Brian Westhouse backstory

Chapitre 12 : Désillusion

2071 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 19/12/2025 22:33

5 mois depuis le passage

Forêt de Riverwood - Arcadia


Lorsque Brian reprit conscience, il était allongé sur un sol dur et irrégulier. Il ouvrit les yeux et aperçut un visage bleu et flou qui se penchait au-dessus de lui.

— Où est-ce… que je… suis ? murmura-t-il avec difficulté.

— Dans la forêt de Riverwood, énonça une voix douce. Vous ne risquez plus rien.

Il sentit une énergie apaisante parcourir son corps et sa vision s’améliora. Le visage appartenait à un jeune Dolmari.

— Qui êtes-vous ? demanda Brian.

— Je m’appelle Iklei, je suis guérisseur. Avec mes sœurs, nous vous avons vu traverser les plaines de Nehdrah vers ce château.

Les souvenirs du rocher lévitant vers le ciel revinrent à l’esprit de Brian.

— Mon énergie… c’est comme si elle avait été absorbée et je ne pouvais plus bouger.

Le Dolmari afficha un air peiné.

— C’est ce magicien, Roper Klacks. Pour permettre à son château de voler, il a dû créer un puissant sort qui s’est servi de l’énergie disponible autour de son rocher : toute la végétation et les animaux sont morts dans un rayon d’un kilomètre. Tu as eu de la chance qu’on passe par ici et qu’on ait pu te maintenir en vie.

Brian observa le Dolmari avec attention.

— Comment se fait-il que vous n’ayez pas été affecté par ce sort ?

— Mes sœurs nous en ont protégés, expliqua Iklei en regardant sur sa droite.

Avec effort, Brian se mit en position assise et remarqua qu’ils se trouvaient dans une grotte avec deux autres personnes, qui lui firent un petit signe de tête.

— Voici Elyra et Samiola, présenta Iklei.

Elyra était une Zhid, une créature humanoïde dont le visage ressemblait à celui d’un félin, avec des moustaches et des oreilles pointues et poilues. Samiola, quant à elle, appartenait à l’espèce des Samares, dont les traits rappelaient ceux d’une antilope bipède : deux petites cornes sur le haut du crâne, un long cou et des membres effilés. Les deux filles étaient tournées l’une vers l’autre et, de leur main sortaient de fins filaments dorés qui s’enchevêtraient comme du tricot.

— Et vous, comment vous appelez-vous ? demanda Iklei.

— Brian, répondit-il en regardant autour de lui. Où sommes-nous ?

— Dans une grotte de la forêt de Riverwood.

Il vit de la lumière filtrer par l’entrée de celle-ci, au-delà des sœurs d’Iklei.

— Il faut que je reprenne ma route vers Marcuria, s’écria-t-il en pensant à Sanief. Combien de temps ai-je dormi ?

— Cela fait environ deux jours.

— Deux jours ! s’exclama Brian paniqué. Bordel, je vais être en retard pour…

Il tenta de se lever, mais ces jambes étaient flageolantes et il y renonça.

— Doucement Brian, dit Iklei. Vous n’êtes pas encore en état de vous mettre debout et encore moins de voyager.

— Je dois reprendre le travail demain, sinon…

— Votre santé est plus importante, monsieur Brian ! s'écria Elyra la Zhid. Sa voix était aiguë et fluette.

— Et par l’Équilibre, si vous ne restez pas tranquille, notre frère pourra difficilement vous soigner, renchérit Samiola avec une pointe de reproche.

Brian soupira et ses épaules s’affaissèrent. Iklei mit sa main sur son torse et une lueur verte apparut qui lui redonna immédiatement de l’énergie.

— Vous êtes donc frères et sœurs tous les trois ? demanda-t-il en observant les deux filles tisser leurs fils d’or.

— Oui, s’écria Elyra en souriant, tandis que ses oreilles de chat se dressèrent. Nous venons du Corasan.

— Mais comment… commença Brian.

— Nous étions tous les trois des orphelins, coupa Samiola en arrêtant de tisser. Et bien que nous ne soyons pas de la même espèce, nous formons tout de même une fratrie.

