Les échos du passé

Chapitre 5 : Chapitre 5 : La Vérité

15106 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 05/05/2026 15:03

Artus et Oriel d’Aléna, étaient deux hommes d’une vingtaine d’années, roux tous les deux. Cette particularité physique les avait toujours différenciés et aussi un peu exclus du reste des Aléniens de leur âge. C’est pourquoi, depuis leur enfance, on voyait les garçons presque exclusivement ensemble tout le temps, leur expliqua Marcus.

 

-       « Ils ne sont pas frères de sang, mais de cœur, affirma le Premier Conseiller.

-       Est-ce que ce sont eux qui ont demandé à vous accompagner sur la planète où vous avez été attaqués par les Wraiths ? questionna Sheppard.

-       Absolument pas, répondit Marcus. Mais Mara tient à investir tout le monde dans la vie d’Aléna et nous avons mis en place un roulement, qui permet à chacun de faire un voyage extra planétaire.

-       Même pour les conservateurs ? s’étonna John.

-       Même pour eux, oui. »

 

Il eut une moue impressionnée. Ils étaient dans le bureau de Woolsey et Richard les fixait à tour de rôle, semblant attendre la suite. Marcus s’inquiéta :

 

-       « Vous n’allez pas faire de mal à ces deux enfants ?

-       Non, rassurez-vous, fit John. On va juste les soumettre à un petit test.

-       Quel genre de test ?

-       Vous verrez… Une surprise, annonça Sheppard avec un rictus amusé. Suivez-moi… »

 

À la fois intrigué et méfiant, Marcus s’exécuta. Sheppard les mena jusqu’en salle d’embarquement, près de la Porte des étoiles, en dessous de laquelle un trépied surmonté d’une boule de couleur gris mat était installé. Et alors, arriva une bonne partie du peuple Alénien, dont Atlaïr, qui se plaça devant tout le monde pour lancer à la cantonade :

 

-       « C’est quoi cette histoire ? Il paraît que vous avez trouvé les traîtres ? Ils sont où ?

-       Atlaïr… Vous savez, la liste des personnes voulant se venger est assez longue, nota John. Moi en tête.

-       Mouais… »

 

Marcus souffla à Sheppard, d'un air alarmé :

 

-       « Mais enfin Colonel, qu’est-ce que tout cela signifie ? Vous n’allez quand même pas mettre ces deux enfants au pilori ? »

 

Mais John ne répondit pas et observa Lorne qui arrivait avec les deux rouquins menottés. Les Aléniens les regardèrent passer et le Major les fit s’arrêter au milieu de la foule, qui forma un cercle autour de leurs compatriotes.

 

Terrifiés, les deux garçons pleuraient, serrés l'un contre l'autre.

 

-       « Mais qu’est-ce que vous nous voulez à la fin ? Pourquoi on a été enfermés ? cria l’un d’eux.

-       Libérez-nous ! renchérit l’autre. »

 

John se tourna vers Marcus et lança :

 

-       « Marcus ! Voulez-vous les interroger ?

-       Quoi mais… Devant tout le monde ? releva le Premier Conseiller, ahuri.

-       Bien sûr ! Que l’ensemble des vôtres puisse entendre leurs aveux ! »

 

Marcus ne sut que répondre. Il avait l’air d’hésiter, regardant tour à tour les deux suspects et le reste des Aléniens. Finalement, il protesta :

 

-       « Colonel, je ne pense pas que ce soit une bonne idée de…

-       Pourquoi ? coupa John d'un ton désinvolte. Votre peuple aura des doutes, même si c’est vous qui leur rapporterez l’interrogatoire. Par contre, je suis persuadé qu’ils croiront Atlaïr, quand il leur racontera comment il va leur faire connaître le tranchant de sa lame. »

 

Atlaïr eut un hochement de tête enthousiaste. Il toisa ses deux comparses avec un sourire carnassier. Pourtant, l’un d’entre eux s’approcha. Il avait des taches de rousseur sur l’ensemble du visage comme son ami, mais ses yeux étaient aussi bleus que ceux de l’autre étaient noirs.

 

-       « Artus… commença douloureusement Marcus.

-       Marcus, nous n’avons rien fait ! Enfin, dis-le-leur ! Nous sommes innocents ! » implora Artus.

 

Le Premier Conseiller ne répondit pas et baissa les yeux. Il déglutit et Artus parut se décomposer :

 

-       « Tu nous… Crois coupables ? Mais de quoi ?

-       L’un d’entre vous seulement, reconnut Marcus du bout des lèvres.

-       Comment ça l’un d’entre nous seulement ? »

 

Il se tourna vers Oriel, qui pleurait toujours silencieusement, mortifié de frayeur. Il semblait ne plus pouvoir prononcer un seul mot.

 

John intervint alors et expliqua calmement :

 

-       « La situation est très simple. Ou vous avouez devant les vôtres être les coupables, ou bien mon ami Ronon, un Satédien ex-coureur dont la largeur d’un bras fait au moins la taille des deux vôtres réunis, viendra s’occuper de vous. Vous voyez le tableau, non ?

-       Mais puisque je vous dis que l’on n’a rien fait ! se lamenta Artus, au comble de l’angoisse.

-       Alors si ce n’est vous, qui ? répliqua John d’un ton beaucoup plus sévère.

-       On n’en sait rien ! On ne sait même pas de quoi vous nous accusez ! poursuivit Artus.

-       D’avoir vendu les porteurs du gène aux Wraiths ! »

 

Le choc d’être accusés d'une telle horreur, arrêtèrent net les pleurs des deux rouquins. Ils se regardèrent, ahuris, avant qu’Oriel ne se laisse tomber par terre, visiblement écœuré.

 

John les regarda tour à tour avec intensité et Artus s’approcha de lui, pour littéralement se mettre à genoux devant lui et clamer d’une voix suppliante :

 

-       « Atlante… Je vous jure au nom de tout ce que j’ai de plus sacré de nous croire : jamais nous n’aurions fait une chose pareille. »

 

Sheppard ne répondit pas. Il pivota vers Marcus, qui observait toujours la situation, inquiet, mais gardant le silence.

 

Le Colonel Sheppard l’étudia longuement, semblant attendre quelque chose, mais Marcus ne se départissait pas de son air contrit. Alors, John eut un soupir résigné, avant de se tourner vers Artus en secouant la tête.

 

Son expression colérique disparut de son visage et il se pencha pour aider Artus à se relever avant de lui poser une main sur l’épaule en un geste qu’il voulait rassurant :

 

-       « Je le sais. »

 

Un silence de plomb s’abattit sur la salle d’embarquement, les Aléniens se fixant les uns les autres, ne comprenant visiblement plus rien à rien.

 

Sheppard pivota alors vers Marcus, le regard dur, et appela :

 

-       « Rodney !

-       Tout de suite Colonel… »

 

Mc Kay était apparu derrière le trépied et il appuya sur un bouton de sa tablette. La boule fixée sur le support projeta soudain une image nette dans l’air.

 

La retransmission d’une vidéo captée par les caméras de vidéosurveillance dans le laboratoire de Zelenka et Mc Kay.

 

On y voyait, sans les entendre, Radek et un de ses assistants, avant qu’ils ne sortent de la pièce, discutant de manière animée.

 

Encore deux minutes avant que quelqu’un apparaisse, pénétrant dans le laboratoire en regardant derrière lui comme pour s’assurer qu’il n’était pas suivi.

 

C’était Marcus.

 

           Le Premier Conseiller farfouilla dans la pièce, avant de trouver ce qu’il semblait chercher : la radio Wraiths. Il la prit dans ses mains, jeta des coups d'oeil anxieux autour de lui, comme s’il se demandait ce qu’il allait en faire. Puis, finalement, il parut se raviser et reposa l’objet à sa place, avant de ressortir du laboratoire.

 

           Mc Kay mit la vidéo en pause et l’ensemble des Aléniens reporta son attention sur le cinquantenaire, chuchotant entre eux d’un air intrigué.

 

           À ce moment-là, le comportement du Premier Conseiller changea radicalement. Lentement, la crispation angoissée qui marquait ses traits disparut, et ils se figèrent dans une expression glaciale. Son regard se noircit d'une perfidie impitoyable.


Soudain, il leur sembla voir un tout autre homme.


Il toisa Sheppard avec un calme olympien. John ouvrit les mains, attendant une justification :

 

-       « Alors ? Vous nous expliquez ? Pourquoi vous être introduit en douce dans le labo ?

-       Je voulais vérifier que les artefacts de guérison sont bien conservés, répondit Marcus.

-       Ah oui ? Et pourquoi vous être penché d'aussi près sur la radio Wraiths ? enchaîna John.

-       J’étais intrigué par cet objet. Il ne faisait pas partie des artefacts ramenés d'Aléna par Mara.

