Brian Westhouse backstory
18 mars 1934
Monastère Dirapuk - Tibet
Brian s’était dit que, si son reportage arrivait à bon port jusqu’à Barcelone, peut-être parlerait-on de sa disparition un jour ou l’autre. Et que d’autres aventuriers viendraient prochainement au monastère à sa recherche. Ne sachant pas combien de temps il allait rester à Arcadia, il avait donc rédigé une lettre où il les incitait à passer le rituel pour le rejoindre de l’autre côté. Il la laisserait derrière lui avec toutes ses affaires. En effet le lama supérieur lui avait indiqué que tout objet venant de Stark qu’il emporterait avec lui rendrait son passage vers Arcadia plus difficile. La seule chose, hormis ses vêtements, qu’il prendrait avec lui, serait donc la montre à gousset que Manny lui avait confié et une gourde.
Alors que Brian reposait sa plume dans l’encrier, le lama supérieur vint le trouver et lui annonça que le rituel était prêt. Mélangé entre l’excitation et la peur, le désormais ancien journaliste suivit le moine à travers les couloirs du monastère, ornés de torches et de moulins à prières, pour arriver dans la salle réservée aux rituels. Au centre de celle-ci se trouvait une estrade circulaire en pierre, sur laquelle étaient posées plusieurs bougies autour des quatre moines les plus expérimentés. Ceux-ci priaient en cercle depuis l’aube. Il leur avait fallu plus de douze heures de préparation afin que Brian puisse passer la facture entre les mondes. Alors que le lama supérieur lui indiquait de monter au centre de l’estrade, le cœur de Brian se mit à battre la chamade et il déglutit avec difficulté.
« Et si je me trompais ? Peut-être aurais-je dû rentrer à Barcelone au lieu de me lancer dans l’inconnu ? » pensa-t-il soudainement.
Mais maintenant il était trop tard pour faire demi-tour. Une fois en position au centre de l’estrade, les moines commencèrent à chanter. Des picotements parcourent tout le corps de Brian, en même temps qu’une lueur bleue tournoyante apparaissait autour de lui. Il sentit alors une force invisible qui le souleva, puis, comme si un puissant trou de ver le happait. Le monastère et les moines se distordirent tandis que la lueur bleue englobait tout son champ de vision.
***
Lorsqu’elle se dissipa, Brian chuta dans le vide et heurta le sol. Puis son corps roula jusqu’à s’arrêter contre un objet dur. Il ouvrit les yeux et vit qu’il était au pied d’un grand arbre semblable à un chêne. Les rayons du soleil filtraient à travers ses feuilles et szq gazouillis d’oiseaux lui parvenaient. Il se sentait lourd et fatigué, comme s’il avait été anesthésié avec de l’éther. En s’appuyant sur le tronc de l’arbre, il réussit tout de même à se relever. Il constata qu’il faisait relativement chaud, contrastant avec la froideur de l’hiver du monastère.
« Est-ce l’entre les mondes dont Manny m’a parlé ? » se demanda-t-il sceptique.
Tout à coup, le sol se mit trembler et il fut pris de panique. Une mélodie se rapprochait à grande vitesse, puis à quelques mètres de Brian, un dôme de terre se forma. Il recula lorsqu'une créature ressemblant à une taupe géante en émergea. Quand celle-ci l’aperçut, elle se replia sur elle-même, prête à retourner dans sa galerie. Mais elle hésita, voyant que Brian était aussi pétrifié qu’elle, puis elle s’avança d’un pas timide vers lui. Avec une voix similaire à celle d’un enfant, elle s'exprima dans une langue très étrange et inconnue de Brian. Ce dernier secoua la tête et la taupe parla à nouveau. Ce coup-ci il saisit quelques termes : un mix d’anglais et d’espagnol. La créature semblait lui demander qui il était, mais il n’en était pas sur. Elle conversa une troisième fois et il comprit presque tous les mots :
— Qui es-tu humain ? Est-ce que tu es aquí pour me hacer du mal ?
— Tu parles anglais ! s’étonna Brian.
Les yeux de la taupe se plissèrent, pleins de malice, puis elle parla avec un anglais impeccable.
— Je ne sais pas ce que c’est « l’anglais ». Ici tout le monde utilise la langue universelle, le Na’ven.
Le visage de Brian s’éclaira : Manny l’avait prévenu qu’il lui faudrait un petit temps pour qu’il comprenne les habitants d’Arcadia.
— Comment vous appelez vous ? demanda la taupe.
Le voyageur regarda la forêt autour de lui, comme un enfant perdu avant de répondre.
— Brian Westhouse. Et toi ?
— Bandu-uta-matuta-uiaten-aiama-binaort, énonça la taupe à toute vitesse.
— Et bien, content de connaître Bandu-uta-matatu… heu.
La taupe rit encore un fois.
— Nous, les bandas, avons des noms aussi longs que nos galeries. Mais les humains n’arrivent pas à les retenir la plupart du temps ! Alors vous pouvez m’appeler juste Bandu-Uta.
