Les échos du passé

Chapitre 3 : Chapitre 3 : Suspicions

27111 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 04/05/2026 18:28

CHAPITRE 3 : SUSPICIONS

 

 

           Il était plus de vingt heures passées et l’obscurité était tombée sur la nouvelle Lantea. À l'infirmerie, le Dr Keller assurait ce soir-là la garde de nuit, mais peu de patients nécessitaient son attention. Assise à son bureau, elle sirotait sa huitième tasse de café de la journée. Elle était bien placée pour connaître tous les désavantages d'être accro à la caféine, mais enfin... On faisait avec ce qu'on pouvait, à l'autre bout de l'Univers. Elle jeta machinalement un coup d'œil à sa montre, observant les minutes s'écouler à une lenteur distendue avec un léger soupir d’ennui. Elle reporta son attention sur Mara d'Aléna, qui était toujours allongée dans son lit, le regard perdu dans le vide, semblant en proie à un désespoir sans fond. Elle repensa à ce qui s'était passé cet après-midi... Bon sang, John Sheppard papa. De tous les habitants d'Atlantis, les trois personnages qu'elle n'aurait jamais imaginés être père, étaient réunis dans l'équipe de Sheppard : son propre compagnon, Rodney, Ronon et John lui-même. Il s'était décomposé en apprenant la nouvelle. Quel choc ce fut pour lui !

 

Elle ne put s'empêcher de se demander comment Rodney réagirait si elle lui annonçait être enceinte. Il avait paru très ennuyé et gêné quand elle lui avait parlé d'avoir un enfant, un an après avoir débuté leur relation. Non qu'il y soit définitivement réfractaire, mais il lui expliqua qu'il avait très peur de voir naître un bébé sur Atlantis, avec toutes les menaces qui planaient sur eux. Il ne voulait pas non plus avoir à choisir entre rester dans l'équipe de terrain de John, et se cantonner à exécuter de simples travaux de recherches sur la cité. Il savait que pour Teyla, poursuivre ou non les explorations planétaires, fut une décision difficile à prendre et que depuis, l'inquiétude de ne pas revenir pesait encore plus sur elle, à chaque fois qu'elle passait la Porte des Étoiles. Il ne s'imaginait pas supporter un tel stress.

 

Mais pour John, la situation était différente, il n'avait pas eu le choix, Mara lui avait littéralement fait un enfant dans le dos.

 

Pour autant, Jennyfer se garda de la juger trop sévèrement. De ce qu'elle en savait, John Sheppard avait représenté pour elle l'assurance de pouvoir survivre dans un environnement sanguinaire et elle se demandait comment elle aurait agi à sa place. Cependant, avoir Kalia n’était pas prévu aussi tôt pour Mara. Pour sûr, se retrouver enceinte d'un étranger que l'on connaissait à peine qui plus est venu d'un autre monde, par "erreur", devait être l’équivalent d’une catastrophe. D’autant plus quand on était certaine que jamais plus on ne le reverrait. Pour Mara aussi, la situation avait dû être très dure.

 

 Jennyfer était femme également. Et un médecin. Combien de fois avait-elle vu des jeunes filles éplorées lui dire que même si elles ne voulaient pas tomber enceinte, l’avortement était une chose impensable pour elles. Elle-même, quelle décision aurait-elle prise dans leurs situations ? Et si elle avait dû garder un enfant qu’elle ne désirait pas, en aurait-elle prévenu ce père quasiment inconnu, dont elle n’aurait été intime que durant quelques heures ? Il lui était réellement impossible de répondre à ces questions…

 

           Elle se leva de sa chaise et s’avança vers l’Alénienne pour demander avec gentillesse : 

 

-       « Avez-vous besoin de quelque chose ?

-       Non, merci… répondit machinalement Mara.

-       Vous devriez… Essayer de dormir un peu.

-       Pas avant que les équipes de Sheppard reviennent, répliqua-t-elle alors d'une voix plus ferme, en se tournant vers elle.

-       Ça n’arrivera pas avant quelques heures, Mara… »

 

Cela faisait maintenant une demi-heure que Sheppard, Lorne, Karel et leurs équipes, avaient franchi la Porte des Étoiles pour se rendre sur Aléna.

 

           Le Dr Keller pensa à Rodney. Elle ne pouvait s’empêcher d’avoir une certaine inquiétude pour le scientifique, à chaque fois qu’il passait la Porte. Mara du lire son air soucieux sur son visage, car elle demanda avec un léger sourire :

 

-       « Qui de vos proches est parti avec eux ? »

 

Jennyfer resta surprise, mais répondit quand même :

 

-       « Le Dr Mc Kay.

-       Oh… Je vois. C’est quelqu’un de très particulier, remarqua Mara. Mais il a l’air d’avoir bon fond. Meilleur que ce que l’on peut penser au premier abord.

-       Oui c’est… Quelqu’un de vraiment gentil et exceptionnel sous cette apparence de… Scientifique assez imbu de lui-même. »

 

Mara sourit à nouveau. Jennyfer revint alors au domaine professionnel et annonça :

 

-       « Mara, je peux vous donner quelque chose pour dormir, si vous voulez.

-       Non… Dites-moi juste quand je pourrai sortir de cette infirmerie.

-       Dès que vous irez mieux.

-       C’est-à-dire ?

-       Quand votre corps et votre état de santé me le signaleront.

-       Dr Keller, vous ne comprenez pas, soupira l'Alénienne en secouant la tête d'un air las. Quel que puisse être mon état physique ou psychique, je n’ai pas le temps. Donnez-moi ce qu’il faut pour me remettre sur pieds rapidement. Je dois parler à mon peuple. Je dois… M’enquérir de la situation et participer aux plans d’action pour sauver ces gens enlevés. »

 

Jennyfer ne répondit pas tout de suite. Les traits de l'Alénienne étaient marqués par la fatigue et la tristesse, mais son regard était habité par la détermination. Elle finit par concéder :

 

-       « Alors dormez. Nous ferons le point demain matin.

-       Mais les équipes…

-       Reviendront sans doute très tard cette nuit et vous Mara, vous devez vous reposer. Ne cherchez pas à vous imposer plus que ce que votre esprit peut endurer, ça serait contre-productif. Ne m’obligez pas à vous endormir de force. »

 

La jeune Alénienne grimaça, mais eut un air résigné. Elle savait que d’une simple piqûre d’aiguille, Jennyfer Keller pouvait mettre sa menace à exécution. Alors, elle posa sa tête dans les coussins et tâcha de se détendre.

