Brian Westhouse backstory

Chapitre 9 : Marcuria

2374 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 16/12/2025 11:33

1er jour depuis le passage

L’auberge du voyageur - Marcuria - Arcadia


Brian se trouvait devant le petit pont de pierre passant au-dessus du canal à l’eau turquoise. Avec amusement, il regarda l’enseigne qu’il avait été incapable de déchiffrer dans son rêve : à présent son cerveau traduisait sans difficulté « L’Auberge du voyageur ». Il n’avait aucune idée de comment il était possible qu’il ait appris à lire et à parler cette langue universelle juste en écoutant un banda pendant quelques secondes, mais après tout, il était à Arcadia, le monde de la magie !

Il monta les trois marches qui donnaient accès au pont, le franchit et pénétra dans l’établissement. À l’intérieur, il trouva une belle et chaleureuse taverne où tout était en bois, du mobilier au comptoir en passant par les étagères truffées de bibelots et de livres. Une dizaine de tables accaparaient la majorité de l’espace et quelques-unes étaient occupées par des clients, dont certains avaient la peau bleue. Ils parlaient fort et riaient de bon cœur en mangeant et buvant tout leur saoul, comme dans toute bonne taverne. Au fond à gauche de la pièce, une femme trapue aux longs cheveux châtains, qui semblait être la tenancière, se tenait derrière le comptoir et préparait des boissons.

En s’asseyant à une table, Brian sentit quelque chose de dur dans sa poche. Il sortit la montre à gousset que Manny lui avait donnée et constata que le mécanisme pour la remonter s’était cassé. Certainement lors de sa chute à son arrivée.

— Qu’est-ce que je vous sers l’ami ? demanda la tenancière de sa voix forte, mais accueillante. Elle avait de longs cheveux châtains détachés et portait un tablier blanc par-dessus une robe vert pomme.

— Et bien… je ne suis pas du coin, balbutia Brian.

— Ça se voit ! dit-elle en regardant ses vêtements. D’où est-ce que vous venez ?

Brian hésita à lui dire la vérité, après tout, il ne savait pas si les gens de Stark étaient bien admis à Marcuria.

— De très loin... à l’ouest.

La tenancière le dévisagea d’un air suspicieux.

— Vous n’êtes pas de mèche avec les Tyrens au moins ? lança-t-elle les sourcils froncés.

Mais voyant que Brian ne comprenait pas de quoi elle parlait, elle écarquilla les yeux.

— Vous venez de l’autre côté. De Stark !

Mal à l’aise, Brian regarda autour de lui, mais personne ne semblait se soucier de lui.

— Oh ne vous inquiétez pas l’ami ! On voit rarement des gens de Stark par ici, mais ils sont tout de même les bienvenus. Comment vous appelez-vous ?

— Brian Westhouse.

— Je suis Benrime Salmin. Vous aimez le vin ?

Brian hocha la tête et elle repartit derrière son comptoir, puis revint avec une chope remplie à ras bord.

— Cadeau de la maison pour votre arrivée à Marcuria. C’est de l’Irhadien, un de mes meilleurs !

Avec appréhension, il gouta sa première boisson arcadienne. Quand le liquide rouge bordeaux entra en contact avec sa langue, il découvrit des arômes dont il ne soupçonnait pas l’existence.

— C’est si doux, fruité et épicé ! s’exclama-t-il. On n’a rien qui ressemble à ça à Stark.

— Content que ça vous plaise. Vous êtes arrivé ici volontairement ou par accident ?

— Par accident ? Que voulez-vous dire ?

— Certains franchisseurs passent parfois d’un monde à l’autre sans le souhaiter.

— Pour être honnête, je ne suis pas l’un d’entre eux. On m’a dit que… l’Équilibre m’appelait de ce côté-ci, mais je ne sais pas encore vraiment ce que ça veut dire.

Benrime dévisagea à nouveau Brian, incertaine.

— Vous devriez vous rendre à la Sentinelle. Ce genre de chose est de leur ressort.

— On m’a parlé de cette organisation à Stark. Où puis-je la trouver ?

— Remontez la rue jusqu’au bout, puis prenez à droite. Vous arriverez sur la place du marché. Le temple de la Sentinelle est juste à côté, vous ne pouvez pas le louper.

Brian avait mille questions à lui poser, mais Benrime reporta son attention sur un couple qui venait de s’installer à l’autre bout de la pièce.

— Je dois aller m’occuper de mes clients maintenant.

— Oui, bien sûr. Merci pour le verre.

