The Legend of Zelda : Le dernier Cataclysme

Chapitre 15 : Le dernier refuge des Gorons

5035 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 11/06/2024 13:46

« - Au fur et à mesure de notre voyage, le paysage évolue de plus en plus. Regarde Link à quel point nous avons pris de la hauteur ! Nous faisons des progrès encourageants ! Est-ce vital pour toi de tirer cette tête d’enterrement en permanence ? 

- C’est bien parce que nous avons pris de la hauteur qu’on devrait être inquiet. »

Même si le jeune homme était en désaccord avec la princesse, celle-ci avait tout de même raison sur un point : ils voyageaient dans un tout autre niveau de la montagne. Pour commencer, la présence d’une route changeait vraiment leur manière de progresser dans cette région. Elle se constituait d’un mélange de terre séché et de roche qui serpentait à travers un léger dénivelé. Des grands pics en pierre s’élevaient un peu partout, même si aucun n’était aussi haut que le cratère de la Montagne de la Mort, qui grossissait de façon démentiel. Il était facilement visible y compris la nuit, les coulées de magma brillant dans l’obscurité.

Le souffle court, ils continuèrent de progresser, un pas après l’autre. Leur stock de remèdes ignifus avait fondu comme neige au soleil, ce qui ne consistait qu’une infime partie des désagréments rencontrés en chemin. Après les mésaventures de Link, ils avaient dû trouver une alternative pour escalader les dénivelés. Ils en étaient convenus qu’ils vaudraient mieux pour eux contourner les plus hauts dénivelés, et utiliser le grappin que dans les plus petites pentes, sans quoi ils mettaient leur vie en danger bien inutilement. Cette décision était sage, mais les avait beaucoup ralentis au cours des trois derniers jours. Cette marche pénible s’éternisait à leur grand déplaisir, et rien ne pouvait égayer les journées passées dans le terrible volcan d’Ordinn, pas même la positivité de la princesse, qui se retrouvait instantanément confronté au sérieux de Link.

« - Ton inquiétude pour le sort des gorons est tout à fait justifiée, je la partage moi aussi. Mais par pitié, qu’est ce qui t’empêche d’être ne serait-ce qu’un peu heureux d’être bientôt à notre destination ? »

Link tourna la tête vers le cratère, plus proche que jamais.

« - Je ne le sens pas. Toute cette situation, c’est comme si elle…

Comme si elle me rappelait de mauvais souvenirs, ajouta-t-il pour lui-même.

- Nous verrons vite si tes appréhensions sont légitimes, le village Gorons n’est plus très loin. »

La route s’élargit nettement, et se dirigeait en ligne droite devant une grande arche. Il s’agissait de l’accès principal au village, qui tenait plus du bric-à-brac de métal que du portail. Quelques torches placées à côté servaient de balise, et un grand écriteau en métal trônait tout en haut de l’arche. Link comme Zelda se retrouvèrent dans l’incapacité de déchiffrer le panneau, écrit dans la langue du peuple du feu. La jeune femme se stoppa net devant l’arche.

« - Je n’entends aucun bruit, nous sommes pourtant arrivés ? »

Link tendit l’oreille, mais n’entendit effectivement aucun son. À cette heure-ci, les gorons étaient censés être actif. Ils auraient dû entendre le tintement métallique des pioches frappant la roche, le cri des vendeurs de pierres précieuses exhortant les voyageurs d’acheter leurs produits… À la place, seul un lourd silence les accueillit, pas même un soldat pour garder l’entrée. Link parvint à articuler une phrase, essayant de se montrer persuasif sans faire paniquer la princesse.

« - Zelda, pressons-nous. »                       

La jeune femme acquiesça en silence. 

Même si je crains que nous ne soyons arrivés trop tard, pensa-t-il alors.

