Dernière Lune
Le premier sentiment qui me submergea, ce fût la surprise. Je m’étais évanouie alors qu’on m’avait promis qu’en tant que vampire, je serais invulnérable. Comment cela était-il possible ? Quelle était cette étrange poudre qui avait provoqué cela ? Depuis combien de temps avais-je perdu connaissance ? Tant de questions, si peu de réponses.
Pour en obtenir, il fallait que je me concentre. Tout d’abord, je vis que nous n’étions plus dans la même pièce. J’étais dans une sorte de laboratoire, allongée sur un lit médicalisé. A ma gauche, Jacob, toujours inconscient, était attaché à son lit par des chaines d’une couleur blanc nacré étrange, les mêmes qui retenaient mes poignets et mes chevilles. Un « bip » résonnait derrière nous, et je vis les câbles rattachés au corps de Jake, ainsi qu’une perfusion dans son bras droit. Son cœur, trop rapide par rapport à un humain, était le seul bruit présent dans la pièce. Une odeur étrange me parvint, toujours cette même plante âpre que je n’arrivais pas à identifier. Je soupçonnai que c’était l’Aconit qui faisait cette odeur. Surement la cause de notre évanouissement. Bien qu’appelée « Tue-loup », je compris qu’elle devait également avoir un effet sur ma race. Voilà pourquoi nous avions tous perdus connaissance. En voulant bouger pour regarder derrière moi, une douleur lancinante m’arracha l’estomac. En regardant d’où elle provenait, je vis un long tuyau de cette même teinte blanc planté dans ma poitrine. Mon hurlement réveilla Jacob, qui battit des paupières avant de réaliser où il se trouvait.
« Bella, où sont tous les autres ? », me demanda Jacob, balayant la pièce des yeux.
« Je ne sais pas Jake. Je n’entends rien aux alentours », lui dis-je, le souffle légèrement coupé par ce tuyau enfoncé en moi.
Son souffle s’accéléra pendant qu’il tirait de toutes ses forces sur ses liens pour se libérer. Tentant de faire la même chose, je réalisai très vite que je n’arrivais pas à rompre mes chaines.
« Vous pouvez arrêter de forcer, vous n’arriverez pas à vous libérer. », nous dit Cassara en entrant dans la pièce.
Cette femme savait faire une entrée. Elle était si discrète que nous ne l’avions pas entendu arriver. Elle entra dans la pièce, sa veste blanche dans son sillage comme si une brise légère soufflait continuellement sur elle. Cette théâtralité devenait ridicule.
« Saviez-vous que les os de vampires étaient reconnus pour être incassables ? » dit-elle sur un ton neutre. « C’était une de mes toutes premières expériences. J’étais encore une jeune vampire ambitieuse à l’époque. Je voulais prouver que je pouvais réaliser des chaines résistantes en utilisant des os de vampires, et voilà. »
« Et à qui vouliez-vous le prouver ? », demandai-je. Je réalisai qu’il fallait absolument gagner du temps. Elle, qui semblait aimer parler, j’allais la laisser me parler de tout ce qu’elle désirait.
« Voyons Bella, à nos paires », me dit-elle. « Tout d’abord, aux Volturi. A l’époque, ils étaient avides de sciences, de nouveautés. Et puis, nos avis ont commencé à différer sur certains sujets, et j’ai décidé de garder mes recherches pour moi »
« Comment vous y êtes-vous prises pour créer ces chaines ? », demandai-je réellement curieuse.
Elle semblait ravie de partager son secret, si bien gardé. Une intense fierté se dégageait d’elle. Elle se tourna légèrement vers moi, comme si elle avait oublié la présence de Jacob dans la pièce. Pendant que j’entretenais la conversation, j’espérais lui offrir un peu de répit et du temps pour nous trouver une solution.
« Et bien, je broie la matière osseuse vampirique, tout d’abord. Je les chauffe ensuite et les lient avec de la résine de pin. Tu as dû remarquer qu’il y en a pleins aux alentours ici », me dit-elle dans un petit rire. « Pour finir, je coule cette préparation dans un moule particulier et laisse refroidir. C’est encore plus facile quand les os sont prélevés sur un sujet vivant. Le venin qui coule encore dans le membre amputé renforce la force du lien », m’annonça-t-elle.
Chaque mot qu’elle prononçait me glaçait le sang. Elle avait ce don particulier d’énoncer des faits horribles sur un ton neutre, ce qui renforçait encore plus l’aspect horrifique de ses paroles. Jacob grogna derrière elle et elle sembla tout à coup se rappelait de sa présence. Elle lui sourit, et fit le tour derrière nous. Elle s’attarda longuement sur une machine étrange présente à la tête de nos lits. Elle appuya sur un bouton, et l’appareil se mit en marche. Un bruit de turbine en action nous parvint. En revenant devant nous, elle s’arrêta et nous observa longuement. Elle sortit de sa poche un petit microphone et appuya sur un bouton pour commencer l’enregistrement.
« Début de la phase 7 de l’expérience », dit-elle, calmement.
