En attendant la pluie

Chapitre 8 : L'innommable et autres foirades de Monsieur McCarthy

4736 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 18/06/2024 13:32


Avant-propos : le titre de ce chapitre est une référence à plusieurs œuvres de Beckett -et je profite que le nom de famille humain d'Emmett ait une consonance très irlandaise-, "L'innommable" (qui donne son nom au recueil d'OS sur le passé de Jasper que j'ai commencé à publier) et "Pour en finir et autres foirades". Bonne lecture à vous !


Bêta : KillerNinjaPanda d'AO3


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Bien. Il était donc venu le « temps de qualité entre frères ».


« L'important n'est pas de guérir, mais de vivre avec ses maux. »

Le Mythe de Sisyphe – Albert Camus.


Emmett était on ne peut plus satisfait de l’arrivée d’Alice et Jasper dans leurs vies : il aimait la nouveauté et, comme prévu, il ne s’était pas autant amusé depuis des années.


La voyante était une petite chose drôle et culottée, il avait dû se retenir de pleurer de rire lorsqu’elle avait convaincu avec un aplomb sans pareil Carlisle et Esmée de leur céder à elle et Jasper la chambre d’Edward à peine dix minutes après qu’ils aient officiellement été accueillis dans la famille. Tout ce qu’il lui avait suffi avait été un sourire enjôleur en direction d’Esmée et l’affirmation que ses visions lui avaient montré qu’Edward ne serait pas dérangé par ce déménagement forcé. La tête de son jeune frère lorsqu’il était rentré de la chasse et avait découvert ses affaires dans le garage avait été impayable. Ils avaient tous cru qu’Edward allait exploser de rage face à cet évident manque de considération, mais le garçon s’était brusquement dégonflé et avait presque souri à Alice lorsqu’elle lui avait babillé des remerciements pour leur avoir offert « sa chambre à la superbe vue ». Stupéfiant.


La fille était un petit monstre retors et elle avait fait pleuvoir un doux vent de folie sur leur famille en débarquant avec l’effrayant Jasper et ses visions du futur, affirmant qu’ils devaient les rejoindre et qu’elle les avait « vus » faire partie de leur clan. Et Emmett avait beau trouver amusant le petit côté manipulateur et malicieux d’Alice, il ne remettait pas en cause la sincère volonté de sa nouvelle sœur d’intégrer leur famille : il avait pu voir à quel point elle était devenue incertaine et triste lorsqu’elle avait cru qu’ils allaient les rejeter. Elle lui avait brièvement paru si fragile qu’il avait senti son cœur mort se serrer, elle lui avait un peu rappelé sa plus jeune sœur de son temps en tant qu’humain, une petite chose insolente mais infiniment douce et gentille. Désespérée d’être acceptée et appréciée. Bien trop facile à blesser.


Quelque part, il comprenait pourquoi Jasper couvait sa compagne et la suivait partout comme son ombre : c’était une bonne âme, une personne si pure et joyeuse qu’on n'avait pas envie de la voir être blessée d’une quelconque manière. Alice était minuscule et elle avait été laissée seule et sans souvenir dans une putain de forêt à son éveil en tant que vampire. Ça mettait en colère Emmett – quand bien même elle disait avoir la chance ne pas se rappeler la brûlure de la transformation – de l’imaginer perdue, terrifiée et assoiffée avec ses seules visions pour compagnie. Il ne pouvait que deviner à quel point elle avait dû se sentir esseulée durant presque trente ans. Il n’était pas étonnant qu’elle semble si fusionnelle avec Jasper et paraisse si désireuse d’obtenir rapidement l’acceptation de tous les Cullen, quitte à en faire trop. C’est la perspective de rencontrer Jasper et de les trouver qui avait dû être la seule chose la maintenant saine d’esprit et l’empêchant de sombrer dans le désespoir durant toutes ces années.


Il ne voulait pas imaginer comment il se serait senti, de quelle manière il aurait agi s’il s’était réveillé dans sa vie immortelle sans Rosalie à ses côtés. Sans une famille pour le guider et l’entourer. Il serait sans doute devenu un vampire fou et très meurtrier. Emmett détestait la solitude, il venait d’une très grande famille en tant qu’humain : son père était mort jeune mais sa mère était aimante et solide comme un roc, il avait eu cinq frères et sœur d’âges divers, une demi-douzaine de neveux et une tripotée de cousins et cousines. Sans compter quelques amis proches qu’il considérait comme des frères. Il avait toujours eu un endroit qu’il pouvait appeler son foyer et des gens tenant à lui sur lesquels prendre appui et il en était infiniment reconnaissant.