Ils entrèrent enfin dans le village Goron, l’étape la plus importante du début de leur voyage. C’était la consécration de plusieurs jours d’effort, ils auraient dû être heureux, ils devraient être en train de se présenter au chef du village, demander l’asile et raconter leurs aventures. Mais rien de tout cela ne pouvait arriver, et pour cause : le village était vide, laissé à l’abandon, comme si personne n’y avait jamais habité.

Link et Zelda continuèrent d’emprunter le chemin qui serpentait cette fois-ci au milieu d’étranges habitations. À l’image de l’arche à l’entrée, les maisons semblaient avoir été assemblées dans le plus grand des hasards. Une pièce de vie creusée à flanc de montagne, quelques tôles en métal ici et là, et une lanterne. Ce schéma se répétait un peu partout, avec quelques fois des alternatives. Une tôle était dressée étrangement haute dans le ciel dans ce lieu précis, puis une autre maisonnette à côté était construite dans un rocher à la forme étrange, une autre encore était anormalement grande, ou anormalement petite. Ainsi, tout cet aléatoire formait une petite ville autant charmante qu’organisée dans son désordre. Malheureusement, ce charme fut vite brisé par l’ambiance oppressante du lieu. Link se sentait épié.

Ils arrivèrent devant la place du village, où seul résidaient quelques étals renversés et abandonnés. Link tourna sur lui-même pour apercevoir plein de ces étranges maisons propres aux gorons qui avaient été construite autour de la place.


CRAC


Link entendit un vase se fracasser derrière lui. Il se retourna, et plissa les yeux pour essayer de voir ce qui se trouvait à l’intérieur de l’habitation d’où provenait le bruit. La pièce principale était plongée dans la pénombre, l’empêchant totalement de voir ce qui pouvait s’y passer à moins de s’en approcher.

Quatre bâtisses, toute avec une entrée large et plongée dans l’obscurité, sans compter au moins une- demi-douzaine d’angles mort tout autour de la place où il serait aisé de se cacher… L’endroit est parfait pour une embuscade. 

Link mit instinctivement la main à son fourreau dans son dos. Zelda fut alertée par la réaction de son chevalier servant, elle sortit donc son glaive, se mettant sur ses gardes. Ils s’avancèrent très lentement vers l’une des maisons, tous deux très concentrés, s’imaginant des milliers de scénarios. Aucun des deux ne devinèrent où se terrait la véritable menace.

Venant de derrière eux, un nouveau son, très strident cette fois-ci, perça le silence. Sans perdre une seconde, Link se retourna dans un mouvement de hanche et de jambes très fluide, tout en dégainant son épée. Cette dernière vint instantanément trancher la chair d’un monstre qui comptait les attaquer dans leur dos.

Une peau aussi rugueuse qu’écailleuse d’un rouge terne, quelques pièces d’armures couvrant la colonne vertébrale, une allure reptilienne et un long museau semblable à celui d’un caméléon, sans oublier des petits yeux verts empreints de fourberie… Leur agresseur n’était autre qu’un lézalfos ! Ce genre de monstre commun en Hyrule s’était adapté à tout climat et toute région. Ils avaient pour habitude de vivre groupés, se camouflant parfois en prenant la couleur de leur environnement. Les lézalfos étaient connus pour être des créatures sociales et intelligentes, exactement comme les bokoblins.

« - Soyez sur vos gardes Zelda, j’ai bien peur que nous soyons encerclés ! »

Encore des rugissements stridents. Deux autres lézalfos armés de lances déboulèrent face à Link. Le jeune élu para leur coup de son bouclier sans la moindre difficulté, puis força les monstres à reculer en balayant l’espace devant lui de son épée. Trois autres encore arrivaient cette fois-ci du côté de Zelda, armés cette fois-ci de glaives. Ils leur tournaient autour, les encerclaient lentement.

« - Ils sont trop nombreux pour que je puisse m’en débarrasser, ainsi que vous défendre en même temps. »

La princesse lui répondit d’une voix mal assurée.