 

Contre toute attente, son corps profita de son relâchement et elle ne tarda pas à plonger dans le sommeil.

 

XXX

 

-       « Bon et bien… Il semble qu’ils soient bel et bien partis, Colonel. 

-       Rodney, il me faut des « je suis sûr » au lieu de « il semble », rétorqua John.

 

Mc Kay eut un air condescendant et répliqua :

 

-       « Oui John, je suis sûr. Ne jouez pas sur les mots ! »

 

Mais Sheppard secoua la tête, désabusé, avant de demander à Teyla :

 

-       « Est-ce que vous sentez quelque chose, Teyla ? »

 

L’Athosienne, paupières closes, hocha lentement la tête :

 

-       « Non… Rien du tout.

-       Bon… Il nous reste encore un tiers de la planète à couvrir et après, on rentre…. Lorne, Karel, où en êtes-vous ? Vous avez quelque chose de votre côté ?

-       Rien pour nous, répondit Lorne.

-       Rien pour nous non plus, compléta Karel.

-       Bien reçu. »

 

Le silence s’installa dans le Jumper avant que Ronon ne lance :

 

-       « C’est complètement illogique…

-       Oui, c’est ce que je disais, marmonna distraitement Rodney.

-       Je ne comprends vraiment pas, reprit le Satédien en se penchant en avant. Que les intérêts du traître soient politiques et une question de vengeance, je peux le concevoir. Mais qu’il arrive à conclure un marché avec les Wraiths pour qu’ils laissent de la nourriture sur place, ça, j'ai du mal à l'imaginer. 

-       A mon avis, ce traître a dû passer un accord avec eux, répondit Mc Kay. Enlever les porteurs du gène, à condition de ne pas toucher au reste de la population ainsi qu'à Mara.

-       Rodney, les Wraiths ne passent pas d’accord avec leur nourriture, insista Ronon.

-       Et bien disons qu’ils évoluent eux aussi ! répliqua le scientifique, irrité.

-       Rodney…

-       Ronon, je sais ce que vous voulez dire mais pour l’instant, c’est l’hypothèse la plus plausible ! Après tout, chaque ruche est indépendante peut-être qu’ils ont contacté une de celles qui placent la science au-delà de la faim ?

-       J’ai du mal à y croire…

-       Oui, moi aussi pour tout vous dire… Dans mon cas, l’un ne va pas sans l’autre, j’ai toujours faim, encore plus quand je suis stressé ou en plein travail… », releva Rodney, songeur.

 

Ronon eut un sourire. À l’avant, Sheppard scrutait ses écrans avec la plus grande attention, mais il semblait que les Wraiths avaient bel et bien déserté Aléna.

 

Ils en eurent la confirmation vingt minutes plus tard.

 

           Sheppard activa la Porte des Etoiles et les trois Jumpers la franchirent à tour de rôle. Ils se retrouvèrent tous au hangar et Lorne et Karel leur validèrent qu’ils n’avaient détecté aucune présence Wraiths.

 

           John annonça alors :

 

-       « Je vais aller voir Woolsey. Merci à tous. »

 

Les équipes du Major et du Lieutenant les saluèrent avant de les quitter mais Teyla déclara :

 

-       « On vient avec vous. »

 

John acquiesça et ensemble, ils se dirigèrent vers le bureau de Woolsey.

 

XXX

 

           Le bureaucrate ne dormait pas et attendait visiblement leur retour avec grande impatience. Il les interpella dès qu’ils franchirent la porte de son bureau :

 

-       « Alors ?

-       Aucune trace de Wraiths, annonça Sheppard. Ils ont fait leur raid et sont repartis aussitôt.

-       Hum… »

 

Sa réponse laissa Woolsey perplexe, avant qu'il ne fasse machinalement quelques pas et déclare :

 

-       « Pour l’instant, le confinement est respecté et les Aléniens ont l’air de s’y soumettre sans trop de difficultés. Mais nous ne pourrons pas garder ces gens enfermés bien longtemps. Il va falloir faire la lumière sur ces évènements très rapidement.

-       Je comptais attendre que Mara soit de nouveau sur pieds pour entamer les interrogatoires, l’informa John. Pour que sa présence puisse rassurer les Aléniens. Mais je peux commencer dès demain matin, si vous voulez.

-       Je préfèrerais, Colonel. Et si Mara ne peut pas être présente, je pense que Marcus pourra la remplacer, avança Woolsey. Je suis d'accord avec vous sur le principe, nous ne devons pas nous montrer comme des inquisiteurs, mais comme des gens soucieux de les aider. »

 

Ronon leva les yeux au ciel. Richard répondit à son agacement manifeste en développant :

 

-       « On ne peut pas se comporter n’importe comment avec eux, Ronon. Le fait d’en interroger certains représente déjà une ingérence dans leur peuple qui est à la limite du raisonnable.

-       Je croyais qu’on devait en arriver au détecteur de mensonges ? rappela Sheppard.

-       Je ne remets pas en doute l’utilité de ces interrogatoires Colonel et c’est justement parce que notre sécurité peut être compromise que je suis prêt à les mener. Simplement, n’oublions pas que ce n’est pas notre peuple. »

 

John acquiesça. Teyla demanda alors :

 

-       « Le Dr Keller a-t-elle examiné les Aléniens ?

-       Oui, répondit Richard. Aucun d’entre eux ne porte de balise de repérage ou d’autre élément dangereux et à part les pathologies classiques, aucune ne représente un risque pathogène majeur. Quant au SGC je les ai informés de la situation, et nous devrions recevoir demain dans la matinée de quoi installer plus confortablement les Aléniens.

-       Très bien.

-       Colonel… Pensez-vous que l’on trouvera un moyen de porter secours aux 66 disparus ?

-       J’ai bien quelques idées, mais… Rien de défini pour le moment, fit évasivement Sheppard.

-       Quelles idées ? »

 

Sheppard grimaça et annonça, hésitant :

 

-       « Je ne suis pas sûr que ça va vous plaire.

-       Vous pensez à Todd ? comprit Woolsey.

-       Moui… »

 

Rodney geignit :

 

-       « Oh non, pas Todd…

-       Il peut essayer de nous indiquer dans quel vaisseau ruche se trouvent les prisonniers, expliqua John.

-       Et après ? répliqua Mc Kay. On débarque là-bas en Jumper, on dégomme les Wraiths un par un ? 66 personnes ne rentreront pas dans un Jumper et il y a quelque chose à laquelle personne n’a ou ne veut penser.

-       Laquelle ? s'enquit Teyla.