Les trente ans d’isolement d’Alice et le long voyage au bout de l’enfer de Jasper, lui faisaient réaliser à quel point il était chanceux d’avoir été entraîné dans cette existence par son ange personnel. Combien de chance il avait d’être tombé sur les Cullen.


S’il aimait déjà beaucoup Alice et était très heureux de l’avoir à la maison, c’était son nouveau frère qui intriguait le plus Emmett et avec qui il avait envie de créer des liens. Jasper était étrange mais d’une manière tout à fait inattendue. Il était étrangement normal. Son récit et les éclaircissements supplémentaires fournis par Edward avaient laissé penser que l’homme était une bombe à retardement : un soldat traumatisé, violent, dépressif et extrêmement meurtrier pouvant exploser à la moindre provocation ou essayer de déchirer n’importe lequel d’entre eux au premier geste mal interprété ; or, Jasper semblait aux antipodes de quelqu’un d’instable, de brutal ou au bord d’une folie meurtrière. Depuis qu’il s’était laissé convaincre que lui et sa compagne n’étaient pas en danger de mort imminent chez les Cullen, il n’était rien si ce n’est calme.


Il passait l’essentiel de ses journées à traîner autour d’Alice, lui jetant parfois des regards intenses et des sourires d’adoration muette, et à dévorer avec passion tous les livres fournis par Carlisle en griffonnant frénétiquement dans des carnets. Alors qu’on aurait pu s’attendre qu’avec un passif pareil il soit d’humeur sinistre ou en permanence prostré, il paraissait au contraire plutôt serein et heureux, toujours poli et réservé mais avec parfois des traits d’humour pince-sans-rire, interrompant brièvement ses lectures pour s’intéresser à leurs conversations et faisant d’étranges demi sourires amusés à ce que l’un ou l’autre disait. Emmett était un bon juge de caractère et il était convaincu que Jasper était, contre toutes attentes, un type bien et qu’une fois vraiment détendu et acclimaté à eux, il serait drôle et agréable à côtoyer. Emmett aimait beaucoup Edward, mais le gosse était un perpétuel adolescent avec tout ce que ça comportait comme désagréments : renfrogné, susceptible et caractériel. Franchement, il avait bien assez d’une personnalité épineuse à gérer éternellement avec Rosalie [1] ... et Edward n’avait pas le charme ravageur, la fragilité cachée et le sens de l’humour pointu qui lui faisaient adorer sa femme malgré toutes ses aspérités. Lui et Edward n’avaient de plus que peu de loisirs en commun, chasse mise à part. Il avait hâte d’avoir un compagnon de route un peu moins irascible, plus proche de son âge chronologique et peut-être de ses centres d’intérêt.


Emmett reniflait les environs avec hâte à la recherche de l’odeur de sa première proie, voilà plus de quarante minutes que lui, Edward et Jasper s’étaient séparés et il avait atteint son objectif de départ. Pour maximiser les probabilités que la compétition soit équitable, il avait été décidé qu’ils se sépareraient à l’entrée de la forêt et partiraient chacun dans une direction différente à vitesse humaine, devant atteindre un endroit précis du domaine avant de commencer leur chasse : Jasper s’était enfoncé vers le Nord pour trouver une sorte de petite caverne naturelle, Edward était parti à l’Est pour rejoindre une cascade en contrebas et lui-même devait s’arrêter aux abords d’une vieille table d’orientation à l’Ouest. Chacun des points définis était à environ 5 km de l’entrée de la forêt par laquelle ils étaient arrivés.


Emmett se concentra : un troupeau de cerfs à 2 km au Nord, un couple de lynx à 3 km à l’Est, un loup à proximité des lynx, un ours mâle à 5 km au Sud, deux autres ours, certainement une femelle et un petit à 3,5 km au Nord-Ouest de sa position… il percevait vaguement l’odeur d’Edward à une dizaine de kilomètres vers le Sud-Est mais ne sentait pas celle de Jasper, soit l’homme s'était trop éloigné, soit il était déjà en train de courir ce qui la rendait diffuse. Il hésita une fraction de secondes mais décida de prendre en chasse le mâle à cinq kilomètres plutôt que d’aller traquer les deux ours au Nord. Ils n’avaient pas balisé de manière très stricte les règles de leur compétition mais Emmett ne considérerait pas, quoi qu’il en soit, un ourson comme une seconde cible digne de ce nom.