Il but sa chope en appréciant à nouveau ce merveilleux nectar tout en s’imprégnant de l’ambiance de l’auberge du voyageur. Les conversations semblaient tourner autour des mêmes thèmes qu’à Stark : le travail, la politique, la météo et les potins. Certains des clients présents étaient des marins trimant sur un bateau marchand en provenance d’une île appelée Ge’en. Ils profitaient d’être à quai pour faire la fête avant de repartir le lendemain vers un lieu nommé « la baie de feu ». À nouveau Brian eut l’impression d’avoir été téléporté dans un conte de fées.

Il termina sa chope puis quitta l’auberge du voyageur. En suivant les instructions de Benrime, il arriva sur une place avec de nombreuses étales où les marchands devisaient bruyamment avec les locaux. Le temple de la Sentinelle était juste en face : une immense tour ocre agrémentée de symboles picturaux bleus à sa base. Un large escalier permettait d’accéder aux lourdes et hautes portes de bois qui marquait son entrée.

Brian les contempla un instant, se demandant s’il fallait frapper. Comme il ne voyait aucun autre moyen de manifester sa présence, c’est ce qu’il fit. Personne ne vint et il se dit qu’il allait trouver de l’aide au marché. Mais au moment où il faisait demi-tour, les portes s’ouvrirent, couinant sur leurs énormes gonds. Un grand homme grisonnant, portant une toge blanche et un bâton, apparut.

— Bienvenue, fils de l’Équilibre. Qu’est-ce que la Sentinelle peut faire pour vous ?

Il parlait comme un prêtre, avec beaucoup de dévotion.

— Je viens tout juste d’arriver en ville et on m’a dit de que la Sentinelle pourrait m'aider.

— Bien sûr, cela fait partie de nos attributions d’accueillir toute nouvelle personne à Marcuria.

D’un geste de la main, le prêtre l’invita à entrer dans le temple. Après un instant d’hésitation, Brian le suivit à l’intérieur. Il y faisait sombre, la lumière ne parvenant que par quelques fenêtres aux motifs complexes. Celle-ci révélait un environnement sobre et austère : seules quelques colonnes et peintures murales décoraient l’édifice. Le prêtre guida Brian jusqu’à une table où ils s’assirent.

— Je me nomme Norgaar et je suis le Vestrum de la Sentinelle de Marcuria.

— Brian Westhouse. Je viens de… l’autre côté.

Les sourcils du prêtre se soulevèrent.

— Oh, un Starkien ! Cela fait assez longtemps que nous n’en avions pas vu par ici. Soyez le bienvenu à Arcadia. Est-ce qu’on vous a déjà expliqué l’histoire du Partage ?

Brian hocha la tête.

— Dans les grandes lignes. Mais on ne m’a pas précisé le but de votre ordre.

— Je vois, dit Norgaar en joignant les mains. La Sentinelle est une organisation ancestrale qui veille sur l’Équilibre à Arcadia, depuis que la Terre a été divisée en deux mondes, il y a plus de dix mille ans. Nous, les Pères, transmettons de génération en génération l’histoire du Partage, afin que ce ne soit pas oublié.

— Vous voulez dire qu’ici, tout le monde est au courant de l’existence de Stark ?

Norgaar hocha la tête.

— Hormis quelques dissidents.

— Mais comment se fait-il qu’à Stark presque personne ne sache qu’Arcadia existe ?

— Car au fil du temps la Sentinelle a là-bas perdu son pouvoir. Les gens se sont détournés de ce savoir ancestral au profit de la technologie, bien plus rassurante et concrète, et ont oublié petit à petit notre monde. La magie d’Arcadia est devenue un mythe que vous pouvez ressentir à travers vos contes de fées.

Des pas résonnèrent en provenance du fond du temple et un autre prêtre, beaucoup plus jeune et portant une toge grise, s’approcha d’eux.

— Je vous présente Istrum Tobias, mon apprenti. Voici Brian Westhouse de Stark.

Tobias fit un léger signe de tête, puis s’assit à côté de Vestrum Norgaar.

— Alors, pourquoi êtes-vous venu à Arcadia, Brian ?

— À vrai dire, je ne sais pas vraiment. Manny… c’est l’homme qui m’a parlé d’Arcadia… il m’a dit que l’Équilibre m’appelait ici. Pourtant je ne suis pas un franchisseur.

Les deux Sentinelles tressaillirent, puis Tobias énonça sèchement :

— Dans ce cas vous ne devriez pas être là ! Seuls les franchisseurs peuvent passer la fracture sans menacer l’Équilibre.

Vestrum Norgaar fixa Tobias avec sévérité et celui-ci rougit.

— Veuillez m’excuser, ce n’était pas très poli, Mr Westhouse.

— Il est vrai qu’il ne faut pas prendre à la légère le fait de traverser le Partage, dit Norgaar avec tempérance. L’Équilibre entre la Science et la Magie doit être maintenu pour que les deux mondes puissent coexister. Comment êtes-vous arrivé à passer la fracture ?