-       Pourquoi supposez-vous qu'il vient d'Aléna ? rétorqua sèchement Sheppard. Il y a une bonne dizaine de gadgets inconnus dans cette pièce, qui auraient tout autant pu vous intéresser. Et vous n'avez même pas jeté un coup d’œil aux gantelets juste à côté. Non Marcus. Vous vous êtes introduit dans le laboratoire, pour déterminer si l’objet le plus compromettant pour le traître était bien entre nos mains. »

 

Marcus eut un sourire moqueur :

 

-       « Alors Colonel, c’est pour cela que vous avez réuni tout le monde ici ? Vous m’accusez vraiment d’être le coupable ? Remarque, ça ne m’étonne pas, vous me soupçonnez depuis le début. Serions-nous en train de faire mon procès, Colonel ?

-       Vous êtes déjà jugé Marcus, lâcha John d’un ton cinglant.

-       Par qui ? Par vous ? Mara ? Votre fille ? » railla le Premier Conseiller.

 

Mais John eut un sourire encore plus torve que celui de Marcus :

 

-       « Atlaïr a déjà essayé, ça n’a marché qu’une fois, vous savez.

-       Hum…

-       Ce ne sont pas les preuves qui manquent… Vous dites détester les porteurs du gène… C’est curieux quand on sait que vous-mêmes, vous le possédez. »

 

Marcus perdit alors son sourire. Une vague de surprise secoua les Aléniens et Atlaïr décroisa les bras en aboyant :

 

-       « Pardon ?

-       Mais bien sûr… affirma John. Marcus est même de la famille royale. Il porte naturellement le gène des Ancêtres. »

 

Le Premier Conseiller le toisa d’un œil mauvais et vociféra :

 

-       « Il raconte n’importe quoi ! »

 

Mais il y avait à présent beaucoup moins d’assurance dans sa voix. Sheppard repartit de plus belle :

 

-       « Les mondes ont beau être différents, les histoires sont les mêmes d’un bout à l’autre de l’Univers. Vous allez rire… C’est Otho qui, par-delà la mort, nous a aidés. La première des choses intrigantes dans cette histoire, c’est que Mara n'a pas été enlevée par les Wraiths. Le traître en voulait certes aux porteurs du gène et a marchandé la survie du reste de la population en échange du sang des siens, mais un des buts ultimes de la manœuvre était de faire souffrir Mara. Pourquoi la laisser sinon ? Certainement pas pour l’épargner ! Il y avait une histoire de vengeance personnelle là-dessous. Les archives d’Aléna ont toutes été enregistrées dans les ordinateurs de votre cité il y a dix ans et bien entendu, une copie est conservée ici… J’ai demandé à ce qu’elles soient épluchées soigneusement. Je me disais qu’on y trouverait peut-être un indice concernant le mobile de la trahison, autre qu’un objectif politique. Jamais le coupable n’aurait fait appel aux Wraiths pour réussir un simple coup d’état. Qu’elle ne fut pas ma surprise quand, à mon retour sur Atlantis après le sauvetage, le Docteur Zelenka m’avertit être tombé sur un contenu intéressant : la liste des enfants illégitimes des membres de la famille royale, établie par Otho en personne. Rien d'étonnant à ça, il était généalogiste ! Selon ses propres mots, une de ses fonctions principales était de déterminer les meilleures alliances entre les membres de la famille royale mais… Il fallait bien de temps en temps, un peu de sang frais, de préférence avec le gène des Anciens. Les enfants illégitimes pouvaient représenter de bons époux ou épouses. Pour autant, cette liste était inconnue de Mara, qui, si elle avait été au courant, nous aurait forcément présenté Marcus comme étant son tonton éloigné. Mara a toujours tout fait pour s’écarter de son ascendance royale, à coup sûr, elle n’a pas eu la volonté de jeter un coup d’œil là-dedans. En revanche… »

 

Il se tourna vers Oriel :

 

-       « Vous, vous l’avez fait. L’historique de consultation des archives nous l’a appris. »

 

L’attention du peuple Alénien passa alors de Marcus à Oriel toujours assis par terre.

 

-       « Marcus vous a-t-il menacé de mort, si vous révéliez la vérité ? demanda John.

-       Ce n’est pas moi, qu’il a menacé… avoua le jeune rouquin. »

 

Et Oriel porta son attention sur Artus. Son ami fit, hébété :

 

-       « Quoi ? »

 

Mais Oriel éleva la voix et expliqua pour tous :

 

-       « C’était un jeu stupide, une idée imbécile… Mais on s’est dit avec Artus, au vu de l’histoire de la famille royale, que les rois et reines d’antan pouvaient avoir eus… Des enfants cachés. C’était idiot, mais… Enfin… »

 

Il eut un regard honteux avant de déclarer en rougissant :

 

-       « Tavius avait la même couleur de cheveux que nous et… On est les deux seuls citoyens aux cheveux de feu d’Aléna.

-       Oh bon sang, grogna Atlaïr, écœuré.

-       Artus pensait que c’était stupide, mais j’ai quand même voulu faire des recherches… Et je suis tombé sur la liste faite par Otho. Cela a confirmé nos soupçons, à moi et Artus : nous sommes bien des enfants illégitimes de Tavius. Mais… j’ai aussi découvert dans cette liste le nom de Marcus. 

-       Et vous vous êtes dit qu’il fallait gentiment prévenir ce bon Premier Conseiller de son appartenance à la famille royale, termina John. La seule chose que vous ignoriez… C’est que Marcus le savait déjà. 

-       Oui… reconnut Oriel d’un air mortifié. Il m'a ordonné de me taire. Il a dit que si je révélais quoi que ce soit, il tuerait non pas moi, mais Artus… J’ai toujours aimé Artus comme un membre de ma famille et je venais de découvrir qu’il était mon demi-frère… Alors j’ai juré de garder le silence.

-       C’est tout à fait compréhensible.

-       Et vous Colonel… s'étonna l'Alénien. Comment avez-vous su ?

-       J’ai commencé à avoir de sérieux doutes concernant la culpabilité de Marcus, quand j’ai vu sa réaction colérique en apprenant l’existence du collier de Mara. Bien sûr, je ne pensais pas à l’époque qu’il appartenait à la famille royale, j’avais simplement des soupçons sur son implication dans cet acte de traîtrise. Je m’étais dit que si Marcus avait quelque chose à cacher, il se révèlerait lors de l’interrogatoire, mais ça n’a rien donné. Le détecteur de mensonges est une méthode fiable, mais face à des esprits particulièrement durs et retors, il est vulnérable. Avant de partir sur le Dédale pour sauver les porteurs du gène, j’ai fait relever sa garde rapprochée pour qu’il se sente libre d’aller et venir où il voulait et ainsi, qu’il puisse se trahir en commettant un acte suspect. J’ai également demandé au Dr Zelenka de garder un œil sur lui tout le temps de mon absence et de visionner les images de vidéosurveillance enregistrées depuis l’arrivée des Aléniens, pour étudier les faits et gestes du Premier Conseiller. Dès que je suis rentré tout à l’heure, il m’a informé de ses découvertes. Ce que vous venez de voir s’est passé hier. Je suis sûr que Marcus a été surpris de trouver la radio Wraiths qu’il avait intentionnellement abandonnée dans le laboratoire secret des Anciens, sur Aléna. Quand il l’a vue ici, il s’est demandé quoi en faire, mais il a compris que la détruire nous aurait mis encore plus sur nos gardes. Notre réaction aurait été d’interroger encore une fois tout votre peuple avec une méthode plus drastique, qu’il n’aurait pas réussi cette fois-ci à contourner. Alors, il l’a laissée. Il n’a pas non plus contacté les Wraiths, car le but de Marcus n’était pas de tuer l’ensemble des Aléniens. Leur dire où est située Atlantis, vous aurait tous mis en danger. Lui y compris. »

 

Il s'excusa auprès d'Artus et Oriel :

 

-       « Si je vous ai fait subir cette épreuve, c’était pour donner une dernière chance à Marcus d’assumer ses actes… Mais il était prêt à laisser l’un d’entre vous se faire accuser à sa place. »

 

John se tourna vers Marcus et continua, face au regard noir du Premier Conseiller :

 

-       « Pour le reste de l'histoire, je ne peux que la deviner. Quant à votre mobile, il apparaît encore flou à mes yeux. Avez-vous toujours détesté Mara parce qu’elle avait une place que vous auriez estimée vôtre, je ne le sais pas. Peut-être qu'au début vous l'avez réellement soutenue et que votre foi en elle, et en les porteurs du gène, s’est évanoui lors de la mort de votre femme ? C’est vrai, vous l’avez dit vous-même ! Kalia fait des miracles, mais elle n’a pas pu sauver Dalikè. Notre science non plus ! Peut-être vous êtes-vous dit qu’à la place de Kalia, vous l’auriez guérie ? Pourquoi n’avoir jamais revendiqué votre ascendance ? »

 

Marcus ne répondit pas. Il se contenta de le fixer d’un air mauvais et John haussa les épaules :

 

-       « Très bien… J’imagine que vous avez vu une occasion inespérée quand les Wraiths ont attaqué la planète sur laquelle vous vous êtes rendus avec Mara, Artus et Oriel ? Peut-être est-ce même vous, qui avez tué votre cinquième compagnon ? Il vous a vu comploter avec votre nouveau pote Wraith ? »

 

Le Premier Conseiller souffla par les narines comme un taureau sur le point de charger le toréador. Atlaïr s’avança alors vers Marcus qui ne bougea pas.