« - Je pense pouvoir en retenir quelques-uns au corps-à-corps. »

Link décida d’attaquer l’un de ses adversaires. Il lui porta un coup d’estoc avec beaucoup de vitesse, mais le lézalfos, absolument pas surpris, l’esquiva d’un grand bond vers l’arrière. L’attaque eut au moins l’effet de le faire reculer.

« - Je ne peux pas me contenter d’un simple je pense. »

Immédiatement après la fin de sa phrase, un autre lézalfos fondit sur la princesse. Link prit la main de Zelda pour la faire reculer, avant d’encaisser l’assaut du monstre reptilien à sa place. Il contre-attaqua férocement, parvint même à blesser son adversaire avant que deux autres lézalfos ne viennent à la rescousse de leur confrère. L’un d'entre eux tenta d’embrocher le jeune héros. Link empoigna alors la lance par l’embout avant qu’elle ne le transperce. Surpris de la manœuvre, le monstre ne put esquiver l’épée qui vint s’enfoncer dans son crâne.

Pas le temps de célébrer la mise à mort de l’une des créatures reptiliennes, il se prit un coup de queue dans le torse de la part de l’autre lézalfos. Légèrement sonné, il recula, continuant tant bien que mal à se protéger des attaques qui arrivaient de toutes parts. Derrière lui, la princesse aussi rencontrait des difficultés. N’ayant même pas pu égratigner l’un de ses adversaires, elle reculait, perdait du terrain jusqu’à ce qu’elle se retrouvât dos à dos avec Link.

« - Une petite idée pour nous sortir de là ? » cria Zelda sans cacher sa panique.

Link mit son épée en garde. Deux lézalfos de son côté, deux autres aussi du côté de Zelda. Il pourrait facilement tuer le premier qui lui viendra dessus… Mais après ? Totalement à découvert, il risquait une très fâcheuse blessure. Sans compter que la jeune femme aussi devait rester en vie. Il n’avait aucune alternative et les monstres n’étaient absolument pas prêts à négocier quoi que ce soit. Ils ne feront preuve d’aucune pitié.

Une voix masculine s’éleva dans l’air, criant sans grande conviction :

« - Hey, vous là-bas. J-Je… Arrêtez d’importuner les voyageurs hein, sinon… heu… »

D’un seul mouvement de tête, tous les monstres, ainsi que Zelda se tournèrent vers la source du bruit. Une forme humanoïde les avait interpellés. Elle était haute d’au moins deux mètres, tout en muscle, avec une peau dorée à la texture rocailleuse, des bras épais comme des troncs d’arbre, ainsi qu'une tête ronde et joufflue sur laquelle reposait quelques mèches de cheveux argentées.

« - Oui, vous là ! L-l-les monstres… C’est à vous que je parle ! »

Le goron venu à leur rescousse reprit sa respiration laborieusement, comme si le simple fait de parler à des lézalfos le vidait de ses forces.

Link était le seul encore concentré sur le combat, les lézards devant lui s’étant laissé distraire par la venue de ce curieux personnage. Le jeune élu ne laissa pas passer l’occasion, il donna un coup de coude à Zelda pour la prévenir, puis se jeta tout de suite après sur les deux adversaires face à lui. Il effectua une attaque tourbillonnante, qui pourfendit les monstres presque en même temps. Quelques secondes plus tard, ils se vidaient de leur sang, face contre terre, une expression empreinte de surprise et de terreur sur leur visage.

Le goron s’offusqua de l’action de Link.

« - Qu-Quoi ?! Pourquoi tu les as tués ? On aurait pu régler la situation pacifiquement ! Malheureux, ils vont se venger maintenant ! »

Les monstres face à Zelda constatèrent la mort de leurs alliés. Ils savaient qu’ils n’étaient plus en supériorité numérique, leur crainte face au féroce épéiste habillé en vert devint manifeste. À leur tour de reculer. Le premier prit la fuite en escaladant un pic de roche, mais un autre plus fourbe voulut profiter de la terreur du goron. Le voyant paralysé, il se jeta sauvagement sur lui dans un ultime élan meurtrier.