-       Dans quel état on va retrouver tous ces gens. »

 

Un silence de plomb s’abattit sur eux. John sentit son cœur se serrer. Mc Kay reprit avec plus de douceur :

 

-       « Je suis désolé d’évoquer ce fait, mais… Ils ont été enlevés pour des expériences et Kalia sera sans doute la première à être… Testée, si je puis dire. Je ne suis pas sûre que ces gens nous reviennent comme ils sont… Partis. »

 

L'explication du scientifique les laissa consternés. Teyla secoua la tête et admit :

 

-       « Je suis d’accord avec Rodney. Michaël n'a pas hésité à enlever les Athosiens sur leur planète pour les modifier et les asservir. Même si nous avons réussi à inverser le processus, dix ans après, certains d’entre eux dont mon propre compagnon, Kanaan, en sont encore très affectés. Alors, si les Wraiths veulent découvrir les secrets du gène des Ancêtres, ils n'auront aucune pitié pour ces pauvres gens. Même s’il s’agit d’une petite fille. »

 

Woolsey hocha la tête d'un air sombre, mais Sheppard décréta vivement :

 

-       « On tente le coup quand même.

-       John…

-       C’est sans équivoque Mc Kay. Votre raisonnement est juste, mais on ne peut pas ne pas essayer de sauver ces gens, sur la simple supposition qu’ils ont déjà pu être… « trafiqués ». Qui plus est, même si par malheur on ne peut pas les ramener, il faut détruire le vaisseau et les savants fous Wraiths qui pratiquent ces expériences. Enfin, imaginez qu'ils réussissent à faire ce que Beckett a accompli avec sa génothérapie, ce serait trop dangereux que les Wraiths puissent contrôler le matériel Lantien ! »

 

Rodney ne releva pas. John en profita pour insister avec sérieux :

 

-       « Il faut qu'on agisse le plus rapidement possible pour retrouver les Aléniens enlevés. La première étape est de déterminer sur quel vaisseau-ruche ils sont.

-       Et ensuite ? demanda Woolsey. Avez-vous une idée du plan d’attaque ?

-       Sur les détecteurs des Jumpers, nous pouvons repérer les porteurs du gène des Anciens, n'est-ce pas ? avança John en se tournant vers Rodney.

-       Techniquement, oui, fit Mc Kay. D'ailleurs, c'est grâce aux Aléniens. Nous n'avons pas emporté que les drones et les Jumpers quand nous sommes partis, ils nous ont également donné l'appareil qu'Otho a utilisé pour vous scanner dans la ville-basse. Celui qui lui a permis de découvrir que vous possédez le gène ATA. On a réussi à les coupler aux détecteurs de signe de vie des Jumpers.

-       Est-ce qu’on peut les amplifier et les étendre ? Ou même les adapter à un de nos propres vaisseaux de classe BC-304 ?

-       Pour quoi faire ? s'étonna Rodney.

-       Pour qu’on puisse repérer la position de tous ces gens sur le vaisseau ruche depuis le Dédale, répondit John. On y téléporte alors les Aléniens, et en échange, on leur envoie une ogive nucléaire pour les faire exploser avant de repartir vers ici. »

 

Ils se regardèrent tous, semblant d'accord avec sa proposition et Rodney commenta d’une petite voix :

 

-       « Oui… ça a l’air… Faisable.

-       Rodney ?

-       Oui bon, c’est possible, c’est sûr, s'irrita le scientifique. Ça va être une opération éclair, mais…

-       Bon, quand est-ce que le Dédale arrivera sur Atlantis ? coupa John en se tournant cette fois-ci vers Woolsey.

-       D’ici deux jours, répondit-il. »

 

John grimaça, contrarié. Woolsey reprit :

 

-       « Ce peut paraître long comme délais, mais le Dédale ne peut pas pousser ses moteurs. Et puis, cela va vous laisser le temps de déterminer si on peut retrouver le vaisseau où sont emprisonnés les Aléniens, sans quoi, votre plan de sauvetage ne servira à rien.

-       Très bien. »

 

Woolsey hocha la tête et déclara solennellement :

 

-       « Bon… Alors nous n’avons plus qu’à prendre du repos bien mérité. À demain messieurs… Madame. »

 

Et sur ce, l’équipe de Sheppard sortit du bureau de Woolsey.

 

XXX

 

     Atlaïr eut une moue dégoûtée et grogna avec défiance :

 

-       « C’est quoi cette histoire ? Pourquoi vous m’avez amené ici ? »

 

Les bras croisés, il toisait Sheppard devant lui d’un air mauvais. John quant à lui, le considérait avec amusement et il répondit avec ironie :

 

-       « Pour discuter entre hommes.

-       Tch !

-       En fait, j’ai plusieurs petites questions à vous poser…

-       Vous voulez m’accuser d’avoir vendu les miens, c'est ça ? rétorqua Atlaïr. Et pourquoi est-ce que c’est vous qui m’interrogez ? Où est Mara ?

-       Tiens… Vous réclamez la protection de Mara, d’un coup ? »

 

Atlaïr ne répondit pas et lui lança un regard meurtrier. Il répliqua les dents serrées :

 

-       « J’estime que c’est à elle, de me questionner. Vous, vous n’êtes rien pour mon peuple. Uniquement un de ses amants. »

 

Mais John ne se laissa pas manipuler cette fois-ci et commenta :

 

-       « C’est déjà ça, non ? »

 

Les mâchoires d’Atlaïr se contractèrent sous le coup de la colère. John avait envoyé un militaire le chercher à 8h00 du matin et les voilà maintenant, dans la salle de réunions. Marcus avait accepté d'être également présent, en remplacement de Mara.

 

           C’est lui qui se redressa pour déclarer calmement :

 

-       « Atlaïr, il n’est pas question ici de discuter de la vie personnelle de Mara. Mais de réussir à déterminer qui d’entre nous, peut avoir donné la liste des disparus aux Wraiths.

-       Et comme je suis le leader des conservateurs, je suis votre premier suspect, hein ?

-       Disons que vos… Réactions enthousiastes et votre penchant à la rébellion ne plaident pas en votre faveur, expliqua Sheppard. Vous détestez Mara et les porteurs du gène.

-       Je ne les déteste pas ! se récria Atlaïr. Mais je ne vois rien en vos… manipulations génétiques, une avancée pour notre peuple. Oh oui, bien sûr, on active des gadgets et Kalia s’est attiré la sympathie du peuple en guérissant les gens, mais à part ça…

-       Qu’est-ce que vous voulez dire ? intervint John »

 

Atlaïr haussa les épaules et répondit d’un ton dédaigneux :

 

-       « Il y a dix ans, en effectuant des fouilles dans les catacombes, nous avons trouvé un laboratoire caché des Ancêtres. Il contenait ce que vous appelez un E2PZ qui nous a permis de remettre en marche la cité et des artefacts divers, dont ceux de guérison.

