Brian Westhouse backstory

Chapitre 13 : Nostalgie

1998 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 19/12/2025 22:37

7 mois depuis le passage

Auberge du voyageur - Arcadia


L’œil maussade, Brian regardait le fond de sa chope de bière. En cette première soirée de la fête de l’Équilibre, la taverne de Benrime était bondée et une troupe de musiciens animait les lieux. Pendant trois jours et trois nuits, tout le monde à Marcuria allait festoyer, aussi bien dans les débits de boisson que dans les rues.

— Hé Westhouse ! brailla Gueryl, un habitué, en passant à côté de sa table. Pourquoi tu restes dans ton coin ? Viens trinquer avec nous !

— Non pas ce soir, répondit Brian en se renfrognant.

— Mais c’est la fête de l’Équilibre, profites-en par Mo-Jaal ! poursuivit Gueryl en tapant dans ses mains au rythme de la musique.

— Je n’ai vraiment pas la tête à ça et d’ailleurs, je vais rentrer.

Gueryl n’insista pas et rejoignit ses camarades de beuveries, tandis que Brian se levait. Il se dirigea vers la porte, mais tomba nez à nez avec Benrime qui lui barrait le passage.

— Quand est-ce que tu comptes me régler ton ardoise, Westhouse ? lança-t-elle les mains sur les hanches.

— Désolé Benrime. Tu sais depuis que j’ai perdu mon boulot de livreur…

— C’est compliqué pour toi, termina-t-elle en soufflant. Ça fait deux mois que tu me sers la même tisane !

Elle observa sa mine basse et comme une mère qui gronde son fils.

— Pourquoi ne cherches-tu pas un autre travail ?

— J’ai déjà essayé. Mais au marché plus personne ne veut me donner ma chance.

Il fronça les sourcils et serra ses poings.

— Ce connard de Sanief a usé de son influence pour me faire passer pour un fauteur de troubles malhonnête.

— En même temps, si tu ne l’avais pas insulté en public, ça ne serait pas arrivé. Et il prétend que tu lui as volé une caisse d’épices. Est-ce que c’est vrai ?

Brian ne répondit pas, mais sa culpabilité se lisait sur son visage et ses yeux fuyaient ceux de Benrime. Celle-ci soupira et partit en direction du comptoir.

— Tant que tu n’as pas de quoi me rembourser, je veux plus te revoir ici, Westhouse !

Les rues de Marcuria étaient décorées par de nombreux lampions et banderoles et des musiciens déambulaient un peu partout en jouant des morceaux dédiés à l’Équilibre. Brian se sentait comme une ombre parmi toutes ses couleurs. Il rentra chez lui et s’assit à la table de son salon. Il se remémora son impression d’avoir débarqué dans un conte de fées à son arrivée dans ce monde : sa rencontre avec Bandu-Uta, la découverte de la forêt de Riverwood puis de Marcuria, les mets exotiques et les potions des alchimistes. Mais tout ceci ne semblait plus que de vagues souvenirs, les événements de ces dernières semaines l’ayant fait tomber de si haut. Les dangers de la magie l’avaient touché directement et il avait failli en mourir et son employeur égoïste l’avait licencié et s'était assuré qu’il ne puisse pas retrouver de travail chez les autres marchands du marché du temple. De plus le conseil d’Ayrede craignait une guerre avec les Tyrens, ceux-ci ayant rassemblé des troupes proches de leur frontière. Et d’après ce que lui avait dit le Dragon Blanc, les Éclaireurs deviendraient tôt ou tard un vrai problème, et ce maudit Équilibre attendait de lui qu’il y fasse quelque chose. Alors que la nostalgie de Stark le gagnait, il commença à regretter de ne pas avoir quitté le monastère tibétain au printemps dernier. Il n’aurait pas découvert Arcadia s’il avait décidé de retourner à Barcelone, mais il aurait eu une vie plus tranquille en continuant ses reportages pour Ramon.

