Les échos du passé
Chapitre 4 : Chapitre 4 : Le Sauvetage
16306 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 05/05/2026 14:56
Le lendemain matin, quand il pénétra dans le hangar à Jumper, il fut accueilli par une ambiance électrique. Son équipe et celle de Lorne étaient fin prêts et ils se redressèrent tous quand il entra, attendant ses ordres.
John eut un regard pour Mara. Un peu à l’écart du groupe, elle toisait le sol d’un air morne, les traits tirés, caressant machinalement l’artefact de communication du bout des doigts. Elle avait pour l’occasion, enfilé un gilet tactique par-dessus son corset souple de régente, un pantalon kaki et des rangers. Le tout lui conférait un aspect assez étrange.
Mc Kay geignit alors :
- « Vous êtes en retard !
- Oui euh… J’ai fait un crochet par le laboratoire de Zelenka, se justifia évasivement John.
- Quoi ? éructa le scientifique, soudain en alerte. Mais pourquoi ?
- Oh juste… Une petite question sur… Enfin ça ne vous regarde pas, Mc Kay !
- Comment ça ? Je suis le chef scienti…
- Oui je sais, mais c’était une demande personnelle, d’accord ? coupa John, passablement énervé.
- Bon… Si vous ne voulez pas me le dire… »
Et Rodney prit un air offusqué.
Désabusé, John secoua la tête avant de s’éclaircir la voix pour déclarer :
- « Bien… Le Dédale est arrivé il y a cinq minutes et il nous attend. Je vous propose d’embarquer dans le Jumper et… D’y aller ! »
Ils acquiescèrent et le suivirent dans le vaisseau. Sheppard alla s’installer aux manettes et les autres s’assirent à l’arrière.
John mit machinalement l’appareil en route et activa sa radio :
- « Dédale ici Sheppard. Prêt à décoller du hangar à Jumpers.
- Sheppard ici Dédale. Bien le bonjour Colonel, nous sommes prêts à vous recevoir.
- Merci Colonel Caldwell. Monsieur Woolsey…
- Bonne chance Colonel…
- Merci. Décollage ! »
Il fit s’élever doucement le Jumper vers le toit ouvrant du hangar et se dirigea vers le pont Ouest, où le Dédale s'était posé. Il pilota le Jumper vers la zone d’atterrissage des F302 et posa le Jumper en souplesse. Puis, il se leva et sortit avec les autres de l’appareil.
Mara prit quelques secondes pour observer, ébahie, l'immensité des lieux.
- « Ça alors ! C’est vraiment impressionnant… »
Elle les rejoignit cependant que Sheppard ordonnait à Lorne :
- « Major, veuillez vous rendre avec Rodney auprès de l’officier scientifique et vous assurer que tout sera prêt à l’instant où je le demanderai.
- Bien Colonel. »
Il fit signe à Mc Kay et à ses hommes et ils se séparèrent en sortant du hangar. John conduisit le reste de son équipe et Mara auprès de Caldwell, sur le pont.
Le Colonel l’accueillit avec un sourire formel :
- « Colonel Sheppard. Bienvenu sur le Dédale… Vous nous demandez un bien gros effort, tout le monde avait hâte de pouvoir débarquer sur Atlantis. »
John ouvrit la bouche pour répondre, mais Mara le devança :
- « Soyez certain que vos efforts seront récompensés à leur juste valeur, Colonel Caldwell. »
Elle s'avança vers lui et continua fermement :
- « Ne serait-ce que par la satisfaction de sauver 66 personnes dont une enfant de 10 ans et l’assurance de pouvoir détruire un vaisseau ruche Wraiths qui détient en son sein, la clé pouvant les conduire au gène des Ancêtres. Ou bien est-ce trop dérisoire à vos yeux ? »
Le ton était sans réplique. Caldwell haussa un sourcil, surpris, avant de répondre solennellement :
- « Il n’était nullement dans mes intentions de sous-estimer l’importance de cette mission, Madame.
- Je l’espère.
- Vous devez être… Mara d’Aléna ? suggéra-t-il.
- Exact Colonel. Enchantée de faire votre connaissance. »
Et elle lui tendit la main. Caldwell la serra lentement, avant d'annoncer :
- « Bon… Colonel Sheppard, nous avons bien reçu vos coordonnées. Il y en a pour 12 heures de trajet.
- Lorne et Mc Kay sont déjà avec le Dr Kovac.
- Si votre plan marche, ça va être une attaque éclair…
- Est-ce que… John, pourrais-tu enfin me décrire comment tu comptes sauver mes compatriotes ? » intervint alors Mara.
Ils se tournèrent tous vers l'Alénienne, qui fixait Sheppard avec intensité. John expliqua :
- « Si tout fonctionne bien, nous ne devrions même pas avoir à sortir du Dédale. Nous allons nous approcher du vaisseau ruche en mode furtif pour éviter d’être détectés. Tu te souviens du détecteur qui a permis à Otho de savoir que je porte le gène des Anciens ? Et bien, le Dr Mc Kay et le Dr Kovac qui gère les scientifiques sur ce vaisseau, sont en train d’y adapter cé détecteur. Ainsi, nous repérerons les 66 Aléniens enlevés sur le navire Wraiths, et nous pourrons alors les téléporter directement à bord. Ensuite, on leur envoie de la même manière un engin explosif qui détruira leur vaisseau et jettera aux oubliettes les premiers résultats de leurs… Expériences. »
Mara semblait soufflée. Elle répéta, proprement ébahie :
- « Téléportation… Incroyable.
- Moui, c’est vrai que présenté comme ça c’est impressionnant, mais je t’assure que ce n’est pas la première fois… »
Elle ne releva pas. Caldwell ordonna alors à son navigateur :
- « Vous pouvez décoller… Allons-y. »
Puis, il se tourna de nouveau vers John et déclara :
- « Colonel, si vous n’y voyez pas d’inconvénients, je voudrais profiter des heures que nous avons devant nous pour que vous m’expliquiez plus en détail toute cette histoire.
- Mais bien sûr… Après vous ! »
XXX
Caldwell tapota lentement ses doigts sur la table de la salle de réunions, en commentant :
- « Et bien… Si je m’attendais à ça. »
Il pivota vers Mara en assurant gentiment :
- « Je suis désolé pour votre fille, Madame.
- Je vous remercie Colonel. »
Et sans doute par réflexe, elle toucha son collier. Caldwell plissa les yeux et fit remarquer :
- « C’est vraiment un appareil extraordinaire. Une sorte de balise GPS portative et surtout longue portée. »
Rodney, qui les avait rejoints, intervint alors :
- « Je pense que l’engin est bien plus qu’une balise GPS… Il est intimement lié à son porteur. Je suppose que si un autre que Kalia l’utilisait, Mara ne pourrait pas communiquer avec lui.
- Je ne peux vous l’affirmer, je n’ai jamais essayé avec quiconque d’autre.
- Et vous dites que Kalia est la plus douée d’entre vous ? s'étonna Caldwell. Je ne comprends pas, comment une enfant de dix ans pourrait-elle avoir plus de pratique que des adultes ? »
Ils se regardèrent tous, embarrassés, avant de reporter leur attention vers Sheppard et Mara. Caldwell sentit bien l’ambiance changer radicalement et hasarda :
- « Est-ce que… J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? »
Mara d’Aléna prit alors un ton très formel pour annoncer :
- « Il y a dix ans, j’ai séduit John Sheppard dans le but qu’il accepte de se marier avec moi et devienne le prochain Seigneur Protecteur de ma planète. Et je suis tombée enceinte. »
Caldwell resta sonné. Il les fixa tour à tour avant d’ouvrir la bouche pour faire un commentaire et John l’interrompit avant :
- « Non, s’il-vous-plaît Caldwell, ne dites rien. C’est suffisamment gênant comme ça. Le rapport existe, si vous voulez les détails.
- Oh, je suis sûr qu’ils n’y sont pas tous.
- Bon…
- Très bien Colonel, très bien… Revenons à ma question initiale… Si je comprends bien ce que vous me dites… Ce n’est pas une affaire de pratique, mais de génétique, c'est ça Docteur ?
- Exact, fit Rodney, semblant lui aussi heureux que la discussion revienne vers des orientations purement professionnelles. C’est pour cette raison que Kalia est… Si particulière. C’est une enfant de deux porteurs naturels du gène. Franchement, en plus de dix ans passés dans la Galaxie de Pégase, c’est la première fois que j’en rencontrerai un. Elle est réellement unique.
- Ce n’est quand même pas une Ancienne, Rodney, glissa Sheppard.
- Non, mais l’expression du gène chez elle se rapprochera du 100%. Comme chez les Anciens…
- Hum hum… »
Mara et John se regardèrent, et Teyla reprit :
- « J’espère Rodney, que vous ne traumatiserez pas cette pauvre petite fille en lui demandant d’activer des artefacts ?
- Non je… Enfin, pas tout de suite…
- Rodney…
- Bon très bien ! Je continuerai de me contenter de Sheppard… » marmonna Rodney.