Elle croisa les bras dans le dos, et me regarda intensément.
« Bella, saches que ton histoire est connue de bon nombre d’entre nous. L’humaine, devenue vampire par amour. Le choix de renoncer à ton humanité pour l’obscurité d’une vie sans sommeil. Tu as toujours été une véritable énigme pour moi. Et voilà que Rosalie t’amène ici, et t’offre à moi sur un plateau d’argent », me dit-elle
« Si vous aviez des questions, une simple conversation aurait suffi Cassara. Vous n’auriez pas eu besoin de me planter un os de vampire dans la poitrine », dis-je dans une tentative de rallonger cette conversation. Cette machine en marche derrière moi m’effrayait. Il fallait à tout prix que je prolonge cette discussion, pour le laisser le temps à ma famille d’arriver. Que je leur offre l’opportunité de venir à notre aide.
Jacob tourna la tête vers moi, il réalisait à peine la situation dans laquelle nous nous trouvions. Il voyait pour la première fois ce tuyau planté dans son bras, ainsi que celui qui était enfoncé dans mon cœur.
« Imagine un peu ce que j’ai ressenti quand tu t’es détourné consciemment de la seule chose que j’espère retrouver depuis des millénaires. Mais cela m’a également donné une idée pour la suite de mon expérience. Une vampire devenue immortelle par choix, voilà peut-être la clé de mon sérum d’humanité. Tu es un cas unique. Et si la clé de tout cela, c’était l’amour ? »
« Je ne comprends pas très bien, comment espérez-vous créer un sérum d’humanité en nous utilisant, Jacob et moi ? », demandais-je.
« Excusez-moi, que je suis impolie. Je ne vous ai même pas expliqué le processus. Alors voilà comment cela fonctionne », dit-elle, avant de reprendre son souffle.
« Le but de cette machine impressionnante, c’est de mélanger vos sangs. Mais, mon erreur était de redistribuer équitablement le sang aux deux sujets. Le loup finissait toujours par mourir, à cause de l’incompatibilité du sang vampire dans son organisme. Mais j’ai eu une révélation. Cette nouvelle version est améliorée. Ici, Bella tu seras la seule à recevoir le sang. Ta capacité de guérison t’aidera à t’adapter. Tu n’auras qu’à gérer la légère douleur du processus », dit-elle sur un ton sadique. Elle semblait s’amuser énormément de cette situation.
« Cassara, je ne veux pas redevenir humaine. Ne pensez-vous pas que la volonté de votre sujet est importante dans une telle expérience ? », demandai-je pleine d’espoir.
« J’y ai cru, un moment. Mais, je pense que ma volonté à moi reste la plus importante. Ma volonté de prouver que j’ai raison », me dit-elle froidement.
La douleur, je l’avais déjà endurée pendant mon processus de transformation. Je connaissais le feu qui envahit le corps, léchant chaque centimètre carré de mon corps pendant que le venin coulait le long de mes veines. Je l’avais apprivoisé pendant trois jours, il avait été un compagnon de route. Et je n’étais pas prête à l’accueillir de nouveau. Surtout que cette douleur serait neuve. Elle serait différente, car elle serait mortelle. Nous savions que nos sangs étaient incompatibles. Carlisle avait quelques fois tenté des expériences pour voir jusqu’où une liaison génétique entre loups et vampires étaient possibles. Cela s’était toujours résumé à des échecs. Notre venin luttait contre le gène lupin, incompatible avec notre invariabilité. Là où le corps des loups se transformait à l’infini pour pouvoir muter, le nôtre était inaltérable. La seule fin à cette expérience serait ma mort.
« Début de l’expérience. Sujet lupin éveillé. Sujet vampire féminin, nom : Bella Cullen. Dialyse en route. Début du mélange prévu dans dix secondes ».
Je n’avais plus que dix secondes pour me préparer mentalement au choc de la douleur. Il ne fallait pas que je crie. Je ne voulais pas lui offrir le plaisir de ma souffrance. Comme pour ma transformation, je me retiendrai, je garderai mes hurlements pour moi. Je ne voulais pas meurtrir Jacob non plus qui serait aux premières loges de ma fin. Je m’accrocherai de toutes mes forces au seul être sur cette terre qui m’avait obligé à vivre la première fois, Renesmée. Ma fille chérie, il fallait que je tienne pour elle. Elle avait besoin d’une mère, j’avais besoin de l’image de ma fille pour survivre. Je revoyais son visage, je sentais son odeur. Je voyais le sang affluer dans ses joues quand elle rougissait, les larmes qui perlaient le long de ses joues quand elle observait un coucher de soleil. Je revoyais son sourire quand elle apercevait le visage de Jacob et les « Je t’aime » qu’elle me chuchotait à l’oreille les matins de Noël.
Je fermai les yeux, prête à affronter la douleur. Et malgré toutes mes convictions, toute la préparation mentale, je poussai un cri déchirant à l’instant précis où sang de Jacob s’insinua dans mes veines.