« - AAAAAH !!!! »

La victime de cette sournoise attaque hurla, ferma les yeux, et dans un réflexe de survie frappa de son énorme poing devant lui. Le lézalfos, dans l’incapacité d’arrêter sa course, se prit le coup de plein fouet. Son crâne fut complètement écrasé par la force de ce qui était censé être sa cible. Gisant quelques mètres plus loin, il s’éteignit à son tour.

Link se dirigea vers le goron, affaler par terre sur les genoux, en train de monologuer en chuchotant.

« - Quand est ce que tous redeviendra normal… 

- Tu nous as sauvés. Puis-je connaître ton nom ?

- Je… Je m’appelle Gomo.

- Tu n’as pas mal agi. En tuant ce monstre, tu as sauvé la princesse Zelda, et moi-même, son chevalier servant. »

À la mention de Zelda, les yeux de Gomo s’éclairèrent. Link s’en amusa. Le goron devant lui avait l’air jeune, introverti, et maladroit, ce qui posait un fort contraste avec son imposante carrure.

« - Vous êtes là pour aider mon peuple ? »

Zelda, qui les avait rejoints, participa à la conversation.

« - Nous ne sommes pas venu dans ce but précis, car nous n’avons pas la moindre idée de ce qui se trame ici. Nous comptons sur ton aide pour tout nous expliquer dans les moindres détails. »

La princesse mit la main sur son cœur.

« - Ensuite, moi, Zelda, princesse du royaume d’Hyrule, représentante de mon peuple dans ce territoire étranger, m’engage à aider ton village autant que possible. »

Gomo ne répondit pas. Il se leva, puis se dirigea vers les étals renversés pour ramasser des pierres précieuses étalés un peu partout au sol.

« - Bon, c’est pas tout, mais à la base, j’étais parti chercher à manger. Quoi ? Vous ne pensiez pas que je m’étais dirigé ici pour vous sauver ? J’ai même hésité à m’enfuir sans prendre de nourriture avec le raffut que vous faisiez. »

Le ventre du goron fut tordu par un horrible gargouillement.

« - Mais je n’ai pas su résister à la tentation. Puis j’ai aussi ma famille à nourrir. Bon, vous savez quoi, venez jusqu’à l’Abri, je vous expliquerais tout en chemin. »

Gomo emprunta une route légèrement dissimulée par l’une des maisons-cavernes. Il progressait facilement au sein du village, familier à la moindre irrégularité du terrain. Les deux hyliens le suivaient avec peine. Entre deux respirations saccadées, Zelda posa une question.

« - Alors… Gomo c’est ça ? Pourquoi il n’y a aucun goron dans le village ?  

- Il est arrivé un grand malheur il y a quelques jours. »

Il eut un frémissement.

« - Le tremblement de terre, vous l’avez remarqué ? Oui, je le vois à vos drôles de têtes, il vous a touché aussi. Les gorons en sont les premières victimes. Quand la Montagne à trembler, mon père, il est parti examiner le cratère avec tous les autres. Il m’a dit qu’il avait peur que ce soit trop dangereux pour moi. »

Gomo prononça cette dernière phrase avec une pointe de frustration.

« - Il paraissait très effrayé par la catastrophe. Il n’a pas osé me confier la raison de ses angoisses, il semblait simplement se sentir menacé par le cratère. Puis, ça l’arrangeait bien que je reste ici pour surveiller les petits. Ça va faire maintenant quatre jours qu’ils s’en sont allés. On n’a toujours pas la moindre nouvelle. Et en plus, des monstres viennent nous embêter, ce qui nous empêche de sortir. 