-       Des artefacts de guérison ? » répéta John, incrédule.

 

Il se tourna vers Marcus, qui développa, légèrement mal à l'aise :

 

-       « Oui euh… Ce sont des sortes de petits gantelets qui émettent une forte lumière. Mara avait du mal à les manier alors nous les avons mis de côté. Les porteurs du gène ont essayé de les manipuler également, mais sans plus de résultats. Et il y a deux ans… Kalia les a testés. C'était incroyable, elle n'avait pas besoin de faire le moindre effort pour les utiliser sans difficulté, elle l'a vraiment dans le sang. Elle a guéri plusieurs d’entre nous de certaines blessures ou maladies…

-       Alors ça…

-       Vous ne le saviez pas ? » nota Atlaïr, intéressé. 

 

Il fixait à présent Sheppard d'un air satisfait. Mais John se reprit et enchaîna :

 

-       « Vous alliez nous expliquer pourquoi vous ne détestez pas les 66 personnes qui ont disparu.

-       Hum… Je ne les hais pas, réitéra Atlaïr. Ils ont fait leurs choix. Mais pour moi, Mara a profité de cette situation pour continuer de régner sur nous. »

 

Marcus secoua la tête, blasé. John ouvrit les mains et suggéra :

 

-       « Vous auriez pu vous venger en vendant les vôtres.

-       Je ne vous permets pas ! »

 

Atlaïr tapa du poing sur la table et les deux militaires à l’entrée de la salle levèrent leurs armes. Le conservateur leur lança un regard noir avant de reporter son attention sur Sheppard :

 

-       « Vous n’avez pas le droit, de dire une chose pareille ! fit-il d’une voix vibrante de colère contenue. J’aime les miens ! Et jamais, JAMAIS, vous m’entendez ? Jamais moi ou un membre de mon mouvement, ne les aurai vendus pour simplement faire souffrir Mara ! Aussi étrange que cela puisse vous paraître, sachez que j'ai des amis parmi les porteurs du gène. Mon propre cousin en fait partie ! Jamais je ne les aurai donnés aux Wraiths ! »

 

Et il cracha par terre pour appuyer ses déclarations. John toisa le sol avec une petite grimace de dégoût et dit :

 

-       « Ce n’était pas la peine de… faire souffrir le sol de votre crachat.

-       Atlaïr… reprit Marcus. Aurais-tu la moindre idée de qui, aurait pu commettre un tel acte.

-       J’en sais rien, le lèche-pompe ! Mais je me tournerais vers les gens qui ne disent rien… Ceux qui restent dans l’ombre parce qu’ils ont peur de dévoiler le fond de leurs pensées. Nous, nous ne sommes que des chiens qui aboient. Et m'est avis que vous pouvez aussi suspecter les porteurs du gène.

-       Pourquoi ? répliqua Sheppard.

-       Vous ne connaissez rien à la politique, vous hein ? »

 

John eut une moue évasive et haussa les épaules. Atlaïr développa sa pensée, le regard brillant :

 

-       « Il se pourrait que l'un d'eux veuille prendre la place de Mara, non ? Et éliminer la concurrence. Ensuite… Nul doute que le peuple se tournerait vers lui pour les gouverner, si Mara ou Kalia venaient à disparaître.

-       Vous croyez ? fit John.

-       J'en suis certain, asséna le conservateur. Pourquoi pensez-vous qu'ils ont choisi Mara plutôt que moi ?

-       Parce que vous passez plus votre temps à insulter tout le monde qu'à proposer quelque chose de concret ? proposa John.

-       Espèce d'abruti, répliqua Atlaïr d'un air dégoûté. Vous ne comprenez vraiment rien à rien. Ils se sont tournés vers Mara par peur. Le changement que vous nous avez apporté nous a été salutaire, mais les Aléniens estiment qu'aucun d'entre nous n'a les capacités de diriger tout un peuple. Vous les appelez progressistes ? Oh que non, Colonel Sheppard… Vous avez tout faux. Ils ont élu Mara par crainte… La crainte de se retrouver soudain maître de leurs vies, qu'ils n'ont jamais contrôlées. La crainte de la nouveauté. Alors, ils ont nommé comme Chef, la seule personne qu'ils imaginent, selon moi à tort, avoir les compétences pour les guider. Ce n’est pas nous, les obscurantistes, John Sheppard. Ce sont eux. »

 

Sheppard ne répondit pas et se contenta de le fixer avec intensité et aussi, plus d'intérêt. Le silence s'installa et Marcus soupira avant de demander à John :

 

-       « Vous avez d’autres questions, Sheppard ?

-       Non… Atlaïr… Vous pouvez y aller. »

 

Le conservateur se leva, la tête haute. Puis, sans même les saluer, il se dirigea vers les militaires qui étaient venus le chercher et quitta la pièce. John et Marcus se regardèrent, et Sheppard lâcha :

 

-       « Il est toujours comme ça ?

-       Toujours, oui… confirma le Premier Conseiller d'un air las.

-       En tout cas… Il peut être convaincant, quand il veut.

-       Vous ne le croyez pas coupable finalement ?

-       Je ne sais pas… argua Sheppard. Vous savez, dans mon monde, j’ai eu l’occasion de me frotter à tous types de rebelles ou de résistants. Lui… Il est grossier et agressif, mais je ne pense pas qu’il soit le genre à sacrifier son propre peuple.

-       Dans ce cas, si ce n’est lui, qui ?

-       Peut-être un autre conservateur ? Et puis, je dois bien avouer que sa théorie concernant les porteurs du gène ou ceux qui restent dans l’ombre tient malheureusement la route.

-       Et alors ?

-       Alors ? En attendant de voir si Mc Kay trouve quelque chose sur Aléna qui nous indique qui a contacté les Wraiths, nous allons bien interroger l'ensemble des vôtres. »

 

Marcus acquiesça lentement, découragé, avant de déclarer :

 

-       « Je souhaite être le prochain à être questionné.

-       Pourquoi ? s'étonna John.

-       Parce que je suis aussi un citoyen d’Aléna. Et que je suis le plus proche de Mara. Je devrai être par nature, un des premiers suspects. »

 

John Sheppard sembla quelque peu gêné, mais approuva.

