Brian Westhouse backstory

Chapitre 10 : Exploration

2449 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 16/12/2025 11:37

28ème jour depuis le passage

Marcuria - Arcadia


Brian verrouilla sa porte et prit la direction du marché en sifflotant sous le soleil matinal. Le conseil de Marcuria lui avait attribué une belle maison dans l’est de la ville, proche de l’Enclave, une cavité souterraine creusée dans la roche, où la bibliothèque municipale avait été installée. Le Starkien s’était bien adapté à sa vie à Marcuria. Ici il y avait peu de chômage et il avait facilement réussi à trouver un travail de livreur au marché, lui permettant de subvenir à ses besoins.

Sur la route, il croisa Istrum Tobias et s’arrêta de siffler.

— Mr Westhouse, vous ne nous avez pas encore fait l’honneur de votre présence aux leçons données par la Sentinelle, lança l’Istrum droit comme un i.

— Tobias. Toujours aussi pragmatique, répondit Brian avec indolence.

Cela ne fit qu’accentuer l’agacement de la Sentinelle.

— En tant qu’habitant de Stark, vous pensez que la magie est un jouet inoffensif, mais vous vous trompez. Il est primordial que vous compreniez quelles graves conséquences elle peut engendrer si elle est mal employée.

— Vous me l’avez déjà dit, coupa Brian avec un geste d’exaspération. Vous savez, je me cultive très bien tout seul à la bibliothèque de l’Enclave.

— Cela ne suffit pas ! gronda Tobias. La Sentinelle aurait bien des choses à vous enseigner que vous ne pouvez apprendre à travers les livres.

— Et bien… je passerai un de ces jours... quand j’aurai le temps, mentit Brian pour mettre fin à la discussion. Maintenant excusez-moi, je ne veux pas perdre mon emploi. Sanief déteste quand ses employés sont en retard.

Il reprit son chemin vers le marché et l’Istrum le regarda s’éloigner avec sévérité. Brian n’aimait guère cette Sentinelle et trouvait la plupart de ses membres prétentieux et sans grand intérêt. Ils se faisaient appeler les Pères, mais n’étaient même pas capables de lui dire pourquoi l’Équilibre l’avait poussé à Arcadia ! Et leurs cours n’étant pas obligatoires, comme beaucoup de choses dans ce monde, il s’en passait volontiers. Se faire endoctriner dans leurs traditions vieillottes, qui ressemblaient à des préceptes religieux et dogmatiques, n’était pas dans les objectifs de Brian. Seul Minstrum Yerin, qui gérait la bibliothèque de l’Enclave, trouvait grâce à ses yeux, car celui-ci ne le sermonnait pas sur les dangers de la magie et surtout, il lui permettait de lire tous les livres qu’il voulait. Ainsi, il avait beaucoup appris sur Arcadia et les créatures magiques qui le peuplait.

Brian arriva au marché et se fondit dans la foule de personnes qui passait d’un stand à l’autre. « Achetez mes cartes ! » criait inlassablement Karek, le célèbre vendeur de cartes de Marcuria. Brian avait fait l'acquisition de l'une d'elles, représentant les Pays du Nord, très détaillés, et il espérait bientôt s’en servir pour explorer certaines régions autour de Marcuria. Il parvint à l’extrémité du marché, où Sanief tenait son immense stand d’épices, provenant des quatre coins d’Arcadia. Le marchand, rondouillard aux cheveux noirs, était habillé de riches étoffes rouge et or et avait le regard vif et pénétrant d’un homme d’affaires. Il venait d’Ihrad, à l’est de Marcuria, et avait fait fortune grâce à son commerce.

— Aujourd’hui, je vais t’envoyer à Eruden, expliqua Sanief en sortant une carte d’Ayrede et en pointant du doigt un village au nord-ouest de la ville.

Brian était plus qu’enthousiaste d’aller enfin travailler à l’extérieur de Marcuria. La vie ici était certes intéressante et Brian y avait découvert beaucoup de choses : mets et boissons au goût uniques, musiques et instruments tout droit sortis de l’époque médiévale et surtout, les innombrables potions préparées par les alchimistes. Mais la population locale était en majorité des humains, hormis quelques dolmaris, des humanoïdes à la peau bleue. Ainsi, en sortant de la ville, il espérait rencontrer d’autres créatures magiques.

Sanief leva vers lui un regard suspicieux.

— Tu as été plutôt efficace dans tes livraisons sur Marcuria, c’est pourquoi je te donne ta chance à l’extérieur. Ne la gâche pas en trainant en route !

— Ne t’en fais pas, je n’ai pas l’intention de nuire à ta renommée. Et je compte bien que tu m’envoies encore plus loin par la suite !