Caldwell eut un léger rire blasé et Teyla s’adressa cette fois-ci avec douceur à Mara :
- « Mara… Est-ce que vous pouvez toujours sentir Kalia ?
- Oui… Faiblement mais oui, déglutit l'Alénienne.
- Qu’est-ce que ça veut dire, à votre avis Rodney ? demanda John au scientifique. Est-ce que vous pensez que…
- Qu’elle est en train de mourir ? termina sombrement Mc Kay. »
Ils n’osèrent pas répondre. Rodney avoua d'un air ennuyé :
- « Honnêtement, je n’en sais rien. Je ne sais pas comment fonctionne cet artefact… Mais si la capacité de Mara à détecter Kalia n’est pas distance-dépendant, alors c’est que l’intensité de la perception dépend d’autres facteurs.
- Dont l’état de santé de la personne ? comprit John.
- Oui. Désolé. »
Mara ne put émettre le moindre son et serra encore plus fort le pendentif entre ses doigts. John tâcha de rester positif :
- « Elle est toujours en vie. Il faut s’accrocher à ça. »
La jeune régente Alénienne acquiesça sans mot dire. Caldwell déclara :
- « Bien… Je pense que cela suffit. Je vais retourner au poste de commande, je vous conseille d’être prêt même si techniquement, nous n’aurons au final, presque rien à faire. Messieurs, Mesdames… À tout à l’heure. »
XXX
- « Arrivée dans 5, 4, 3, 2,1… Maintenant ! Activation de l’occulteur ! »
Personne ne prononça plus un seul mot sur le pont. Sheppard, Teyla, Ronon, Caldwell, Lorne et Mara fixaient devant eux, l’immense vaisseau ruche à bord duquel, se trouvaient les 66 disparus.
Instinctivement, Mara attrapa le bras de John, qui grimaça sous la force surprenante de la poigne de la jeune femme.
Il eut un rapide coup d’œil vers elle : elle gardait les yeux rivés sur le vaisseau ruche, morte d'inquiétude. Tâchant de ne pas se laisser envahir par la terreur de l'Alénienne, John demanda le plus calmement possible au travers de son oreillette :
- « Mc Kay… Dites-moi que vous avez les 66 personnes sur le capteur. »
Pas de réponses. Ils se regardèrent tous, surpris, et John insista :
- « Mc Kay !
- Oui Colonel, un instant ! Je vérifiai d’abord qu’on était bien invisible pour les Wraiths !
- Bon, alors est-ce qu’ils sont aveugles ? s'impatienta Sheppard.
- Oui Colonel, oui… Un instant… »
John se retint de pester contre le scientifique et se résolut à attendre.
Mais soudain, Mara eut un glapissement d'horreur, sursautant comme si on venait de la frapper de plein fouet. Sheppard pivota vers elle, comprenant que quelque chose n’allait pas :
- « Quoi ?
- Je ne la sens… Presque plus… John, elle est vraiment en train de mourir ! » s’écria-t-elle, affolée.
Elle sembla sur le point de tourner de l’œil et Teyla s’approcha d’elle, visiblement autant tendue d’angoisse que l’était Mara.
Sheppard cria cette fois-ci :
- « RODNEY !
- Bon sang Colonel… Je ne détecte que 65 personnes ! »
John sentit son cœur rater un battement. Mara s’exclama :
- « Non, elle est en vie ! A peine, mais elle est en vie !
- Mc Kay !
- Je suis désolé Colonel… Je ne détecte que 65 personnes… » répéta le scientifique, consterné.
Sheppard ne sut pas quoi répondre. Caldwell se leva de son fauteuil et s’approcha d’eux en déclarant :
- « Colonel, il faut rapatrier ces 65 disparus et détruire le vaisseau ! Ils ne nous détectent pas pour le moment, mais tôt ou tard, ils vont s’apercevoir de notre présence !
- Non ! cria Mara, accablée. Non, on ne peut pas faire ça !
- Mara… commença Teyla.
- NON ! John, par pitié, je t’en supplie ! »
Elle s’agrippa à la veste de Sheppard, qui ne réagit pas tout de suite. Il toisa l’Alénienne droit dans les yeux, y lisant un désespoir sans fond. Ronon intervint à son tour :
- « Colonel… On ne peut pas rester là.
- John, par pitié… »
Sheppard déglutit, déchiré entre ce que lui dictait sa raison et un instinct qu’il n’aurait jamais pensé posséder ... Il fixa ses compagnons un à un avant de reporter son attention sur Mara, tâchant coûte que coûte de garder une vision objective :
- « Est-ce que… Tu es sûre que tu peux encore sentir sa présence ? Que tu ne l'imagines pas ?
- Oui ! Oui je te le jure !
- Mara, je dois en être certain ! insista-t-il.
- Bon sang John, je te le promets ! » assura-t-elle.
Caldwell vit où il voulait en venir :
- « Colonel Sheppard, il n’était pas prévu de… »
Mais il n'en fallut pas plus pour que John laisse son impulsivité l’emporter et il le coupa en s’adressant à Mc Kay par sa radio :
- « Rodney, les capteurs sont sensibles comment ?
- Quoi ? répondit Mc Kay d’un ton courroucé. C’est quoi cette question ?
- Est-ce qu’il est possible qu’une personne tout juste en vie n’apparaisse plus sur le détecteur ? s'efforça-t-il de décrypter.
- Euh… Mais j’en sais rien moi !
- Rodney vous…
- C’est probable, Colonel Sheppard, intervint alors le Dr Kovac d’une petite voix précipitée. C’est la première fois que nous appliquons ce genre de technique. Qui plus est, nous sommes assez éloignés du vaisseau ruche, et la perception des détecteurs, même réglée au maximum, est distance-dépendant. »
Cela décida définitivement Sheppard, qui lança :
- « Ok, on y va. »
Mara en pleura presque de joie. Caldwell s’interposa alors fermement :
- « Colonel, c’est hors de question. Je ne vais pas vous laisser risquer votre vie et celle de cet équipage sur de vagues présomptions de…
- Je ne vous demande pas votre avis ! s'exclama John. Et chaque seconde passée à parlementer avec vous amenuise les chances de retrouver cette enfant en vie !
- Enfin, on n’est même pas sûr que ce soit Kalia ! s’écria Caldwell. Ce peut-être un autre Alénien qui n’apparaît plus ! »
Mara grogna alors et s’approcha de lui, semblant sur le point de le gifler et John la retint par le bras. Il trancha :
- « J’y vais. Avec ou sans votre accord. Il faudra me tirer dessus pour m'empêcher de partir.
- Je viens avec toi, dit Mara en lançant un regard assassin à Caldwell.
- Moi aussi, enchaîna alors Teyla.
- Ça fait longtemps que j’ai pas dégommé du Wraiths, termina Ronon.
- Oh c’est pas vrai, souffla Caldwell, démuni.
- Dr Kovac, reprit Sheppard, ramenez les 65 personnes que vous détectez. »
Quelques instants avant que la scientifique lance :
- « C’est fait Colonel !
- Bien. »
Il se tourna ensuite vers Mara et l’attrapa fermement par les épaules :
- « Est-ce que tu peux me garantir qu’une fois sur le vaisseau, tu pourras nous guider vers Kalia ?
- Oui…
- Ok… Caldwell, si nous ne sommes pas revenus d’ici 20 minutes, détruisez ce vaisseau et partez sans nous. Dr Kovac ! Envoyez-nous là-bas avec Mc Kay !
- Quoi ? Mais pourq… »
Le reste de la phrase du scientifique s’acheva sur le vaisseau ruche :
- « Uoi moi ?
- La ferme Rodney ! chuchota John en levant son arme »
Heureusement, ils étaient arrivés dans un couloir désert. Lui et Ronon se disposèrent devant et derrière leur petit groupe pour les couvrir et John chuchota :
- « Mara ! »
Mais la jeune femme avait déjà fermé les yeux pour se concentrer et elle les rouvrit en ordonnant :
- « Suivez-moi ! »
Soudain, une alarme stridente résonna. Rodney s’écria :
- « Oh non, c’est pas vrai !
- Ils ont dû se rendre compte que les autres avaient disparu ! déclara rapidement Teyla. Ils sont en état d’alerte, ils risquent de détecter le Dédale d’un instant à l’autre ! »
Sheppard sentit le doute poindre dans son esprit, mais il le chassa aussitôt pour rassurer son équipe :
- « On va y arriver. »
Ils suivirent Mara pendant deux minutes avant qu’arrive ce qui devait arriver : ils tombèrent sur deux fantassins Wraiths.
Ils furent plus réactifs que les deux soldats, mais Teyla lança soudain, horrifiée :
- « Ils savent !
- Oh je m'en doutais ! fit Rodney. C’était une mission suicide !
- La ferme, Mc Kay !
- C’est juste là ! »
Mara s’élança soudain en avant faisant fi de toute prudence. John cria :
- « Mara, non ! »
Ils n’eurent d’autre choix que de suivre l’Alénienne, débarquant dans un laboratoire.