Les deux hommes dévisageaient Brian avec suspicion. Alors il relata sa rencontre avec Manny en Inde jusqu’au rituel de passage au monastère Dirapuk. Tobias se semblait pas convaincu par son histoire, mais Norgaar se détendit quelque peu.

— Puisque vous êtes arrivé jusqu’à Arcadia par ce « rituel », j’imagine que cela veut dire que l’Équilibre vous accepte ici, continua le Vestrum. Qui est ce Manny dont vous avez parlé ?

— Aucune idée. Il possède des dons surnaturels - du moins pour nous à Stark, ils le sont - mais j’ignore sa vraie identité. Je crois qu’il préfère que les gens pensent qu’il est un simple vagabond.

Une lueur d’intérêt passa sur le visage du Vestrum.

— Cet homme se fait-il parfois appeler Cortez ? demanda-t-il.

— Les moines du monastère qui m’ont envoyé ici, ils 'adressaient souvent à lui par ce nom. Vous le connaissez donc ?

Norgaar et Tobias échangèrent un regard entendu.

— Nous le savons, mais je ne peux vous révéler qui il est, énonça le Vestrum en se penchant en avant les mains jointes. Qu’a-t-il dit d’autre à propos de votre passage à Arcadia ?

Brian était de plus en plus irrité par l’attitude méfiante de ces prêtres.

— Pas grand-chose malheureusement. Que « les choses s’accéléraient » et que ma présence ici était nécessaire. Et que vous, la Sentinelle, pourriez sûrement m’aider.

Il avait prononcé cette dernière phrase en levant le ton.

— Hum je vois, je vois, murmura Norgaar en réfléchissant. La situation ici dans les Pays du Nord devient préoccupante. Certaines forces s’élèvent contre notre ordre depuis de longues années et commencent à prendre une ampleur plus qu'inquiétante.

Brian secoua la tête.

— Je ne comprends pas le rapport de tout ceci avec moi. Je ne connais même pas votre monde ! Ce qui m’a poussé à accepter le rituel de passage, c’est avant tout pour découvrir la magie.

— Bien sûr, bien sûr. Mais l’Équilibre ne vous aurait pas permis de venir à Arcadia juste pour faire du tourisme...

Brian resta perplexe, puis il se souvint de quelque chose. Il sortit quelque chose de sa poche.

— Manny, ou Cortez si vous préférez, m’a donné cette montre avant de partir et m’a dit que « quand son cœur battrait à nouveau, il le saurait ». Est-ce qu’au moins vous comprenez ce que cela signifie ?

Le Vestrum prit la montre entre ses mains calleuses et l’observa.

— Hum, je ne vois pas à quoi sert cet objet.

— Moi non plus, mais il est empreint d’une puissante magie, dit Tobias.

— C’est une montre, expliqua Brian. Elle permet de mesurer le temps qui passe. Mais en arrivant à Arcadia, j’ai cassé le mécanisme qui la fait fonctionner.

Norgaar haussa les épaules et lui rendit la montre.

— Je ne peux vous en dire plus hormis le fait qu’elle est magique, comme l'a précisé Tobias. Gardez-la précieusement. Si Cortez vous l’a donné, c’est qu’il y a une raison particulière.

Frustré, Brian rangea la montre. Dire que Manny avait sous-entendu que cette Sentinelle pourrait l’aider. Pour l’instant il trouvait leur accueil bien moins chaleureux que celui de Bandu-Uta !

— Pensez-vous vous installer à Marcuria ? demanda Norgaar.

— Et bien... je n'ai pas vraiment d'autre endroit où aller pour le moment. Mais je n’ai pas d'argent alors...

— Ne vous inquiétez pas pour ça. Il faudra juste vous rendre au conseil de la ville, qui prendra vos coordonnées et vous attribuera un logement gratuitement.

— Vraiment ? s’étonna Brian.

— Et on vous donnera aussi une aide financière de 50 Arens. C’est la monnaie qu’on utilise dans les Pays du Nord. Ensuite vous devrez trouver un emploi pour subvenir à vos besoins. Que faisiez-vous comme métier à Stark ?

— J’étais journaliste-reporter.

Les deux Sentinelles affichèrent leur perplexité.

— Je bourlinguais à travers le monde pour rencontrer des peuples sur lesquels je réalisais des reportages... ce sont des genres de compte-rendu... sur leur manière de vivre, leur culture et leurs croyances.

— Hum je vois, dit Norgaar. Nous n’avons pas ce genre de métier à Marcuria. Mais si vous aimez voyager et n’êtes pas malade en mer, les capitaines au port cherchent souvent des marins pour compléter leurs équipages. Et les marchands au marché recrutent aussi régulièrement des livreurs.

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