au kiosque qui se trouve toujours là.


Est-ce que nous avons reparlé de notre embrouille du matin ? Absolument pas : comme la dernière fois, nous allons faire comme si ça n'avait jamais existé. À la différence que - cette fois - j'ai envie de m'excuser par les actes. Peut-être aussi pour l'endroit où nous sommes à présent.


"Je n'en reviens toujours pas que le cabanon ait été détruit", murmure Klaus en regardant vers l’endroit où se tenait l'édifice de tôles, tout en serrant quelque peu ses doigts dans sa paume, celle qui dit 'Goodbye'. À la place - à l'orée du Bosquet Nord qui s'étend en une zone boisée et champêtre, il n'y a maintenant plus que des buissons d'épineux.

"Comme quoi, il n'y a pas besoin d'une apocalypse pour laisser des choses derrière soi".


Je sais que récemment, il a vu cet endroit au moment de l'une de ses 'expériences de mort imminente', entremêlant à ces souvenirs heureux ceux qu'il a vécus en 1968 au camp d'Ap Bia. Il avise le panneau tout proche, tandis que la dame aux gaufres enclenche sa machine, pour la première fois du matin.


"Tiens, les vélos sont interdits", souffle-t-il, pensif et amusé à la fois. "On dirait bien que Quelqu'un se sent vraiment au-dessus de tout ça".


Je ne sais pas de qui il parle. J'imagine que ça a encore à voir avec son 'coup sur la tête', mais je ne le questionnerai pas plus.


Une odeur incroyable de pâte à gaufres en train de cuire s'élève à présent dans la rosée du matin, tandis que la vendeuse installe sur son comptoir la confiture, le beurre de cacahuètes et le chocolat. Nous nous approchons. J'en commande une nature : il n'y a besoin de rien d'autre. Klaus, sans étonnement, la recouvre de tout ce qui y tient. Je lui passe un billet pour payer, dans un geste mille fois répété : autrefois, il gardait toujours la monnaie pour s'acheter un burrito ou quoi que ce soit à déjeuner.


"Klaus", je lui demande en hésitant, tandis que nous attendons. "Pourquoi... Pourquoi Ben s'est dissipé, tout à l'heure, quand j'ai dit qu'il y avait une chance de le matérialiser complètement ?"


La vendeuse n'écoute pas vraiment, elle chantonne sur la musique de sa petite radio, et c'est sans doute tant mieux. Klaus regarde au sol, au milieu des gravillons.


"J'imagine qu'il a attendu ces mots pendant très, très longtemps".

Je peux imaginer la frustration de Ben, de ne pas pouvoir interagir avec sa famille, avec le monde. Mais il y avait plus, dans sa réaction, et Klaus le sait, alors il ajoute :

"Et à la fois, je pense que ça lui fiche la trouille".

Je penche la tête.

"Quoi donc ? De pouvoir remettre un pied chez les vivants ?"


Klaus soupire, tandis que la dame aux gaufres achève de garnir la sienne et la place entre ses mains.


"Non, non. Ça, il le souhaiterait plus que tout, crois-moi. Mais Benarino... a toujours eu peur d'avoir mal", souffle-t-il comme s'il pensait ne plus prononcer ces mots-là. "Enfin, c'est ce que lui reprochait Papa. L'Horreur, lorsqu’il la libère..."

Il prend une grande inspiration.

"C'était une souffrance innommable, à chaque fois".


'L'Horreur'. Tout ce que je sais de ça, c'est un vieux comic-book aux wc qui me l'a appris, de ceux que Luther laissait parfois trainer. Sur le papier glacé, j'ai vu les tentacules percer sa poitrine, j'ai compris la violence de ce que cette créature d'un autre plan faisait : sur ses cibles, mais aussi sur lui. Bien des douleurs psychologiques accompagnent nos pouvoirs, c'est un fait. Mais Ben, lui, devait indéniablement gérer la souffrance physique de sa chair, en plus des massacres qu'ils provoquait.


"Il détestait partir en mission", souffle Klaus. "À chaque fois, Papa le forçait, et il revenait systématiquement blanc comme un linge, les yeux vides. Parfois, il en vomissait, même des heures après".

"Alors il a peur de revivre ça, si l'Horreur était rematérialisée avec lui..."