 

-       « Je me disais bien…

-       Quoi ?

-       Galike, c’était le nom du compagnon mort sur Jolifir, la planète attaquée dont vous parlez… C’était un conservateur. Marcus en personne m’a mené à son corps. Il a dit que les Wraiths l’avaient tué… Mais Galike a été poignardé. Il n’a pas été vidé de sa force vitale. »

 

Atlaïr se rapprocha encore plus de Marcus, qui eut un regard dangereux, ce qui n’empêcha pas le conservateur de grogner :

 

-       « C’est toi qui l’a tué espèce de sous-merde ! Dis-le ! DIS-LE !!! »

 

Et il leva la main pour le frapper, mais Sheppard l’arrêta. Marcus recula avant de littéralement exploser :

 

-       « Oui c’est moi ! C’est moi et encore moi ! Moi qui ai tué Galike ! Les Wraiths ont fait un raid sur Jolifir, leurs vaisseaux mouches de malheur enlevaient une partie de la population quand d’autres passaient parmi le peuple pour se nourrir directement ! En voulant leur porter assistance, Mara et moi avons été séparés et je suis tombé sur une de ces créatures ! Une opportunité inattendue ! Depuis la mort de ma femme, je cherchais le moyen de faire payer cette espèce de… Sale garce pourrie gâtée ! Alors, je me suis agenouillé devant la créature, qui par surprise, a hésité à me tuer. Je lui ai révélé que dans le sang de certains des miens, coulait le gène des Anciens. Ce sont vos savants qui nous ont expliqué il y a six ans, la rareté de ce don, que même les dévoreurs de vie n'ont jamais pu posséder ! Je leur ai dit qu'avec plus de soixante de mes compatriotes, ils pourraient trouver le moyen d'obtenir ce formidable avantage ! Galike est arrivé à ce moment-là. Je l’ai tué ! »

 

Et il cracha au visage d’Atlaïr, qui poussa un cri de rage. Lorne dut aider Sheppard pour empêcher le conservateur de se jeter sur lui. Marcus reprit :

 

-       « Je savais que si Aléna subissait une attaque d'une telle ampleur, Mara courrait se jeter dans vos bras ! Conduirait le reste des Aléniens sur Atlantis, le phare de la Galaxie de Pégase selon ses propres mots ! Tch ! Alors, j'ai expliqué à la créature que nous possédions sur ma planète, une réplique de leur objet de convoitise, la cité des Ancêtres ! Qu'ils l'obtiendraient, en même temps que les personnes aptes à la contrôler s'ils réussissaient leurs expériences ou convertissaient les Aléniens pour en faire leurs esclaves. En contrepartie, ils laissaient la vie sauve au reste de mon peuple. Vous avez raison Colonel Sheppard ! Je n'ai jamais voulu la mort des autres. Seulement me débarrasser de ce qui, à mes yeux, est une aberration ! Mara n'aurait jamais dû accorder la génothérapie aux Aléniens ! Jamais ! Elle souhaitait l'unification, la force mais... Elle est à présent tombée du haut de sa Tour.

-       Vous avez eu de la chance que les Wraiths tiennent parole, lança Sheppard d'un ton dégoûté. En règle générale, ils sont tout autant fourbes et traîtres que vous, ils auraient pu tous vous massacrer. »

 

Marcus eut pour seule réponse un regard de pure répulsion. John reprit :

 

-       « Ils ont accepté votre offre ?

-       Quand ils m'ont vu ne pas hésiter à tuer Galike, ils ont dû penser que je ne mentais pas dans mes déclarations. Mais ils ont été méfiants. Le monstre m’a donné un communicateur de son espèce, en expliquant qu’il devait en référer à sa reine.

-       Alors, vous avez attendu sa réponse et après que l'accord fut scellé, vous avez envoyé un signal de positionnement comme feu vert aux Wraiths ?

-       Oui… Je leur avais conseillé de quitter Aléna une fois les porteurs enlevés, car je savais bien que vous partiriez à leur recherche sur mon monde et qu'alors, leurs plans auraient été compromis. Mais jamais, vous ne nous y auriez renvoyés, après une telle tragédie. Les Aléniens ne le souhaiteraient même pas. Les Wraiths pourraient alors revenir, auraient eu le champ libre et vous, Atlantes, auriez été bien embêtés en sachant que la Tour et sa technologie, pouvait être tombées entre leurs mains !

-       Sale chien ! fulmina Atlaïr.

-       Mon Frère… »

 

C’était Laila. Marcus parut se calmer d’un coup. Il évita le regard de Laila, qui, les larmes aux yeux s’avança vers lui en soufflant :

 

-       « Je ne peux pas y croire… Je ne peux pas croire ce que j’entends…

-       C’est pourtant vrai, Laila… rétorqua Marcus de mauvaise grâce. Nous n’avons que la même mère. Le père de notre ancien Seigneur Protecteur, il a…

-       Tu es l’oncle de Mara… Pourquoi tu ne m’as rien dit ?

-       Je l’ai appris, quand j’ai aidé les Atlantes à rentrer le contenu des archives dans la base de données, il y a dix ans. Cette liste de noms d’enfants illégitimes ne les intéressait pas réellement, mais moi... C’est ce jour-là que j’ai découvert la vérité sur ma naissance. C’est également pour cette raison que je n’ai pas voulu faire la génothérapie. Je me doutais que j’avais déjà le gène en moi, et dans le secret, quand je suis devenu le Premier Conseiller de Mara, j’ai… Essayé un artefact de guérison. Il a marché, mais j’ai eu beaucoup de mal à soigner une seule et maigre blessure. J’ai préféré me taire. Je ne voulais rien dire à personne et j’avais une certaine honte, de découvrir que j’étais un membre de cette famille que nous avons toujours crainte. Pourtant, quand Mara me l'a demandé, je l'ai soutenue, sincèrement. Dalikè était son professeur depuis son enfance et je l'ai vu aider John Sheppard à mettre à terre Otho et ainsi, sauver notre monde. Mara avait fait le choix du peuple ! Alors, j'ai trouvé en elle l'espoir pour cette fichue famille royale, de réparer tous les torts qu'elle avait causés ! Et puis, elle a demandé à ce que les Aléniens obtiennent le gène des Ancêtres. J'ai toujours vu cela d'un mauvais œil mais j'ai également compris les arguments qu'elle a avancés, en déclarant que ce serait un moyen pour les Aléniens d'évoluer. Et puis...

-       Dalikè est morte, termina Laila.

-       Oui… Oh, j'ai vu Kalia faire de tels miracles avec son don ! Et pourtant, rien n’y a fait… J’ai regardé la vie de Dalikè s’échapper sous ses mains. Encore une fois, c’était l’un d’eux, qui brisait mes espoirs, ma vie !

-       Ce n’était pas la faute de Kalia ! s’écria Atlaïr, surprenant tout le monde. Nous avons appris avec le temps, que les objets ne pouvaient pas guérir toutes les blessures !

-       Les Atlantes non plus ! rétorqua Marcus avec colère. J’espérai sincèrement que Mara nous offrirait enfin la société dont nous rêvions ! Mais à la mort de Dalikè, j’ai compris que le gène ATA ne servait à rien d’autre qu’encore une fois, nous impressionner ! Nous avons toujours considéré les Ancêtres et leurs descendants comme des dieux, mais ils n’étaient que des pourceaux imbus d’eux-mêmes qui croyaient que l’Univers leur appartenait ! Et au final, Mara a repris le chemin de ses aïeux, a contribué à recréer une caste supérieure ! Elle et les porteurs n'ont fait que des tours de magie ! Tout comme Kalia ! Cette petite peste n'est pas l’ange qu’elle paraît être ! Elle n’est que le fruit d’une manigance politique qui nous jette de la poudre aux yeux ! »

 

Et il cracha cette fois-ci aux pieds de Sheppard. Il releva alors la tête et déclara aux Aléniens :

 

-       « Avant de me juger, réfléchissez, mes frères ! J'ai fait ce qui était nécessaire pour que nous soyons réellement égaux ! Les conservateurs ont raison depuis le début !

-       Ne nous appelle pas tes frères ! hurla Atlaïr, fumant de rage. Et ne nous mêle pas à ta trahison ! Jamais nous n'aurions fait une telle chose ! JAMAIS tu entends ! Si ça ne tenait qu’à moi, je t’égorgerais comme un porc sur le champ ! »

 

Il tenta d’échapper à l’emprise de Sheppard et Lorne, mais la poigne des deux hommes fut suffisante pour le retenir. John ordonna alors aux militaires présents dans la salle :

 

-       « Emmenez Marcus en cellule ! Mara d’Aléna et son peuple décideront de son sort ! »

 

Marcus se laissa entraîner. Les Aléniens se mirent aussitôt à parler entre eux et Atlaïr grogna en se dégageant de l'emprise de Lorne et Sheppard :

 

-       « Vous auriez dû me laisser le tuer !

