Les échos du passé

Chapitre 6 : Chapitre 6 : Ce n'est qu'un Au Revoir...

9203 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 05/05/2026 17:15

DEUX MOIS PLUS TARD

 

-       « Alors, on va aller sur une autre planète ? s'enquit Kalia.

-       Oui ma puce… Tu verras, elle est magnifique ! »

 

Sa fille la toisa avec perplexité, partagée entre excitation et inquiétude. Kalia et Mara étaient dans la chambre de l’enfant et celle-ci venait de lui annoncer leur départ de la cité Atlantis pour le surlendemain.

 

Depuis le sauvetage des Aléniens et les révélations de Marcus, deux mois s'étaient écoulés, à une vitesse folle pour la jeune femme. Finalement, aucun Alénien n’avait choisi de repartir dans leur monde. D’une seule voix, ils avaient choisi de construire un autre avenir pour leur peuple, ailleurs, loin d’un passé qui n’apporterait rien de bon à leur futur. Elle, Atlaïr, Woolsey et John, avaient établi ensemble leur plan d'installation sur une nouvelle planète.

 

           Atlaïr et les conservateurs s’étaient montrés d’une aide remarquable. Lui et Mara ne s’accordaient pas toujours sur tout, mais arrivaient au bout du compte, à trouver un terrain d’entente favorable pour tous.

 

           Au bout d'un mois, Mara le nomma officiellement son nouveau Premier Conseiller, ce dont les citoyens se réjouirent.

 

           Mais Mara observait cette victoire avec circonspection. Elle savait que tôt ou tard, son peuple se déchirerait à nouveau.

 

           Ce temps fut favorable pour ce que sa fille retrouve la paix de l'âme, son état s'améliorant de jour en jour. Suivie par le psychiatre Atlante à raison d’une séance par semaine depuis deux mois, ses terreurs nocturnes s’étaient grandement calmées. Dès qu'elle eut quitté l'infirmerie, Kalia se terra dans sa chambre pendant deux semaines.

           Quand elle finit par en sortir, ce fut pour se rendre dans des endroits précis : le bureau du thérapeute, le réfectoire, l’infirmerie. Elle observait ainsi un rituel qui l'aidait à reprendre confiance en elle et en son environnement, lui expliqua le Dr Felli.

 

           Au bout d'un mois et demi, soit il y a quinze jours de cela, Mara l’emmena sur le balcon où John lui avait annoncé que Marcus était le traître et Kalia tomba immédiatement sous le charme des lieux. Ce fut le quatrième endroit qu'elle ajouta à sa balade quotidienne.

 

           Ce n’était que depuis ce début de semaine, qu’elle parvenait à peine à dévier du chemin qu'elle empruntait tous les jours, s'autorisant des écarts vers d'autres pièces. Elle arrivait également à dormir sans que sa mère soit à ses côtés.

 

           Mara était assez inquiète, se demandant si l'angoisse de l'installation dans un nouveau monde, ne créerait pas une rechute chez sa fille. Mais le Dr Felli lui assura qu'au contraire, comme pour le reste des Aléniens, cette planète inconnue serait un moyen parfait de prendre un nouveau départ et ainsi, commencer à oublier le passé douloureux duquel elle émergeait.

 

-       « Comment vont les Aléniens ? questionna Kalia.

-       Ce sont des battants ma fille. Ils sont inquiets, mais aussi impatients de pouvoir vivre leur nouvelle vie. Et de quitter Atlantis.

-       J’aime bien Atlantis, marmonna Kalia. »

 

Mara comprit l'inquiétude cachée derrière la fausse désinvolture affichée par l'enfant et s'empressa de la rassurer :

 

-       « Kalia… Nous serons en sécurité sur la nouvelle Aléna. Les Atlantes nous le permettront.

-       Je sais mais… »

 

Elle eut un frisson. Mara lui caressa le front du bout des doigts. Kalia n'était pas dupe. Elle aussi savait que les luttes intestines reprendraient un jour.

 

Mais elle eut un sourire encourageant :

 

-       « On s’en sortira Kalia. Ensemble.

-       Ensemble. »

 

Mara embrassa sa fille sur la joue et se leva pour annoncer :

 

-       « J’ai plusieurs choses à faire avant d’aller dormir.

-       Très bien Maman.

-       À demain ma fille.

-       À demain. »

 

Et Mara sortit de sa chambre, en laissant la lumière allumée. Kalia n’avait encore pu se résoudre à dormir dans le noir.

 

Elle inspira une profonde bouffée d’air, et se dirigea vers les quartiers de Sheppard.

 

XXX

 

           John en était presque au bout de « Guerre et Paix ». À chaque fois qu’il lisait l’ouvrage, il ne pouvait s’empêcher de songer à Élisabeth Weir. Elle lui manquait. Tout comme les conversations éclairées sur ce pavé qu’ils avaient, lui manquait.

 

           Il fut soudain tiré de ses pensées par un léger "Toc, toc" à sa porte. Il se leva et alla ouvrir.

 

-       « Mara ? s'étonna-t-il.

-       John. Est-ce que… Je peux entrer ? demanda-t-elle d'un ton hésitant.

-       Oui, bien sûr… »

 

Il la laissa passer et Mara s’avança. Elle eut un regard pour l’énorme livre posé sur le lit de John et lut lentement :

 

-       « Guerre… Et… Paix… Qu’est-ce que c’est ? interrogea-t-elle, perplexe.