En entendant des artistes de rues déambuler devant sa maison, il fut pris d’une furieuse envie d’aller les faire taire. Il se sentit soudainement comme un étranger ici et repensa à ce que cet énergumène de Tobias lui avait dit lors de leur première : « Vous ne devriez pas être là ! Seuls les franchisseurs peuvent passer la fracture sans menacer l’Équilibre. ». Cela faisait mal à Brian de l’admettre, mais peut-être l’Istrum avait-il raison depuis le début. Tandis que dehors tout le monde profitait de la première soirée de la fête de l’Équilibre, Brian prit une décision : « Je vais rentrer à Stark ».


***



Brian était assis en face de Norgaar et Tobias au temple de la Sentinelle.

— Cela fait plus de six mois que vous êtes arrivé à Arcadia et vous n’êtes jamais venu vous instruire auprès de notre ordre ! lança l’Istrum furieux. Et maintenant, vous nous demandez de l’aide pour rentrer chez vous ?

Brian eut un rire sans joie.

— Vous avez toujours soutenu que je n’étais pas à ma place ici. Si je retourne à Stark, vous devriez en être content, j’imagine ?

— Croyez bien que si c’était si simple, vous seriez reparti il y a longtemps !

Norgaar posa une main sur l’avant-bras de Tobias puis dit avec sa tempérance habituelle :

— Nous ne sommes pas capables de vous renvoyer dans votre monde.

Le visage rubicond, Brian se leva et se pencha vers eux en s’appuya sur ces poings fermés.

— Mais vous êtes la Sentinelle ! Les Pères ! Vous êtes censé veiller sur votre putain d’équilibre, ne me dites pas que vous ne pouvez rien faire !

Cette fois-ci, le Vestrum tapa du poing sur la table.

— Cela suffit Mr Westhouse ! cria-t-il. Je comprends votre colère, mais ne blasphémez à l’intérieur de mon temple et rasseyez-vous !

Brian soupira, puis retomba lourdement sur sa chaise en évitant le regard des deux Sentinelles. Tobias fulminait intérieurement et s’il en avait eu le pouvoir, il aurait mis le Starkien à la porte sans ménagement.

— Comme je l’ai dit, continua le Vestrum, ce n’est pas que nous ne voulons pas vous aider, c’est que nous ne connaissons pas le moyen de vous renvoyer chez vous.

— Vous mentez ! souffla Brian avec mépris. Manny ou Cortez, peu importe son nom, m’a dit qu’il existait dans chacun des mondes plusieurs lieux comme le monastère où j’ai franchi la Fracture. J’ai du mal à croire que vous, les Pères, ne soyez pas au courant de ça !

Norgaar et Tobias échangèrent un regard incertain, puis le Vestrum prit la parole :

— Même si nos écritures mentionnent des personnes qui ont voyagé d’un monde à l’autre sans pour autant être des franchisseurs, elles ne décrivent pas la manière dont elles y sont parvenues ni les lieux où cela s’est passé.

— Croyez-vous vraiment que si nous détenions le moyen de vous faire quitter notre monde, on vous le cacherait ? lança Tobias en toisant Brian comme sil était une anomalie. Je me demande encore pourquoi l’Équilibre a pu accepter qu’un être tel que vous puisse franchir la Fracture !

Norgaar regarda son apprenti avec dureté et celui-ci se retint d’en dire plus.

— L’Équilibre fait parfois dans choix que même nous, ne comprenons pas.

Dépité, Brian secoua la tête et un silence s’installa dans le temple.

— L’unique potentielle solution serait qu’un franchisseur vous ouvre un portail vers Stark, énonça Norgaar.

— Potentielle ? répéta Brian.

— Habituellement seuls les franchisseurs eux-mêmes peuvent circuler à travers leurs portails. Mais, comme vous ne vous sentez plus à votre place à Arcadia, il est possible que l’Équilibre accepte que vous retourniez dans votre monde par ce moyen. Qui peut savoir ?