Ici, tout le monde connaissait Sanief et on disait qu’il était le marchand des Pays du Nord le plus rapide à livrer. Il mena Brian vers une charrette attelée à un Elgwan, ces créatures au long cou ressemblant à des dinosaures herbivores, aussi dociles que des chevaux. Brian grimpa à l’avant de l’attelage, sur lequel on avait chargé une cargaison d’épices venant de l’île de Mantsarrat, dans les pays du sud.

— Et surtout, ne t’approche pas des montagnes à l’ouest, le mit en garde Sanief. Au-delà, c’est le territoire de ces barbares de Tyrens. Je ne veux pas perdre ma cargaison, ni mon Elgwan, ni mon livreur prometteur !

Après qu’il se fut assuré que son livreur avait bien compris ses instructions, il donna une tape sur la cuisse de l’Elgwan et la charrette se mit en route.

Tout sourire, Brian passa pour la deuxième fois les immenses portes au nord de Marcuria, puis il se dirigea vers la forêt d’Eru à l’ouest. Elle ressemblait à celle de Riverwood, en bien plus petite, et il la traversa rapidement sans rencontrer d’autres bandas ni d’autres créatures, hormis quelques oiseaux aux couleurs criardes.


***


En fin de matinée, Brian avait atteint Eruden. Le village comptait moins de deux cents habitants, qui vivaient dans des cabanes en bois rudimentaires, au pied des collines qui marquait la frontière entre le territoire d’Ayrede, où se situait Marcuria, et celui de Tyren à l’ouest. Brian trouva facilement son lieu de livraison : la seule taverne du village. Après avoir déchargé sa cargaison, il s’installa à l’intérieur et demanda au tenancier un repas chaud. Il n’y avait qu’une autre table d’occupée dans l’établissement : trois aventuriers dolmaris, des humanoïdes à la peau bleue, en train d’étudier une carte avec le plus grand sérieux. En les écoutant, Brian comprit qu’ils projetaient de grimper au mont Tireney en quête de la célèbre lance d’argent de Gorimon. D’après la légende, que Brian avait lue à l’Enclave, cette lance serait un puissant artefact magique qui aurait été taillé il y a fort longtemps à partir du métal argenté du mont Tireney, à la demande de l’empereur de Baksheva, un empire des terres du Sud. Cette lance serait capable de tuer le Dragon Blanc, une créature ancestrale de l’espèce des Draickins. Beaucoup prenaient cette histoire pour une légende, inventée de toutes pièces par l’empereur de Baksheva, tandis que d’autres la considéraient comme véridique et recherchaient cet artefact depuis des années.

Il regarda les trois Dolmaris quitter la taverne, puis décida qu’il allait lui aussi explorer un peu les environs. Sanief lui avait donné jusqu’au coucher du soleil et il n’en saurait rien s’il faisait un petit crochet avant de rentrer à Marcuria. Et il espérait tout de même rencontrer d’autres créatures exotiques !


***


Arrivé au sommet des collines frontalières, Brian se retrouva devant une immense plaine marécageuse s’étendant à l’ouest. Plusieurs villes et villages étaient visibles, surtout le long de la côte.

« Voici donc le dangereux territoire des Tyrens », pensa Brian, nullement impressionné.

Le conseil d’Ayrede faisait tout pour maintenir des relations pacifiques avec Tyren, mais d’après ce qu’il en savait, les négociations étaient souvent difficiles. Brian se tourna vers le nord et aperçut un lointain sommet, dominant tous les autres et reflétant les rayons du soleil. Pour l’avoir déjà vu en illustration dans des livres, il devina qu’il s’agissait du mont Tireney vers lequel les trois aventuriers de la taverne devaient se diriger à présent. Il se dit que de là-haut, le panorama devait être splendide. À ce moment-là, son regard fut attiré par une créature qui volait au-dessus des montagnes à quelques kilomètres au nord d’Eruden. Il ne l’aperçut que brièvement avant qu’elle ne passe derrière un pic rocheux, mais il avait eu le temps de noter sa forme singulière.

« On aurait dit un Dragon ! » pensa-t-il. « Est-ce que ça pourrait être le... »

Une boule de feu jaillit du bas des collines et lui frôla le visage. Instinctivement, Brian recula et tomba à la renverse.

— Ne t’avise pas de pénétrer à Tyren, faiblard d’Ayredien ! aboya une voix forte et glaçante.