-       Oh euh… Un résumé serait très dur à faire alors… Je dirai que tout est dans le titre, répondit John, amusé.

-       Je vois… Est-ce que je peux te parler un instant ?

-       Moui… »

 

Il lui indiqua la chaise à côté de la table de nuit et Mara s’installa. Il alla quant à lui s’asseoir sur son lit et attendit, intrigué.

 

-       « J’ai un service à te demander, commença Mara.

-       Un service… répéta John, sur ses gardes.

-       Oui. Ça… Ça concerne Kalia.

-       Ah… »

 

Il eut un regard embarrassé. À vrai dire, il n’avait pas beaucoup croisé la petite fille, pendant deux mois. Entre les missions de Woolsey, entrecoupées des moments où il avait fallu superviser l’installation Alénienne sur leur nouvelle planète, il n’avait pas eu beaucoup de temps pour penser à l’enfant… Ou alors en avait-il profité pour ne pas y penser ?

 

Il savait parce qu’il l’avait demandé à Mara, qu’elle allait mieux. Mais c’était tout.

 

-       « Qu’est-ce que tu attends de moi ? s'inquiéta-t-il.

-       Un code d’identification. Propre à Kalia, indépendamment de celui correspondant à la nouvelle Aléna. »

 

John resta surpris :

 

-       « Un code pour Kalia ?

-       Oui. Qui te permettrait de comprendre qu’elle est en danger. Qu’elle a… Besoin de toi. »

 

Mara était visiblement tendue, mais il pouvait aussi lire de l'espoir dans ses yeux. John saisit alors la demande sous-entendue :

 

-       « Tu veux lui dire la vérité.

-       Oui… »

 

John faillit répondre instinctivement : « Non », une boule d'angoisse lui serrant la gorge. Mais aucun son ne franchit ses lèvres. Il tenta de s'imaginer la scène. Être confronté au regard de sa fille, à qui il avouerait un "Je suis ton père" gêné. Mais il n'arrivait pas à envisager la réaction de l'enfant. La stupeur, sans doute, brouillerait les yeux verts. La colère ? Peut-être. La répulsion ? C'était possible... Il commença :

 

-       « Écoutes Mara, je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

-       John, soupira Mara. Je sais que tu es inquiet. Moi non plus, je ne sais pas comment réagira Kalia. Mais il faut que tu comprennes que tôt ou tard, la vérité lui parviendra aux oreilles. Après tout, les Aléniens sont au courant que tu es son père. Et je ne veux pas qu'elle l'apprenne ainsi, par des bruits de couloirs !

-       Tu pourrais lui dire… Une fois reparties ? suggéra-t-il.

-       John… Je t’en prie, implora Mara. J’ai failli perdre Kalia. Je te demande juste… D’être là pour elle, si sa vie est en danger et que je ne peux pas l’aider. Mais pour ça, il faut qu'elle sache qui tu es pour elle. »

 

Il eut une grimace dubitative :

 

-       « Mara… Je dois y réfléchir.

-       John… Nous partons après-demain.

-       Ça fait court pour réfléchir, nota-t-il. »

 

Mara eut un soupir désespéré. John inspira une grande bouffée d'air et tâcha de voir les choses de manière objective. En réalité, il comprenait la demande de Mara. Elle avait peur pour Kalia. Mara avait toujours été trahie par les siens. Sans prétention aucune, John savait qu'elle n'avait confiance qu'en lui. Il savait également que Mara était consciente du fait que la seule personne auprès de laquelle sa fille serait en sûreté, ce serait lui.

 

Que répondre à ça ? Mais… Il n’était pas prêt pour dire la vérité à l’enfant.

 

-       « Mara… Je ne pourrai pas être son père, déclara-t-il d'une voix basse.

-       Je n'exige rien de tel de ta part. Et je pense que… Kalia ne te le demandera pas non plus. Oh, sans doute qu’elle voudra en savoir plus sur toi, mais John… Kalia a grandi sans toi. L’une comme l’autre, nous savons qu’il continuera d’en être ainsi, termina douloureusement Mara. »

 

John ne répondit pas immédiatement. Il observa la jeune Alénienne, qui le fixait toujours autant avec espoir. Mais il était tellement hésitant... Pour autant, il lui fallait prendre une décision. Alors, il se lança, purement et simplement. Il déclara :

 

-       « Très bien. »

 

Mara resta surprise. John expliqua :

 

-       « Je suis incapable de te dire non. Enfin, je veux dire… Je suis prêt à aider ton peuple tout entier s'il est menacé. Je ne peux pas refuser de porter secours à Kalia. Et comme tu dis… Un jour, elle saura. Alors je crois que tu as raison et qu'il vaut mieux qu'on lui dise la vérité. Ensemble. »

 

La jeune Alénienne était soufflée. John s'étonna lui-même, chose qui arrivait moins rarement que ce que l'on pouvait imaginer. Mais il lui était déjà arrivé de ne pas savoir quoi choisir... Dans ces moments-là, il laissait son impulsivité l'emporter, seul moyen pour lui de prendre une décision radicale. Il consentit alors à ouvrir un peu la porte de son esprit à ce que pensait son cœur de son choix et il fut stupéfait : "oui", lui dictait-il doucement. Ce n'était pas une bonne idée parce qu'il savait que, quoi que puisse lui assurer Mara, dire la vérité à l'enfant changerait irrémédiablement leurs vies, à tous les trois. Mais il ne pourrait y échapper. Dix ans en arrière, il avait succombé au charme de la femme en face de lui et une petite fille était née de cette aventure fugace. Certains lui diraient qu'il n'avait aucune responsabilité envers Kalia mais... Ce n'était pas son point de vue. Il devait au moins la vérité à l'enfant. Il acquiesça et Mara afficha le premier sourire joyeux depuis deux mois. Avec gratitude, elle dit :

 

-       « Merci.