— Est-ce que je risque quelque chose à essayer ? demanda Brian.

— Si l’Équilibre ne vous permet pas de regagner votre monde, vous serez rejeté par le portail.

Tobias et Norgaar se levèrent de concert.

— De toute façon, les franchisseurs sont plus que rares et cela fait plusieurs années que nous n’avons pas vu à Marcuria. Mais si toutefois nous avons connaissance de l’un d’eux se trouve dans les parages, nous vous préviendrons, Mr Westhouse.

Brian se leva à son tour.

— Même s’il n’y a qu’une petite chance que je quitte Arcadia, je la saisirai ! lança-t-il avec conviction.

Tobias le regarda avec sévérité et dit froidement :

— J’espère sincèrement que l’Équilibre vous permettra de regagner votre monde.

— Alors, il ne vous reste plus qu’à prier pour moi, Tobias, murmura Brian avec un sourire mauvais.

Puis il tourna les talons et quitta le temple.


***


Dans l’Enclave, Brian lisait un livre sur l’histoire de l’Équilibre. Les étagères remplies de livres et de documents couraient tout le long du mur circulaire extérieur. Au centre de la bibliothèque, une ouverture permettait d’apercevoir un bassin d’eau situé au niveau inférieur. Celui-ci était en partie éclairé par la lumière du soleil qui filtrait par un orifice dans la roche au plafond.

En attendant qu’un franchisseur lui tombe sous la main, il avait demandé à Minstrum Yerin tous les ouvrages qui parlaient de près ou de loin des passages entre les mondes. Pour le moment il n’avait rien trouvé qui l’aiderait à retourner à Stark, mais il ne désespérait pas. Pourquoi aller d’Arcadia à Stark serait-il plus compliqué que l’inverse ?

Brian lut avec attention un chapitre consacré aux Draickins :

« Les quatre Draickins sont à l’origine même du Partage. Lorsque les deux mondes furent créés, les Draickins furent également séparés. Les deux qui allèrent à Arcadia sont le Dragon Blanc, appelé aussi la Mère, et le Bleu ou l’Ancien. Ce dernier n’a pas été vu depuis des milliers d’années. La Mère, au contraire, est régulièrement aperçue dans divers lieux d’Arcadia.

Quant aux deux Draickins de Stark, nous détenons très peu d’informations à leurs sujets. D’après ce qu’on en sait, ils restent discrets et cachent leurs formes originelles. On ignore même leur nom et on les appelle simplement le Vert et le Rouge. »

À ce moment-là, il se remémora que le Dragon Blanc lui avait assuré qu’il avait déjà rencontré un Draickin, et un éclair de compréhension passa sur le visage de Brian. Comment n’avait-il pas fait le rapprochement plus tôt ?

— Manny Chavez est le Rouge, l’un deux Draickins de Stark ! murmura-t-il abasourdi en refermant le livre.

Cela expliquait l’origine de ses dons exceptionnels et de ses connaissances. Et aussi pourquoi il gardait cette apparence de simple vagabond et avait refusé de lui révéler sa véritable identité. Puis il réfléchit un instant aux conséquences de sa découverte.

« Les Draickins sont arrivés sur Terre avant le Partage, cela veut dire que ce diable de type est âgé d’au moins dix mille ans ! » se dit-il abasourdi en s’appuyant sur le dossier de la chaise.

Minstrum Yerin, qui passait derrière lui avec des livres sous le bras, s’arrêta.

— Est-ce que tout va bien, Mr Westhouse ? demanda-t-il.

— Si mes suppositions sont exactes, murmura Brian perdu dans ses pensées, il se pourrait que je puisse bientôt rentrer chez moi.

Alors que l’espoir l’habitait à nouveau, il se leva avec énergie et quitta l’Enclave à toutes jambes.

— Vous avez encore oublié de ranger votre livre ! s’écria Minstrum Yerin dans son dos.


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