Brian se releva et passa prudemment la tête par-dessus le rocher sur lequel il se tenait précédemment. En contrebas se trouvait une dizaine de créatures humanoïdes hideuses à la peau marron, dont les visages ressemblaient à des bulldogs furieux. L’une d’elles avait un bâton au bout duquel une flammèche dansait. Lorsque la troupe commença à remonter vers lui, Brian rebroussa chemin, le cœur haletant. Il dévala la colline à toute jambe, s’en voulant de ne pas avoir écouté les conseils de Sanief. Son pied ripa sur une pierre plusieurs fois, manquant de se casser la figurer. Alors qu’il avait presque rejoint la route menant à Eruden, la même voix aboya derrière lui :

— C’est ça, cours te cacher, chien l’Ayredien !

Il se retourna et aperçut la troupe l’observant depuis le sommet des collines. Sans demander son reste, il passa hors de leur vue derrière un éperon rocheux et récupéra sa charrette à Eruden.

Lorsqu’il reprit la direction de Marcuria, il surveilla avec anxiété l'ouest, mais fort heureusement, il n’y vit aucune trace des Tyrens. Soulagé, il décida de ne rien de cet événement à Sanief. Mais une chose était sûre à présent : il resterait loin du territoire des Tyrens.


***


5 mois depuis le passage

Marais proches du Mont Tireney - Arcadia


Équipé de son sac à dos et de bonnes chaussures, qu’il avait achetées au marché de Marcuria, Brian se tenait sur une colline qui surplombait de vastes marais s’étendant à perte de vue. L’odeur fétide qu’ils dégageaient et les nombreux insectes bourdonnant au-dessus des eaux marécageuses ne donnaient pas envie de s’y engager. Pourtant s’il voulait atteindre le mont Tireney, il lui fallait les traverser. Plusieurs groupes d’aventuriers disaient avoir aperçu le Dragon Blanc à son sommet lors de leurs excursions récentes et Brian ne voulait pas rater cette occasion de voir l’un des Draickins. Ces créatures étaient à l’origine même du Partage de la Terre en deux mondes distincts !

Faire un détour par le nord pour éviter ces marais lui aurait pris trop de temps. Déjà qu’il avait été difficile d’obtenir de Sanief quelques jours de vacances – ici les congés payés n’existaient pas - il ne devait pas trainer en route.

Le marchand l’avait envoyé régulièrement autour de Marcuria depuis sa première livraison réussie au village d’Eruden. Et chaque fois Brian avait été efficace et était rentré dans les temps. Sanief avait donc fini par accéder à sa demande, mais lui avait octroyé seulement cinq jours de congés au lieu des dix que lui réclamait Brian. Le riche marchand était dur en affaires !

Brian descendit la colline et observa les multiples mottes d’herbes qui parsemaient les marais visqueux et brumeux. On racontait qu’un certain nombre d’aventuriers mal équipés y avaient péri en s’embourbant dans la vase. Presque personne ne passait par ici et il ne fallait pas compter recevoir de l’aide en cas de pépin. Brian sortit de son sac à dos une fiole contenant un liquide bleu. Il en but quelques gouttes et sentit un picotement dans ses chaussures. Avec appréhension, il mit un pied sur l’eau verdâtre et sourit en voyant qu’elle soutenait son poids. Il commença à progresser à la surface du marais, au début en marchant puis, à mesure qu’il prenait confiance, en accélérant jusqu’au pas de course.

« Cette potion "Marche sur l’eau" est extraordinaire », pensa-t-il. « Si on m’avait dit qu’un jour je voyagerais dans un monde parallèle et que je pourrais y jouer à Jésus ! »

Il avait économisé plusieurs mois pour pouvoir acheter divers objets magiques au marché de Marcuria. C’était fou le nombre de potions que les alchimistes de ce monde y vendaient : boule de feu, foudre, glace, sommeil, télékinésie, invisibilité, etc. Et les magiciens pouvaient également enchanter n’importe objets du quotidien pour lui octroyer une capacité particulière.

Brian traversa à vitesse grand V les marais, buvant régulièrement du liquide bleuté quand il sentait que l’effet du sort s’estompait. En fin de journée, il avait atteint l’autre côté, où l’attendait une épaisse forêt. Au-dessus des cimes des arbres, on apercevait le mont Tireney, teinté de l’orangé du soleil couchant. Il trouva une belle clairière pour passer la nuit. Grâce à une autre potion, de couleur rouge cette fois-ci, il démarra sans effort un feu qui lui permit de cuire son dîner : de la viande d’Elgwan, qui était très proche du goût du poulet, avec des légumes.

À la nuit tombée, il se glissa sous sa couverture en laine et sourit en sentant son corps se réchauffer. Il l’avait fait enchanter par un sort de chaleur, ainsi, il n’aurait jamais froid, même lorsqu'il dormirait au sommet du mont Tireney. Tandis qu’il observait le ciel étoilé, Brian se remémora les mises en garde de Tobias concernant la dangerosité de la magie.

« Cet Istrum est vraiment ridicule ! » pensa-t-il en fermant les yeux.


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