Ce qu’ils virent alors dépassait l’entendement, les stoppant net dans leur course. Mara hurla quelque chose qu’ils ne comprirent pas. Deux scientifiques Wraiths levèrent la tête vers eux, détournant leur attention de Kalia, allongée inconsciente sur une table en métal.
L’un d’eux réagit promptement et se saisit d’un rayon paralysant en leur tirant dessus. Ronon le tua d’un coup bien placé et John abattit l’autre d’une rafale de mitraillette. Mara se précipita vers sa fille et John comprit la vision qu’elle avait eu la veille : Kalia était étendue les bras en croix sur la table, une aiguille dans chacun d'eux. Les cathéters étaient reliés à des poches de sang, la peau autour des perfusions ensanglantée couverte de bleus.
Et bon Dieu, elle était si pâle ! Mara n’osa même pas la toucher, comme si elle avait peur de lui faire du mal. John s’approcha lentement de l’enfant, découvrant enfin en chair et en os la petite Kalia…
Avec appréhension, il posa ses doigts sur son cou et s’exclama, soulagé :
- « Elle est en vie !
- Je le savais ! s'écria Mara, les larmes roulant sur son visage.
- Mais son pouls est vraiment très faible. Aidez-moi… »
Avec Teyla et Mara, ils enlevèrent les aiguilles des bras de l’enfant et John la souleva délicatement de la table d’acier.
Elle était aussi molle qu’une poupée… Il ordonna à Teyla :
- « Dites à Kovac de nous rapatrier…
- Dr Kovac ! souffla Teyla. Docteur ! »
Mais seul un crachotis lui répondit. Rodney eut un air catastrophé :
- « Oh non… Ils doivent brouiller les communications… On ne pourra pas repartir ! »
C’est alors que le vaisseau entier trembla, les faisant trébucher. Rodney cria cette fois-ci :
- « Bon sang le Dédale nous tire dessus !
- Les Wraiths ont dû engager le combat ! s’exclama Teyla
- Il faut qu’on dégage d’ici ! renchérit Ronon. Mc Kay, y’a pas un moyen de…
- Mais pour qui vous me prenez à la fin, Harry Potter ? Je ne peux pas nous sortir de toutes les situations d’un coup de baguette magique ! » rétorqua Rodney avec colère.
John redressa sa fille dans ses bras… Il sentit le souffle ténu de sa respiration dans son cou, qui s'échappait de ses lèvres tel un dernier soupir et il s’écria :
- « On va au hangar des darths !
- Quoi ? s’étrangla Rodney.
- Si vous ne pouvez rien faire, je ne vois que cette solution !
- Mais je…
- Rodney, soit vous trouvez rapidement, soit dans dix minutes, on est pulvérisés !
- Bon très bien… Va pour les darths ! »
John acquiesça. Il se tourna vers Mara :
- « Tu sais te servir d’une arme ? »
Pour toute réponse, elle se saisit du Glock dans le holster à sa ceinture et l’empoigna fermement. John se dirigea vers Rodney en lui ordonnant :
- « Prenez Kalia.
- Quoi ? bredouilla cette fois-ci le scientifique.
- Je suis sûr que Mara sait mieux se servir d’un pistolet que vous… On vous couvrira. Allez Rodney ! »
Et il lui mit sa fille dans les bras. Rodney faillit la lâcher de surprise, mais il réussit à la rattraper et l’appuya contre son torse.
- « Bon je… Allons-y.
- Bien. »
Il fit signe à Teyla et Ronon et ensemble, ils sortirent du laboratoire, armes en avant. C’est alors que…
- « Colonel Sheppard ? Colonel Sheppard, ici Lorne.
- Lorne ? fit John en s’arrêtant net. Mais enfin où êtes-vous ? On n’arrive pas à joindre le Dédale.
- Dans le vaisseau ruche Monsieur, expliqua le Major d’une voix calme. On est en mode furtif dans le hangar à darths. Nous nous sommes téléportés juste après vous. Mais maintenant les Wraiths ont coupé les communications vers l’extérieur rendant la téléportation impossible.
- Bon sang, bien joué Lorne ! On arrive.
- On vous attend Monsieur… Pendant encore 8 minutes. Ensuite, on fera exploser l’ogive qu’on a portée avec nous. »
John se promit de le proposer pour une promotion. Il lut dans les yeux de son équipe le même soulagement qu’il éprouvait.
Ils se dirigèrent vers le hangar à darths où, quand ils arrivèrent, le Jumper apparut comme par enchantement.
Soudain, un son strident retentit derrière eux.
- « Argh ! cria Mara. »
John se retourna. Elle venait de s’effondrer au sol, touché par un rayon paralysant. Sheppard se précipita pour la tirer vers lui, aidé de Teyla, pendant que Ronon et les hommes de Lorne arrosaient de tirs soutenus les Wraiths qui arrivaient les uns après les autres dans le hangar.
Se jetant dans le Jumper, John hurla :
- « ON DEGAGE !!! »
Les autres rentrèrent sans cesser de tirer et Lorne referma la porte arrière depuis le poste de pilotage.
- « Colonel ! »
John lâcha Mara et courut vers lui. Lorne lui laissa la place :
- « Vous êtes plus doué que moi…
- Merci Lorne. »
John fit partir en trombe le Jumper… Une violente secousse les fit trembler dans l’appareil. Ils entendirent Mc Kay crier à l’arrière :
- « Ils nous poursuivent en darths ! Ils nous tirent dessus !
- Je sais Mc Kay ! s’énerva Sheppard. »
Il les fit sortir du vaisseau ruche et fila vers le Dédale, à présent désocculté. Le sas du hangar était ouvert et dès qu’ils y pénétrèrent, le bouclier se releva, les protégeant des tirs des vaisseaux mouches Wraiths.
Une violente déflagration secoua soudain le Dédale tout entier, bien plus forte que si le vaisseau les avait directement touchés. Ils comprirent que l’ogive venait d’exploser et qu’ils avaient été atteints par l’onde de choc… Le navire Wraiths était détruit. Encore quelques instants avant que :
- « Colonel Sheppard ? Colonel, vous m’entendez ? »
C’était Caldwell. John répondit :
- « Colonel Caldwell… Ici Sheppard. La mission de sauvetage de Lorne a été un franc succès. Merci Colonel.
- Comment va Kalia ? »
« Kalia ! »
John se leva d’un bond, se rendant à l’arrière où Mc Kay avait étendu l’enfant au sol. La pâleur de la mort s’affichait sur le visage de la petite fille…
- « Caldwell, une équipe médicale d’urgence ! Dites à votre médecin qu’elle a pratiquement été vidée de son sang !»
Mc Kay prit le pouls de l’enfant :
- « Il bat très faiblement Colonel… » s’effraya-t-il.
Mara tremblait à côté d’eux, les yeux fermés, elle serrait son collier dans une main, l’autre tenant celle de sa fille.
John s’approcha et ils restèrent tous immobiles et silencieux, les yeux rivés sur Kalia. Ils ne pouvaient rien pour elle.
Arriva alors le Dr Kaliaki, un jeune médecin Indien affecté au Dédale, flanqué de 2 infirmières. Il se laissa glisser au sol et, tandis qu'il prenait le pouls de Kalia pendant qu'une des infirmières mesurait sa tension, il demanda avec un calme olympien :
- « Colonel, selon vous, on lui a pris du sang ?
- Une énorme quantité !
- Il va falloir lui faire une transfusion… Quel est son groupe sanguin ?
- Son quoi ? éructa Mara.
- Groupe sanguin, répéta patiemment le Dr Kaliaki.
- Je suis sa mère, vous n’avez qu’à prendre le mien ! s’emporta la jeune femme.
- Ce n’est pas comme ça que ça marche, ça peut être dangereux de…
- Donnez-lui le mien ! s’exclama alors Rodney. »
Ils se tournèrent tous vers lui et il expliqua :
- « Je suis O négatif, je suis donneur universel ! Et mes analyses sont parfaites selon le dernier check-up, alors… Donnez-lui le mien ! répéta le scientifique. »
Ils étaient tous ahuris, mais le Dr Kaliaki ne chercha pas à en savoir plus :
- « Très bien, prenez le brancard du Jumper pour la transporter…
- On n’a pas le temps pour ça… Dr Kovac, téléportez les passagers du Jumper 2 à l’infirmerie je vous prie !
- Oui Colonel, tout de suite ! »
Elle exécuta l’ordre direct et John souleva l’enfant du sol pour l’installer sur un des brancards libres et les infirmières en rapprochèrent un pour Rodney. Le scientifique enleva sa veste et leur tendit son bras d'un air décidé.
John l’observa faire, mais il n’était pas vraiment surpris. Rodney passait la plupart du temps pour un véritable égocentrique imbu de lui-même, pour parfois savoir se comporter avec une abnégation totale, sans rien demander en retour. Sur le terrain, Mc Kay avait déjà risqué sa vie pour en sauver d’autres, sans même réfléchir.