Il arriva sur le mâle en moins de quatre minutes : le combat fut bref mais intense, l’animal se débattant comme un diable alors qu’Emmett luttait pour lui briser proprement la nuque et pouvoir rapidement le vider de son sang. Il aimait en principe jouer un peu plus avec ses proies, notamment les ours contre lesquels il avait une rancœur éternelle, mais aujourd’hui il avait une compétition à remporter, il savourerait davantage sa deuxième cible. Il renifla de nouveau l’air : la femelle et le petit étaient maintenant à plus de 9 km de distance ; il percevait très faiblement une odeur ressemblant à celle d’un ours à 7 km à l’Est mais… il y avait quelque chose d’étrange, pas de battement de cœur et des résidus acides de sang dans l’air, l’ours était déjà mort, certainement le travail d’un de ses frères ; ça le frappa brutalement, l’odeur d’un autre ours à 5km vers le Nord-Est, une femelle assez âgée. Il commença à courir de toutes ses forces. Si le cadavre laissé à l’Est était une indication, l’un de ses frères était tout proche de ce périmètre et de sa seconde proie. Il pouvait sentir la présence d’un autre vampire à proximité : Jasper.


Hors de question qu’il laisse la victoire lui échapper ! Il sprinta comme si sa vie en dépendait. Plus il approchait sa cible plus l’odeur de son nouveau camarade devenait perceptible, la première chose dont il s’aperçut lorsque la femelle entra dans son champ de vision fut qu’elle n’était pas seule. Elle était dressée sur ses pattes arrière et semblait en colère et effrayée, face à elle se tenait Jasper, les jambes à moitié fléchies dans une position d’attaque. Il s’apprêtait à bondir. Emmett pris sa décision en une fraction de seconde, si les dents de Jasper touchaient la gorge de l’ours, il remporterait la partie, il fallait l’empêcher d’arriver à ses fins d’une manière ou d’une autre. Emmett bondit en avant, avec l’ébauche d’un plan en tête : percuter son frère et l’écarter quelques instants de la trajectoire de la femelle. Jasper se tenait sur un rocher au bord d’un ruisseau vallonné, il allait être projeté directement dans l’eau au moment de l’impact et s’il était assez déstabilisé et mettait plus de quelques secondes à se relever ce serait sans doute suffisant pour qu’Emmett puisse s’approprier la proie et la mordre.


C’était son plan. Mais Emmett n’eut jamais l’occasion de percuter Jasper et l’enfer se déchaîna.


Il n’était qu’à quelques centimètres de son nouveau frère lorsque Emmett réalisa la portée de son geste. Il n’avait pas réfléchi et il venait sans doute de prendre la décision la plus stupide de son existence. L’expression furieuse et les yeux sauvages de Jasper le transpercèrent avant qu’il n’entende un grondement sinistre et ne soit heurté de plein fouet par une terrible vague de peur et de rage tandis que le corps de l’homme bougeait plus vite qu’Emmett ne l’aurait cru possible, évitant que leurs corps n’entrent en collision à la dernière seconde. Jamais il n’avait vu un vampire se déplacer de cette manière, c’était comme voir la foudre tomber [2]. La prochaine chose qu’Emmett sut, c'est que toute cette situation allait très mal finir. Il voulait désespérément s’excuser et essayer de calmer l’empathe, mais il en était incapable : l’effroi et la fureur qu’il ressentait le paralysaient tout entier et tout ce qui put sortir de ses lèvres fut un grognement de bête acculée. Jasper saisit son bras droit presque assez violemment pour lui arracher et lui donna un coup de pied brutal qui l’envoya s’écraser contre un arbre à plus de 300 mètres sur la gauche en poussant de nouveau un grondement menaçant alors qu’il s’accroupissait en découvrant les dents. Les mouvements de l’homme étaient presque aussi rapides que ceux d’Edward, mais beaucoup plus brusques et mécaniques. Une colère brûlante mêlée à un atroce sentiment de terreur consumèrent davantage Emmett.


