Brian Westhouse backstory

Chapitre 11 : Le Dragon Blanc

2382 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 19/12/2025 22:29

5 mois depuis le passage

Mont Tireney - Arcadia


Brian crapahutait à travers des rochers parsemés d’arbustes épineux. Il n’y avait pas chemin officiel pour accéder au sommet du mont Tireney, aussi avançait-il sur les flans de la montagne à l’instinct. Par deux fois, il avait dû rebrousser chemin, à cause de falaises trop abruptes qu’il n’avait pu franchir.

Brian grimpa sur un gros rocher derrière lequel se trouvait un pierrier pentu coincé entre une falaise à gauche et de la forêt à droite. La pointe éclatante du mont Tireney, reflétant le soleil de midi, se trouvait juste derrière. Il traversa le pierrier avec prudence, heureux d’avoir enfin trouvé une voie d’accès praticable. Dans un dernier effort, il s’extirpa de la pente de graviers pour gagner une belle terrasse herbeuse qui s’étendait au pied de la masse de métal argenté. Celle-ci formait le sommet du mont Tierney et se terminait en une pointe vertigineuse, mesurant une bonne trentaine de mètres de hauteur. Après avoir soufflé quelques instants, Brian y posa la main, et celle-ci se mit à briller davantage.

« J’ai l’impression de toucher un être vivant », se dit-il avec étonnement.

Sur sa droite, il aperçut une irrégularité : un renfoncement d’une trentaine de centimètres de profondeur.

« C’est donc ici que les hommes de Baksheva auraient prélevé du métal pour forger la lance d’argent de Gorimon » pensa-t-il en observant le trou dans le métal argenté.

Puis il se retourna et resta ébahi devant la vue à couper le souffle. En contrebas se trouvait le morne territoire des Tyrens, et sur la gauche, la plaine verdoyante avec les gigantesques sculptures représentant des sonneurs, qu’il avait traversée lors de son arrivée à Arcadia. Puis venait la forêt de Riverwood avec son extrémité sud, Marcuria, qui semblait ridiculement petite depuis ce point de vue. Enfin, en arrière-plan, la Grande Mer s’étendait à perte de vue, et proche de la ligne d’horizon, on apercevait l’île de Ge’en et ses sommets montagneux. Fatigué, mais content d’être arrivé à son objectif, Brian posa son sac à dos et s’assit au bord de la terrasse. Oubliant le temps, il resta ainsi, les pieds dans le vide, profitant de ce panorama privilégié.

Lorsque le soleil commença à décliner, la température chuta rapidement. Brian repéra un cercle de pierres avec un peu de bois calciné au centre. Il ramassa quelques branches et brindilles sèches aux alentours et les embrasa à l’aide de sa fiole de feu. En mangeant son dîner, il admira l’océan prendre des teintes pourpre et orangée, tandis que les étoiles apparaissaient dans le ciel dégagé. Alors qu’il s’enroulait dans sa couverture enchantée, il lui sembla entendre un bruissement en contrebas de la montagne. Il regarda en contrebas de la terrasse et aperçut au-dessus de la forêt une belle lueur blanche filant à toute vitesse dans sa direction. À mesure qu’elle approchait, la forme d’un dragon ailé se précisait. Brian resta pétrifié sur place, mélangé entre la peur et l’excitation, tandis que le Dragon Blanc survolait la pointe du mont Tireney. Puis il se posa avec grâce sur la terrasse à quelques mètres de Brian et le métal argenté se mit à luire, illuminant les alentours. Le Draickin, d’une dizaine de mètres de longueur pour trois de hauteur, replia ses grandes ailes et parla d’une voix féminine très douce et profonde.

— Je suis heureux de te rencontrer, Brian Westhouse.

Malgré sa forme de dragon, il dégageait quelque chose de tendre et de bienveillant, et le Starkien comprit pourquoi on la surnommait également la Mère. Il resta un long moment à observer le Dragon Blanc, ne sachant qui dire, ni comment il devait s’adresser à une telle créature.

— Tu peux m’appeler Mère, dit le Draickin en voyant son malaise. Car tous les êtres vivants d’Arcadia sont mes enfants.

— C’est un honneur de parler… Mère, répondit Brian.

Étrangement cela fut naturel de s'adresser au Draickin de cette manière.

— J’avais prévu mille questions à vous poser, mais… vous êtes le premier Draickin que je rencontre et je ne sais pas par quoi commencer, balbutia-t-il.

— Tu en as déjà côtoyé un autre, mais ce n'est pas important pour le moment.

De l’incompréhension marqua le visage de Brian. « Comment aurais-je pu oublier la rencontre avec une telle créature ? » se demanda-t-il.