  - Tu as toute notre compassion Gomo, reprit Link. Je ne sais pas encore si tu es digne de confiance, mais je vais t’expliquer pourquoi nous sommes ici. Nous recherchons la source du courage, qui est censé se trouver justement au cœur de la région d’Ordinn, là où a l’air d’être parti ton père. Si nous nous y rendions, nous pourrions à la fois sauver ton peuple, et permettre à Zelda et moi-même d’accomplir notre mission. »

Surtout qu’il se pourrait bien que le tremblement de terre soit directement lié à la raison de notre venue, pensa Link.

« - Par nous, tu entends bien votre groupe ? Je ne suis pas inclus dedans ? » demanda Gomo avec crainte. 

Link réfléchit, et regarda Zelda avant de lui répondre.

« - Nous ne te connaissons pas vraiment, et c'est une mission capitale, donc en d'autres circonstances, j'aurais été opposé à cette idée. Mais d'un autre côté, un guide serait une aide inestimable ici, surtout que nous devons impérativement trouver un moyen autre que les remèdes ignifus pour pouvoir survivre à la température sur le long terme. Mais rien ne t’oblige à nous aider. »

Le paysage évoluait rapidement autour d’eux. Le petit groupe atteignit la bordure du village, où les maisons-cavernes avaient disparu au profit d’un environnement plus sauvage. Face à eux résidaient la dernière trace de civilisation du volcan : une étrange bâtisse qui ressemblait à un monolithe. Taillée à même la roche, très haute et large, elle s’élevait comme un dernier rempart, un phare dans la nuit pour le village Goron. Gomo s’avança vers une petite porte ronde qui servait d’accès.

« - C’est l’Abri. Nos ancêtres l’ont bâti il y a très longtemps pour tous nous protéger en cas d’attaque. »

Le symbole de l’antique peuple de la montagne avait été gravé en plein milieu du portique de pierre : il se constituait d’un drôle de quadrilatère évoquant à Link la forme d’un cerf-volant, avec trois triangles trônant au-dessus. Gomo toqua trois fois avec force. Quelques instants plus tard, l’Abri s’ouvrit à eux dans un grand crissement de roche. Un autre représentant du peuple Goron, cette fois-ci très âgé, les attendait derrière.

« - Tu reviens en nous apportant de la visite ! Mais qu’est-ce que tu fabriquais à te balader dehors ?

- Rien, rien, ne t’inquiète pas.

- Si, justement, c’est mon rôle d’ainée de m’inquiéter pour toi ! Je ne suis plus aussi fort qu’avant, je ne serais pas ton sauveur s’il t’arrive des ennuis. »

Le vieux dévisagea les deux intrus, il scrutait le moindre comportement menaçant, ou inexpliqué. Il hocha la tête de satisfaction, suite à quoi son expression devint bien plus accueillante.

« - Venez, dépêchez-vous, qui sait genre de saleté traîne encore dehors. » bougonna-t-il.

L’intérieur de l’Abri était loin d’être froid, dur et inconfortable comme la roche qui le constituait. De nombreuses lampes éclairaient toute la pièce d’une lueur orange chaleureuse, et des caisses en fer, ainsi que des vases traînaient un peu partout. Malgré le désordre, quelques meubles rustiques, tels que des tables en ferraille tenaient debout. Ce qui rendait par-dessus tout cet endroit agréable, ce n’était pas tant la décoration banal, que la présence d’enfants survoltés. Des gorons miniatures jouaient, se chamaillaient dans le bruit et la bonne humeur. Dès que Link et Zelda firent quelques pas dans cet antre, les bambins cessèrent de s’agiter pour les scruter.

« - Ce n’est rien les enfants ! Gomo les a amenés ici, ils sont donc dignes de confiance. Allez jouer ailleurs, nous allons discuter entre grandes personnes. »

Le jeune goron s’apprêtait à partir de la pièce avec ses cadets.

« - J’ai dit entre grandes personnes Gomo ! Où comptes-tu aller comme ça ? »

Tout penaud, il revint s’installer lourdement sur l’un des bancs en fer. Le vieux goron convia les invités autour d’une table, puis prit la parole de sa voix chevrotante, mais néanmoins empreinte d’autorité.