 

-       « Très bien.

-       Colonel Sheppard ? »

 

John s'excusa auprès de Marcus :

 

-       « Une petite seconde… Dr Keller ?

-       Mara est sortie de l’infirmerie. Elle demande à vous voir avec Woolsey… Apparemment, elle sait comment retrouver les siens. »

 

XXX

 

           John trouva Mara beaucoup plus en forme que la veille. Elle tenait parfaitement bien sur ses jambes et avait l'air beaucoup plus alerte. Pour autant, quand leurs regards se croisèrent à son entrée dans la pièce, elle détourna rapidement le sien comme par honte, préférant reporter son attention sur Woolsey.

 

           Teyla et Ronon arrivèrent en même temps que Mc Kay. Ils fixèrent tour à tour John et Mara, qui s’assirent chacun à une extrémité de la table. Richard Woolsey les observa d'un air intrigué et dut sentir la tension palpable qui s'installa soudainement, car il demanda :

 

-       « Est-ce que… Tout va bien ? »

 

Marcus toisait également sa Présidente et Sheppard d'un air inquisiteur, attendant visiblement lui aussi la réponse. John et Mara consentirent alors à se regarder, autant tendus l'un que l'autre, avant que Sheppard prenne les devants et annonce :

 

-       « Woolsey, il vaut mieux que vous l’appreniez maintenant… Kalia est ma fille. »

 

Richard s’en assit sur sa chaise en hoquetant :

 

-       « Quoi ? »

 

Incrédule, il se tourna vers Mara, qui affirma :

 

-       « C’est vrai. Il y a dix ans, ma situation au sein de ma famille royale était dangereuse pour moi. Je n’étais qu’une sorte de pantin et si Tavius prenait le pouvoir, je n’étais pas sûre de même pouvoir rester en vie. Alors… Quand j’ai su que John…

-       Le Colonel Sheppard m’a raconté tout cela, précisa rapidement Woolsey. Mais je ne pensais pas que…

-       Si. Je suis tombée enceinte de Kalia. »

 

Woolsey resta bouche bée. Mais étonnamment, le plus déconcerté fut Marcus. Il souffla :

 

-       « Mara… Pourquoi n’avoir jamais rien dit ?

-       Les conservateurs nous haïssent déjà nous, ainsi que les Atlantes. Je ne voulais pas leur offrir une nouvelle raison de nous détester. Je ne voulais pas qu’ils s’en prennent à Kalia.

-       Mais… Enfin et moi ? insista-t-il.

-       Je suis désolée Marcus, s'excusa Mara avec douceur. Je ne pouvais rien dire, à qui que ce soit. »

 

Le Premier Conseiller prenait visiblement très mal le fait d’avoir ainsi été écarté. Il se détourna lentement de Mara et resta bien raide sur sa chaise, semblant contenir une frustration grandissante. Woolsey se passa une main sur le visage, atterré, et demanda à John :

 

-       « Vous le saviez ?

-       Oh non. Je viens juste d’apprendre que je suis papa ! répondit ironiquement John. »

 

Mara déglutit et fixa ses mains avec beaucoup d’intérêt.

 

-       « Bon, se reprit le bureaucrate. Je dois dire que c’est une surprise. Mais Mara… Ce n’est pas pour ça que vous nous avez demandé de venir. Vous déclarez détenir le moyen de localiser votre peuple ?

-       Oui. »

 

Elle avait apporté une petite besace avec elle. Elle en sortit alors plusieurs objets, qu’elle posa délicatement sur la table devant eux. Marcus hoqueta :

 

-       « Vous les avez amenés ?

-       Je les garde toujours à portée de main, Marcus… Jamais je ne m’en sépare. »

 

John se pencha alors en avant avec curiosité et avança :

 

-       « Cette espèce de mitaine noire avec un cristal au milieu, que je vois… Ce ne serait pas un artefact de guérison ?

-       Un artefact de guérison ? fit Woolsey

-       Un artefact de guérison ? répéta Rodney, soudainement intéressé.

-       Si, confirma Mara, surprise. Comment est-ce que…

-       Atlaïr nous en a parlé, répondit John. Encore une chose que tu as oublié de nous avouer. »

 

La jeune femme préféra passer outre la pique acerbe de Sheppard et se justifia ainsi :

 

-       « Nous n’en avons que deux. Ils nous sont trop utiles.

-       Hé, mais vous n’avez pas le droit de faire ça ! s'exclama Mc Kay.

-       Au contraire, Docteur Mc Kay. Nous vous avions déjà offert les drones et les Jumpers. Qui plus est, même si je n’ai jamais pu guérir que des blessures bénignes, ces artefacts nous étaient bénéfiques. Vous-mêmes, Atlantes, possédez bien plus de technologies que ce que vous avez bien voulu nous donner. Les accords diplomatiques sont faits pour maintenir la paix. Nous les respectons tous, dans la mesure du raisonnable, et vous le savez bien. »

 

Mais Rodney se tourna vers Woolsey :

 

-       « Ah bon ? Ils peuvent faire ça, finalement ? »

 

Woolsey eut un regard amusé et répondit :

 

-       « Tant que cela ne nous nuit pas…

-       Ça alors…

-       Donc, ces appareils peuvent… Guérir ? reprit John.

-       Dans une certaine mesure, oui, affirma Mara. Kalia a toujours été la plus douée pour manipuler ce genre d'engins. En réalité… Kalia est la plus douée d’entre nous, pour utiliser le matériel des Ancêtres. Nous avons remarqué que certaines commandes de la cité s’activaient à son simple passage, alors qu’ils ne le faisaient pas pour le reste d’entre nous.

-       Comment est-ce que c’est possible ? s'étonna Woolsey.

-       Hé bien, John possède une forte expression du gène et Mara l’a également naturellement, rappela Rodney. En fait, on a rencontré assez peu de personnes qui avaient de manière innée le gène ATA et jamais leurs enfants. Il est probable que Kalia puisse « débloquer » certains outils, par sa seule présence. La cité est programmée, pour répondre à la présence des Anciens.

-       C’est pour ça que tu disais que les Wraiths l’étudieraient en premier, commenta John à l'attention de Mara. »

 

Elle hocha gravement la tête :

 

-       « Oui. S’ils savent qu’elle a ces dons, que le traître le leur a dit, alors oui. »

 

Sheppard était consterné. Il porta rapidement une main à son visage avant de marmonner :

 

-       « On ne peut vraiment pas la laisser aux mains des Wraiths.