Les secondes qui suivirent furent absolument floues pour lui. La seule chose dont il se rappellerait plus tard fut la certitude qu’il avait un instant eu que Jasper allait le tuer. Il allait mourir aujourd’hui. Envahi par une peur primale et toujours enragé, Emmett avait laissé ses instincts prendre le dessus et s’était jeté sur l’autre homme avec l’intention de lui faire le plus de mal possible. De survivre coûte que coûte.


La prochaine chose qu’il savait, c'est qu’il était plaqué contre le sol avec une violence inouïe, la terre se fissurant sous son corps de granit, la main de Jasper autour de sa gorge et ses dents profondément enfoncées dans l’avant-bras droit qu’il avait levé pour essayer de le repousser. L’homme était quasiment allongé sur lui pour le maintenir immobile et l’un de ses genoux appuyait douloureusement contre son estomac. Il essaya de se débattre mais la douleur dans son bras pulsait au point de le rendre faible et la force des doigts de Jasper autour de son cou lui donnait l’impression qu’il pouvait être décapité d’une seconde à l’autre.


-Calme ! Pas un mouvement.


Un ordre bref et craché d’un ton si bas et grave que ça aurait pu être un feulement.


Emmett sentit un curieux sentiment de léthargie teinté d'une résignation morne se propager en lui… pas vraiment de la fatigue mais plutôt un épuisement total et détaché, comme si toute sa combativité l'avait soudainement déserté et que ses membres étaient lourds et inutiles. Il avait une impression de torpeur, comme si son esprit tournait au ralenti et qu’il aurait pu tomber dans une sorte de demi-sommeil. Jamais depuis sa transformation, il n'avait expérimenté une sensation de ce genre. C'était troublant. C’était donc comme ça que Jasper avait maîtrisé les nouveau-nés récalcitrants de son temps dans le Sud. Les nouveau-nés qu’il avait exécutés par centaines. Par milliers. [3]


-Arr… arrête, s’il te plaît… je suis vraiment désolé.


Même parler était épuisant : il avait à peine l'énergie de plaider pour sa cause. Ce n'est qu'imaginer le désespoir de Rosalie si elle devait affronter une existence immortelle sans lui qui avait réussi à lui faire passer les mots dans sa gorge serrée en un souffle.


Il était en danger de mort mais la peur avait presque disparue. Perdu dans un océan de calme et de morosité défaitiste, Emmett pouvait ressentir à bas bruits des résidus de confusion, de la tristesse, de la colère et… un sentiment de trahison. Emmett réalisa soudainement que ce n'était pas des émotions que Jasper lui envoyait volontairement mais l’écho persistant de ses propres sentiments qui s’infiltrait malgré lui dans la vague de léthargie sous laquelle il essayait de le noyer. Comme la terreur et la rage qu’il avait ressenties plus tôt, elles ne lui appartenaient pas, c'était les émotions de l’empathe.


Et merde. Il était tellement stupide. Comment avait-il pu songer un instant que c’était une bonne idée de sauter par-derrière sur un mec traumatisé qui leur faisait à peine confiance ? Il était marié à Rosalie depuis plus de quatorze ans, par l’Enfer, il aurait dû mieux que quiconque savoir comment traiter quelqu’un ayant un passé violent. Une bombe à retardement avait suggéré Edward… et, bien sûr, il fallait que ce soit lui qui la fasse exploser en essayant de prendre l’homme à revers alors que celui-ci commençait enfin à se détendre un peu. Il n’avait jamais fait une aussi grosse connerie. S’il s'en sortait vivant, Carlisle allait le tuer.


-Je suis désolé… je suis stupide… je n’ai pas réfléchi, je ne voulais pas te faire de mal.


La prise autour de sa gorge se desserra un peu et les dents de Jasper relâchèrent enfin son bras. La morsure le brûlait atrocement et il devait serrer la mâchoire pour ne pas gémir maintenant que la fatigue artificielle refluait un peu. Le corps entier de Jasper restait tendu contre lui et un grondement sourd lui échappa de nouveau. Maintenant qu’Emmett pouvait voir son visage, il sentait une violente culpabilité l’envahir. L’homme avait une expression étrangement lasse, l’air plus dévasté que furieux. Il pensait ne jamais avoir autant merdé avec quelqu’un.