-       Non Atlaïr ! déclara John. Vous avez tous été trahis par Marcus. »

 

Et il eut un regard pour Laila et Malica qui sanglotaient dans leurs coins, choquées par la vérité. Atlaïr se tourna vers les deux femmes et sembla se radoucir quelque peu. John posa ses mains sur ses hanches et ajouta :

 

-       « Retournez parmi votre peuple, Atlaïr… C’est vous tous, sans distinction, qui avez été trompés. C'est à vous tous qu'appartient le droit de choisir la sentence. »

 

Atlaïr le toisa avec intensité pendant un moment. Finalement, il se redressa et lui tendit la main :

 

-       « Je suppose que je dois vous remercier d’avoir découvert la vérité ? »

 

Sheppard sembla hésiter, avant de serrer la main du conservateur avec un sourire grimaçant :

 

-       « Arrêtez, vous allez me mettre mal à l’aise…

-       Hum… »

 

Et le conservateur tourna les talons pour retourner vers les siens. Mc Kay, Woolsey, Lorne, Teyla et Ronon le rejoignirent. Le Satédien croisa les bras :

 

-       « Vous comptiez nous dire tout ça quand, Sheppard ?

-       Et bien… Tout s’est passé très vite à vrai dire… Je n’ai eu confirmation de mes soupçons que tout à l’heure, se justifia John. Moi aussi j’aurais aimé que Mara soit présente et je me suis rendu à l’infirmerie pour lui en parler mais... Kalia s'est réveillée en hurlant de terreur. Une hystérie totale, Mc Kay peut vous le certifier, elle a fait peur à tout le monde.

-       Vous voulez dire que Mara n'est pas au courant de la vérité ? Elle ne sait rien de ce qui vient de se passer ? s'étonna Woolsey.

-       Non…

-       Colonel Sheppard ! s’insurgea alors le bureaucrate.

-       Mara et Kalia n’étaient vraiment pas en état d’assister à tout ça, décréta Sheppard. J'ai jugé préférable que Mara ne voit pas l'homme qu'elle a toujours chéri comme son propre père, lui affirmer fièrement qu'il a vendu les siens et sa fille aux Wraiths ! Mais de toute façon, on a tout filmé. On ne pouvait pas emmener tout le peuple Alénien dans la salle d’embarquement, on leur montrera les images plus tard.

-       Le récit de ce qui s’est passé va très vite se répandre, objecta Woolsey. Ce ne sera peut-être pas nécessaire.

-       Nous verrons. 

-       Vous avez quand même pris un gros risque en relevant la garde de Marcus, nota Ronon. Il aurait pu s’en prendre à certains d’entre nous. Ou tous nous faire exploser, s’il avait lancé un appel aux Wraiths avec la radio.

-       Oh bon sang ! s’exclama soudain Rodney, horrifié. Il aurait même pu les prévenir que nous étions partis en mission de sauvetage !

-       Oui je sais, reconnut Sheppard légèrement mal à l’aise. »

 

Il vit Woolsey pâlir à vue d’œil et ajouta alors avec un sourire malicieux :

 

-       « Ce que je n’ai pas dit, c’est que j’avais demandé à Zelenka d’endommager la radio Wraiths. Marcus n’aurait pas pu communiquer avec eux. »

 

Rodney resta bouche bée avant d’avoir une grimace dépitée et Ronon eut un regard surpris. John termina :

 

-       « J’ai pris toutes les précautions nécessaires, j’ai même doublé la garde des endroits où sont les E2PZ et les générateurs. »

 

Woolsey sembla soudain soulagé et marmonna :

 

-       « Et sur le terrain aussi vous jouez souvent au poker ?

-       Disons que… Mon rôle est de savoir prendre des risques considérés, avec des vies humaines dans la balance, commenta John. Des choix dangereux, je dois en faire tous les jours. C'est un jeu beaucoup plus stressant, croyez-moi. »

 

Woolsey eut un regard perplexe, mais Ronon, Teyla et Mc Kay avaient un air grave. Le scientifique en particulier, reconnaissait que le poste de John dans la cité, ne pouvait pas être occupé par tout le monde. Il se rappelait le jour où le Colonel Sheppard lui avait interdit de se sacrifier pour sauver sa sœur, Jenny, quand Mc Kay lui en demanda l'autorisation. Et que ce fut lui, qui prit la monstrueuse décision d'envoyer à la mort, un autre être humain à sa place. Mc Kay ne savait pas comment Sheppard pouvait endurer une telle pression, jour après jour. Le silence s’installa dans leur petit groupe avant que Lorne demande :

 

-       « Et maintenant Colonel ?

-       Et bien maintenant, souffla Sheppard, je pense que… Nous allons pouvoir installer tout ce petit monde sur une planète inhabitée.

-       Vous ne comptez pas les renvoyer sur Aléna ? s'étonna Teyla.

-       Non, répondit cette fois-ci Woolsey. Marcus avait raison sur ce point. Nous ne savons pas si les Wraiths qui ont enlevé les 66 personnes, n’ont pas communiqué avec un autre vaisseau ruche et leur permettre de retourner sur Aléna serait trop dangereux.

-       Ça va être une épreuve de plus pour eux, observa l'Athosienne. Sans avoir vécu tout ceci, je me souviens que les miens étaient très perturbés par l’idée de ne jamais rentrer chez eux.

-       Nous ne pouvons rien leur proposer d’autre, Teyla, objecta Woolsey.

-       Et si nous le leur proposions, justement ?

-       Que voulez-vous dire ?

-       Leur expliquer la situation. Et leur donner le choix de repartir sur Aléna ou de se réfugier ailleurs.

-       Est-ce vraiment une bonne idée, Teyla ? Par peur d'habiter une planète inconnue, les Aléniens pourraient choisir de regagner leur monde, une décision dangereuse pour eux-mêmes.

-       Mais nous ne pouvons pas non plus décider pour eux, Monsieur Woolsey, insista Teyla.

-       Nous en reparlerons, coupa John. Avec Mara, quand… On lui expliquera tout ce qui s’est passé.

-       Et vous comptez faire ça quand ? questionna Ronon. Elle va très certainement demander à voir Marcus. Ou retourner auprès des siens.

-       Je m’en charge, la journée n'est pas finie pour moi, annonça John. Pour l’instant, elle est avec Kalia et voir Marcus cracher sur son nom, sa famille et son peuple… Je ne pouvais pas lui infliger ça. »

 

Mais aucun d’entre eux ne semblait partager son avis. John encaissa leur réaction. Il était intimement persuadé que le choc aurait été trop dur pour la jeune femme, et qu’il avait pris la bonne décision.

 

           Ronon reprit :

 

-       « Bon et ben… Il va falloir prévoir leur évacuation si je comprends bien.

-       Nous verrons tout cela en temps voulu, exposa Woolsey. Laissons le temps au peuple Alénien d’assimiler tout ce qu'il vient de se passer. »

 

Ils acquiescèrent. John annonça alors :

 

-       « Je retourne à l’infirmerie. Rodney, merci.

-       Oh euh… Encore une fois, je n’ai pas fait grand-chose. Je vais aller voir Zelenka, et continuer notre travail sur… Les artefacts de guérison. »

 

Et avec un petit sourire, il s’en alla. Teyla requit alors :

 

-       « Colonel, avec votre permission, je voudrais passer parmi le peuple Alénien qui n’est pas encore au courant. Je souhaiterais aider Atlaïr et les autres à leur expliquer la situation.

-       Je vais avec elle, dit Ronon.

-       Oh dans ce cas… Je vous donne la permission.

-       J’y vais moi aussi, fit Lorne. Je vais récupérer l’enregistrement vidéo, au cas où on en aurait besoin. »

 

Et ils partirent vers les Aléniens, qui quittaient lentement les lieux. Woolsey et Sheppard se retrouvèrent bientôt seuls et Richard insista auprès de John :

 

-       « Colonel… Il va falloir parler à Mara d’Aléna.

-       Je sais Woolsey. Je m’en occupe. »

 

Woolsey acquiesça et retourna vers son bureau. John resta un moment immobile, profitant du calme revenu dans la salle d’embarquement pour recouvrer le sien. La tâche qui l’attendait allait être aussi délicate que celle qu'il venait d'accomplir.

 

XXX

 

           Mara était toujours auprès de Kalia, quand il entra dans l’infirmerie. Le Dr Keller pivota aussitôt vers lui, mais il eut un geste d’apaisement de la main et elle comprit qu’il n’avait besoin de rien.

 

           Lentement, il s’avança vers l’Alénienne, et porta son regard sur Kalia. La petite fille dormait. L’entendant approcher, Mara se tourna vers lui avec un sourire fatigué :

 

-       « John… Est-ce que tout va bien ? s'enquit-elle pourtant.

-       Oui, fit-il avec un air faussement désinvolte. Pourquoi est-ce que ça n’irait pas ?

-       Je ne sais pas encore… Mais maintenant, tu as mauvaise mine. »

 

Il tenta d’éviter de répondre grâce à un sourire forcé, mais la jeune Alénienne ne fut pas dupe et le fixa avec intensité. Il s'appuya alors sur les barrières du lit de l'enfant, réfléchissant à ce qu'il allait dire. Finalement, il proposa :

 

-       « Et si on allait marcher un peu ?