Mara en lâcha les mains de Kalia pour se précipiter vers le scientifique et l’embrasser sur la joue en disant avec révération :
- « Merci Dr Mc Kay… Merci…
- Oh euh… De rien… Je… ça ne va pas me demander un gros effort, vous savez… »
Mais il avait rougi légèrement. Le Dr Kaliaki s’empressa de mettre en place la transfusion, cependant que Caldwell pénétrait dans l’infirmerie :
- « Dr Mc Kay… »
Il eut un léger sursaut étonné devant la scène qui s’offrait à lui. Il observa tour à tour Mc Kay et Kalia, arrêtant quelques secondes son regard sur la petite fille avant de jeter un rapide coup d’œil critique sur Sheppard. Puis, il se reprit :
- « Dr Mc Kay… Je peux savoir ce que vous faites ?
- Je… Sauve Kalia je crois…
- Dr Kaliaki ?
- Kalia a été presque vidée de son sang. Une transfusion lui est vitale. Le Dr Mc Kay est O négatif, autrement dit, il est donneur universel, énonça calmement le médecin.
- J’aurai besoin de lui…
- Pas pour le moment, répondit le Dr Kaliaki. Sauf si vous me trouvez un autre donneur universel.
- On a des poches de sang, non, à bord ?
- C’est plus compliqué que ça, détailla patiemment le Dr Kaliaki. Kalia a subi une perte de sang massive, il lui faut un type de transfusion particulière qu’on dit totale. Ça permet d’apporter tous les éléments présents dans le sang qu’elle a perdu ou dans ce cas précis, qu’on lui a prélevé. On n’a malheureusement pas les poches de sang nécessaires à ce genre de transfusion à bord, elles ne se conservent pas suffisamment longtemps pour le voyage complet du Dédale. Autrement dit, dans ce cas précis, le don direct est la seule solution.
- Je vois…
- Ce n’est pas dangereux ? s’angoissa Mara. »
Le Dr Kaliaki ne lui accorda qu’un bref regard avant de répondre calmement :
- « Comme toute mesure extrême, si. Il peut y avoir des complications, par exemple une réaction qui entraînerait un rejet du sang du Dr Mc Kay de son corps. Mais on va la surveiller de très près durant les prochaines heures.
- Colonel Caldwell, quelle est la situation ? s'enquit Sheppard. »
Le Colonel lui lança un regard de reproche avant de déclarer :
- « On aurait déjà dû être loin, lors de l'explosion de l'ogive. Alors, entre la déflagration que l’on n’a pu éviter et les tirs soutenus que l’on a essuyés, nous n’avons pu effectuer qu’un saut en hyperespace avant de s’arrêter.
- Le vaisseau est à la dérive ? s’effraya John.
- Pas à la dérive, mais il va falloir faire quelques réparations avant de repartir vers Atlantis. Les techniciens m’ont assuré que ça prendrait entre une et deux heures mais j’aurais voulu que Mc Kay les supervise.
- Ça va être difficile avec une aiguille dans le bras, commenta le scientifique.
- C’est certain. Mais… »
Il reporta son attention sur l’enfant dans son lit d’hôpital et décida finalement :
- « Faites ce qu’il faut.
- Bien Monsieur. Et les autres Aléniens ?
- Aucun de blessé… rapporta Caldwell. Mais nous avons immédiatement placé Artus et Oriel en détention provisoire.
- Quoi ? souffla Mara.
- Ils sont nos principaux suspects, Madame, nota courtoisement Caldwell. Et le vaisseau est sous ma responsabilité. Je ne veux prendre aucun risque, même si je regrette d’avoir à traiter ainsi deux personnes qui viennent de subir une telle épreuve.
- Je vois…
- Le reste de votre peuple a également… Vivement souhaité avoir de vos nouvelles, l’informa Caldwell. Et celles de Kalia. Ils ont l’air de beaucoup aimer cette enfant… »
Mara acquiesça. Elle eut un regard mortifié pour sa fille, avant de se résigner :
- « Très bien… Je dois y aller. »
Caldwell eut un hochement de tête et reprit :
- « Je vais mettre deux soldats à l’entrée de l’infirmerie. Ne vous inquiétez pas, Kalia est entre de bonnes mains. Teyla, Ronon, Colonel, si vous voulez bien aider nos hommes pour les réparations, nous pourrions repartir au plus vite sur Atlantis.
- C’est vous qui avez envoyé Lorne ? questionna John. »
Le Colonel Caldwell eut un sourire condescendant et répondit :
- « En effet Colonel. Vous étiez si pressé de partir, que vous n’avez pas pensé un seul instant que la disparition des 65 personnes pouvait donner l’alerte aux Wraiths… et par là même, cela a forcé ces créatures à sonder l’espace autour d’eux, ce qui nous a mis à découvert. Comprenant que brouiller nos communications et donc empêcher la téléportation serait leur premier réflexe, j’ai envoyé le Major Lorne vous secourir juste à temps.
- Oh je vois… Et bien… Merci Colonel.
- Mais je vous en prie… Colonel.
- Oh euh, moi aussi j’ai une surprise ! intervint alors Rodney. »
Et sur ce, il sortit avec son bras valide, un collecteur de données Wraiths de sa poche en expliquant :
- « Pendant que… Vous libériez Kalia, j’ai vu cet engin branché à un de leurs ordinateurs et je me suis dit que… On pourrait trouver des choses intéressantes dessus. Comme le nom du traître, histoire qu’on soit fixés. »
John resta cette fois-ci surpris :
- « Mc Kay !
- Oui, il m’arrive d’avoir des idées brillantes, proféra crânement le scientifique. Je vais profiter de… La transfusion pour étudier ça de plus près.
- Faites donc, Docteur, approuva chaleureusement Caldwell. »
Il leur adressa un signe de tête, avant de sortir de l’infirmerie. Ronon et Teyla le suivirent, mais John prit le temps de se rapprocher de Mara et du chevet de Kalia. Il ne put s'empêcher d'observer, inquiet, le Dr Kaliaki la relier à une autre perfusion et à des capteurs sur son torse et son crâne. Elle semblait si petite et fragile dans ce grand lit entouré de machines... Il se ressaisit et se pencha vers Mara pour dire gentiment :
- « Ils vont s’occuper d’elle, d’accord ?
- Oui… »
Elle gardait une main accrochée à son collier de communication et eut un maigre sourire :
- « Je la sens… Déjà plus présente. C’est bon signe.
- Excellent… Bon… Je dois y aller… »
Il adressa un salut de la main à Rodney et ne put s’empêcher un dernier regard vers Kalia avant de sortir à son tour de l’infirmerie.
XXX
Les réparations ne durèrent en effet pas plus d’une heure, et ils purent ensuite repartir vers Atlantis.
Les onze premières heures du voyage se passèrent sans encombre, mais le Dr Kaliaki prit le temps d’examiner Kalia et il les convoqua à l’infirmerie une heure avant leur arrivée sur la cité. Il les accueillit d’un air calme, mais Rodney ne put s’empêcher de dramatiser :
- « Mara, il vaut mieux que vous vous asseyiez. »
L’Alénienne blêmit. John eut un regard de reproche pour le scientifique, qui ne releva pas. Teyla s'enquit auprès du médecin :
- « Docteur ? Est-ce que Kalia va s’en sortir ?
- Oui, bien sûr, il n’y a pas de doutes là-dessus, rassura aussitôt Kaliaki. Mais pendant que mes infirmiers ont examiné les Aléniens, j'ai pris le temps de me pencher sur le cas de Kalia.
- Et alors ? demanda John avec appréhension.
- Les Aléniens n'ont subi aucune opération, manipulation ou même examen que ce soit. Les Wraiths ont l’air de s’être focalisés sur Kalia.
- Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? s'inquiéta John.
- Ils ne lui ont pas pris que du sang. »
Il se rendit au chevet de l’enfant et souleva délicatement son bras gauche pour le leur montrer :
- « Vous voyez, ici, en haut de l’avant-bras ? La chair est à vif et la blessure fait 10 cm sur 5. Ils ont prélevé un échantillon de peau. Et ce n'est pas tout, ils ont également pratiqué une ponction lombaire.
- Une quoi ? souffla Mara.
- Ils lui ont pris de la moëlle épinière, traduisit sombrement Mc Kay. Elle a presque eu de la chance qu’ils ne lui… Enlèvent rien d’autre.
- Ils voulaient le gène ATA, rappela Ronon. Et les Wraiths sont sans pitié. Mc Kay a raison, ils auraient pu faire bien pire. »
Mara tituba et s'affala sur une chaise à côté du lit de Kalia. Elle s'affaissa d’un coup, comme si le poids du monde lui tombait sur les épaules. L’air ravagé, elle prit la main de Kalia dans les siennes et observa sa fille avec une éperdue tristesse.
John demanda, anxieux :
- « Est-ce qu’elle s’en remettra ?