Il entendit la voix tendue d’Edward s’élever à sa gauche. Dans sa panique, il n’avait même pas entendu son plus jeune frère arriver.


-Jasper, s’il te plaît. Il dit la vérité, il ne voulait pas vraiment t’attaquer. Il voulait juste te faire tomber dans le ruisseau pour arriver à l’ours avant toi. Il s’est rendu compte que c’était idiot et que tu allais penser qu’il t’attaquait au moment même où il s’est approché mais il était déjà trop tard pour qu’il arrête son mouvement. Il t’aime bien, il n’a jamais voulu t’effrayer ou te blesser. Tu dois maintenant pouvoir sentir à quel point il se sent coupable. Il est réellement désolé.


Le plaidoyer fébrile d’Edward sembla porter ses fruits, Jasper relâcha brutalement son emprise et fit un bond en arrière, semblant vouloir mettre le plus de distance possible entre lui et eux. Il était raide et les observait avec une froide défiance, sa chemise s’était largement déchirée durant leur lutte et était maintenant ouverte, laissant voir une bonne partie de son torse. La vision était glaçante. C’était fou… Les vampires étaient supposés être immortels, mais il y avait visiblement des endroits où leur existence ne tenait qu’à un fil très ténu. C’était ça le résultat de presque un siècle passé à guerroyer dans le Sud ?


Les instincts d’Emmett s’emballaient face à cette vue et l’incitaient à fuir de toute urgence. Il réussit à les réfréner durement, se redressant en position assise mais restant au sol, une main levée en signe de reddition. Il observait les cicatrices de Jasper, se demandant si sa culpabilité pouvait encore augmenter avec ce rappel du genre de personne qu’il avait attaqué. Quasiment toute la peau visible était couverte de traces et il n’y avait visiblement pas que des morsures… Des centaines de marques caractéristiques de crocs s’étalaient en s’entrecroisant sur une bonne partie de sa gorge, sur la jonction visible entre ses bras et ses épaules et sur ses flans : des blessures de guerre obtenues au combat. Le reste des marques en revanche, il y en avait une dizaine plutôt espacées sur son torse et sur son ventre, sombres et parfaitement rondes… Emmett n’était pas sûr de ce qui avait pu les causer. Il n’y avait que très peu de chose pouvant traverser la peau d’un vampire et laisser des marques durables. À sa connaissance, il n’en existait que deux : le venin et le feu.


Là, on aurait dit des marques de brûlures… ça lui rappelait vaguement les photos d’un article d’une revue médicale de Carlisle avec des gosses maltraités ayant sur les bras des traces de cigarettes. Sauf que les trous étaient bien plus gros et les bords semblaient plus réguliers.


La réalisation le frappa, un sentiment d’horreur montant doucement en lui. Edward avait dit que la créatrice de Jasper lui avait fait des choses « inimaginables ». De la torture ? Comment torturer un vampire ? Est-ce qu’elle avait utilisé une sorte d’outil chauffé à blanc pour le transpercer ? Plusieurs fois ? La pensée était révoltante, écœurante même, mais…


Il jeta un coup d’œil à Edward qui lui fit un faible hochement de tête. Son jeune frère paraissait presque malade, la mine plus grisâtre que d’habitude : s’il n’avait pas été un vampire, Emmett aurait pensé qu’il était sur le point de s’évanouir. En regardant l’expression douloureuse d’Edward, Emmett eu l’impression que les marques couvrant la peau de Jasper n’étaient que la pointe émergée de l’iceberg et qu’il y avait bien plus de « choses inimaginables » et innommables s’étant produites dans le Sud. Des marques et des fêlures invisibles.




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Commentaires : chapitre assez court après le délai d'attente (désolée ^^"), mais la suite de l'explication entre Emmett, Edward et Jasper viendra rapidement. Pour ceux qui trouvent le geste d'Emmett un peu idiot : c'est vrai que c'est un poncif de la fanfiction de faire en sorte qu'une action impulsive d'Emmett fasse dérailler Jasper peu après son arrivée chez les Cullen. Cependant, j'avais besoin d'un « événement » violent pour que Jasper s'engage dans un combat et utilise son pouvoir de manière offensive pendant la partie de chasse... histoire que leur intégration ne se passe pas « trop bien pour être honnête » et qu’il y ait un minimum de mélodrame :p Ce genre d'action irréfléchie, mais pas malveillante, est cohérent avec la personnalité d'Emmett. Et, ne vous inquiétez pas, il va rattraper sa bourde dans les prochains chapitres. Avec son côté sincère et son humeur « toujours positive », il est celui -avec l’assistance réfléchie d’un télépathe moralisateur à l’excès- ayant le plus de chance de réussir à calmer un empathe méfiant et au bord de la crise de nerfs… ;)


