Dernière Lune
Une douleur lancinante m’envahit la poitrine. C’était donc cela le but de ce long tuyau enfoncé profondément en moi : administrer le sang de Jacob directement dans mon cœur. Ce cœur qui ne battait plus depuis des années. Un feu envahissant s’empara de moi immédiatement. Une douleur brutale, animale. Mon corps tentait tant bien que mal de rejeter ce liquide brûlant de mon organisme, rien à faire. Il se rependait en moi comme une lave ardente. Ella attaqua en premier lieu ma poitrine, se répartissant aux quatre coins de mon corps. Et à chaque centimètre gagné par le feu, je poussais un hurlement déchirant, malgré les supplications de Jacob, mon ami. Ses paroles étaient si lointaines que je ne savais pas si je les imaginais, ou si je les entendais. Loin derrière une barrière de désespoir, j’entendais la voix de Jacob, s’excusant, comme si l’idée de cette torture était la sienne. Je l’entendais se débattre, tenter de rompre ses liens. Je l’imaginais hurler mon nom de toutes ses forces.
Il fallait à tout prix que je me calme, que je rassemble mes idées. Il fallait que je garde mes forces. J’avais besoin de trouver un second souffle, pour Jacob. Pour Edward. Et pour Renesmée. Quelque part loin d’ici, ma fille m’attendait, et je comptais bien la retrouver. Et presque automatiquement, mes cris s’arrêtèrent. La douleur était toujours là, mais je l’avais relayé au second plan. Je me raccrochais au visage de ma fille, je me laissais envahir par la beauté de sa peau, par l’éclat de sa douceur. Je me concentrai sur sa voix, pour ne plus sentir les flammes léchant mes veines. D’instinct, mon souffle se calma, et je pus rouvrir les yeux.
« Fascinant », prononça Cassara. Elle s’était installée sur une chaise, dans le coin droit de la pièce pour observer son expérience faire son œuvre. Je la vis prendre quelques notes dans un carnet, qu’elle glissa dans la poche gauche de sa blouse. Elle sortit son microphone, prête à enregistrer un nouveau message à l’intention d’un auditeur inconnu. Elle se tourna de nouveau vers moi pour me poser une question qui visiblement, lui brûlait les lèvres.
« Puis-je savoir comment tu as réussi à apaiser la douleur ? », demanda-t-elle.
« J’ai pensé à mon mari, et à Jacob. Je me suis concentrée sur eux. », lui mentis-je. Il était hors de question que je lui parle de Renesmée. Un vampire-hybride, à moitié humain, voilà un sujet d’expérience qui aurait plût à notre Docteur ici présent. Elle aurait très vite fait de trouver un moyen de ramener ma fille ici et la relier à une de ses machines. J’en frissonnais d’avance.
« Encore une fois, tu me prouves l’importance de l’amour dans cette expérience. Je savais que j’avais raison », chuchota-t-elle, presque pour elle-même.
Jacob souffla mon nom, et je tournai la tête légèrement vers lui. Il était étrangement plus pâle que d’habitude. Si concentrée sur ma propre souffrance, je n’avais pas réalisé que cela se terminerai par l’exsanguination de mon meilleur ami. Si nous ne trouvions pas rapidement une solution, Jacob finirait vidé de son sang.
« Cassara, vous allez finir par nous tuer. Six couples avant nous ont trouvé la mort dans vos expériences. Vous avez tué six vampires, et six loups », lui soufflai-je, affaiblie. J’avais peur de perdre du temps en vain, mais je tentais désespérément de raisonner Cassara.
« Oh, bien plus sont morts Bella. Mais, la science avant tout. Je sais que j’arrive au but. Je touche du bout du doigt le rêve de ma vie », me dit-elle, tendant vers moi sa main parfaitement manucurée.
« Et quand vous aurez réussi, que ferez-vous ? Vous redeviendrez humaine ? Vous vivrez une vie normale, avec mari et enfants ? », demandai-je
« Non Bella, je suis comme le capitaine d’un bateau. Je ne redeviendrai humaine que quand chaque vampire aura retrouvé son humanité, ou aura rencontré son créateur », annonça-t-elle.
« Certains d’entre nous sont heureux de nos vies. Moi, particulièrement. J’aime être vampire. J’aime la force, j’aime ne jamais dormir. Je n’ai jamais été aussi épanouie durant ma vie humaine », soufflai-je.
« Mais Bella, nous sommes une abomination. Des monstres de film d’horreur. Nous ne devrions pas exister », me dit-elle en se levant d’un bon de sa chaise. Sa patience touchait à sa fin. Elle laissait tomber le masque. Je cru voir sur son visage une peine intense, ainsi qu’une profonde conviction que ses paroles étaient justes. Elle se considérait réellement comme un monstre, elle pensait que nous n’aurions jamais dû voir le jour.
« Vous êtes certainement un monstre. Tous les vampires ne le sont pas », chuchota Jacob. « Je suis né pour tuer les sangsues et pourtant, les Cullen sont devenus ma famille ».
Cassara semblait se rappeler de sa présence. Elle se dirigea vers le lit de Jacob, agrippa son cou de sa main droite. Elle serra la gorge de mon ami au point que je l’entendis se débattre pour respirer. Elle relâcha sa prise et ria en l’entendant hoqueter.
« Toi, le loup, tu te tais. Tu n’es encore vivant que pour prouver que ma théorie est juste. Si tu meurs, j’ai encore un loup sous la main. Tu es remplaçable », lui dit-elle.