- Physiquement, très rapidement, assura le jeune médecin. Psychologiquement… Je n’en sais rien. C’est une épreuve très dure, peut-être trop dure pour une enfant de dix ans. J’ai tout de même procédé à un prélèvement sanguin au début de la transfusion mais je n’y ai décelé aucune trace résiduelle de barbiturique ou antidouleur, ou même d'autre substance chimique. Les Wraiths se sont servis. Mais ils ne lui ont rien donné pour l’anesthésier ou soulager sa souffrance. Elle était… Consciente de tout. »
Sheppard porta une main à son visage, catastrophé. Ronon prit alors un ton très dur et gronda :
- « Colonel, je souhaite personnellement interroger les deux suspects.
- Ronon, il faut qu’ils puissent parler, ces suspects, objecta Rodney. Les tuer ne fera pas l’affaire.
- Je pensais plutôt leur faire subir sans relâche ce qu’a vécu la petite, commenta Ronon. Histoire qu’ils comprennent.
- Ronon, même si je meurs d’envie de vous dire oui, je ne le peux pas, répliqua sombrement John. En revanche… S’ils se montrent irrespectueux ou agressifs, je vous laisserai tenter le coup de l’interrogatoire musclé. On s’y mettra à deux.
- Ça me va, répondit le Satédien. »
Teyla nuança alors :
- « Il faut avant tout s’assurer qu’Artus et Oriel sont bien les responsables de cette horreur. Docteur Mc Kay… Avez-vous trouvé quelque chose sur le collecteur de données Wraiths qui pourrait nous le confirmer ?
- Pas encore, avoua le savant. Je pensais qu’il détiendrait d’autres informations que celles recueillies sur Kalia mais… Ce truc ne contient que des données scientifiques apparemment.
- Bon, donc il faudra faire à l’ancienne, trancha Sheppard. On garde les deux Aléniens en captivité pour le moment et on les interrogera sur la cité. On devrait arriver d’ici trois quarts d’heure. »
Le débarquement des Aléniens se fit par téléportation du Dédale vers la salle d’embarquement. Le Dr Keller, son équipe médicale quasiment au complet et des militaires les y attendaient et ils s’occupèrent aussitôt des porteurs du gène terrifiés.
Le Dr Kaliaki fut ensuite téléporté directement avec les lits du Dr Mc Kay et de Kalia et le Dr Keller les rejoignit, soudain très inquiète. Elle observa la transfusion reliant son compagnon à la petite fille en demandant :
- « Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- Ils ont pris une grande quantité de sang à l'enfant, expliqua le Dr Kaliaki d’un ton grave. Ainsi que du liquide rachidien et un prélèvement de peau.
- Oh mon Dieu… souffla Jennyfer, horrifiée. »
Elle leva les yeux vers Rodney, comprenant aussitôt :
- « Tu lui donnes ton sang.
- Oui, s’enorgueillit Mc Kay avec un petit sourire. Papa et Maman n’étaient pas compatibles alors je me suis proposé. »
John et Mara le fusillèrent du regard et il ravala immédiatement sa fierté.
- « Enfin… C’était un peu plus compliqué que ça, mais…
- Très bien, je vois, l’interrompit Jennyfer. Dr Kaliaki, comment se portent les autres Aléniens ?
- Les Wraiths ne leur ont rien fait, ils se sont concentrés sur Kalia dès le début. Ils avaient l’air de savoir parfaitement ce qu’ils cherchaient.
- Dans ce cas, pourquoi ne pas enlever que Kalia ? demanda Ronon.
- Je pense que c’était… Pour… Après Kalia, répondit le Dr Kaliaki. »
Mara fut prise d’un étourdissement et se raccrocha aux barrières du lit de sa fille, tremblante. Jennyfer la rattrapa aussitôt et ordonna à une infirmière non loin de là :
- « Un brancard ! »
La jeune Alénienne s’effondra alors d’un seul tenant et Jennyfer l’allongea sur le brancard, aidée par Ronon.
John remarqua que l’ensemble des Aléniens les fixaient avec une crainte non feinte, chuchotant entre eux d’un air très inquiet.
- « Emmenez-les… ordonna-t-il.
- Tout de suite, Colonel. »
Woolsey et Marcus arrivèrent alors et le Premier Conseiller eut un haut-le-cœur en voyant Kalia et Mara repartir inconscientes, vers l’infirmerie. Il s’exclama d’une voix angoissée :
- « Par les Ancêtres, que s’est-il passé ?
- Nous avons pu libérer tout le monde, mais les Wraiths se sont acharnés sur Kalia, résuma Sheppard. Quant à Mara, elle est à bout de force, c’est tout.
- Est-ce que Kalia va s’en sortir ? »
Marcus avait l'air si angoissé... John le toisa pendant un moment et le Premier Conseiller tonna :
- « Colonel, je vous prie de me répondre !
- Elle va s’en sortir, Marcus, affirma alors John d’une voix rassurante. Elle va s’en sortir… »
Le Premier Conseiller acquiesça, tremblant. Puis, il se tourna vers son peuple, les porteurs du gène, qui venaient d’être sauvés. Les Aléniens se redressèrent alors, posant sur lui un regard d'espoir et de confiance. Marcus s’avança vers eux et leva les mains en signe d’apaisement :
- « Mes frères, bienvenus sur la cité d’Atlantis ! Nos amis Atlantes vous ont délivrés et vous êtes ici sous leur protection, tout comme le reste de nos concitoyens depuis notre arrivée en ces lieux ! Vous trouverez en eux des alliés fidèles et plein de bonté ! Ne craignez rien ! Vous pouvez avoir confiance !
- Pourquoi ont-ils amené Oriel et Artus ? questionna une Alénienne. »
Elle s’approcha de Marcus et supplia :
- « Mon Oncle, répondez…
- Malica… Sache qu’Artus et Oriel sont… Soupçonnés d’avoir donné vos noms aux Wraiths. Ces monstres cherchent depuis longtemps un moyen d’obtenir le gène ATA qui coule dans vos veines et l’un de ces deux hommes a pu leur dire que c’est vous, comme Kalia, qui le possédez.
- Pourquoi ne pas avoir enlevé Mara aussi ? questionna encore la nièce de Malica.
- Pour la punir, expliqua calmement Marcus. La faire souffrir de la perte de son enfant et d’une partie de son peuple. »
Malica ne releva pas, confuse. Les autres Aléniens se remirent à chuchoter entre eux et Marcus s’approcha de la fille de sa sœur en déclarant d'une voix tremblante, le regard embué :
- « Je suis tellement heureux de te revoir, Malica… »
Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre et la jeune femme, les yeux pleins de larmes, déclara :
- « Ne t’inquiète pas mon Oncle… Ils ne nous ont rien fait. Mais nous étions tellement angoissés pour Kalia… On pouvait entendre… Ses cris et ses pleurs de nos cellules… »
Elle s’écarta de Marcus, visiblement bouleversée, comme si les hurlements de la petite fille résonnaient encore à ses oreilles. Puis, elle reporta son attention sur John et son équipe. Elle s’avança vers eux et s’inclina profondément devant les Atlantes en professant avec conviction :
- « Nous ne vous remercierons jamais assez pour avoir sauvé nos vies. »
Elle se redressa ensuite et croisa le regard de John. Elle eut comme un léger sursaut, avant de froncer les sourcils, perplexe. Sheppard eut un sourire gêné et, ne sachant comment interpréter sa surprise, releva avec gentillesse :
- « Tout le plaisir a été pour nous… Nous sommes heureux d’avoir pu vous ramener sains et saufs.
- Oui… »
Et Malica lui adressa à son tour un sourire avant de rejoindre les siens, qui s’étaient regroupés autour de Marcus. Woolsey s’approcha de Sheppard et demanda :
- « Colonel ? Que faisons-nous pour nos deux nouveaux détenus ? »
John se tourna vers lui et annonça :
- « On va les laisser gamberger encore un peu en cellule, j’irai les interroger demain. Quant à vous, avez-vous terminé de questionner les autres Aléniens ?
- Nous avons eu 24 heures pour cela, ce fut suffisant, expliqua Woolsey. Aucun d’entre eux n’a menti lors du test à vrai dire, ils étaient pour la plupart complètement terrifiés.
- Et les conservateurs ? insista Ronon.
- Selon le détecteur, ils ont dit la vérité en exprimant le même avis qu'Atlaïr.
- Alors, on peut vraiment penser qu'Artus et / ou Oriel sont coupables ? avança Teyla.
- Pour l’instant, ils sont nos deux suspects, affirma Woolsey.
- Mc Kay a pu ramener un collecteur de données Wraiths, mais nous n'avons rien appris de plus, informa John.
- Très bien… Colonel, je ne vous impose pas un débriefing à vous, votre équipe ou celle de Caldwell et de Lorne immédiatement, vous m’expliquerez toute l’opération plus en détail en fin d’après-midi. Il me semble que ces dernières heures ont été plus éprouvantes pour vous tous que pour nous. En attendant… Vous avez fait du beau travail. »
Il les salua et les laissa entre eux. Teyla et Ronon soufflèrent et le Satédien enchaîna :
- « Sheppard… Qu’est-ce qu’on fait si ça ne donne rien avec Artus ou Oriel ?