Concernant la suggestion que Jasper ait été torturé durant son temps dans l'armée de Maria, j'ai beaucoup hésité. Encore une fois, je ne veux pas faire du glauque juste pour le plaisir, mais cet élément me semble crédible et intéressant à exploiter dans le contexte historique de la fic. Maria a fini sa vie humaine durant la guerre d’indépendance du Mexique, un conflit extrêmement violent où la torture était monnaie courante tant chez les autorités que les insurgés (c’était une pratique très généralisée aussi bien dans l’armée qu’au sein des milices). Maria, qui est décrite comme cruelle et impitoyable en tant que chef de guerre, a probablement eu recours à des méthodes drastiques pour maintenir les vampires de son armée dans le « rang » avant que Jasper ne soit là pour garder les nouveau-nés sous contrôle avec son don…


Si on postule que sa relation avec Jasper était plus une relation maître/esclave qu'une relation chef/subordonné classique, l'hypothèse qu'il ait été torturé, à un moment ou l’autre (ne serait-ce que pour avoir laissé échapper Peter et Charlotte), semble crédible. On sait que Maria utilisait le sang comme récompense pour son armée et la privation de nourriture ou la mort comme punition. Cela ne fonctionnerait pas très bien avec Jasper, puisque tuer pour se nourrir constitue une souffrance constante pour lui. Elle aurait donc dû le garder sous sa coupe autrement… peut-être en le manipulant via une relation amoureuse toxique et unilatérale, comme suggéré dans les films Twilight et/ou en le maintenant dans une forme d’emprise via la torture. Dans la plupart des relations toxiques, la violence psychologique peut évoluer insidieusement vers quelque chose de plus physique et tortueux au fil des années... et Jasper étant resté quatre-vingts ans aux côtés de Maria dans un climat de guerre, la dérive ne me semble pas si improbable. Bref, la torture et la relation passée Maria/Jasper sont des éléments sur lesquels j'ai beaucoup hésité au début mais que finalement je trouve essentiels pour cette histoire (je détaillerai davantage mes raisons dans les prochains chapitres). Pas d'inquiétude, je sais (sûrement :p) où je vais avec ça ;)


[1] Rosalie et Edward ont beau être comme chiens et chats dans la saga, ils sont pour moi les deux vampires de la famille ayant les caractères les plus similaires (emportés, susceptibles, méfiants avec les étrangers) et ayant des appréciations similaires de la condition de vampire.


[2] C’est la meute des Quileutes qui fait cette description des déplacements de Jasper dans la saga, ils semblent plus effrayer par lui que par les autres Cullen, insistant sur le fait qu’il ne bouge pas « de manière normale pour un vampire ».


[3] Alors ce n’est peut-être pas tout à fait cohérent avec ce que Jasper a lui-même expliqué de la partie active de son empathie dans les chapitres précédents mais ça se réfère à la description faite par Edward de l’effet que produit Jasper sur James dans « Midnight sun » quand il utilise son pouvoir sur lui, il passe de moqueur et prêt à combattre à hébété et résigné à son sort en un claquement de doigt. Je me suis un peu amusée avec cette description d’une capacité de sape morale qui ressemble beaucoup à ce que ressens une personne souffrant de ‘mélancolie stuporeuse’ (affection psychiatrique qui peut être assimilée une dépression profonde, la personne y est dans un quasi état de sidération et est presque mutique dans les derniers stades) : il est dit que Jasper a eu une sorte de crise existentielle / une longue dépression découlant de son rôle de bourreau qui a duré des décennies : je me dis que cet état d’esprit doit être assez facile à convoquer pour lui, après y avoir été si longtemps, et que c’est ce qu’il utilise naturellement pour paralyser -au moins temporairement- ses ennemis et les personnes qu’il doit achever. Je reviendrai plus tard sur cet aspect de son talent. A bientôt pour la suite !


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