-       Non, il faut que je reste… répondit aussitôt Mara.

-       Mara, Kalia dort, rétorqua John. Je vais demander au Dr Keller de nous prévenir si elle se réveille.

-       Je ne veux pas la laisser.

-       Mara… Viens, insista-t-il. »

 

Elle dut comprendre que c’était important. Elle lui lança un regard inquiet, avant de reporter son attention sur sa fille, hésitante. Puis, elle eut un soupir résigné, se leva, et déposa un baiser sur le front de l'enfant. Elle se tourna ensuite vers John en déclarant :

 

-       « Je te suis. »

 

Il acquiesça et avant de partir, demanda à Jennyfer de les prévenir si Kalia se réveillait. Ils prirent un téléporteur et longèrent un couloir, et Mara releva, perplexe :

 

-       « Ce n’est pas le chemin du bureau de Woolsey.

-       Non… Non c’est vrai, ce n’est pas le chemin du bureau de Woolsey, se contenta-t-il d’affirmer.

-       Où est-ce que tu m’emmènes ? »

 

Mais il ne lui répondit pas. Ils tournèrent sur leur droite puis leur gauche, avant que John ouvre une porte, communiquant sur l’extérieur.

 

           C’était un petit balcon donnant vu sur l’océan de Lantéa. Le jour commençait à décliner et ils pouvaient admirer l’étoile brûlante de la planète, plonger vers la mer.

 

           Mara eut un regard pour l’horizon et commenta avec douceur :

 

-       « C’est magnifique John…

-       Oui, confirma Sheppard en s’accoudant aux barrières en métal. J’aime bien venir ici de temps en temps… »

 

Mais Mara mit un terme aux faux semblants. Elle le fixa avec gravité :

 

-       « Dis-moi ce qui se passe. Tu ne m’as pas amenée ici pour me parler de la beauté de la nature.

-       Non c’est vrai… »

 

Mal à l'aise, il sembla réfléchir un moment à ce qu'il allait lui dire, avant d'entamer :

 

-       « Écoutes Mara… Je ne suis pas la personne qui ait le plus de tact ici alors… Je vais aller à l’essentiel. On a trouvé l’identité du traître. Et ce n’est ni Artus, ni Oriel. »

 

Mara parut s'arrêter de respirer. Devenant livide, elle s’accrocha aux barrières. Elle déglutit finalement et demanda d'une voix blanche :

 

-       « Qui ?

-       C’est Marcus, Mara. »

 

Elle se figea comme une statue. John la scruta avec inquiétude, s’attendant à la voir s’évanouir d’une seconde à l’autre. Mais la jeune femme finit par lentement détourner son regard du sien, complètement perdue, assimilant difficilement l'information. Il vit ses mains trembler sur le métal froid de la balustrade.

 

La tristesse se lut alors sur son visage, avant que le désespoir en déforme les traits. Elle ferma les yeux, anéantie, et des larmes roulèrent sur ses joues. D’une voix brisée, elle demanda :

 

-       « Comment as-tu su ?

-       Le cheminement de pensées a été assez long, mais… Nous avons découvert qu’il était le fils de ton grand-père, le Précédent Seigneur Protecteur. Il a le gène ATA lui aussi. D’après lui, il n’a rien dit par honte. Il t’a toujours sincèrement soutenu jusqu’à ce que sa femme décède et que lui vienne l’idée qu’au final, ta famille, les porteurs du gène, ont détruit sa vie, que vos dons ne sont que poudre aux yeux. Il a affirmé que les conservateurs ont eu raison de se méfier de toi. Que tu as pris la mauvaise décision en souhaitant inoculer le gène des Ancêtres à l'ensemble des tiens et qu'ainsi, tu t'es assuré l'entourage d'une nouvelle caste supérieure d'Aléniens.

-       Quoi ? souffla Mara, estomaquée.

-       Oui l’association d’idées n’est pas très logique, commenta John d'un air critique, mais il semble que ça l’a aidé à supporter la mort de sa femme. Quand vous vous êtes rendus sur Jolifir, il s’est retrouvé coincé par des Wraiths et c’est là qu’il vous a vendus. Et qu’il a tué Galike. »

 

Mara grimaça sous la souffrance, ses derniers mots paraissant la poignarder en plein cœur. John respecta son silence, qui dura un bon moment. Finalement, la voix enrouée par le chagrin, elle demanda faiblement :

 

-       « Où est-il ?

-       En cellule.

-       As-tu dit la vérité aux Aléniens ?

-       Je me suis permis de… Déballer l’affaire sur la place publique, devant une partie du peuple, annonça John. Atlaïr était présent et il va se faire un malin plaisir de tout expliquer aux autres. Qui plus est, on a tout filmé, pour ceux qui douteraient encore.

-       Et pourquoi est-ce que tu ne m’as pas demandé de venir ? » fit-elle alors d'un ton plus dur.

 

John se défendit avec embarras :

 

-       « Je ne voulais pas t’infliger ça. Si tu l’avais entendu… Il a été vraiment très grossier ! »

 

Mara lui lança un regard de reproche. Pour autant, elle finit par concéder :

 

-       « La régente en moi te dirait que tu as eu tort. J’aurais dû être là. Mais… je dois bien avouer que la femme et la mère que je suis te sont reconnaissantes. Je n’aurai pas supporté d’entendre des inepties pareilles. À vrai dire… Je ne peux pas y croire ! »

 

Ses derniers mots s'étranglèrent dans des sanglots contenus. Mara repris, tremblante :

 

-       « Tu sais, quand Kalia est née… J’étais toute seule chez moi. Elle est arrivée avec un mois d’avance. Pour être honnête, je n’ai pas compris tout de suite ce qui se passait avant de perdre les eaux et d’être tordue de douleurs par les contractions. C’est… C’est Marcus qui a été là. C’est lui qui m’a aidé à mettre au monde notre petite fille. J’ai vu dans son regard qu’il a aimé cette enfant autant que moi, dès le début. Je ne peux pas imaginer qu’il ait souhaité sa mort.

-       Mara… La souffrance des gens peut leur faire toucher du doigt une noirceur d'âme que jamais ils n'auraient pensé posséder.

-       J’ai tout fait pour le soutenir, quand Dalikè est morte, s'écria vivement Mara, comme si elle ne l'avait pas entendu. Tout, John ! Je ne sais pas ce que j’aurai pu faire d’autre !

-       Mara, tu n’as pas à te sentir coupable, assura-t-il.

-       Oh John… Comment est-ce que mon peuple va se relever d’une telle trahison ?

-       Avec le temps, affirma-t-il avec conviction.

-       Le temps n’arrange pas tout… Et moi, je n’ai pas su protéger ces gens, déplora la régente.

-       Mara écoutes-moi bien… reprit-il avec sérieux. Tu n’aurais rien pu faire. Être dans ta situation implique forcément qu’un jour, quelqu’un te trahira. Vous trahira tous. Dans mon monde, ça arrive malheureusement souvent. Tu n’avais aucun moyen de prévoir ses actions. Vous avez tous été des victimes, y compris toi. Et les Aléniens le savent.

-       Tu crois ? hoqueta-t-elle d'une petite voix.

-       J’en suis sûr. Vous vous en remettrez. Restez unis. »

 

Mara réussi à esquisser un sourire au travers de ses larmes :

 

-       « Teyla a dit la même chose.

-       Oh... Alors on peut dire que ses efforts désespérés de me voir acquérir un peu de sa sagesse, n’ont pas été vains, non ? fit-il d’un ton amusé. »

 

Il fut heureux de parvenir à lui arracher un très léger rire, mais ça ne dura qu'un instant. Le visage de l'Alénienne se crispa à nouveau sous la souffrance et elle lui fondit dans les bras. John la berça doucement. Mara s’accrocha littéralement à lui, sanglotant faiblement. Elle réussit à déclarer avec ferveur :

 

-       « Merci d’être là John… J’ai vraiment besoin de toi…

-       Eh bien, je ne vais pas te mentir en te disant que ce sera toujours le cas, préféra-t-il nuancer aussitôt. Mais pour le moment... Je le suis. Je suis sincèrement désolé pour toi, Mara. »

 

Mara enfouit encore plus son visage contre son torse et répéta dans un souffle :

 

-       « Merci John… Merci. »

 

XXX

 

           La grande porte de la prison d’Atlantis s’ouvrit lentement. Mara d’Aléna prit une profonde inspiration et eut un regard inquiet vers John. Celui-ci lui répondit par un geste encourageant de la tête.

 

           Il était 8 heures du matin et Mara avait passé une nuit pleine d’angoisse. Après les révélations de John, elle s'était sentie si vide et épuisée... Mais elle avait pensé qu'il en était de même pour le reste de son peuple et s'était donc forcée à leur rendre visite.

 

           Mara craignait qu'ils ne lui tournent le dos, l'accusent d'incompétence. Mais il n'en fut rien. Bien au contraire, ils se rapprochèrent tous d’elle, avec inquiétude et douceur. Même les conservateurs consentirent à lui demander comme elle allait, ainsi qu’à s’enquérir de l’état de santé de Kalia.