Elle regagna sa place, et sorti de sa poche son dictaphone. Je l’entendais parler à voix basse, rapidement, tentant d’emmagasiner le maximum d’informations. Elle griffonna quelques notes sur son carnet tandis que le feu continuait de se répandre en moi. Il gagna peu à peu les extrémités de mon corps. J’avais de plus en plus de mal à me concentrer. L’image de ma fille ne me soulageait pratiquement plus. Jacob, près de moi, perdit connaissance. Dans un dernier espoir vain, j’étendis mon bouclier au maximum, nous protégeant Jacob et moi ainsi que toutes les personnes présentes autour de nous. Chaque personne dans le complexe hospitalier était désormais consciente de ses actes. J’espérais que quelqu’un viendrait à notre secours rapidement.
Quelques minutes s’écoulèrent en silence avant que Cassara ne se fige tout à coup. Elle tourna rapidement les yeux vers Jacob et moi, semblant peser le pour et le contre. Elle sorti un téléphone gris de sa poche interne de sa blouse, composa un numéro et parla rapidement.
« Brûlez les disques durs, récupérez les notes et abandonnez tout le reste. On se retrouve au lieu 13. J’emporte le sujet vampire. »
Cassara éteignit la machine, le soulagement en fût immédiat. Je me sentais vidée de mes forces, mais cette pause me permettrait peut-être de récupérer. Elle fit le tour de mon lit, détacha mes chevilles ainsi que mes poignets. Elle arracha sans mal le tuyau qui me barrait la poitrine. Elle m’appliqua sur le visage un tissu imbibé d’Aconit dans le but de me garder affaibli et me souleva du lit d’une seule main. Je compris rapidement qu’un événement important était arrivé, qui obligeait Cassara à s’enfuir. Elle se dirigea vers le fond de la pièce et poussa des deux mains sur une paroi en inox, qui paraissait être un pan de mur classique. Derrière ce mur se trouvait un couloir plongé dans le noir. Je compris alors la façon dont Cassara débarquait à l’impromptu au milieu d’une conversation. Combien d’autres couloirs étaient dissimulés derrière des murs ? Elle s’élança rapidement dans le couloir, me trainant dans son sillage. J’avais du mal à faire coopérer mes jambes ou mes bras. Je voulais savoir où nous allions, mais j’étais incapable de prononcer un mot. Une fatigue intense s’empara de moi, et quand je failli m’effondrer, elle me lança sur son épaule pour poursuivre sa course.
« Je t’emmène avec moi Bella, je suis persuadée que tu es l’Élue, celle qui m’aidera à achever mon œuvre », me dit-elle, comme pour se persuadée elle-même.
Quelques secondes plus tard, nous débouchâmes sur une large clairière, nous étions à l’extérieur. Après avoir été plongé dans le noir, les étoiles nous offraient une luminosité incroyable. Elle me jeta sur le sol, repris le téléphone dans sa poche. Elle échangea quelques mots avec un complice, puis raccrocha. D’où je me trouvai, je ne parvenais pas à voir l’hôpital, je ne savais pas à quel point nous nous en étions éloignés. Quelques bruits de glace brisée me parvenaient, étouffé par la distance. Cassara faisait les cents pas près de moi, attendant surement l’arrivée de plusieurs personnes. Les vampires à sa botte débarquèrent rapidement, à tour de rôle. Ils n’étaient pas nombreux, une dizaine peut-être. Quinze tout au plus. Pour la plupart, ils étaient vêtus de la même blouse blanche que Cassara. D’autres, vêtus tout de noir, ressemblait à des agents de sécurité. Chacun devait avoir un rôle défini dans cette mini entreprise de l’horreur. Cassara pris rapidement la tête de l’opération. Elle semblait coordonner toute son équipe avec un but commun : fuir, et rétablir le laboratoire dans un lieu loin d’ici. Et moi, toujours sur le sol, je tentais de récupérer l’usage de mes jambes.
« Simon, guidez les scientifiques jusqu’au laboratoire 18. Prenez le long chemin. Ne vous arrêtez pas avant d’avoir atteint l’endroit. Vous emporterez toutes les notes avec vous, alors, si vous perdez quelque chose, je vous tue. », énonça-t-elle.
Le premier groupe se rassembla, récupérant des sacs remplis de notes manuscrites et de disques durs. Ils se placèrent à droite de Cassara, attendant son aval pour démarrer leurs courses. Cassara devait disposer de plusieurs repères partout sur le continent pour se réfugier.
« Garrett, vous et vos compagnons, vous resterez ici. Ralentissez les agresseurs, éliminez-les jusqu’au dernier. Quand vous aurez terminé, brûlez l’hôpital ».
C’était donc cela, la cause de toute cette agitation. Un groupe de vampire, ma famille, s’était introduit dans l’hôpital pour nous sortir de là. Je ne pensais pas que nous étions en surnombre, mais Cassara avait décidé de battre en retraite, dans l’espoir de se servir de moi pour finaliser ses recherches.
Garrett et ses sbires se réunirent, tentant de créer un plan d’action. Ils étaient moins nombreux qu’une armée humaine, mais étaient mille fois plus redoutable. Ils avaient l’air entrainé et près à tout pour satisfaire leur leader.
« Quelqu’un aurait vu Jamie ? », demanda Cassara à la volée, jetant des coups d’œil circulaire, pleine d’espoir.
Je sentis une ombre rodée dans le noir, derrière moi. Malgré le trouble de ma perception, j’identifiai une odeur familière. C’est alors qu’un objet lourd et rond atterris aux pieds de Cassara, roulant et rebondissant contre son escarpin. Les cheveux roux rattachés à la tête et le hoquet de surprise de Cassara me fit comprendre que le fameux Jamie avait perdu la bataille. Tournant les yeux vers l’endroit d’où provenait la tête, j’aperçus Rosalie, souriante, fixant Cassara d’un regard meurtrier.