-       Tu veux lui dire… Quand ? interrogea-t-il avec appréhension.

-       Demain… Dans la matinée. Kalia va faire sa balade quotidienne sur… Le balcon où elle aime se rendre. Comme pour moi, je suis sûre que le cadre… Aidera. »

 

John eut un petit hochement de tête.

 

Mara se leva et il l’imita.

 

Et c’est en arrivant près de la porte qu’elle s’arrêta, bras tendu pour actionner la commande d'ouverture. Il l'observa se raviser et se tourner vers lui, avec un air soudain décidé. En une attitude d'abandon, elle franchit à grandes enjambées la distance qui les séparait, pour prendre doucement son visage entre ses mains et poser ses lèvres sur les siennes.

 

John resta surpris. La situation le ramenait dix ans en arrière, quand Mara était venu le visiter dans ses quartiers, dans la Tour.

 

Il s’écarta rapidement et déclara :

 

-       « Non non non Mara, ce n’est vraiment pas une bonne idée.

-       Je sais… murmura la jeune femme. Mais je ne fais pas ça par intérêt cette fois-ci.

-       Mara… »

 

Elle noya le reste de sa phrase dans un baiser beaucoup plus doux.

 

John la prit par les épaules pour la forcer à s'écarter, mais son geste manquait de conviction et une nouvelle fois, il s'insulta lui-même de parfait abruti. Mais il devait bien s'avouer que son regard sur la jeune Alénienne avait évolué depuis deux mois. Oh oui, Mara était toujours aussi belle et attirante et elle avait tellement mûri dans son esprit ! Son air candide et innocent cachait une force et une détermination qui incitaient au respect. Elle était le genre de femme dont il pouvait tomber amoureux.

 

Il se souvint soudain qu'il y a dix ans en arrière, alors qu'il allait s'enfuir d'Aléna, il n'avait pu se résoudre à abandonner Mara à son triste sort et était retourné la chercher pour lui proposer de les accompagner sur Atlantis.

 

La jeune Alénienne passa ses mains sous son t-shirt et il sentit une vague de plaisir et de désir le saisir de la tête aux pieds, indépendamment de sa volonté. Le baiser devint plus passionné et langoureux avant que, contre toute attente, ce soit Mara qui rompe l’étreinte. Légèrement haletante, le rouge aux joues, elle s'éloigna de lui avec regret, mais reconnut d'une petite voix résignée :

 

-       « Tu as raison... Ce n'est vraiment pas une bonne idée. Je suis désolée. »

 

John ne put prononcer un seul mot, confus. Il déglutit, se sentant à la fois stupide et affreusement coupable. Mara avait eu la force de faire ce qui était le plus raisonnable.

 

Elle recula d'un pas, et déclara avec douceur :

 

-       « Je t’aime John. »

 

Il le savait déjà, même avant qu’elle ne l’avoue effrontément à Atlaïr. Mais il se sentait incapable de lui faire la même déclaration. Il se contenta ainsi de répondre :

 

-       « Je sais Mara. 

-       Mais ce ne sont pas des mots qui franchiront tes lèvres, commenta-t-elle, comme déçue.

-       C’est que… Je ne suis pas très doué pour ça, grimaça-t-il. »

 

Mara riva son regard au sien et sembla alors comprendre bien plus de choses que ce qu'il voulait s'avouer à lui-même. Elle ne fut pas attristée par sa réaction. Son visage s'éclaira d'un sourire rempli de tendresse. Elle déposa un nouveau baiser sur ses lèvres et il se laissa faire se contraignant pourtant cette fois-ci à ne pas y répondre. Et elle recula encore. Ils restèrent ainsi, silencieux et immobiles, avant qu’elle dise avec douceur :

 

-       « À demain John…

-       À demain Mara. »

 

XXX

 

           Teyla se pencha en avant et interrogea :

 

-       « Vous êtes sûr que c’est une bonne idée ?

-       Je suis sûr que c’est une mauvaise idée, corrigea John, mais honnêtement… Je pense ne pas vraiment avoir le choix.

-       Oui enfin, elle ne vous a jamais vraiment laissé le choix, si je puis dire, ironisa Rodney. Elle vous a littéralement sauté dessus dix ans en arrière et apparemment… Elle a recommencé hier soir.

-       On va dire que c’était plus consenti, hier soir. »

 

Teyla fit alors remarquer :

 

-       « On a toujours le choix de résister à ce genre de tentations, Colonel…

-       On va dire dans ce cas, que j'ai l'énorme défaut de souvent faire le mauvais, nota John.

-       Vous l’aimez ? demanda Ronon à brûle-pourpoint. »

 

La question surprit tout le monde et ni Teyla ni Rodney ne commentèrent. Ils regardèrent John et Ronon tour à tour. Le Satédien haussa les épaules :

 

-       « Ce n’est plus une question de choix, c’est une question de sentiments maintenant, non ? »

 

John resta soufflé. Il mit un moment avant de reconnaître :

 

-       « Je n’en sais rien, à vrai dire… J’ai envie de vous répondre que oui mais… Même si j’ai des sentiments pour Mara… Et je dois bien avouer qu’ils sont… Assez forts, je ne me vois pas… Être un mari ou un père. J’ai déjà tenté le mariage, ça ne m’a pas du tout réussi.