Brian hocha la tête, puis il observa le trou par lequel la créature avait émergé.
— Es-tu un genre de... de taupe ?
Le visage de Bandu-uta s’attrista.
— C’est comme ça que les humains nous appellent. Mais le vrai nom de mon peuple, c’est les bandas !
Brian jeta un œil à la végétation luxuriante qui les entourait, puis regarda de nouveau la créature : il se sentait comme transporté à l‘intérieur d’un conte de fées.
— Où est-ce que nous sommes ?
— Dans la forêt de Riverwood. Au nord de Marcuria.
Le regard de Brian s’éclaira.
— C’est là-bas que je dois me rendre. Pourrais-tu m’y conduire ?
Bandu-Uta baissa les yeux vers le sol, gêné.
— Oh là là, non ! Les humains n’aiment guère les bandas et nous chassent dès que nous approchons trop des villes… Mais je peux vous guider jusqu'à la route à la lisière de la forêt. Vous n’aurez qu’à la suivre et cela vous amène devant les portes de Marcuria.
***
Alors qu’il talonnait Bandu-uta à travers les bois de Riverwood, Brian se demanda pourquoi il était arrivé directement à Arcadia sans passer par l’entre les mondes dont Manny lui avait parlé. Il fut soudainement pris d’un vertige et quelques flashs apparurent dans son esprit : un ciel bleu et un arbre mort, puis un homme maigre tenant un bâton suivi d’une fumée noire et épaisse qui le pourchassait.
— Est-ce que ça va, Mr Westhouse ? questionna Bandu-Uta avec inquiétude.
Brian revint à la réalité et hocha la tête.
— Oui, je … je suis juste un peu fatigué du voyage.
Ils reprirent leur chemin et Brian se demanda si ces flashs étaient des souvenirs d’entre les mondes ou s’il s’agissait d’un simple rêve. Voyant la beauté de la végétation luxuriante de la forêt de Riverwood, il mit ses questionnements de côté : peu lui importait ce qu’il s’était passé, il était arrivé sans encombre à Arcadia et il allait pouvoir l’explorer !
— D’où venez-vous, Mr Westhouse ?
— De très loin. Mais ce serait trop long à te raconter. Parle-moi plutôt de ton peuple. Les... bandas c’est ça ?
Bandu-Uta lui expliqua qu’il appartenait à une tribu vivant dans un grand village au cœur de la forêt de Riverwood. Et que leur principale activité était de « chanter la terre », ce qui leur permettait de creuser de très longues galeries, comme celle par laquelle était apparu le banda.
« Des taupes géantes qui chantent pour faire des tunnels ! pensa-t-il le sourire aux lèvres. « J’ai hâte de découvrir Arcadia et ses autres habitants ! »
***
Une heure plus tard, ils arrivèrent au bord d’un large chemin serpentant à travers des champs de hautes herbes.
— Marcuria est à seulement quelques kilomètres, énonça le banda en désigna des remparts à l’horizon.
— Merci Bandu-uta. Je suis heureux de t’avoir rencontré !
— Moi aussi, Mr. Westhouse. Peut-être nous reverrons-nous si vous repassez par la forêt de Riverwood ?
Le banda émit une belle mélodie et le sol commença à trembler, puis s’ouvrit devant lui. Il plongea le museau en avant dans la nouvelle galerie et la musique et les secousses s’éloignèrent petit à petit.
« Si ici toutes les créatures sont comme ce banda, cela va être sympathique d’explorer ce monde ! » pensa-t-il en souriant.
Il se mit en route vers la ville, traversant des champs dorés entourés par des montagnes. Sur plusieurs sommets, on apercevait d’immenses sculptures représentant des hommes soufflants dans un cor. Brian se demanda quelles étaient leurs significations. Plus loin, il passe devant quelques fermes autour desquelles d’étranges bovins, à mi-chemin entre la vache et le mammouth, paissaient paisiblement. Un couple de paysans travaillant leurs terres le saluèrent de la main au passage.
Quel accueil lui offrait Arcadia ! Toutes les peurs qu’il avait ressenties lors de son départ avaient disparu et il était plus qu’impatient d’arriver à Marcuria.
Les remparts de la ville mesuraient une trentaine de mètres de hauteur. Il s’approcha des immenses portes en bois grandes ouvertes, où étaient postés deux gardes de part et d’autre, ressemblant à des chevaliers gardant un château fort. Ils le saluèrent d’un signe de tête alors qu’il entrait à Marcuria. Brian reconnut immédiatement la ville qu’il avait vue en rêve la nuit précédente : les charrettes tirées par ces animaux étranges au long cou, les mêmes maisons de pierres et de bois aux toits d’ardoises et des odeurs identiques. Il se souvint de comment se terminait son songe et arrêta un vieil homme qui manchonnait une herbe en ses dents.
— Savez-vous où se trouve l’auberge du voyageur ? demanda-t-il.