Klaus acquiesce, et j'en suis peinée. Je ne sais pas de quoi Ben est mort. Je ne connais que l'épitaphe inscrite sur la statue, à présent en miettes dans la remise : 'Que les ténèbres en toi trouvent la paix dans la lumière'. Ce jour a déjà connu son lot de peine : je ne demanderai pas. La dame du kiosque me donne ma gaufre brûlante dont la vapeur s'élève dans l'air frais, et nous partons dans l'allée.


"Pourtant, Ben a une terrible envie de vivre, tu sais. Tellement plus que moi. Quelle ironie".


Un rire nerveux traverse Klaus, et je lui adresse un regard triste, parce que je le sais, avant de lever le nez vers l'immeuble de The City Broadcasts, qui culmine à quelques 200 mètres de haut au-dessus des premiers arbres du bois.


"Tu te souviens que tu me disais qu'il rêvait de monter là haut ?"

Klaus sourit tout en mâchant.

"Il croyait qu'on pouvait voir l'océan. Alors qu'il aurait déjà de la chance de distinguer l'autre rive du Lac Ontario".


Ben adore l'océan, peut-être parce que son mouvement est saisissant, quand on a grandi près des lacs, comme nous. Klaus aime objecter que ce que font les poissons dedans est dégueulasse, pour le taquiner. Chose à quoi je lui fais généralement remarquer que - lui - le fait dans l'air, et qu'il continue malgré tout à respirer. Quoi qu'il en soit, je sais que lui aussi a toujours eu envie de monter là-haut : c'était une forme de but inatteignable, quand il pionçait ici, en bas.


"On pourrait y aller, maintenant", lui dis-je en mordant négligemment dans ma gaufre, et il tourne rapidement la tête vers moi.

"Tu plaisantes ?"

"Non. Je suis sérieuse".

"Jusqu'à l'antenne radio ? Ça ne fait pas un peu loin ?"


J'évalue la distance, tout en mâchant. Ces derniers jours, j'ai pu aller de plus en plus loin, poussée par le stress de revenir en hâte à Hargreeves Mansion, le plus souvent. Des progrès en réaction à la peine, au stress, à la frustration, comme ceux que Klaus a connus aussi ce matin, mais il semble que ce soit ainsi que nous soyons voués à nous découvrir. Dans l'adversité.


"Ça me semble faisable en deux fois", lui dis-je. "Il y a ce balcon, à mi-hauteur…"

"On pourra redescendre ?"

Je ris doucement.

"Au pire si je suis crevée, on attend un peu. Eh oh, ils sont passés où tes foutus rêves, à toi ?"


Il rit derrière sa gaufre, ne me blâmant pas d'avoir repris les mots qu'il a utilisés lors de notre 'prise de bec' de ce matin. Je ne fais pas souvent ça, mais je vais avoir besoin d'un contact proche, pour pouvoir le téléporter, alors je pose ma main sur son bras.


"Je voulais te dire, Klaus... t'avais raison, ce matin".

"Ah ?"

Son expression est traversée de surprise - il n'a pas l'habitude qu'on lui donne raison - et moi je tente d'être honnête, et de m'ouvrir, pour une fois.

"J'aurais dû t'écouter. Je suis désolée que le ton soit monté".

Il hausse les épaules avec un quart de sourire, et me fait exécuter un petit pas.

"T'es pardonnée, et les torts sont partagés. Le tango, ça se danse à deux".


Je ris doucement. Parfait. C'est assez pour les excuses sirupeuses, et mon regard se fait de nouveau acéré. Je lance un regard vers la dame aux gaufres, un autre vers le sous-bois, et puis je fixe le balcon, puis la plateforme de l'antenne radio, avec son métal peint de rouge et de blanc.


Je la visualise, je m'en imprègne, je resserre ma prise. Comment avait dit Cinq lors de notre rencontre ? 'Verrouiller. Déclencher'. Parfait. Ma main serre l'avant-bras de Klaus.


 *Crac !*


Dans un déchirement de lumière bleue, nous ne sommes plus là, et personne ne s'en sera aperçu.