-       Et Kalia, John ? insista Teyla. Mara a beau dire qu’elle n'attendra rien de vous, cette petite fille va forcément vouloir vous connaître. Elle a besoin d’un père, tout enfant a besoin d’un père. Qu’il comprenne les circonstances ou pas.

-       Teyla… Je ne me voyais pas refuser sa demande. La situation est complexe dans son ensemble. Et ça, je ne peux rien y faire… »

 

Mais il s’interrompit, apercevant Mara arriver vers eux, assez tendue.

 

-       « Bonjour à tous… »

 

Elle comprit à leur air gêné le sujet de leur discussion et elle ne chercha pas à faire semblant :

 

-       « John… J’ai dit à Kalia qu’on devait lui parler. Elle nous attend… »

 

Sheppard acquiesça. Il eut un regard pour ses amis avant de se lever lentement :

 

-       « Bon… Allons-y… »

 

XXX

 

Kalia les attendait en effet sur le balcon où John avait conduit Mara pour lui annoncer la trahison de Marcus. « Le balcon des révélations », ironisa-t-il intérieurement.

 

La petite fille était assise en tailleur face à la barrière, les coudes appuyés contre le métal. Elle fixait la mer devant elle, semblant captivée par la beauté de l’océan.

 

Leur arrivée la tira de ses pensées et elle se tourna vers eux, sur ses gardes. Mais elle eut un sourire soulagé quand elle vit sa mère :

 

-       « Maman… »

 

Elle se leva et toisa John d’un air perplexe :

 

-       « Vous êtes… Le Colonel… Sheppard, c’est ça ?

-       C’est ça. »

 

Il se sentait vraiment mal à l’aise. Depuis deux mois, il n'avait pas beaucoup croisé la petite fille et à chaque rencontre, il se contentait de lui adresser de rapides paroles de salutations. C'était la première fois qu'ils se retrouvaient ainsi face à face et il avait appréhendé cet instant depuis l'arrivée de l'enfant sur la cité. Il ne s'attendait pas à ça. Kalia avait un regard intense et, bien qu'il soit marqué par une sorte de crainte profonde, était pour autant franc et direct.

 

Il se sentit soudain complètement démuni face à la petite fille, cloué sur place.

 

Kalia dut ressentir sa gêne, car elle fronça les sourcils, subitement inquiète :

 

-       « Est-ce que… Quelque chose de grave est arrivé ?

-       Non Kalia, non, la rassura aussitôt Mara. Écoutes… »

 

Elle eut un regard hésitant vers John, qui se contenta de rester aussi stoïque que possible. Mara se pencha vers sa fille et prit le temps de s’agenouiller devant elle, cherchant ses mots. Kalia lança avec inquiétude :

 

-       « Ne me dis pas non, tu as la même tête que quand tu m’as annoncé la trahison de Marcus… Maman, dis-moi. »

 

Elle fixa sa mère dans les yeux et répéta :

 

-       « Dis-moi. »

 

Pour Mara aussi, cela semblait beaucoup plus difficile que prévu, nota John. La jeune Alénienne commença :

 

-       « Le Colonel Sheppard est d’accord pour que tu aies ton propre code d’identification.

-       Tu parles du code… Qui permet aux Atlantes de savoir que c’est nous qui arrivons sur cette cité par le Cercle des Ancêtres, c’est ça ? fit prudemment Kalia.

-       Oui ma chérie.

-       Pourquoi est-ce que j’en aurai un plus particulier que les autres ? s'étonna l'enfant. Maman, tu as toujours tout fait pour que l’on n’ait pas de privilèges par rapport au peuple, pourquoi est-ce que j’aurais droit à cette faveur ? »

 

Ce fut cette fois-ci John qui répondit :

 

-       « Parce que ta mère a peur que comme elle, tu représentes une cible pour des personnes mal intentionnées. Tout va bien pour le moment, mais ce qui vient de vous arriver peut se reproduire. On peut se servir de toi pour atteindre ta mère.

 

La petite fille blêmit légèrement, mais hocha la tête avec consternation :

 

-       « Je comprends. »

 

Mara acquiesça et le silence s’installa, pesant. John fixait tour à tour les deux filles, redoutant la suite. Il ne savait même pas comment Mara allait annoncer la vérité à l'enfant et apparemment… Elle non plus. Kalia comprit :

 

-       « Il y a autre chose… »

 

Sa mère hésita encore, avant de finalement se lancer, d’une voix tendue :

 

-       « Oui ma chérie, il y a autre chose. Que tu dois savoir avant que l’on parte d’Atlantis. Tu te souviens de… Ce que je t’ai expliqué sur ta naissance ? »

 

Elle parlait du bout des lèvres. Kalia sembla se raidir et bafouilla, confuse :

 

-       « Oui… Tu as… Mon père était… Enfin tu m’as eu… Par accident.

-       Mon ange… Le Colonel John Sheppard est ton père. »

 

L’enfant s’arrêta de respirer. Elle resta coite, fixant sa mère avec incrédulité. Puis, lentement, elle tourna la tête vers John, qui ne s’était jamais senti aussi mal à l’aise de toute sa vie. Il essaya de sourire, mais sa bouche se tordit en une grimace. Kalia répéta dans un souffle, complètement sonnée :

 

-       « Mon père ? C’est vous mon père ? Un Atlante ?