 

           Atlaïr déclara solennellement qu’il était content qu’elles se portent bien et Mara se dirigea ensuite vers Laila et Malica.

 

           Les deux jeunes femmes étaient à l’écart, serrées l'une contre l'autre, tremblantes et affichant un air coupable. Mara eut pitié d’elles.

 

           Quand elle arriva à leurs niveaux, Laila leva des yeux pleins de larmes vers sa Présidente. Mara assura aussitôt :

 

-       « Sachez que vous serez toujours considérées comme des membres à part entière de notre peuple. La honte n’est pas jetée sur votre famille.

-       Elle l’est, Madame, répliqua Malica d’une voix serrée par la tristesse. À jamais.

-       Au contraire, Malica… Il est temps de mettre un terme à toutes ces… Stupidités, c’est ce que j’ai toujours voulu faire, toujours tenté d’accomplir. Vous n’êtes pour rien dans la trahison de Marcus. Vous en êtes des victimes, comme nous tous. Malica, tu as toi aussi été enlevée, ton Oncle t'a vendu aux Wraiths ! Les Aléniens le savent. Personne ici ne vous associe à ce que Marcus a fait. Personne. »

 

Malica acquiesça machinalement, mais n'avait pas l'air convaincue. Laila demanda avec inquiétude :

 

-       « Qu’allez-vous faire de mon frère ? »

 

Mara déglutit. La sœur de Marcus avait beau être horripilée par les actes de son frère, Mara pouvait comprendre que son amour pour lui n'en soit pas pour autant diminué. Elle aussi, avait souffert de la trahison de Tavius. Elle aussi, lui en avait voulu. Elle se souvint s'être rendue dans la cellule de son frère, après le départ de John et de son équipe et que, entre cris et larmes de souffrance, elle l'avait proprement giflé plusieurs fois, avant de le serrer dans ses bras. Ils avaient grandi ensemble. Et avant que les intérêts du pouvoir les séparent définitivement, ils s'étaient mutuellement aimés et soutenus. Quoique Tavius ait pu vouloir lui faire subir, elle ne pouvait oublier tout ce qu'ils avaient partagé depuis leur âge le plus tendre.

 

Mais elle était également régente de son peuple. Tavius avait choisi son camp, l'avait trahie. Il méritait d'être puni. Comme Marcus, aujourd'hui.

 

« Par les Ancêtres, pensa-t-elle, désespérée. Combien d'autres coups de couteaux dans le dos vais-je pouvoir endurer avant de m'écrouler définitivement ? »

 

Laila et Malica attendaient, tendues, sa réponse. Elle s'efforça de se ressaisir et prit un ton ferme pour déclarer :

 

-       « Nous allons le soumettre à un procès équitable. Nous le traiterons comme tout citoyen d’Aléna. Avec justice. Mais je ne peux vous dire ce qu'elle décidera.

-       Ils vont vouloir le tuer, murmura Laila d'une voix tremblante. Ils le veulent déjà…

-       Laila… Je suis désolée. Je comprends ce que tu ressens. Je t'assure. Mais je n'ai pas le choix. Je ne peux lui accorder aucune grâce. S'il ne s'en était pris qu'à moi, je n'aurai pas eu le courage de le mettre à mort et l'aurait très certainement enfermé à vie ou bien banni d'Aléna. Mais 66 Aléniens dont ta fille, ainsi que le reste d'entre nous, avons beaucoup souffert à cause de sa trahison. Le peuple doit choisir sa sentence. C'est notre règle. »

 

Et sur ce, elle avait laissé les deux jeunes femmes avec leur chagrin. Elle ne pouvait rien faire de plus pour elles. Les Aléniens étaient encore pour nombre d’entre eux, imprégnés des anciens préjugés, d'anciennes coutumes… Adeptes des anciens châtiments. Dix ans de démocratie, n’avaient pas permis d’effacer des milliers d’années de culture.

 

           Et c'est ce matin même, qu'elle décida d’aller voir Marcus dans sa cellule. Mais elle appréhendait tellement de le visiter seule, qu'elle demanda à John de l'accompagner. Il était le seul homme capable de la rassurer par sa simple présence.

 

           Ils entrèrent ensemble dans la prison lantienne, et Marcus se dressa face à eux, relevant fièrement la tête.

 

Malgré elle, Mara eut un choc et un moment d'arrêt. Par les Ancêtres... Elle ne reconnaissait pas son Premier Conseiller. Où était donc passé son air bienveillant, paternel ? Il ne la toisait plus qu'avec mépris, comme si le simple fait de la voir le dégoûtait. Mara sentit un grand froid l'envahir, ne comprenant pas quand et comment une telle haine avait envahi Marcus. Sentant la peur la gagner, elle ne put s'empêcher d'attraper la main de John qui, inquiet, pressa la sienne avec douceur.

 

Mais Mara se reprit et desserra son étreinte. Non, se dit-elle. Elle ne devait pas faillir, pas maintenant. John était à ses côtés, mais il ne pourrait accomplir son devoir à sa place. Elle était toute seule, pour assumer ses responsabilités. Il en avait toujours été ainsi. Et à nouveau, elle ne sut d'où lui vint la force de détendre la tension de ses muscles, de poser sa respiration en un rythme régulier et de prendre un air calme et solennel, pour affronter la colère d'un homme qui l'avait trahie et ainsi, brisée.

 

Elle s'avança d'un pas souple et croisa ses mains devant elle. À sa grande surprise, elle aperçut alors Atlaïr qui, n'ayant pas hésité à se rapprocher au maximum des barreaux de la cellule, toisait Marcus d'un air satisfait.

 

-       « Atlaïr… dit Mara.

-       Ton Altesse, répondit celui-ci, l'air moqueur. Je suis venu contempler le traître en prison. J’aurais préféré le contempler mort, et pouvoir pisser sur sa tombe mais enfin… Je pense que sous votre présidence, ça n’arrivera pas.

-       Le peuple décidera, déclara Mara.

-       Je vois…

-       Atlaïr… J’aurai un service à vous demander.

-       Tiens donc… »

 

Il se positionna face à elle, bras croisés et attendit. Mara commença :

 

-       « Vous aimez la franchise alors je serai franche : j’ai du mal à vous faire confiance et avec la trahison de Marcus… Il va me falloir du temps avant de faire confiance à qui que ce soit.

-       À lui, vous lui faites confiance, répliqua Atlaïr avec un signe de tête envers John.

-       Allons Atlaïr… Ne jouons plus la langue de bois. Vous savez très bien que les sentiments que j’ai pour le Colonel Sheppard dépassent la confiance. M’en voulez-vous d’aimer ? »

 

Atlaïr ne s'attendait pas à ce qu'elle soit aussi directe. Il eut un air surpris, mais concéda :

 

-       « Non, je peux le comprendre. »

 

John se retint de tout commentaire, mais la déclaration de Mara le mit mal à l’aise et il sentit ses joues s'empourprer très légèrement. Il avait déjà compris que Mara l’aimait, mais il ne pensait pas qu'elle le lancerait ainsi à son ennemi avec autant de flegme. L’Alénienne continua :

 

-       « Je voudrais tout de même vous demander de m’aider. »

 

Le conservateur ne répondit pas immédiatement, la toisant avec méfiance. Mara reprit :

 

-       « Vous êtes intelligent Atlaïr. Et une partie du peuple vous écoute.

-       Je vois... Vous vous dites que si vous m’avez de votre côté, les conservateurs ne se dresseront pas contre vous, c'est ça ? ricana-t-il.

-       Entre autres, reconnut Mara sans la moindre gêne. Je pense surtout que nous avons deux visions des choses divergentes qu’avec beaucoup d’efforts, nous pourrions parvenir à faire corréler. Pour le bien du peuple. Car c’est bien ce que nous voulons tous les deux ?

-       Tout à fait, affirma Atlaïr.

-       Alors… Nous discuterons ensemble des prochaines décisions, annonça-t-elle. Ne vous leurrez pas, je reste Présidente. Mais j’entendrai votre point de vue avant de faire mes choix. Et je tâcherai de les respecter, au maximum de ce que je peux faire. Est-ce que cela vous convient, Atlaïr ? »

 

À vrai dire, le conservateur semblait soufflé. Mais il s’inclina en avant, en signe d’accord. Mara commenta avec douceur :

 

-       « Bien… »

 

Et c’est alors qu’elle se tourna vers Marcus. Celui-ci avait écouté leur conversation avec attention et les fixait avec dégoût. Mara demanda à Atlaïr :

 

-       « Qu’a-t-il dit jusque-là ?

-       Rien du tout, répondit le conservateur. Il se contente de rester immobile et silencieux. »

 

Mara avança lentement vers le Premier Conseiller, ne cillant pas face à son regard impitoyable. Marcus lança :

 

-       « Après toutes les insultes que tu as dites sur Atlaïr, tu t’associes maintenant à ces… Comment les appelais-tu déjà ? « Sales abrutis ? »

-       J’ai déjà entendu pire, dans la bouche d’Atlaïr, contra Mara. Je ne m’en formalise pas.