- Honnêtement, je n’en sais rien, grimaça Sheppard. À part demander des outils plus perfectionnés pour les interrogatoires au SGC et soumettre de nouveau chacun d’entre eux à cette épreuve, je ne vois pas d'autre alternative. Je dois vous avouer que ça ne m’enchante pas trop.
- Hum… Je vois. Je peux les faire parler si vous voulez, insinua le coureur.
- Ronon… La diplomatie exige de nous que nous les respections autant que possible, exposa Teyla. Si nous étions à leurs places, que diriez-vous ?
- Faudrait déjà que je sois à leurs places, rétorqua Ronon. »
Teyla secoua la tête. John intervint alors :
- « Nous aurons l’occasion d’en reparler tous ensemble. En attendant… Je voulais vous remercier. Vous n’avez pas hésité une seule seconde à m’accompagner avec Mara, sur le vaisseau ruche. Sans votre intervention, je crois que Caldwell nous aurait ficelés à nos sièges.
- Vous avez pas à nous remercier, fit Ronon en haussant les épaules. Vous auriez fait pareil pour nous.
- Oui… C’est certain. »
Et il eut un sourire, avant de les quitter. Il passa devant les Aléniens et Marcus. Les porteurs du gène le regardaient à la fois avec crainte et respect. Ils commençaient à être évacués de la salle d’embarquement par petits groupes, sous la houlette de Lorne. John s’approcha de lui et s'enquit :
- « Major, tout se passe bien ?
- Ils sont très anxieux Colonel, nota Lorne. Mais ils ne posent aucun problème.
- Très bien. À propos, merci de…
- Je n’ai fait qu’obéir aux ordres, Monsieur, observa Lorne avec calme. Mais… De rien. »
Il eut un sourire en coin et reporta son attention sur les Aléniens devant lui. Sheppard hocha la tête et partit vers ses quartiers.
C’est en arrivant dans sa chambre que la fatigue s’abattit d’un coup sur lui. Il soupira en se massant la nuque, les muscles encore raides après le déferlement d’adrénaline qui les avait parcourus ces dernières heures.
Le silence l’accueillit et lentement il se déshabilla pour prendre sa douche et ensuite aller s’allonger, les évènements de la veille et du jour même, tournant en une ronde incessante dans sa tête. Il revoyait tour à tour le regard horrifié de Mara, Kalia accrochée tel un animal que l’on sacrifie sur sa table… Il sentait encore la force des doigts de Mara sur son poignet, quand elle lui avait agrippé le bras pour lui dire que sa fille était en train de mourir…
Il ferma les yeux. John Sheppard ne se permettait presque jamais de montrer ou exprimer ses émotions aux autres, à part quand il devait donner son opinion sur quelque chose qui ne lui convenait pas. Ça n’était déjà pas son genre avant de poser les pieds sur Atlantis – combien de fois Nancy le lui avait-elle reproché ? - et devenir très rapidement le chef militaire de la cité, étouffa définitivement cette capacité au fond de son âme.
Mais dans ces moments-là, quand il était seul, entouré d’obscurité et de silence, il pouvait penser à ce qui le tourmentait. Et encore... Uniquement lorsqu' il s’autorisait ces instants-là à lui-même, ayant toujours considéré que se lamenter sur son sort était une perte de temps et d'énergie.
Ce soir pourtant, il lui était difficile de chasser de son esprit, le souvenir terrifiant de cette enfant de dix ans, clouée sur une table tel un agneau préparé pour être découpé...
- « Colonel Sheppard ? Colonel Sheppard, ici le Dr Zelenka. »
John se redressa dans son lit, soudain en alerte.
- « Radek ?
- Oui Colonel, je me permets de vous contacter sur une fréquence… Privée. »
Et John comprit.
- « Vous avez trouvé quelque chose.
- Oui Colonel… À vrai dire, quand vous êtes venu me voir dans mon laboratoire pour me faire votre demande étrange, avant de partir sauver les Aléniens, je dois dire que… J’étais surpris et aussi dubitatif. Mais... Bon sang Colonel, vous aviez raison. »
John sentit sa bouche devenir sèche. Il déclara au scientifique :
- « J’arrive Zelenka. Et surtout, pas un mot sur votre découverte à quiconque. C’est primordial.
- Très bien Colonel. Je vous attends »
XXX
- « Kalia ! »
Mara se réveilla dans un cri qui fit sursauter le Dr Keller. Ce furent pourtant les mains de Teyla qui pressèrent ses épaules avec douceur, tandis qu’elle disait d’une voix apaisante :
- « Kalia va bien Mara, calmez-vous… Vous êtes à l’infirmerie.
- Teyla ? »
Mara se sentait complètement sonnée, mais elle réussit à se redresser et chercha sa fille du regard. Elle la vit alors allongée dans un lit à sa droite. Kalia dormait plus paisiblement que tout à l’heure, semblait-il… Elle se laissa retomber dans ses coussins avec un soupir de soulagement. Rodney Mc Kay était toujours là lui aussi, mais la transfusion ne le reliait plus à sa fille. Il eut un petit salut :
- « Hello Mara… Kalia va bien, ne vous en faites pas.
- Oui, confirma le Dr Keller en s’approchant des deux femmes. Son corps recommence à fonctionner tout seul et on la garde sous étroite surveillance pour le moment. Mais je ne m’en fais pas trop… C’est une petite battante, commenta Jennyfer avec un sourire. Elle s’en sortira, ne vous en faites pas Mara.
- Merci Docteur.
- Et vous, comment vous sentez-vous ?
- Étourdie et… Légèrement honteuse, mais ça va. »
Teyla assura aussitôt avec gentillesse :
- « Vous n’avez pas à avoir honte de quoi que ce soit Mara. Votre réaction est tout à fait compréhensible.
- Je me suis évanouie devant les miens, répliqua Mara en baissant la tête. Vous ne pouvez pas comprendre.
- Vous vous trompez. Je peux parfaitement comprendre, au contraire. »
Le Dr Keller vérifia les constantes de Mara avant de s’en aller voir celles de Kalia puis Rodney. Teyla reprit :
- « J’ai moi aussi eu à gérer mon peuple. Et je sais ce que c’est d’avoir à toujours se montrer forte et sans défauts. Je connais le poids de cette responsabilité, Mara. Et comme vous, je suis maman d’un petit garçon de neuf ans. Alors je peux également comprendre ce que vous avez enduré en perdant Kalia. Vous avez été très courageuse Mara. »
Elle eut un sourire sincère. Mara la regarda un moment, songeant à ce qu’elle venait de lui dire avant de répondre :
- « Vous êtes vraiment gentille, Teyla.
- Je pense ce que je dis, certifia l'Athosienne.
- Je vous remercie. Mais même si par bonheur, nous avons pu récupérer les disparus, le but ultime du traître a été atteint : notre système tout entier est fragilisé. Je suis passée parmi eux Teyla, j'ai entendu et vu leurs réactions. Les Aléniens qui ne possèdent pas le gène ont été contraints de quitter leur monde à cause de quelques-uns qui le portent. Les opinions des conservateurs ont toujours été plus ou moins partagées par certains mais aujourd'hui, ils sont pris au sérieux par beaucoup d'entre eux.
- Mara, votre peuple vous aime sincèrement, affirma Teyla. Et ils adorent Kalia. Beaucoup d’Aléniens sont venus s’enquérir de vos santés durant votre sommeil.
- Vraiment ? »
Elle resta perplexe pendant un moment, avant de murmurer :
- « Mais comment nous en sortirons-nous ?
- Quoi qu’il arrive, ne perdez pas foi en ces gens, conseilla Teyla. Ils le sentiraient. Mais si vous vous relevez ensemble, vous en ressortirez tous grandis et plus unis que jamais, croyez-moi.
- Votre peuple a aussi été attaqué par les Wraiths ? interrogea Mara.
- Oui, acquiesça Teyla. Le jour même où les Atlantes sont venus sur ma planète, moi et certains des miens avons été enlevés par les Wraiths. Sheppard, Mc Kay et d’autres hommes nous ont secourus.
- De vrais héros, commenta Mara avec amusement.
- Ils ont toujours représenté un espoir pour les miens. Celui de pouvoir se battre et gagner des batailles contre les Wraiths. C’est pour ça que je suis restée. Pour nos deux peuples.
- Vous êtes vraiment très sage…
- Vous aussi Mara. Vous n’êtes plus la personne que nous avons rencontrée il y a dix ans.
- Élever seule une enfant et diriger plus de 300 âmes forge le caractère, répondit la jeune femme avec un sourire fatigué.
- Oh ça oui ! »
Teyla eut un très léger rire. Mara porta de nouveau son regard sur Kalia et Teyla déclara :
- « C’est une très jolie petite fille.
- Oui… Un vrai petit ange… Quand son caractère têtu ne prend pas le dessus. Elle n’aime pas avoir tort. »
Teyla ne put s'empêcher de penser fugacement à John, mais elle se retint de lui dire ce qui lui passa par la tête. Mara poursuivit :
- « Je l’ai élevée du mieux que j’ai pu. Dans le respect de la personne humaine et d’autrui. Je refusai qu’elle ait la même éducation que moi.