— Comment se passe ta nouvelle vie à Arcadia ? questionna le Dragon Blanc. Est-ce que tu t’y plais ?

— Ce monde est vraiment fascinant ! s’écria-t-il en souriant. Quand j’étais à Stark, je savais que je cherchais quelque chose hors du commun, mais je n’aurais jamais imaginé voyager dans un univers parallèle où la magie existe.

— Oui, la magie ! répondit la Mère avec approbation. C’est l’Équilibre qui t’a poussé à la rechercher, car ta présence ici est nécessaire.

— C’est ce qu’on m’a dit à Stark. Pourtant, je ne comprends toujours pas ce que je suis censé faire ?

— Comme tu as dû t’en rendre compte, la situation dans les Pays du Nord est assez précaire.

— Vous voulez parler des tensions avec les Tyrens ?

— Les Tyrens sont certes malfaisants, mais il y a d’autres forces bien plus obscurs qui grandissent en ce monde. Notamment ceux que l’on appelle les Éclaireurs.

Brian avait entendu parler d’eux à plusieurs reprises. Des révolutionnaires qui espéraient bousculer l’ordre établi d’après ce qu’il en savait.

— Ce sont les opposés de la Sentinelle, expliqua le Dragon Blanc. Tandis que les Pères souhaitent protéger l’Équilibre, les Éclaireurs, eux, veulent y mettre fin et réunifier les deux mondes. Il y a toujours eu quelques personnes pour se protester contre le Partage, mais, depuis plusieurs décennies, cette idéologie séduit de plus en plus et les rangs des Éclaireurs ont gagné de nombreux partisans, aussi bien à Stark qu’à Arcadia.

— En quoi cela serait-il problématique que les deux mondes soient réunis ?

— L’heure viendra où le Partage prendra fin. Mais ce moment n’est pas encore arrivé. Et vouloir forcer la réunification ne fera que favoriser le chaos et mettre en danger les populations des deux mondes.

Brian demeurait perplexe face aux explications du Draickin, car il ne comprenait toujours pas quel était son rôle dans tout ça.

— Ne t’en fais pas, dit le Dragon Blanc en lisant en lui comme dans un livre ouvert. Tu es arrivé à Arcadia il y a peu et tu as encore beaucoup à découvrir. Mais, il nous reste suffisament de temps avant que l’Équilibre ne soit véritablement en danger.

— Pourtant, Manny… c’est la personne qui m’a parlé du Partage et d’Arcadia à Stark. Il m’a dit que le temps nous était compté. Que les choses s’accéléraient. Qu’est-ce que cela veut dire ?

— La fenêtre que l’Équilibre t’avait réservée pour ton passage n’était que de courte durée et il fallait que tu te décides. Mais maintenant que tu es là, des possibilités se sont ouvertes pour l’avenir.

À moitié rassuré, Brian sortit de sa poche la montre à gousset que Manny lui avait donnée avant son départ.

— Sauriez-vous quelque chose à propos de cet objet ?

Le Dragon Blanc approcha tout près de Brian et regarda la montre quelques instants.

— Je perçois un puissant lien vers l’autre monde. Garde-la précieusement, ce n’est pas un hasard si ton mentor te l’a donnée avant que tu ne viennes à Arcadia.

Brian se gratta la tête.

— Mais… le mécanisme pour la faire fonctionner s’est cassé quand je suis arrivé.

— Ce n'est pas grave. Sa magie est intacte et elle servira un jour à... quelqu’un d’important.

Le Draickin avait dit ses derniers mots avec émotion. Perplexe, Brian remit la montre dans sa poche et se demanda pourquoi le Dragon Blanc faisait des réponses aussi évasives que celles de Manny. Pourquoi autant de mystères s’il était censé jouer un rôle important dans ce monde ?

Pour fuir sa frustration, il se tourna vers le métal argenté de la montagne et pensa aux nombreux aventuriers en quête de la lance d’argent de Gorimon. Avant qu’il n’ait formulé sa question, le Dragon Blanc y répondait :

— Elle existe réellement.

La gravité dans la voix du Draickin fit comprendre à Brian qu’elle était aussi dangereuse que le disait la légende.

— Je pensais que vous, les Draickins, étiez des créatures éternelles ? demanda-t-il.

— Nos essences le sont, mais pas nos corps. Et bien qu’ils soient protégés par l’Équilibre, ils restent vulnérables à certaines magies ancestrales.

Brian regarda le Dragon Blanc avec compassion. Lui qui pensait que ces créatures millénaires, à l’origine même du Partage, étaient invincibles, il découvrait qu’elles avaient aussi leurs failles et leurs faiblesses.