-       Non… Mais ces gantelets ne sont pas les seules choses que j’ai amenées avec moi, » renchérit-elle. 

 

Et elle leur montra un collier qui semblait représenter un mot en langage Ancien. Sheppard fronça les sourcils :

 

-       « Un bijou ?

-       C’est bien plus que ça, affirma Mara. Nous en avons découvert deux, et les trouvant tout simplement joli, j’en ai gardé un pour moi. Au septième anniversaire de Kalia, je lui ai offert l’autre. À peine l’a-t-elle effleuré que le collier s’est en quelque sorte… Activé.

-       Comment ça, « activé » ? s'enthousiasma Mc Kay. »

 

Il se leva de sa chaise et s’approcha des artefacts Aléniens. Mara poursuivit :

 

-       « Peu après les avoir mis autour du cou quelque chose de très étrange s'est passé. Nous nous sommes rendu compte que nous pouvions savoir où nous nous trouvions respectivement l'une et l'autre, à des lieues de distance. Une fois, le collier a même affiché dans les airs une sorte de "carte", indiquant l'emplacement exact de Kalia. Et il m'arrivait parfois de ressentir certaines de ses émotions les plus fortes, visualiser des choses qu’elle voyait. Kalia était en mesure de gérer ce pouvoir, de le canaliser, mais pas moi. »

 

Rodney s’exclama alors, émerveillé :

 

-       « Ça veut dire : Lien ! Le pendentif, c’est le symbole Ancien du mot « Lien »! »

 

Il leva la tête vers eux et expliqua rapidement :

 

-       « C’est très certainement un artefact de communication. Je ne savais même pas que ça existait !

-       Vous oubliez que selon vos savants, les Ancêtres sur Aléna, étaient en majorité des scientifiques, fit observer Mara. Ils ne vouaient pas leurs vies à tenter l’Ascension, ils estimaient que le savoir était plus important que l’illumination de l’Ascension.

-       Comme je les comprends… ponctua Rodney.

-       Aléna veut même dire « science », ajouta Mara. Il est tout à fait possible que nos Ancêtres aient développé des technologies que vous ne retrouverez pas ici, sur Atlantis.

-       Oh, pourquoi ils sont tombés sur le bon numéro ? bougonna Rodney.

-       Mc Kay… Vous auriez peut-être préféré naître fils de paysan trimant sous un régime monarchique ? ironisa John.

-       Oh… Tout compte fait, non. »

 

John eut un sourire entendu. Mara continua :

 

-       « Je ne l’ai plus porté, parce que je contrôle très difficilement son pouvoir, mais je le garde toujours avec moi… Au cas où.

-       Et vous pouvez… L’utiliser pour retrouver Kalia ? demanda Woolsey, ébahi.

-       Ce sera compliqué, mais oui. Et ainsi, le reste de mon peuple. »

 

Et Marcus eut alors une réaction qui surprit tout le monde. Il se leva et toisa Mara d’un regard glacial.

 

-       « Mara… Je ne savais rien de tout cela, déclara-t-il avec colère.

-       Marcus…

-       Je suis votre Premier Conseiller bon sang ! S’il y a une personne à qui vous devriez faire confiance, c’est bien à moi ! fulmina-t-il en tapant du poing sur la table.

-       Oh la, oh la, intervint Sheppard en se levant à son tour. On reste calme.

-       Vous, cracha Marcus en se tournant vers John, je ne vous ai pas parlé ! Ne vous mêlez pas de ça, ça ne vous regarde en rien ! Vous jouerez les Chevaliers Servants un autre jour !

-       Marcus, commença alors Mara en se levant également lentement, je suis désolée. Je n’ai pas d’excuses, mais je vous en prie, essayez de me comprendre. Tavius, Otho, notre Seigneur Protecteur… Les gens les plus proches de moi m’ont tous trahie. Mon propre frère m'aurait laissé moisir en prison pour accéder au trône, il a participé à l'assassinat de notre père. Mais vous, Marcus, je vous ai toujours aimé comme tel, vous le savez très bien. Je vous en ai toujours dit plus à vous, qu’à quiconque. C'est à vous, que je confiais Kalia alors qu’elle n’était qu’un bébé sans défense. Vous êtes, non pas que mon Premier Conseiller, mais également mon premier ami. Je ne vous ai rien dit, c’est vrai. Mais ces artefacts de communication, sont la seule et unique garantie que j’ai de pouvoir retrouver Kalia, où qu’elle soit. Allons, si on vous avait enlevé, pour vous extirper des secrets, ce n’aurait plus été un avantage. Vous le savez, non ? »

 

Marcus tremblait de colère. Il ne répondit pas tout de suite, semblant réfléchir aux arguments de Mara. Mais la frustration se lisait toujours sur son visage.

 

-       « Jamais, je ne vous aurai trahie, jura-t-il avec conviction.

-       Pas de votre plein grès, Marcus. On aurait pu vous y obliger.

-       Vous ne m’avez même pas dit qu’il était son père ! reprit-il, furieux. Encore une fois, pourquoi ? Et ne me dites pas que c'est à cause des conservateurs cette fois-ci ! »

 

Mara déglutit et baissa alors la tête comme une enfant éhontée. Elle marmonna d'une voix douloureuse :

 

-       « Je vous assure que c'est en partie à cause de ça, mais... Je dois surtout reconnaître que je préférais garder ce secret pour moi. »

 

Elle se redressa et le fixa droit dans les yeux pour déclarer :

 

-       « Vous ne pouvez pas savoir le choc que ça a été pour moi, d'apprendre que j'étais enceinte de Kalia. J'avais séduit John pour qu'il m'épouse, mais je ne souhaitais pas porter un enfant aussi tôt. Je me suis retrouvée attendre un bébé d'un quasi-inconnu, que j'étais certaine de ne jamais revoir. J'ai... J'ai eu honte, Marcus, avoua-t-elle d'une voix brisée. Au tout début, j'ai même songé à m'en débarrasser, je ne voulais pas de Kalia. Vous et moi n'étions pas aussi proches à l'époque où j'ai appris la nouvelle, j'étais toute seule et je... Je n'ai pas eu le courage de le dire par la suite. Le savoir n'aurait rien changé, pour qui que ce soit. En revanche, les conservateurs commençant à voir d'un mauvais œil les Atlantes, je savais qu'avoir un enfant de l'un d'entre eux, aurait pu être très mal accepté par Atlaïr et les siens. Qui sait s’ils ne s’en seraient pas pris à elle pour m’atteindre ? Et comment l'auraient-ils traitée ? Alors oui Marcus, je vous ai caché la vérité à vous, au peuple, aux Atlantes, à John. J'ai préféré me taire. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à entendre, termina-t-elle avec tristesse. »

 

Le Premier Conseiller ne répondit pas quant aux autres, ils se regardèrent, mal à l'aise, et John dut reconnaître que le discours de la jeune femme l'avait perturbé. Lui aussi en voulait toujours à Mara de lui avoir caché avoir eu un enfant de lui, mais dans sa colère, il n'avait pas réfléchi au fait que pour elle également, l'évènement dût représenter un cataclysme dans sa vie.