- Je suis certaine que vous avez réussi Mara.
- Je l’espère, répondit l’Alénienne. »
Elle garda le regard rivé sur sa fille, pensive, avant de déclarer brusquement :
- « Elle lui ressemble beaucoup, vous savez… »
Teyla se sentit soudain légèrement mal à l'aise, mais laissa la jeune Alénienne continuer avec mélancolie :
- « Quand John est parti, je me suis dit assez naïvement que l’oublier ne serait pas un problème. On ne s’est connu que quelques jours et bien qu’il soit un homme séduisant, je ne me suis offerte à lui que par pur intérêt pour ma propre survie. Et puis j’ai mis Kalia au monde. Et par les Ancêtres, au fur et à mesure qu’elle grandissait, je pouvais voir John me fixer à travers son regard. Puis, je reconnus son sourire. Son air malicieux… Ainsi qu’une foule de petites choses que je n’avais pas eu le temps de vraiment découvrir chez John, mais qui ne venaient pas de moi. Ça a été très perturbant. Et en fin de compte, je n’ai tout bonnement pas réussi à l’oublier. Je me suis même surprise une fois à espérer qu’il passerait la Porte, ne serait-ce que pour savoir comment la vie évoluait sur ma planète et que je pourrai lui présenter sa fille… Mais ce n’était que des rêves de conte de fées. Je me suis faite à l’idée que Kalia ne connaîtrait jamais son père. Et quand elle m’a demandé qui il était, je lui ai expliqué qu’il était un voyageur. Un homme important dans son monde qui ne serait jamais à ses côtés pour la voir grandir. Avoir des enfants à son tour. Il n’était pas utile qu’elle sache même son nom et Kalia n’a pas cherché à en savoir plus. Je crois qu’au fond, elle a compris que plus elle en apprendrait… plus elle en souffrirait. »
Teyla était embarrassée. Elle connaissait le bonheur que c’était, de pouvoir admirer son fils et son père jouer, rire, partager quelque chose ensemble. La joie incommensurable de voir son enfant ressembler de plus en plus à l’homme que l’on aime. Mara n’avait pas eu cette chance.
- « Je ne sais pas quoi dire Mara…
- Il n’y a rien à dire, Teyla. »
Elle déglutit, la voix noyée par le chagrin. Elle eut un sourire triste :
- « Au moins, John n’aura pas eu à en souffrir… Du moins, pas pendant dix ans. Il s’en remettra plus facilement que moi.
- Vous savez, nuança Teyla en choisissant soigneusement ses mots, John n’est pas le genre de personne à montrer ses sentiments. Mais j’ai vu plusieurs fois le Colonel Sheppard se laisser déborder par l’émotion, comme il l’a fait sur le Dédale, quand il a appris que Kalia était en train de mourir. Je pense le connaître assez bien pour vous assurer qu’il est très perturbé et bouleversé par l’existence de Kalia. Il est très inquiet Mara. Beaucoup plus qu’il ne veut bien se l’avouer à lui-même.
- Et vous le connaissez si bien que ça ? »
Teyla eut un haussement de sourcil gêné :
- « Non, bien sûr que non ! John est mon ami, un de mes plus proches amis. C’est tout Mara.
- Ne croyez pas que j’en aurai été jalouse Teyla, dit Mara avec un sourire rassurant. Au contraire. Vous êtes quelqu’un de très bien. »
La jeune Athosienne baissa la tête en signe de remerciement pour le compliment. Mara se redressa alors et appela :
- « Dr Keller ! »
Jennyfer vint aussitôt.
- « Mara ?
- Puis-je sortir de mon lit ?
- Vous vous sentez mieux ?
- Grâce à vous et Teyla, oui. »
Elle eut un sourire reconnaissant envers l’Athosienne, qui le lui rendit. Jennyfer leva les mains et concéda :
- « Très bien…
- Je n’irai pas très loin de toute façon. Je veux juste me rendre au chevet de ma fille.
- Je comprends. Je vous amène vos vêtements tout de suite. »
Mara put ainsi se vêtir et, accompagnée de Teyla, s’approcha du lit de Kalia. Le souffle de l’enfant était bien plus ample que le léger et faible haussement de poitrine d’il y a quelques heures.
Mara attrapa le collier récupéré dans ses affaires et ferma les yeux… Oui… Elle sentait la présence de sa fille, la lumière de sa vie, bien plus qu’avant.
Teyla lui posa une main sur l’épaule et s'enquit :
- « Ça va aller, Mara ?
- Oui.
- Je vais devoir vous laisser. Mais si vous avez besoin de quoi que ce soit, surtout, vous n’hésitez pas.
- Merci encore Teyla. »
Et l’Athosienne les laissa. Mara s’assit à côté du lit de sa petite fille et son regard croisa celui de Rodney.
- « Dr Mc Kay, est-ce que vous allez bien ?
- Je me porte comme un charme ! fit-il avec un rapide mouvement de main. C’est juste que… J’ai un peu des vertiges et que je me sens encore un peu fatigué, mais ça va passer très vite.
- Vous avez sauvé ma fille, Docteur… Est-ce que je peux avoir le privilège de vous appeler Rodney ?
- Oh euh… Oui, répondit le scientifique d’un air étonné.
- Surtout, ne lui en dites pas plus ! s'exclama Jennyfer en s’approchant d’eux, amusée. Rodney a une légère tendance au narcissisme.
- Ce n’est pas du narcissisme, c’est de la simple constatation, répliqua Mc Kay. Je suis un génie, j’y peux rien, non ? »
Pour toute réponse, le Dr Keller eut une moue cachant difficilement l’affection qu’elle avait pour le Docteur. Mc Kay en profita pour rajouter d’un air espiègle :
- « Et selon Mara, je suis un sauveur aussi ! Alors ? Est-ce que c’est vraiment du narcissisme, cher Docteur Keller ? »
Jennyfer leva les yeux au ciel, et repartit s’occuper de ses autres patients. Rodney eut un sourire satisfait, avant de replonger dans les coussins en croisant ses mains sur son torse et en fermant les yeux. Mara secoua la tête, attendrie. Le Dr Mc Kay était adorablement irritant.
Elle reporta ensuite son attention sur Kalia et prit sa main dans les siennes, profitant du moment pour l’admirer. La courbe de ses pommettes, son nez droit, sa bouche fine. Elle attrapa une boucle de ses cheveux et la fit glisser entre ses doigts.
Par les Ancêtres… frissonna-t-elle. Que serait-elle devenue si Kalia l’avait quittée ?
Elle dut s’endormir dans sa contemplation, car une voix qu’elle connaissait bien, profonde et chaleureuse, l’appela doucement :
- « Mara ? Mara ? »
Elle se réveilla brusquement, et mit un moment à se rendre compte qu’elle n’était pas dans sa chambre. Désorientée, elle vit Kalia, toujours inconsciente, et tourna son regard vers celui qui venait de la tirer du sommeil :
- « John ?
- Je me suis demandé si tu étais à nouveau tombée dans les pommes ou si tu piquais un petit som’.
- Je me suis assoupie… »
Elle frotta ses paupières et demanda :
- « Quelle heure est-il ?
- 15 heures. Tu as de la chance… Je n’ai pas réussi à dormir.
- Pourtant, je suis sûre que tu as meilleure mine que moi. »
John eut un sourire en coin et reporta son attention sur Kalia. Il demanda d’une voix tendue :
- « Comment est-ce qu’elle va ?
- Je dirai que son état est stable, fit Mara. Elle est bien plus vivante qu’il y a quelques heures. Son corps recommence à fonctionner tout seul.
- Je vois… Et toi tu… Va mieux ? »
Mara se retint de sourire devant son air faussement désinvolte.
- « Oui John. Je vais mieux.
- Bien… Et tu crois qu’elle se rév…
- NOOOONNNN !!!! MAMAANNNN !!! »
Le hurlement que poussa Kalia en se réveillant d’une manière aussi violente résonna dans l’infirmerie si fort, que même les militaires à l’entrée tournèrent leurs armes vers eux, pensant à une attaque qu’ils n’avaient pas vue venir.
Mara en resta figée pendant quelques instants, avant de se ressaisir et de se pencher vers sa fille en balbutiant :
- « Kalia, Kalia je suis là ! Je suis là Kalia, c’est moi, c’est Maman… »
Mais Kalia sembla ne pas l’avoir entendue et elle cria à un ennemi invisible :
- « Non, allez-vous-en ! Allez-VOUS-EN !!! »
Elle se débattit dans son lit, frappant arbitrairement l’air de ses bras, s’arrachant sa perfusion par la même occasion.
Le Dr Keller arriva alors en courant, évaluant rapidement la situation. John s’écria :
- « Mais bon sang faites quelque chose ! »
Jennyfer acquiesça d'un vigoureux hochement de tête et s'empara d'une seringue dans un tiroir, attrapant rapidement un flacon dans l’armoire à pharmacie. John alla aider Mara à calmer la petite fille par des mots rassurants, mais elle hurlait toujours.