-       Moui… confirma John. »

 

La petite fille s’écarta de sa mère et déclara pour elle-même :

 

-       « Bien sûr… C’était dans ta chanson… L’homme qui venait des étoiles… »

 

Et elle riva son regard sur John pour s’exclamer d’une voix forte, ahurie :

 

-       « C’était vous. C’était vous ! »

 

Kalia recula encore, allant cogner contre les portes du balcon, la respiration sifflante, complètement perturbée. Mara commença :

 

-       « Kalia, écoute…

-       Non… Il faut… Il me faut… »

 

Et elle se précipita sur la commande d’ouverture, pour pouvoir littéralement s’enfuir du balcon dès que les portes s’écartèrent. Mara voulut lui courir après, mais John la retint par le bras. Surprise, elle se tourna vers lui. John, la mine basse, déclara d’une voix grave :

 

-       « Mara… Laisse-la. Elle doit rester seule, je crois.

-       Je ne sais pas ce qu’elle peut faire, je…

-       Mara, insista-t-il, crois-moi. Elle a besoin de temps. En fait… On en a tous besoin. »

 

Mara ne releva pas, le cœur déchiré, mais finit par hocher la tête. John lui lâcha le bras et la jeune Alénienne déclara avec tristesse en détournant le regard :

 

-       « Je suis désolée… »

 

Et elle regagna également les couloirs de la cité, les portes se refermant sur elle. John eut un soupir et alla s’accouder au balcon à son tour.

 

Bon, se dit-il. Voilà. L’orage était passé… À vrai dire, il fut moins violent que ce qu’il avait pu imaginer. Pas de répulsion, pas de colère, exprimée par Kalia. Mais un réel choc qui l’avait secouée jusqu’au plus profond de son âme. Ce qu’il comprenait parfaitement, lui-même ayant du mal à se faire à la situation. Il se sentait légèrement étourdi, tandis que la tension accumulée depuis le matin redescendait petit à petit.

 

Il resta ainsi un moment à contempler la mer, jusqu’à ce que la voix de Woolsey lui parvienne dans son oreillette :

 

-       « Colonel Sheppard ?

-       Woolsey, ici Sheppard, répondit-il lentement d’une voix atone.

-       Colonel je voulais juste vous informer que tous les préparatifs pour le départ des Aléniens de demain, sont à présent terminés. Bon travail, Colonel. Dès demain, toute cette histoire aura son point final. »

 

John eut un sourire triste.

 

-       « Oui Woolsey. Tout sera fini. »

 

XXX

 

           Sheppard se serait attendu à ce que Mara vienne de nouveau le voir pour parler de ce qu’il s’était passé, mais ce ne fut pas le cas. Il ne croisa pas la jeune femme de toute la journée. Woolsey accepta de produire un code d’identification propre à la petite fille, sans poser de questions ou faire la moindre remarque.

 

           C’était ce genre de délicatesse dont faisait preuve le bureaucrate, que John appréciait tout particulièrement. Et qui avait de nombreuses fois, permis à Woolsey de remonter dans son estime.

 

           Il s’efforça de se concentrer sur ses tâches quotidiennes durant le reste de la journée, ce qui lui permit de quelque peu oublier l’épreuve du matin. Teyla lui demanda rapidement si tout s’était bien passé, mais au regard de John, elle comprit que non. Elle non plus, ne chercha pas à en savoir plus.

 

           C’est pourquoi il fut sidéré quand, entrant dans ses quartiers le soir même, il trouva Kalia assise en tailleur sur son lit, qui l’attendait.

 

           Il eut un sursaut de surprise.

 

-       « Kalia ?

-       Colonel. »

 

L’enfant tâchait de garder contenance, mais n’en menait pas large. Elle déclara en baissant la tête en un geste d’excuse et d'embarras :

 

-       « Je suis désolée d’être entrée ici sans votre autorisation, mais je craignais que vous ne me permettiez pas de vous parler si je l’avais demandé. »

 

John en resta bouche bée, ce qui lui arrivait rarement. Les portes de sa chambre se refermèrent derrière lui. Ils restèrent ainsi, autant gêné l’un que l’autre, avant que Kalia jette un regard circulaire autour d’elle et commente :

 

-       « Je ne pensais pas que… Vous aimiez autant de choses. Je ne connais pas… Rien du tout de tout ça. Qui c’est… Johnny Cash ? » interrogea-t-elle en pointant du doigt son poster de l'artiste.

 

Il trouva la situation si incongrue, qu'il ne put s’empêcher d’avoir un petit rire. Kalia eut un regard mi-inquiet mi-amusé et John répondit avec bienveillance :

 

-       « C’est un chanteur très connu sur ma planète.

-       Un chanteur ? reprit Kalia, soulagée de sa réaction indulgente. Est-ce qu’il utilise cet objet ? continua-t-elle en tendant la main vers sa guitare. J’ai… Sans faire exprès, je l’ai touché et… Il y a eu un son très étrange. »

 

John ne put s’empêcher de répéter d'un air espiègle :

 

-       « Sans faire exprès, vraiment ? »

 

L’enfant eut un regard coupable, mais lui répondit par un petit sourire timide. Sheppard affirma alors, mettant les mains dans les poches :

 

-       « Oui, il aime bien jouer de la guitare.

-       Gui-tare… répéta lentement Kalia. Je ne connais pas ce mot.