 

Mais Marcus ne sembla pas avoir été autant touché par les déclarations de sa Présidente. Il se contenta de toiser Mara d’un regard noir pendant un moment avant de demander d’une voix grinçante :

 

-       « Est-ce qu’il y a… Autre chose que vous auriez oublié de me dire ?

-       Non Marcus, assura Mara, affligée. Je vous jure que non. »

 

Le Premier Conseiller acquiesça, les mâchoires serrées. Puis, il se rassit, croisant les mains devant lui, visage fermé. Mara se rassit également et Ronon lança alors, ramenant la conversation vers des orientations plus terre à terre :

 

-       « Bon, au moins, maintenant, on sait comment les retrouver. John, votre plan avait l’air pas mal, observa-t-il à l'attention de Sheppard. Ça va être une attaque éclair.

-       Quel plan ? s'exclama Mara »

 

Elle fixa John, soudain pleine d’espoir. Mais John prit le temps de regarder tour à tour la Présidente et son Premier Conseiller, avec perplexité, avant de répondre :

 

-       « J’en ai bien un, mais… Je préfère ne pas l’ébruiter pour le moment.

-       Quoi ? éructa Mara, éberluée. Mais enfin…

-       Vous pouvez être sûr que vos paroles ne sortiront pas de cette pièce, Sheppard, lança Marcus d’un ton aigre. Ni moi, ni Mara, ne voulons laisser ces 66 personnes sur ce vaisseau ruche, vous savez.

-       Il n’empêche que je préfère le garder pour moi, insista fermement John. Enfin, pour nous, les Atlantes. »

 

Marcus sembla encore plus offusqué et Mara n’en revenait tout bonnement pas. Elle toisa John avec colère avant de s’écrier :

 

-       « Si c’est une vengeance personnelle, c’est complètement puéril !

-       Ce n’est pas une vengeance personnelle, c’est un choix justifié ! répliqua Sheppard en haussant également la voix. Tout comme le tien était justifié de tenir ton Premier Conseiller dans l’ignorance !

-       Tu racontes n’importe quoi ! explosa-t-elle. Tu crois vraiment que moi ou Marcus aurions pu livrer notre enfant aux Wraiths ? Tu es complètement paranoïaque !

-       Je ne crois rien, mais je ne te fais plus confiance ! lâcha-t-il avec colère. »

 

Ce fut Woolsey qui mit fin aux hostilités :

 

-       « Très bien, je pense que ça suffit pour aujourd’hui. Colonel… Je vous laisse faire ce qu’il faut pour que… Tout soit prêt pour…Votre plan. Mara…

-       Vous, vous pouvez me le dire ! clama-t-elle à Woolsey. C’est vous le chef de la cité, et non pas le Colonel ! »

 

Woolsey gigota sur sa chaise comme s'il était assis sur des charbons ardents et déclara du bout des lèvres :

 

-       « Ce sera une opération militaire, Madame. John Sheppard est le chef militaire de la cité d’Atlantis. Qui plus est, je partage son avis. Rappelez-vous la situation dans laquelle nous sommes, je vous prie, et calmez vos émois… »

 

Il se tourna vers John et insista :

 

-       « Tous les deux. Suis-je assez clair, Colonel ? Ces personnes sont des réfugiés et des invités. Considérez-les en tant que tel. Compris ? »

 

Sheppard posa ses mains sur ses hanches et fixa Mara en répondant :

 

-       « Compris.

-       Bien… En attendant, Madame Mara d’Aléna je crois que sous bonne garde, il vous faudra résider dans des quartiers privés. Tout comme votre Premier Conseiller.

-       Pourquoi ça ?

-       Il y a une certaine animosité de plusieurs de vos concitoyens envers vous, rappela Woolsey. N'oubliez pas que le but du traître était également de vous faire souffrir. À mon sens, vous êtes en danger parmi les vôtres, et je ne veux pas prendre le risque de vous laisser avec eux. Quant à Marcus, il mérite les mêmes égards.

-       Personne ne me fera de mal, répliqua Marcus avec raideur. C’est à Mara qu’ils en veulent. La rumeur concernant Kalia est parvenue jusqu’à nous. Mara, je pense qu'il vaut mieux accepter la proposition. 

-       Ce n’est pas une proposition, rétorqua Woolsey. Je ne veux pas qu’un coup d’État soit mené dans notre cité. Je ne veux pas avoir à gérer cette crise en même temps que le sauvetage des disparus et l’enquête concernant une taupe. Madame, vous séjournerez dans des quartiers privés. Je laisse le soin au Colonel Sheppard de vous assigner nos meilleurs hommes à votre protection. Marcus…

-       Je resterai avec le peuple, décréta le Premier Conseiller.

-       Bon, comme vous voudrez.

-       Je dois aller leur parler, annonça alors Mara. »

 

Marcus acquiesça. Il semblait toujours autant frustré par les cachotteries de Mara, pour autant, son ton s’était légèrement radouci. Mara se tourna vers Rodney :

 

-       « Docteur… Le temps de mon séjour, je vous laisse étudier les artefacts de guérison. Mais je garde celui de communication. Où que soit Kalia, j'arrive à la sentir en vie. Je le saurai, si... Enfin, je préfère le conserver, termina-t-elle d'une voix sourde.

-       Oh, très bien je… Merci… »

 

Mara réussit à esquisser un sourire de politesse et salua le reste de l’équipe, pour ensuite se lever et sortir de la pièce, Marcus la suivant de près. Ils restèrent un bon moment silencieux avant que Teyla demande :

 

-       « John… Pourquoi ne pas avoir parlé de votre plan à Mara et Marcus ? Ils sont peut-être les deux seules personnes à vouloir plus que quiconque que les 66 disparus reviennent.

-       Premièrement, car l’un comme l’autre aurait pu l’ébruiter. Ensuite… je n’ai pas confiance en Marcus. »

 

Même Ronon eut un regard surpris.

 

-       « Pourquoi ?