La Samare regarda Brian avec froideur, attendant sa réaction.

— Désolé, je ne voulais pas vous mettre mal à l’aise. Je cherche juste à comprendre qui sont mes sauveurs.

Samiola hocha la tête et reprit le tissage.

— Nous sommes ici pour rencontrer les bandas, expliqua Elyra avec enthousiasme. Les connaissez-vous ?

— J’en ai croisé un il y a plusieurs mois, quand je suis arrivé à Marcuria.

— L'avez-vous vu chanter la terre ?

— Oui et c'est impressionnant comment il était capable de créer des galeries grâce à sa voix.

— Et… est-ce qu’ils sont gentils ? demanda la Zhid avec appréhension.

— Celui que j’ai rencontré était inoffensif et effrayés par les humains.

Samiola regarda sa sœur avec sévérité.

— Arrête de l’embêter et concentre-toi sur notre ouvrage !

Les oreilles d’Elyra se rabaissèrent et elle se remit au travail. Brian admira comme hypnotisé les filaments dorés sortant de leurs doigts. Ceux-ci s'entremêlaient pour former un rectangle qui ressemblait à du tissu brodé.

— Êtes-vous des magiciennes ?

Samiola hocha la tête.

— Nous sommes des tisseuses. Grâce au don que l’Équilibre nous a offert, nous pouvons manifester la magie sous une forme physique.

Brian avait lu quelques livres qui parlaient de ce genre de faculté, qui était assez rare d’après ce qu’il en savait. D’ailleurs, c’était la première fois qu’il en rencontrait.

— Qu’est-ce que vous êtes en train de créer ? demanda-t-il en observant fasciné le carré doré flotter entre les deux filles.

— Un foulard de protection, dit Elya.

— Il sera pour vous, expliqua Samiola. Afin que vous puissiez rentrer à Marcuria sans encombre.


***


Plusieurs heures plus tard, Brian réussit à se mettre debout et marcha jusqu’à l’entrée de la grotte. Derrière les arbres de la forêt de Riverwood, le soleil était en train de se coucher.

« Sanief va m’en vouloir que je ne sois pas au boulot demain matin », pensa-t-il contrarié.

— Comment vous sentez-vous ? demanda Iklei en arrivant à ses côtés.

— Ça va mieux. Mais je n’ai pas encore récupéré toutes mes forces.

— C’est normal. Vous revenez de loin !

Le Dolmari observa un moment la forêt silencieuse, puis dit :

— Dès que vous estimerez être en forme pour repartir, mes sœurs et moi vous accompagnerons sur une partie du chemin vers Marcuria.

Brian hocha la tête avec reconnaissance.


***


Alors que le soleil commençait à illuminer la forêt de Riverwood, Iklei, Elyra, Samiola et Brian firent route vers le sud. Le ciel était gris, mais fort heureusement, il n’y avait pour le moment pas de pluie ni d’orage. Brian retrouvait petit à petit une bonne cadence et espérait atteindre Marcuria dans l’après-midi. Les quatre compagnons gravirent une belle colline nue surplombant la forêt. En se tournant vers le nord, Brian resta figé face au spectacle qui s’offrait à lui. À plusieurs kilomètres, on apercevait le château de Roper Klacks flotter sur son rocher, à une altitude impressionnante. En dessous, un immense cercle noir montrait l’étendue des dégâts causés par son sort.

Iklei et Elyra avaient les larmes aux yeux en observant la plaine morte.

— Il devrait être interdit d’employer la magie à ce genre de fin ! maugréa Samiola avec colère.

Brian se dit qu’au même titre que la science, la magie était ambivalente : elle pouvait être utilisée pour le bien comme pour le mal. Grâce à elle, Iklei l'avait soigné, et ses deux sœurs créaient de magnifiques objets enchantés – comme le foulard doré de protection qu’il avait passé autour de son cou -, et les alchimistes du marché de Marcuria concoctaient des potions très utiles aux habitants. Mais ce qu’avait fait ce magicien… Il comprit à ce moment-là pourquoi le Dragon Blanc et istrum Tobias l'avait mis en garde : la magie pouvait être bien plus destructrice que la science. Un seul magicien avait tué toute vie sur un rayon d’un kilomètre. À Stark, pour fabriquer une bombe qui aurait le même impact, il aurait certainement fallu des moyens humains et matériels considérables ainsi que beaucoup de temps.