— La magie est puissant outil, dit la Mère le sortant de sa réflexion. Mais les passions de certains êtres peuvent les amener à l’utiliser de manière destructrice et favoriser le chaos.

Brian regarda le Dragon Blanc sans comprendre de quoi il parlait.

— Les enseignements de la Sentinelle pourraient t’éclairer si tu décidais de les suivre.

À ces mots, Brian se renfrogna.

— Sans vouloir vous manquer de respect, je n’en vois pas l’utilité.

— Tu n’as pas encore découvert les côtés les plus sombres d’Arcadia. Mais très bientôt, tu y seras confronté et il te faudra être prudent.

Le Dragon Blanc expira avec lenteur et profondeur, puis il déploya ses ailes.

— Que ta nuit sa douce Brian et que l’Équilibre te protège. Nous nous reverrons prochainement.

Il bondit dans les airs et disparut derrière la pointe de la montagne. Son métal argenté cessa de luire, laissant Brian seul dans l’obscurité.


***



Tôt le lendemain matin, Brian buvait une tisane aux douces épices venant d’Irhad. En observant le ciel gris, il se dit qu’il était heureux d’avoir pu voir la Mère et lui parler. Mais sa suggestion d’aller à la Sentinelle suivre leurs cours dogmatiques ne lui avait pas plu. Tout comme son discours sur son rôle contre ces Éclaireurs. Il se sentait comme un pion sur un échiquier, comme si l’Équilibre se servait de lui pour arriver à des fins qu’il ne comprenait même pas. À ce moment-là, une force puissante et sombre se réveilla en lui, puis vint ces pensées à son esprit : « Tu ne seras jamais l’esclave de l’Équilibre. Tu as ton propre libre arbitre ! » Cela lui mit un sourire sur les lèvres. Après tout, rien ni personne ne l’obligerait à jouer un rôle dont il ne voulait pas : ni les Sentinelles, ni le Dragon Blanc, ni même l’Équilibre ! Retrouvant sa bonne humeur, il regarda les plaines de Nehdrah qui s’étendaient à l’est. Il avait encore trois jours devant lui avant de devoir reprendre ses livraisons pour Sanief. Aussi décida-t-il d’en profiter pour continuer son exploration autour de Marcuria. Il rangea ses affaires et amorça sa descente du mont Tireney.

Vers midi, il quittait la partie nord de la forêt de Riverwood pour arriver dans une plaine vallonnée de hautes herbes. Au centre de celle-ci se trouvait un gros rocher sur lequel un immense château avait été édifié. Brian avait entendu plusieurs rumeurs qui circulaient en ville sur son propriétaire. La plus répandue parlait d’un riche magicien excentrique qui avait embauché les meilleurs architectes des Pays du Nord pour lui bâtir cette demeure hors norme.

Brian observa les nombreuses tours de l’imposant et sombre édifice et hésita à s’en approcher. Il se souvint des paroles du Dragon Blanc sur les dangers présent en ce monde, mais il décida de les ignorer. Alors qu’il progressait dans les hautes herbes, une fine pluie se mit à tomber et le tonnerre gronda sur les montagnes frontalières au nord. À mesure qu’il avançait vers le château, celui-ci semblait grandir tandis que l’averse s’accentuait et l'orage se rapprochait.

— Oui ! Oui ! Viens frapper ma maison ! clama une voix puissante et exaltée provenant du sommet de la demeure.

Brian aperçut un flash bleu à la dernière fenêtre de la plus haute tour de l’édifice. Il aurait voulu rester pour voir ce que manigançait ce magicien, mais la pluie devenant des cordes et le tonnerre se rapprochant dangereusement. Il trouva une petite cavité dans le rocher et s’y abrita. Un nouvel éclair illumina le ciel, très proche cette fois-ci.

— Haha, voilà ! Voilà ! Donne-moi ta puissance ! lança la même voix dans le château.

Une sensation étrange parcourut l’échine de Brian, puis il se sentit de plus en plus lourd. En même temps, de la fatigue l’envahit, comme si le rocher derrière lui absorbait sa vitalité. En remarquant que les hautes herbes aux alentours commençaient à faner, cela confirma son hypothèse. Il voulut prendre ses jambes à son cou, mais n’eut pas assez d’énergie pour se relever. Le rocher se mit à trembler dans son dos, puis à s’élever lentement vers le ciel, tiré par une force mystérieuse. Brian sentait la vie quitter son corps et juste avant de perdre connaissance, il entendit à nouveau le magicien s'époumoner de jubilation :

— Mouahaha ! J’ai réussi, mon château vole ! Tout le monde va enfin comprendre que Roper Klacks est le plus puissant sorcier de tout Arcadia ! Mouahaha !


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