« - Je me nomme Gor Syéni. Comme vous devez l’avoir deviné, le village n’est pas apte à vous accueillir comme il se doit. D’habitude, je vous l’assure, les touristes dans votre genre sont les bienvenues. »

Gomo leva le doigt, comme s’il s’apprêtait à prendre la parole, puis se ravisa. Ce fut Zelda qui corrigea Gor Syéni.

« - Nous ne sommes pas ici pour visiter. Avant toute chose, laissez-moi me présenter, je suis la princesse Zelda d’Hyrule, et voici mon chevalier Link. Nous vous remercions de votre hospitalité. »

Devant l’air bouche bée de son interlocuteur, la princesse expliqua la raison de leur venue, comme il l’avait fait auparavant avec Gomo. Gor Syéni écouta attentivement l’entièreté de leur récit. Elle lui résuma la destruction de Toal, le réveil de la Triforce de Link, la réunion d’organisation, la tentative d’assassinat du yiga, leur départ précipité, et enfin leur arrivée à Cocorico ainsi que les problèmes rencontrés en Ordinn. À force de longues minutes d’explication, la gorge de la princesse s’asséchait de plus en plus, mais son monologue toucha enfin à son terme. Gor Syéni prit un moment de réflexion pour digérer toutes les informations.

« - Nous vivons dans une drôle de période, comme nous n’en avions pas connu depuis bien longtemps. 

- Mais… Mais…. Ce seigneur démon dont vous parlez, il est de retour ? On va connaître la guerre. » gémit le cadet.

« - Allons ressaisis toi Gomo ! Si la princesse et le chevalier restent en vie, personne ne risque quoi que ce soit. 

- Il ne suffit pas que l’on reste en vie. » intervint Link. « Nous ne connaissons toujours pas la localisation exacte de la source du courage, et ne possédons aucun moyen de nous y rendre sans mourir brûlés par la chaleur. »

Gor Syéni se leva avec lenteur.

« - C’est là que nous allons pouvoir vous aider. Les années d’entraide entre nos deux peuples ont sauvé le continent bien des fois ! Le sang des héros anciens coule encore dans nos veines, que ce soit Darunia, Yun… koff koff »

Il s’affala sur le banc, épuisé.

« - Ce n’est pas la peine de vous emportez ainsi, gardez vos forces pour protéger les plus démunis de votre village. » répondit Zelda en regardant en direction des enfants de la pièce d’à côté. Ces derniers oubliaient déjà la présence d’inconnu chez eux, ils avaient repris leurs jeux. Link renchérit sur les propos de la princesse.

« - Comme l’a dit Zelda, gardez vos forces pour les épreuves à venir. Vous n’avez pas à vous mettre en danger pour nous. Quelques renseignements nous suffiront très largement. 

- Non, vous le savez très bien ! Il vous faut un guide. Être arrivé jusqu’ici presque sans aide relève déjà du miracle, vous n’avez pas une assez bonne connaissance de notre région pour y agir efficacement. Je ne vois qu’une seule personne apte à remplir cette mission. »

Gor Syéni jeta un regard plein de confiance vers Gomo.

« - C’est un brave petit vous savez ! Le plus fort de son âge, il est promis à un grand avenir. Il lui manque juste de l’expérience.  

- S’il ne désire pas venir, nous ne lui jetterons pas la pierre. Nous sommes chargés d’une mission dangereuse. » le défendit Zelda.

« - J-j-je ne peux pas venir avec vous. Je... Je ne peux juste pas. Mais je veux vous aider, sincèrement ! »

L’expression de Gor Syéni trahit sa déception un court instant, ce que Gomo remarqua.

« - J’ai un compromis ! Venez avec moi dehors. Je vous montrai où vous dégoter une tenue qui permettra de résister aux flammes, je sais où trouver ça ! »

Le regard de Link s’alluma, il avait son entière attention.