***


En fin d’après-midi, Brian arriva sur la place du marché, les jambes en compote. Il ne devait pas être bien présentable, mais il préférait aller trouver Sanief tout de suite pour s’expliquer. L'endroit était relativement peu fréquenté en cette fin de journée et les marchands avait déjà presque tous bouclés leur stand. Son patron s’arrêta de ranger ses étalages lorsqu’il le vit et son regard se durcit.

— Mais bon sang, Brian, où étais-tu ? tempêta-t-il en mettant ses mains sur ses hanches. Tu te rends compte que cinq de mes clients n’ont pas pu être livrés à cause de toi !

La mine basse, le Starkien marcha jusqu’à lui.

— Attends, il faut que je te raconte ce qui m’est arrivé...

— Et en plus, tu as une tête affreuse ! continua Sanief en regardant nerveusement autour de lui. Heureusement qu‘il n’y a plus grand monde. Que penseraient les gens s’ils voyaient un de mes livreurs dans cet état ?

— C’est tout ce qui t’importe : l’opinion des autres ? s’écria Brian offensé. Si tu me laissais t’expliquer ce qu’il s’est passé, tu comprendrais que...

— Je ne veux pas savoir ce qui t’est arrivé ! Tout ce que je vois, c’est que tu n’as pas honoré ta promesse.

Le riche marchand secoua la tête.

— C’était une très mauvaise idée de te donner ces jours de congés...

Brian enleva son sac à dos et la jeta lourdement sur le sol.

— Écoute-moi bon sang ! cria-t-il. J’ai été retardé à cause du sort d’un magicien dans les plaines de Nehdrah. Et sache que j’aurais pu y rester, mais ça, j’imagine que tu t’en fiches ?

Sanief l’observa pendant un long moment, hésitant sur l’attitude à adopter. Puis il s’avança et lui mit une main sur l’épaule.

— Tu as été un bon livreur, Brian, et je t’en remercie. Mais je ne peux me permettre de garder quelqu’un qui ne tient pas ses engagements et qui prend des risques inconsidérés en dehors du travail. J’espère que tu comprends ma position ?

Brian recula vivement, choqué.

— Attends, tu ne comptes quand même pas me virer juste à cause de cet incident ?!

— Oh que si mon ami ! s’écria Sanief en hochant la tête avec dureté. Si j’ai réussi à devenir qui je suis c’est parce que j’ai su m’entourer correctement. Si on apprend qu’un de mes livreurs est un aventurier peu fiable et imprudent, cela nuit à mon image et à mes affaires, tu comprends ?

— Tu es injuste Sanief ! Je bosse pour toi depuis plusieurs mois sans un accroc. Et tu veux me virer juste pour un seul retard ?

— Sans un accroc ? répéta le marchand en le regardant avec intensité. Tu n’oublies pas ton excursion aux frontières du territoire des Tyrens quand je t’ai envoyé à Eruden pour la première fois ?

— Mais, comment… balbutia Brian.

— Oui, je suis au courant que tu m’as désobéi. Et les Tyrens ont rapporté l’incident au conseil d’Ayerde et tous les marchands ont reçu un avertissement. J’ai décidé de passer cet événement sous silence, car je n’ai pas été mis en cause personnellement. Et comme tu semblais être un livreur prometteur à l’époque, cela aurait pu te servir de leçon. Mais on dirait que je me suis trompé !

Rouge de colère, Brian récupéra son sac et pointa un doigt vers Sanief.

— Va te faire foutre enfoiré ! Reste dans ton monde égoïste où y a que le fric et ton image qui compte ! Et bonne chance pour trouver quelqu’un d’autre, vu le salaire de misère que tu me payais !

Fou de rage, il fit demi-tour et quitta la place du marché.


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