Jennyfer revint, seringue à la main, ce qui affola encore plus l'enfant qui poussa une longue plainte désespérée en se débattant de plus belle :
- « NOOOOOONNNN !!! Par pitié, non !!! Non, pas encore !!! NON !!! PAS ENCORE !!! »
Mara était en panique, mais elle stoppa le geste de Jennyfer et lâcha sa fille pour s’écarter et se concentrer, attrapant son collier de ses deux mains crispées.
John comprit ce qu’elle faisait et ordonna à Jennyfer :
- « Attendez Docteur ! »
Keller hésita et observa Mara qui, paupières closes, tentait d’apaiser sa fille d’une autre manière.
Il ne se passa rien pendant un moment avant que soudainement, Kalia s’arrête de crier, se raidissant, bouche ouverte. Prudemment, Jennyfer et Sheppard la lâchèrent.
Son regard se fit alors moins lointain et elle porta son attention sur ce qu’il y avait autour d’elle.
Ses prunelles vertes scrutèrent tour à tour Keller et John, semblant se demander qui ils étaient, la folie quittant peu à peu son regard. Puis, elle riva ses yeux sur sa mère, comme soulagée, avant que sa bouche se torde en une expression torturée et qu’elle sanglote frénétiquement :
- « Non... Non... Non, je suis encore là-bas... »
Mara ne put s'empêcher de la suivre dans les larmes et elle chevrota :
- « Kalia... Par les Ancêtres Kalia, je te jure que c'est bien moi... C'est Maman... »
Kalia tremblait de tout son corps, recroquevillée sur elle-même comme un animal blessé. Elle fixa encore un moment sa mère, hésitante, avant de s'abandonner et de tendre les bras vers elle. Mara se précipita et la serra contre elle en pleurant, baisant chaque parcelle de son visage qu'elle pouvait atteindre.
John et Jennyfer étaient pantelants, toujours sous le choc de la réaction hystérique de la petite fille. Rodney, réveillé par les cris de Kalia, dit d’une petite voix :
- « Et bien c’était… Effrayant… »
Jennyfer se tourna vers lui avec un regard désapprobateur avant de reporter son attention sur Mara et sa fille.
Elle s’approcha lentement d'elles et l’enfant se blottit encore plus contre sa mère. Mara expliqua doucement, tâchant de réfréner ses larmes :
- « Kalia… Ce sont des amis… Ce sont eux qui sont venus te sauver…
- Amis ? ânonna Kalia. »
Elle les jaugeait comme l'aurait fait un animal acculé. Ses yeux verts passaient rapidement de John à Jennyfer, semblant évaluer ses possibilités de fuite.
- « Oui ma chérie… Des amis…
- Les Wraiths… chevrota Kalia.
- Ils sont partis, ils sont morts Kalia…
- Non…s’effondra alors l’enfant. Non, je suis encore en train de rêver… Je suis encore là-bas… »
Et elle repartit dans de gros sanglots. Mara était au supplice :
- « Kalia… Je te jure que je suis là… Je suis bien réelle… Tu es sauvée ma chérie… Tu es là avec nous… Je te le promets… »
L’enfant ne savait plus où elle en était. Elle leva lentement les yeux vers sa mère, qui ne cessait de répéter :
- « Kalia… Je suis là… »
La petite fille la fixait avec incertitude et angoisse. Pourtant, elle finit par lever timidement une main tremblante vers sa mère pour toucher sa joue. Et quand elle se rendit compte qu'elle était bien face à elle, en chair et en os, elle procéda de même avec son autre main puis, fébrilement, tâta chaque parcelle du visage de Mara, la respiration sifflante.
- « Maman ?... Maman !... Maman…
- Oui !
- Maman ! C’est bien toi ? s'exclama l'enfant.
- C’est moi ma puce… Tout va bien… Tu es sur Atlantis… jura Mara.
- Atlantis ? »
Elle se tourna de nouveau vers John et Jennyfer et répéta d’une petite voix :
- « Atlantis…
- Oui Kalia. »
Ses sanglots s'apaisèrent quelque peu. Elle consentit à s’écarter de quelques centimètres de sa mère et fixa le collier qu’elle avait autour du cou. Puis, elle porta une main à celui qu’elle-même possédait.
- « Le collier… murmura-t-elle.
- Oui Kalia… Je t’ai dis qu’un jour, il nous sauverait.
- Sauver… Sauver… Je suis sur Atlantis… hoqueta l'enfant, l'air de ne pas y croire.
- Oui ma chérie… »
Kalia ferma les yeux, et s'affaissa sur sa mère, se recroquevillant contre elle pour se nicher dans ses bras.
Elles restèrent ainsi un moment avant que la petite fille déclare avec force :
- « J’ai du mal à y croire… je n’arrivais plus à espérer…
- Je suis là ma chérie, c’est fini… Je te le promets… Tout va bien aller maintenant…
- Oh Maman… gémit Kalia. C'était... Horrible Maman. Oh par les Ancêtres...
- Je sais ma chérie, je sais... Mais écoute, écoute... »
Et elle s’écarta de sa fille pour se mettre à chantonner une berceuse mélancolique :
- « Le mal venu de l’ombre
Assombrissait le monde,
De ses mains de mort
Brisait nos espoirs…
C’est alors qu’il arriva,
L’homme venu des étoiles !
De ses mains de vie
La lumière jaillit,
Le mal il chassa
Et le monde sauva.
L’enfant des étoiles
Ainsi lui demanda :
Qui es-tu voyageur ?
Qui es-tu mon sauveur ?
Je suis l’homme venu des étoiles
Celui qui toujours veillera
Sur toi et ton cœur
Sur toi qui es mon cœur… »
La voix de Mara se brisa sur les derniers mots et elle leva un regard meurtri vers John. Sheppard ne sut pas quoi dire, secoué par ces simples mots, dont le sens était bien plus profond que quiconque aurait pu le soupçonner. Mais ces paroles détenaient un pouvoir réconfortant sur l’enfant. Et enfin, Kalia sembla se calmer petit à petit… Elle sanglotait toujours, le regard lointain, mais reprit d’une voix chevrotante la chanson de sa mère, quand celle-ci chanta à nouveau :
- « Le mal venu de l’ombre…
Assombrissait le monde,… »
John et Jennyfer se regardèrent, se sentant soudain comme des intrus. Le Dr Keller lui posa une main sur l’épaule et déclara :
- « Venez John… Laissons-les… »
Sheppard acquiesça et s’écarta de Mara et Kalia. Il rejoignit Rodney qui s'inquiéta :
- « Colonel, est-ce que ça va ?
- Il faut bien. Et vous Rodney ?
- Beaucoup mieux oui…
- Il peut sortir en fait, releva Jennyfer. Sauf si tu as toujours tes vertiges ?
- Non je… Ça va mieux. »
Lui aussi, était complètement désarçonné par la réaction de la petite fille. Jennyfer déclara à voix basse :
- « Je vais demander à notre psychiatre le Dr Felli de venir dès que Kalia sera un peu plus cohérente. Il faut qu’elle soit aidée. »
John hocha la tête. Lentement, il sortit de l'infirmerie et attendit que Rodney le rejoigne. Le scientifique s'enquit :
- « Qu'est-ce que vous comptez faire, Colonel ? »
Sheppard garda le silence, semblant plongé dans de sombres pensées, avant d'annoncer fermement :
- « Aller voir Artus et Oriel.
- Vous ne vouliez pas attendre demain matin ? rappela Mc Kay.
- Plus maintenant… J’ai le moyen de mettre un point final à cette histoire, Rodney. J’aurai préféré que Mara soit présente mais… Elle n’est pas en état. »
Le scientifique acquiesça.
John montrait assez rarement ses émotions et quand celles-ci perçaient la carapace qu'il maintenait autour de lui, c'était généralement pour laisser entrevoir son désaccord ou son mécontentement. Mais en cet instant, Sheppard était hors de lui, mâchoires serrées et regard brûlant de colère, une aura presque dangereuse émanant de chaque pore de sa peau.
Rodney déglutit. Les responsables du traitement infligés à Kalia, allaient le regretter jusqu'à la fin de leurs jours. John lança alors :
- « Je vais avoir besoin de votre concours, Mc Kay.
- Euh... Je suis très mauvais pour torturer les gens. »
John se tourna vers lui avec un regard noir, mais dans un effort qui lui sembla considérable, il ferma les yeux, tâchant de se ressaisir. Il se redressa en inspirant un grand coup avant de déclarer :
- « Si ça ne tenait qu'à moi, je me chargerais du traître sur une autre planète et personne
ne saurait ce qu'il s'y passerait. Mais ça ne tient pas qu'à moi...
- "Le" traître ? répéta Mc Kay, soudain perplexe. Alors... Vous n'êtes pas sûr qu’Artus et Oriel soient les coupables ? »
John hocha la tête. Le scientifique enchaîna :
- « Mais alors... Pourquoi vous voulez les voir ? »
Sheppard eut un sombre sourire. Il lança :
- « Allez Mc Kay. Suivez-moi. »