« - Et je vous montrai aussi par où sont parti les autres gorons. C’est tout. Après ça, je resterai ici pour m’occuper des plus jeunes. »

Gomo sortit de la pièce sans plus de précision, s’attendant à ce que les deux élus le suivent.

« - Nous vous remercions de votre hospitalité Gor Syéni. Comptez sur nous pour remettre le village d’aplomb. »

Zelda serra la grosse main du vieux goron. Après quoi, ils partirent de l’Abri par la même porte ronde qu’à leur arrivée. Gomo les attendait dehors, les bras croisés, l’air inquiet.

« - Vous voyez ce qu’il y a, tout là-bas ? » dit-il en désignant une crête de montagne quelques kilomètres plus loin, sur laquelle reposait un étrange bâtiment tout en fer, avec plusieurs entrées s’engouffrant dans la terre elle-même. Link et Zelda hochèrent la tête. L’Abri était surélevé comparer au reste de la bourgade, ils avaient vu sur un panorama dégagé.

« - C’est la mine nord. Là-haut, vous trouverez très facilement des tenues de résistance à la chaleur. Elles sont conçues pour les hyliens tels que vous. Les mines sont de vraies attractions touristiques, du coup y’en a toujours à portée de main. Parce qu’on peut pas faire sans dans les souterrains. La pression et la chaleur seraient bien trop fortes pour vos p’tits corps tout frêle. »

Il se tourna ensuite vers le cratère, pointant du doigt un autre emplacement. Link n’avait pas remarqué la présence d’un petit chemin à l’extérieur du village, qui menait vers un grand édifice tout en pierre très lointain. Plus étonnant encore, ce grand édifice semblait s’enfoncer à l’intérieur même du cratère.

« - C’est la passerelle menant à l’intérieur de la montagne. Au cœur même de celle-ci, y’a la source du courage. Le gros édifice que vous voyez en est en quelque sorte la porte d’accès. Vous savez tout maintenant. Je vous souhaite bonne chance. 

- Merci pour tout Gomo, réellement. » lui répondit Link.

Le jeune goron le regarda, lui et Zelda, à la fois avec tristesse et culpabilité. Il partit rejoindre ses proches après leur avoir dit au revoir. La princesse et le héros étaient plus déterminés que jamais, la marche à suivre apparaissait très nettement dans leur esprit. Ils prirent donc la route vers les mines du nord, prêt à affronter les dangers du volcan.

 



Gomo pénétra à nouveau dans l’Abri, sous le regard impénétrable de l’ainé du village. Excédé, il ne put s’empêcher de faire une remarque.

« - Quoi encore Gor Syéni ? Oui, je ne les ai pas accompagnés, et alors ? »

Le vieux goron le regardait, toujours affublé du même regard indéchiffrable. Il lui sourit finalement avec bienveillance.

« - Je n’ai absolument rien dit Gomo. Si tu te sens coupable de quelque chose, je n’y suis pour rien. Tu es libre de faire tes choix, tant que tu les assumes. 

- Désolée. Je crois que moi-même suis incapable de savoir ce que je veux.

- Tu sais très bien ce que tu as envie de faire. Le reste ne dépend que de toi. Reste dans l’Abri si l’envie t’en prend, tu es jeune, en plus d’être chez toi après tout. Et pars si tu le désires, je ne te retiendrais pas, tu es assez vieux pour être autonome. »

Gomo se sentait de plus en plus perdu. Voilà que le vieux perdait la boule, il se mettait à dire tout et son contraire.

« - Tu dis n’importe quoi pour m’embrouiller encore plus ? »

L’autre rit aux éclats, s’éloignant dans la pièce d’à côté pour rejoindre les enfants.

« - C’est mon rôle de vieux croulant d’embobiner la jeunesse ! »

Le jeune goron se tenait debout, à nouveau seul dans la pièce, face à ses propres hésitations. Il se précipita soudainement hors de l’Abri, et partit à toute vitesse rejoindre les deux hyliens avant qu'ils ne soient trop loin.

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