-       Et moi, je ne connais pas les noms des instruments de ton monde. »

 

Elle eut un haussement d’épaules et baissa à nouveau la tête. John comprenait parfaitement que cette discussion banale aidait l’enfant à surmonter son malaise. Une réaction que lui-même avait très souvent…

 

           Kalia lâcha alors à brûle-pourpoint :

 

-       « Je suis désolée pour mon comportement de tout à l’heure. »

 

Elle avait soudain une petite voix tremblotante. Craignant qu’elle se mette à pleurer, John s’empressa de la rassurer :

 

-       « Tu n’as vraiment pas à t’excuser, tu sais… Moi aussi j’ai eu du mal quand ta mère me l'a annoncé.

-       Alors vous ne le saviez vraiment pas ? Maman ne vous a rien dit ? s'étonna l'enfant.

-       Non. J’ai appris ton existence il y a deux mois. »

 

La petite fille eut un léger hochement de tête. Puis, elle déclara d’une voix ténue :

 

-       « Maman m’a dit que mon père était un explorateur et un guerrier avec beaucoup de responsabilités dans son monde. Qu’il ne savait pas qu'elle avait eu un bébé avec lui et que je ne le verrai très certainement jamais. J'ai eu beaucoup de peine. Il faut que vous sachiez que sur Aléna, il est très mal vu d'avoir un enfant sans père. Alors, je me suis toujours demandé pourquoi Maman n'était pas mariée et ne parlait jamais de vous. J'ai longtemps hésité avant de lui poser la question et sa réponse n'était pas ce que j'aurai pu imaginer. Elle était si triste en parlant de vous... »

 

Elle se mit à renifler, des larmes brouillant ses yeux verts. John ne sut pas quoi lui dire. Kalia continua sa confession :

 

-       « Vous savez, quand je me regardai dans le miroir, je me suis toujours dit que je devais vous ressembler… Je n’ai pas les traits de Maman. Alors j’ai réussi à me faire une image… Une idée… Je n’en ai pas demandé plus à Maman. Je savais que ça ne servait à rien. Et puis… À quoi bon, si vous ne vous êtes jamais intéressé à nous ? »

 

Elle sanglotait. Elle leva un regard démuni vers Sheppard, qui ne put soutenir la tristesse qu’il y lut. Il baissa à nouveau la tête et tâcha de trouver les mots :

 

-       « Kalia… Il faut que tu comprennes que… Oh bon sang, c’est vraiment pas facile. »

 

Nerveux, il se mit à marcher de long en large en expliquant avec le maximum de délicatesse :

 

-       « Je n’ai pas connu ta mère longtemps.

-       Elle me l’a dit, commenta l’enfant.

-       Je n’ai…

-       Vous ne l’aimez pas. »

 

Il ne réussit pas à dire ni oui ni non. Comme il l’avait avoué à Teyla… Il n’était même pas sûr de la réponse lui-même. Il eut une moue gênée :

 

-       « Quand ta mère est venue me voir… Il n’était pas question d’amour. Mais de sa survie.

-       Je sais…

-       J’ai visité beaucoup d’autres mondes, Kalia. Bien sûr, il n’est jamais arrivé ce qui s’est passé avec ta mère, mais… Je ne peux pas me permettre de m’inquiéter pour chaque planète après l’avoir visitée. Ce n'est pas mon rôle, des équipes spécialisées sont chargées de vous aider si besoin. Alors je ne me suis même jamais posé la question de savoir ce qu’Aléna devenait. Je savais que si quelque chose de grave arrivait, ta mère nous contacterait. Cet état de fait m’a toujours suffi. »

 

Elle sembla accuser le coup. John s’approcha de l’enfant et termina d'un air contrit :

 

-       « Je n’ai pas d’excuses, Kalia. Je ne me rends compte que maintenant, l’ampleur du mal que mes actions et celles de ta mère, ont pu causer. Je n’ai jamais voulu que tu souffres.

-       Je sais bien, ânonna la petite fille d’une voix étranglée. Alors… Quand je serai partie… Tout reviendra comme avant ? »

 

John savait qu’il allait crucifier la petite fille, mais il répondit, n’ayant pas le cœur à lui mentir :

 

-       « Oui. »

 

Elle détourna le regard, pleurant silencieusement. Il ajouta aussitôt :

 

-       « Mais Kalia… »

 

Il s’agenouilla devant elle et tourna délicatement son petit visage vers lui, pour fixer ces yeux si semblables aux siens :

 

-       « Je te promets que si tu as le moindre problème et que tu as besoin de mon aide… Je serai là. Je ne te laisserai pas tomber.

-       C’est vrai ? marmonna-t-elle.

-       Oui. Le code que l’on va te donner sera fait pour ça. Tu pourras revenir vers moi si tu es en danger. »

 

Elle hocha la tête, les lèvres tremblantes. Puis, elle haussa les épaules :

 

-       « C’est déjà ça…

-       Kalia… Je ne peux rien t’offrir de plus.

-       J’ai compris… »

 

Sheppard acquiesça et ne sut que faire d'autre que commenter :

 

-       « Bien… »

 

Le silence s’installa de nouveau, avant que la petite fille lance soudainement :

 

-       « Mais on n’est pas encore à demain. Alors je voudrais vous demander quelque chose.

-       Laquelle ? fit-il, perplexe.

-       J’ai jamais… Je voulais… »

 

Elle leva les yeux au ciel, comme pour y trouver la force de s’exprimer :

 

-       « Juste un… Câlin. »

 

Elle avait rougi. John répéta, un peu déboussolé :

 

-       « Un câlin ?