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 *Crac !*


Le bruit du métal sonne sous nos semelles, à notre apparition. D'un coup, le vent chargé d'humidité nous fouette : il fait froid, ici, bien plus qu'en bas. Mes cheveux s’envolent en vrille, et je sens Klaus se crisper une fraction de seconde contre moi avant que je le lâche et qu'il cède à un petit rire nerveux. Nous y sommes. Sur la plateforme de maintenance : juste sous l’antenne radio sur laquelle j'ouvre les yeux. Un enchevêtrement géant de poutres rouges et blanches qui grince légèrement sous les rafales.


"Dément", souffle Klaus, tandis que de l'autre côté de l'antenne, Ben nous rejoint, toujours les mains dans ses poches.


Le garde-corps rouillé nous arrive à peine à la taille, et un trait de vertige me saisit. Non, il n'est pas possible de voir l'océan, même sur ce perchoir près du ciel, mais ce qui s'étend en dessous de nous n'en est pas moins saisissant. The City s’étend comme un quadrillage de béton et de verre, sous le ciel encore blafard. Rongeant les berges du lac, et se dissolvant en quartiers résidentiels puis en campagne, dans le lointain.


À nos pieds immédiats, Argyle Park est une tâche vert sombre et irrégulière, percée de ses allées et encerclée d'avenues. Le kiosque à gaufres est minuscule, avec son auvent, et les joggers ne sont plus que des points insignifiants, se déplaçant sur les chemins. Par delà, Crescent Boulevard brille, et plus loin, Rainshade Square.


"On voit la maison", dit Klaus, "l'observatoire blanc, là-bas."


D'ici, on peut véritablement se rendre compte de l'emprise au sol d'Hargreeves Mansion, et des limites des différents bâtiments qui en composent les nombreuses ailes.


"Le Musée... la banque... l'hôtel de ville... Nous avons passé tellement de temps à sauver le cul de ces endroits".


Je tourne brièvement la tête vers Klaus en m'accrochant au garde-corps, tandis qu'il prononce ceci, mais je ne dis rien. Oui, toutes ses années d'adolescence ont été vouées par un autre que lui à la protection de ces rues, de ce monde. Et pourquoi ? Je remonte les artères citadines des yeux, refaisant le trajet du bus, celui qui crache sans doute en ce moment sa bossa nova. Jusque chez ma grand-mère. Là-bas, dans son salon modeste, elle doit déjà avoir allumé sa télé sur un drama.


"Ben voudrait sentir le vent, lui aussi, et la bruine", me dit-il, se faisant le relai de la voix de son frère, que je n'entends à nouveau plus. "Mais je n'arrive plus à le rendre tangible".


Je me demande si je le pourrais, sans l'intervention conjointe de Klaus. Certainement pas, et je n'ai pas envie d'essayer. C'est de lui que doit venir ce prodige, et maintenant je sais qu'il le peut.


"Il faudra vous entraîner à la matérialité, les gars", leur dis-je avec un sourire amusé, tandis qu'un train de marchandises passe au loin sur la voie ferrée surélevée, comme un fin serpent. "J'ai hâte de savoir si maintenant le tango se dansera à trois".


Tous les trois, nous restons silencieux, les yeux sur les avenues, les immeubles de bureaux, les pignons et les toits. Sur toutes ces vies qui s'agitent en silence, sans avoir idée que ce jour est le dernier. The City a le pouls encore battant, mais c'est peut-être un au-revoir, que nous vivons là.


Non, nous ne disons rien.

Mais nous le savons tous les trois.


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Notes :


Loin de moi l'idée de retirer à Klaus son mérite pour matérialiser Ben : c'est bien lui qui le matérialise, même si Rin réalise qu'elle peut possiblement le soutenir en ce sens, au travers de la matière et de l'énergie.


Lorsque Ben cogne Klaus, je n'ai pas choisi la traduction française, faisant référence à Chuck Norris (RIP!) : celle mentionnant Patrick Swayze est tellement plus pertinente. Je ne comprends pas bien ce choix de traduction !


Les derniers instants avant l'apocalypse donnent le frisson par leur calme, je le ressens vraiment ici. Je me suis attachée à The City, et à ceux qui la peuplent. Il était émouvant d'écrire cet au revoir à cette mégalopole, avant de la laisser dans la désolation de cette timeline-ci.


Tout commentaire fera ma journée ! ♡

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