-       Et je n’ai jamais hésité à affirmer que ce n’était qu’une garce de sainte nitouche, mais ça, Mara le sait aussi. Vous-même, Ex-Premier Conseiller, avez dit tout autant grossier à mon sujet. L’heure n’en est plus aux règlements de comptes. On vient de faire une trêve dans notre guerre, vous ne vous en êtes pas aperçu, Marcus ? railla Atlaïr. »

 

Le cinquantenaire eut une exclamation de dédain. Il alla se rasseoir :

 

-       « Bien… Alors que me voulez-vous Mara ? Me convaincre que vous êtes le bienfait premier du peuple ? Que Kalia est l’ange de la lumière ?

-       Non Marcus, fit gravement Mara. Le Colonel Sheppard m’a montré votre… Confession. Je suis simplement venue vous dire à quel point vous m’avez blessée. Je ne m’attendais pas à une telle trahison de votre part. Que vous n’hésitiez pas à vous en prendre à vos semblables. Nous vous avons aimé Marcus. Moi et Kalia, toutes les deux avons vu en vous le père qui nous a fait défaut. Vous le savez.

-       Tch ! s'exclama-t-il avec ironie. Ne cherchez pas à m’attendrir Mara ! Atlaïr a raison, vous n’êtes dans le fond, qu’une enfant pourrie gâtée qui pense que tout lui est dû. Vous voulez faire croire à tout le monde que vous n’avez pas été marquée à vie par l’éducation royale que vous avez eue. Mais c’est faux !

-       Et vous Marcus ? rétorqua Mara. Qu’avez-vous tenté de faire ? À m’apporter la souffrance ? À vous venger de la mort de Dalikè ? Mais à quel prix ? Vous n'avez pas hésité à vous en prendre à tout le peuple Alénien, alors qu'en me blessant ou me tuant seulement moi, vous auriez eu votre vengeance !

-       En tuant Kalia, j’aurai eu ma vengeance ! éructa le Premier Conseiller en bondissant avec colère de son banc. En vous faisant souffrir ! Pas en vous ôtant la vie ! La vie, vous deviez la perdre en crevant de chagrin, comme moi, j’ai failli crever de chagrin ! Vous auriez lentement expiré votre dernier soupir, sous les yeux de votre amant de toujours, de votre peuple et de vos adversaires ! , j’aurai eu ma vengeance ! Atlaïr ! s'exclama-t-il alors. »

 

Il se tourna vers le conservateur et lui lança :

 

-       « Toi ! Je sais que tu me comprends ! »

 

Atlaïr s’approcha à pas lents de la cellule lantienne et fixa Marcus droit dans les yeux avec intensité :

 

-       « Je comprends Marcus. Je comprends ce que tu as pu vivre. Il y a quinze ans, ma sœur a été mise à mort par le Seigneur Protecteur. Parce qu’elle s’était refusée à lui. »

 

Mara baissa la tête, embarrassée. Le conservateur reprit avec force :

 

-       « Mais je n’ai jamais cherché à faire souffrir Mara pour des erreurs qui n’étaient pas les siennes. Oh, bien sûr, je mentirai en disant que je n’ai pas confiance en elle, en partie parce qu'elle vient de cette famille maudite qui nous a traités comme des sous-merdes ! Mais le Seigneur Protecteur a eu son compte ! Otho l’a fait crever ! Avec lenteur ! J’ai déjà eu ma vengeance ! Mais jamais Marcus, je ne l’aurai fait en prenant la vie d’une enfant ! De 65 de mes compatriotes ! Mara n’en vaut pas la peine selon moi. Tu vois, la différence entre toi et moi, Monseigneur le Sage, c’est que je sais faire la part des choses. Chacun paye selon ce qu’il mérite de payer. Toi, tu invoques des prétextes qui n’ont aucun sens, pour te convaincre toi-même que tu as le droit de t'acharner sur les autres. Ce n’est plus de la vengeance, Marcus. »

 

Et il s’écarta, reculant pour se positionner fièrement à côté de Mara. Marcus cracha à la jeune femme :

 

-       « Et tu oses t’allier à un homme qui va te trahir à la première occasion ?

-       Je m’allie à un homme dont je connais les véritables pensées, corrigea Mara. Et qui connait les miennes. Vois-tu, l’avantage de s’unir à nos ennemis, c’est que l’on sait jusqu’où ils ont déjà pu aller pour gagner la bataille. Je sais à qui j’ai à faire. »

 

Atlaïr eut un sourire flatteur et se tourna vers Mara en proclamant :

 

-       « Majesté… Tu m’impressionnes ! »

 

Mais Mara ne releva pas. Elle se tourna une dernière fois vers Marcus en déclarant avec tristesse :

 

-       « Je t’aimais Marcus. Mais maintenant, ton sort ne dépend plus de moi. Le peuple jugera de ta sentence. »

 

Et sur ce, elle se tourna vers Sheppard pour annoncer :

 

-       « Colonel… Monsieur Woolsey nous attend.

-       Madame… fit-il en s'écartant courtoisement.

-       Je tiens à ce qu’Atlaïr soit présent.

-       Mais… Ce sera un honneur… Atlaïr ? Après vous. »

 

Il y avait de l’ironie dans sa voix, mais le conservateur répondit par un sourire provocateur. Puis, il précéda son hôte et Mara vers la salle de réunions. John fixa la nuque d’Atlaïr en demandant du coin des lèvres à Mara :

 

-       « Et tu crois vraiment que c’est une bonne idée ?

-       J’en suis sûre. »

 

John ne releva pas. Après tout, réfléchit-il, Mara savait ce qu'elle faisait, elle était à la tête des siens depuis dix ans. Et lui aussi, avait déjà choisi de s'allier avec leurs ennemis, Wraiths en tête de liste. La vie était ainsi faite et il avait vite compris que rien n'était ni tout blanc, ni tout noir, mais que les nuances étaient plus déterminantes que les certitudes. Ils arrivèrent en salle de réunion cinq minutes plus tard. Woolsey, Ronon, Teyla et Rodney les y attendaient. Ils se saluèrent et Mara présenta Atlaïr en ces termes :

 

-       « Je tiens à ce qu’Atlaïr participe à cette réunion et à celles qui suivront. Il représente une partie de mon peuple et son opinion sur leur avis me sera précieuse.

-       Madame… Vous faites preuve de beaucoup de sagesse, complimenta Woolsey.

-       Je vous remercie. »

 

Et ils s’assirent. Ronon toisa pourtant Atlaïr avec défiance, ce qui n’échappa pas au conservateur. En réponse, il lui sourit de toutes ses dents.

 

Woolsey commença :

 

-       « Bien… Madame Mara d’Aléna, Monsieur Atlaïr d’Aléna, je tiens d’abord à vous exprimer mon désarroi face à votre situation. La trahison d’un membre aussi proche est une épreuve toujours très dure. Comme nous l’avons fait jusque-là, nous voudrions vous offrir notre soutien.

-       Et que nous proposez-vous, Monsieur Woolsey ? demanda Mara.

-       En premier lieu, sachez que nous n’interférerons plus dans votre politique, décréta Woolsey. Le traître a été démasqué et je pense que c’est à vous de décider de son sort, sans même nos conseils. Là où nous pourrions vous aider, c’est pour la réinstallation de votre peuple.

-       Sur Aléna, vous voulez dire ? intervint Atlaïr.

-       Et bien, c’est la question que nous nous posions, justement, fit Sheppard. On pense que ce n'est pas une si bonne idée.

-       Pourquoi ? s'étonna Mara.

-       Parce qu’il n’est pas certain que les Wraiths ne reviendront pas, expliqua Woolsey. Nous ne pouvons déterminer si ce vaisseau ruche à communiqué les coordonnées de votre planète à une autre ruche.

-       Vous suggérez qu’il ne faut pas que nous retournions sur Aléna, c’est ça ? résuma Atlaïr avec impatience.

-       Exact. »

 

Mara et Atlaïr se regardèrent, déconcertés. La jeune Alénienne demanda :

 

-       « Et dans l'hypothèse où nous acceptons de ne pas rentrer dans notre monde, que nous proposeriez-vous ?

-       Nous avons plusieurs adresses de planètes qui pourraient faire d’excellents refuges pour votre peuple, affirma le bureaucrate.

-       Mais… intervint Teyla. Nous ne sommes sûrs de rien, concernant un éventuel retour des Wraiths. Alors… Nous pensons qu’il serait judicieux que le peuple choisisse : repartir sur Aléna ou construire une nouvelle population sur un autre monde. Tout cela bien entendu, en expliquant la situation à vos compatriotes et les risques qu’ils encourent dans chaque cas.

-       Que pourrait-il se passer, sur une autre planète ? demanda Atlaïr.

-       Beaucoup de choses, répondit Sheppard. Premièrement, même si nous vous garantissons toujours notre protection, les Wraiths n’épargnent aucun monde. Ensuite, il faudra du temps avant que tout se mette en place.

-       Le temps n’est pas un problème, Colonel, rétorqua Atlaïr.