-       Oui… murmura l’enfant. Juste… Juste une fois… »

 

Elle lui brisa le cœur. Sheppard la contempla un moment, hésitant.

 

Puis, il s’assit à côté de la petite fille et avec maladresse, l’attira contre lui pour la serrer dans ses bras. Kalia se colla contre son torse, répondant à son étreinte de toutes ses forces.

John posa une main sur sa tête et la berça lentement, décontenancé par cette situation imprévue et presque irréelle pour lui.

Il pouvait sentir contre sa poitrine, chaque inspiration et expiration de l’enfant. Il respirait son odeur. Un parfum familier qui lui rappelait celui de Mara. Il était toujours autant incrédule en pensant que Kalia était sa fille.

Il posa son menton sur la tête de la petite fille et resta là, écoutant ce souffle de vie entre ses bras, qui symbolisait tout ce qu’il avait cherché à tenir loin de lui. Il ne savait toujours pas si Kalia représentait un accident ou un miracle dans sa vie. Peut-être qu’elle était un peu des deux…

 

Finalement, il s’écarta quelque peu et sécha les larmes de l’enfant du bout des doigts en assurant :

 

-       « Tu peux repartir confiante, Kalia. Je serai là, si tu as besoin de moi.

-       Toujours ? insista la petite fille.

-       Oui. »

 

Elle sembla alors plus apaisée. Elle resta là à le fixer avec intensité, comme si elle cherchait à graver ses traits dans sa mémoire.

Puis, elle posa délicatement une main sur sa joue et déclara :

 

-       « Au moins… Tu es quelqu’un de bien.

-       C’est gentil… À vrai dire… Je suis plutôt content que tu sois quelqu’un de bien, toi aussi. Les gens t’aiment beaucoup Kalia. C’est surement parce qu’il y a des tonnes de raisons à cela. »

 

Elle eut un sourire joyeux. Kalia déposa avec précautions un baiser sur son front et s’écarta, pour se mettre debout. John fut amusé de se rendre compte qu'en cet instant, alors qu'un mélange de timidité et d'hésitation la saisissait, elle ressemblait bien plus à Mara qu'à lui. Elle eut encore un regard autour d’elle avant de finalement avouer :

 

-       « J’aurais bien aimé savoir le bruit que ça fait quand… Johnny Cash joue de la guitare. »

 

Sheppard comprit sa demande détournée. Il se leva à son tour et déclara d'un ton plus enjoué :

 

-       « Et bien… Je ne suis pas Johnny Cash en personne, mais… Je peux t’en donner un aperçu. »

 

Il alla chercher l’instrument de musique et s’installa sur son lit. L’enfant, les yeux plissés par une joie contenue, s’assit quant à elle sur la chaise à côté de la table de nuit et replia ses jambes contre elle, respectant un silence religieux.

 

John fit vibrer une première fois les cordes de la guitare sous un accord et il observa la réaction émerveillée de Kalia.

 

Malgré lui, cela lui fit plaisir. Il avait toujours refusé d’avoir un enfant sur Terre et aujourd’hui, la petite fille qu’il n’avait pas voulue, donnée contre sa volonté à une femme d’une autre planète, lui faisait entrevoir tout ce qu’il avait pu rater.

 

Pourtant, comme l’avait dit Kalia, rien ne changerait. Elle continuerait de grandir loin de lui, sans lui.

 

La chanson de Johnny Cash était mélancolique et John avait du mal à retransmettre ce qu’il ressentait au travers de son jeu ou de son chant.

 

Mais même si les paroles ne reflétaient pas leur situation, elle permit ce soir-là à lui et Kalia de partager une tristesse commune, que le chanteur avait exprimée bien avant eux…

 

XXX

 

           La journée du lendemain fila à une vitesse extraordinaire. Presque tout le personnel militaire de la cité fut mis à contribution, sous le commandement de Sheppard assisté de Lorne, pour aider les Aléniens à accéder à leur nouveau monde.

 

           À la fin, John ne savait plus à combien de passages de la Porte des Étoiles il en était. Ils arrivèrent finalement au bout, après quelques prises de tête et couacs de dernière minute.

 

           Atlaïr, Mara et Kalia furent les derniers à partir. La salle d’embarquement, remplie depuis le matin de caisses et autre matériel, semblait à présent étrangement vide.

 

           Woolsey et l’équipe de Sheppard ainsi que le Dr Keller, étaient venus pour dire au revoir aux représentants du peuple Alénien. Le bureaucrate affirma solennellement :

 

-       « Je souhaite sincèrement que tout ira bien pour vous.

-       Tout comme nous… répondit Atlaïr. J’espère que les artefacts qu’on vous a cédés vous serviront.

-       Oh, pour l’instant, ils font la joie de Zelenka et Mc Kay ! s'exclama John. Rassurez-vous, ils nous sont déjà utiles.

-       Bien… »

 

Et ils se saluèrent tous, cependant que Teyla et Mara se serraient dans les bras l’une de l’autre :

 

-       « Portez-vous bien, Mara. Vous et Kalia.

-       Merci Teyla. Vous aussi. Dr Keller… dit-elle en se tourna ensuite vers Jennyfer. Je ne saurai assez vous remercier pour avoir sauvé ma petite fille.