-       Conservateur, êtes-vous donc favorable à ce que nous occupions un autre monde ? demanda Mara. »

 

Atlaïr se tourna vers elle, surpris. Il paraissait que jamais Mara ne s’était adressé à lui de la sorte. Il bafouilla, ce qui était une première :

 

-       « Et bien… Euh… Oui enfin… Pour ma part, je pense que les Atlantes ont raison : un nouveau monde serait plus sûr. »

 

Mara sembla peser le pour et le contre. Finalement, elle déclara :

 

-       « Je suis personnellement aussi de votre avis. Mais je pense que Teyla a raison : nous devons donner à chacun le luxe de choisir. Et si des porteurs du gène retournent sur Aléna… Nous détruirons la Tour. Et nous laisserons les artefacts anciens à nos amis Atlante. Ainsi… Il n’y aura plus aucune différence entre nous tous. »

 

Atlaïr en resta pantois. Visiblement, il ne s’était pas attendu à ça. Mara objecta cependant :

 

-       « Mais ne nous leurrons pas. Les rivalités reprendront.

-       Si vous détruisez la Tour… Que vous renoncez à tous les avantages que votre sang vous apporte, je peux vous jurer sur tout ce que j’ai au monde, que jamais, l’adversité ne viendra de nous. »

 

Et il se leva, pour s’incliner face à Mara, les surprenant tous :

 

-       « Madame la Présidente. »

 

Mara lui rendit son salut et se tourna de nouveau vers Woolsey pour annoncer :

 

-       « Je crois que le Conservateur et moi-même avons trouvé un accord. Nous laisserons le choix au peuple. Nous vous donnerons également la technologie des Ancêtres. Pour autant, la menace Wraiths continuera de peser sur nous, comme vous l'avez si justement fait remarquer. Alors, nous devrons trouver un autre système de défense. Avez-vous quelque chose à nous proposer ?

-       Vous nous demandez des armes ? décrypta Woolsey. »

 

Mara acquiesça. Le bureaucrate parut légèrement ennuyé et déclara :

 

-       « Il n'est pas dans nos habitudes de... Céder ce genre de matériel.

-       C'est pour nous défendre, que l'on vous réclame ces engins, releva Atlaïr. Pas pour nous entretuer. »

 

Ronon eut un sourire ironique :

 

-       « Une arme reste une arme, dit-il. Que ce soit avec la technologie des Ancêtres ou la nôtre, vous trouverez le moyen de vous entretuer. De détourner des moyens de protection pour vous faire la guerre…

-       Cela, ce sera notre problème, décréta Mara. Je souhaite vivement que vous nous procuriez les instruments pour nous défendre. Militairement parlant. Si nous avions possédé les armes que vous avez, sans doute aurions-nous pu lutter de manière plus efficace, lorsque les Wraiths ont débarqué sur Aléna. Nous vous avions cédé nos drones, nos Jumpers, des outils que nous aurions pu utiliser pour repousser cette attaque. Nous étions sans défense.

-       Madame, je comprends vos inquiétudes, mais comprenez également les nôtres, répliqua Woolsey. Nous ne pouvons vous apporter des moyens de vous faire du mal. C’est notre responsabilité.

-       Monsieur Woolsey… Je ne vous demande pas de juger notre peuple, je vous demande de nous aider. Et n’oubliez pas les artefacts. Si vous refusez, nous pouvons tout aussi bien partir avec. »

 

Atlaïr eut un sourire satisfait. John le regarda de travers. Mara reprit :

 

-       « Ecoutez… La question n’est pas de savoir ce que nous deviendrons dans les années à venir. En réalité, elle est plus simple que cela : pouvez-vous nous aider à nous protéger ? Pouvez-vous nous en donner des moyens ? »

 

Ils se regardèrent tous, dubitatifs. Finalement, Woolsey demanda :

 

-       « Nous garantissez-vous le don de la technologie lantienne de votre cité ? Sachez que du matériel lantien sur votre planète permettrait sans doute de remplacer le nôtre, qui peut être vétuste, ou endommagé. Si nous nous rendons dans la Tour, nous la décortiquerons entièrement. Cela, bien entendu, à la condition que les Wraiths n'aient pas envahi Aléna.»

 

Mara se tourna vers Atlaïr. Celui-ci approuva d’un signe de tête. Mara dit alors :

 

-       « Oui.

-       Bien… Dans ce cas, nous vous proposerons des armes, mais je tiens à le préciser, en quantité limitée. Nous ne vous fournirons pas un arsenal. Cela se limitera uniquement à nos P90 et à des pistolets. Aucun matériel plus dangereux, pas d'explosifs. Nous pouvons également vous procurer un générateur d’une technologie particulière, qui vous permettra d’activer un bouclier de protection et d’occultation sur une zone restreinte. Grâce à cela, vous pourrez vous cacher lors d’une attaque Wraiths.

-       Ils peuvent détecter ce genre de technologies, non ? demanda Atlaïr.

-       Les Wraiths décèleront une source d’énergie, dit Mc Kay. Mais ils ne l’attaqueront pas s’ils ne savent pas ce qu’il y a en-dessous et encore moins si ce n’est pas d’origine Ancienne.

-       Je vois… Donc, c’est un moyen sûr ?

-       C'est ce que nous croyons, en tout cas, nuança Woolsey. Nous avons déjà fourni cet appareil à d'autres mondes que le vôtre, lors de négociations.

-       Et ensuite ?

-       Nous vous aiderons à rebâtir une ville, dit Woolsey. En termes de main d’œuvre et de matériel. Des équipes de savants viendront pour une visite bisannuelle comme ce fut le cas jusqu’à présent, mais dans le seul but de répondre à vos demandes dans la mesure de nos capacités. Nous ne nous mêlerons plus de votre système politique. Nous n’essaierons plus de vous faire évoluer technologiquement. Nous ne vous demanderons rien comme récoltes la première année, le temps que la terre puisse fournir assez pour vous et pour nous. Ceci aussi bien pour Aléna, qui a été dévasté par la dernière attaque, que sur la nouvelle planète. Et bien entendu, nous vous proposons toutes ces conditions pour les deux endroits où vos peuples vivront. »

 

Atlaïr sembla étonné. Mara dit solennellement :

 

-       « Les termes exacts resteront à définir, mais c’est un accord qui me paraît prometteur. Conservateur Atlaïr ?

-       Aucun problème pour moi non plus.

-       Bien… Sur ce, Messieurs, y avait-il d’autres sujets à aborder ?

-       Non Madame, dit Woolsey. Nous vous proposons de garder Marcus ici jusqu’à ce que vous ayez décidé quoi faire de lui. Aussi, pour éviter des représailles mal avisées, je renforcerai la sécurité autour de sa prison.

-       Je suis d’accord. Conservateur ? »

 

Cette fois-ci, Atlaïr mit un moment avant de répondre. Finalement, il haussa les épaules :

 

-       « Pourquoi pas…

-       Il me faut une réponse claire, Monsieur, rétorqua Woolsey.

-       Bon… Alors… Je suis d’accord, acquiesça Atlaïr de mauvaise grâce.

-       Merci. »

 

Alors, Mara se leva, imitée par Atlaïr. La jeune femme déclara solennellement :

 

-       « Au nom de mon peuple, je vous remercie. Nous n’oublierons pas l’aide apportée.

-       Madame… »

 

Ils se levèrent tous et Mara et Atlaïr sortirent de la salle de réunions. Ronon attendit qu’ils se soient éloignés avant de lancer :

 

-       « Ça ne durera pas.

-       Non… En effet, marmonna Sheppard. Mais Mara a raison sur une chose : nous ne pouvons être responsables de ce qu’ils feront de leur avenir et de ce que nous leur donnerons.

-       J’aime pas Atlaïr, fit Ronon.

-       Moi non plus mais… Je pense que de tous les ennemis de Mara, il est celui qui est le plus facile à tenir, dit Sheppard.

-       Je le crois aussi, renchérit Woolsey. J’ai déjà eu affaire à des gens comme lui, au CSI. Croyez-moi, je sais de quoi je parle. Sur ce… Colonel, je vous laisse organiser la partie technique de la réimplantation du peuple Alénien. Quant à moi, je m’occuperai du côté diplomatique.

-       Ça me va…

-       Merci. Messieurs… Madame… »

 

Et il sortit à son tour de la salle de réunions. Le silence s’installa avant que Rodney s'exclame avec enthousiasme :

 

-       « Bon, et si on allait prendre un casse-croûte ? Je meurs de faim ! »

 

Mais Sheppard leva les yeux au ciel et Teyla dit :

 

-       « C’est très gentil Rodney mais… J’ai déjà bien mangé ce matin.

-       Pareil, fit Ronon d’un air ennuyé.

-       Bon ben… J’irai tout seul alors. »

 

Mais les trois autres se regardèrent, amusés, et John pouffa :

 

-       « Allons accompagner Rodney dans son parcours du combattant alimentaire.

-       Oh, très drôle John, si vous devez venir pour me couper l’appétit, ça ne sert à rien. »

 

Ronon éclata alors de rire et donna une grande tape dans le dos de Mc Kay, avant de sortir en disant :

 

-       « Allez, j’ai faim finalement moi aussi… »


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