-       J’ai un peu aidé, moi aussi… marmonna Mc Kay. »

 

Mara rit franchement et serra sans détour le scientifique dans ses bras. Gêné, celui-ci lui tapota le dos en rougissant légèrement.

 

-       « Enfin… fit-il, c’était normal après tout…

-       Merci Dr Mc Kay, dit alors Kalia. »

 

Il eut un petit signe de la main pour dire que ce n’était rien. Atlaïr leur adressa un dernier salut avant de franchir à son tour la Porte des Étoiles. Woolsey sembla s’éclaircir la voix et eut un sourire avant de s’éloigner, imité par les quatre autres.

 

John, Mara et Kalia se retrouvèrent alors tous les trois. Un silence gêné s’installa avant que Mara annonce :

 

-       « Bien… Il est temps de se dire au revoir.

-       Oui, dit John. Au revoir.

-       Mais pas à bientôt, marmonna Kalia. »

 

Mara et John se regardèrent et la petite fille enchaina aussitôt :

 

-       « Ne vous en faites pas… Ça ira. Maintenant, je sais au moins d’où je viens, et que si j’ai besoin… Je pourrai revenir.

-       Sois-en assurée, Kalia, affirma John.

-       Merci… Colonel. »

 

Prononcer le dernier mot sembla représenter un défi pour elle, mais elle le releva courageusement. John eut un regard presque fier :

 

-       « Je t’en prie Kalia. »

 

La petite fille sourit. Sheppard reporta son attention sur Mara, qui haussa les épaules :

 

-       « La dernière fois qu’on s’est dit adieu, je pensais que ce serait à jamais.

-       Je crois qu’on peut affirmer tous les deux… Que ce n’est plus aussi catégorique.

-       Non, en effet… Nous verrons ce que l’avenir nous réserve.

-       Souvent de drôles de surprises. »

 

Il eut un regard pour Kalia avant de terminer avec un haussement d'épaules :

 

-       « Qui peuvent être belles parfois. »

 

Le sourire de sa fille s’agrandit. Mara sembla alors s’apaiser, soudain beaucoup plus confiante. Elle le fixa un moment avec affection, avant de le serrer dans ses bras. John lui rendit son étreinte, et Mara s'écarta pour clamer à son tour d'un ton solennel :

 

-       « Merci Colonel Sheppard. Et je me contenterai moi aussi d’un : Aurevoir.

-       Aurevoir, Madame Mara d’Aléna. »

 

La jeune Alénienne prit la main de sa fille et se dirigea lentement vers la Porte des Étoiles. John s’avança et ne les quitta pas du regard. Avant de franchir l’horizon des évènements, elles se tournèrent toutes les deux vers lui, avec un sourire que Sheppard leur rendit.

 

Il lut alors sur les lèvres de Mara deux mots qu’elle prononça silencieusement :

 

-       « Je t’aime. »

 

Et sur ce, elle franchit la Porte avec Kalia. John resta ainsi, bras croisés devant le vortex jusqu’à ce que celui-ci se referme, accompagné d’un silence pesant.

 

Elles étaient parties. Et Dieu seul savait quand il reverrait leurs visages…

 

Cette pensée laissa un certain froid dans sa poitrine, qui le fit légèrement frissonner. C’est alors qu’une main le frappa amicalement dans le dos.

 

Il se tourna. Rodney, Teyla et Ronon se trouvaient à ses côtés, lui assurant par leurs regards chaleureux, tout leur soutien.

 

Il se reprit.

 

-       « Bien… Alors ? Woolsey a-t-il décidé de nous envoyer sur une nouvelle MX quelque chose ?

-       J’arrive jamais à retenir les chiffres, nota Ronon.

-       C’est pourtant pas compliqué, dit Rodney d’un air ennuyé, il suffit de se reporter à la dist…

-       Je me fie à vous, coupa Ronon avec une légère ironie. Je sais que vous les connaîtrez toujours par cœur. 

-       Oh… »

 

Rodney ne sut pas quoi répondre, semblant se demander si Ronon se fichait de lui ou pas. Le Satédien se mit à rire, et Teyla déclara :

 

-       « Monsieur Woolsey a eu l’air d’estimer qu’après toutes les épreuves que nous avons traversées ces derniers temps, un peu de repos nous serait profitable. »

 

John regarda Teyla avec gratitude. Elle savait mettre les formes pour parler de choses délicates. Il répondit d’un air enjoué :

 

-       « Moui et bien… Si vous êtes d’accord, on peut au moins savoir de quoi il s’agit, non ? 

-       Tout à fait ! lança Rodney. Ça va faire du bien de s’occuper un peu d’autre chose ! »

 

Ronon leva les yeux au ciel cependant que John secouait la tête. Le Satédien attrapa le scientifique par le col pour le tirer à sa suite.

 

-       « Mais quoi ? s'exclama Rodney d’une voix aigüe. Qu’est-ce que j’ai encore dit ? »

John et Teyla eurent un air amusé et la jeune Athosienne lui posa une main sur l’épaule avec un regard plein de douceur. John eut un hochement de tête et Teyla, un sourire. Puis, elle suivit Ronon et Rodney, qui rouspétait toujours.

 

John se sentit soudain beaucoup moins désorienté. Les choses suivaient leur court et la vie était bien obligée de reprendre…

 

C’est d’une démarche beaucoup plus sûre et bien plus confiant en l’avenir, qu’il rejoignit son équipe, de nouveau impatient de savoir ce que l’immensité de l’espace lui réservait comme aventures.

 

FIN PREMIÈRE PARTIE


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