-       A cause de la réaction qu’il a eue, lorsqu’il a appris que le seul moyen de retrouver les autres lui était inconnu. Cette colère peut être interprétée de bien des manières.

-       Ce n’est pas ce que vous avez dit à Mara, souligna Woolsey.

-       Je préfère que Marcus pense que mes réactions sont dictées par ma colère envers Mara, répondit John. Pour qu'il ne se sente pas uniquement visé par mes soupçons. Pour d'autres raisons, j'ai du mal à faire confiance à Mara. Mais je ne la crois pas capable d’avoir vendu les porteurs du gène aux Wraiths.

-       C’est déjà arrivé, rappela Ronon. Souvenez-vous, quand on a visité une planète où leur chef donnait une partie de sa population aux Wraiths, en les faisant passer pour des criminels.

-       Et bien… Je connais assez bien Mara pour savoir qu’elle n’est pas de ce genre-là.

-       Et sa fille est parmi les victimes, ajouta Teyla. Comment une mère pourrait-elle laisser son enfant aux Wraiths ?

-       Ça aussi, c’est déjà arrivé, objecta Ronon.

-       Non Ronon… Je pense sincèrement que Mara ne ferait pas une chose pareille. »

 

Mais le Satédien haussa les épaules :

 

-       « Vous êtes pas objectifs, tous les deux.

-       Ronon, intervint Woolsey, je comprends vos doutes. Nous sommes tous bien placés ici pour savoir que les pires horreurs imaginables, sont malheureusement possibles. Mais je préfère me fier à mon instinct et je ne crois ni Marcus ni Mara capables d’une telle atrocité.

-       Moi, je rejoins l’avis de John, si ça intéresse quelqu’un, signala Rodney. C’est vrai, Marcus est toujours derrière elle et il est aussi le plus proche du peuple.

-       Il a demandé à être le prochain interrogé, annonça John.

-       Vraiment ? »

 

Ils ne surent pas quoi répondre à cela. Woolsey annonça alors :

 

-       « Bien, nous verrons comment les choses évolueront. Concernant les interrogatoires, nous allons tout mettre en suspens jusqu’à demain.

-       Pourquoi cela ? répliqua John.

-       Les représentants Faliaris Colonel, répondit Woolsey d’un ton plutôt sec. Vous vous en souvenez ? Ils doivent venir d’ici deux heures pour finalier notre traité commercial et je tiens à ce que vous soyez là.

-       Oh oui, bougonna John. Je les avais oubliés ceux-là…

-       Ça risque de prendre un moment vu que le peuple est divisé en trois nations séparées, commenta Woolsey.

-       Je sais, souffla John, dépité. Quelle plaie…

-       En effet… concéda Woolsey.

-       Concernant les interrogatoires des Aléniens, on a qu’à organiser une réunion avant de les commencer avec Mara demain matin ? suggéra John.

-       Très bien. Ronon, Teyla, Docteur, je vous laisse vaquer à vos occupations… Mais Colonel, je souhaiterais m’entretenir avec vous un instant. »

 

Woolsey avait l’air sérieux. John eut une grimace et demanda :

 

-       « Avec moi… Tout seul ?

-       Oui Colonel.

-       C’est par rapport aux Faliaris, hein ? » tenta John.

 

Mais Woolsey ne lui répondit que par un regard sévère teinté de désabusement. Teyla, Ronon et Rodney, comprirent alors qu’il valait mieux qu’ils partent. Sans un mot, ils quittèrent la salle de réunion à leur tour. Woolsey attendit quelques instants après que la porte battante se soit refermée, avant de s'enquérir :

 

-       « John, est-ce que tout va bien pour vous ? »

 

Sheppard hésita un moment avant d'avouer :

 

-       « À vrai dire, je n’en sais rien.

-       Dois-je confier cette affaire à quelqu’un d’autre ? Demander que l’on vous aide ? Le Major Lorne…

-       Je peux gérer cette situation, Woolsey, assura alors Sheppard.

-       Ce n’est pas ce qu’il m’a semblé tout à l’heure, nota le bureaucrate.

-       Monsieur… reprit John. Quels que puisse être mes… Sentiments, je vous garantis que je suis parfaitement prêt à aller sauver ces 66 personnes. J’ai pleinement conscience des enjeux que leur capture représente. Et mon devoir est de tout faire pour que les dégâts soient minimes.

-       Très bien, je vais être clair alors : pouvez-vous travailler avec Mara ? Vous en sentez-vous capable ? »

 

John n’hésita pas une seule seconde :

 

-       « Oui Monsieur.

-       Colonel… Réglez ce que vous devez régler personnellement avec Mara d’Aléna, en dehors de nos réunions officielles. Ne réagissez plus jamais comme vous l’avez fait tout à l’heure. Compris ? »

 

Woolsey le fixa sévèrement et John nuança :

 

-       « Pour ma décharge… Je devais trouver une excuse afin de ne rien dire de notre plan de sauvetage, devant Marcus. »

 

Woolsey ferma les yeux. Il était toujours facile de parler stratégie militaire et plans d’attaques avec Sheppard, mais dès qu’il s’agissait de quelque chose de personnel, c’était quasiment mission impossible. Pour autant, il savait que le message était passé.

 

-       « Très bien. Je vous laisse gérer la situation, Colonel. »

 

XXX

 

           Comme ils s’y attendaient, l’établissement d’un traité commercial avec les Faliaris ne fut pas une mince affaire. Ils passèrent une bonne partie du début de la réunion à tout faire pour que les trois représentants du peuple évitent de s’insulter avec des expressions de plus en plus édulcorées.

 

           Sheppard finit par s’énerver si brusquement, que les trois vieillards en face d’eux en tremblèrent pendant une bonne dizaine de minutes. John n’était pas dupe, il savait que Woolsey tenait particulièrement à ce qu’il soit présent pour jouer au « gentil et méchant flic », quand ils avaient à faire à des personnages aussi têtus.

 

           Par la suite, le reste des négociations se passa dans le calme le plus complet.

 

           Quant à Mara, John n’eut pas à attendre le lendemain matin pour la revoir. Elle se rendit dans ses quartiers le soir même.

 

           Il était alors concentré dans la lecture des rapports de missions des groupes de suivi, qui s’étaient rendus sur Aléna deux fois par an, depuis dix ans. Le SGC avait mis en place assez tôt ce type de protocole, quand ils mesurèrent l'ampleur des bouleversements sociaux et culturels provoquées par les visites des équipes d'exploration dans la Galaxie, notamment pour les sociétés les moins évoluées. C'était le cas d'Aléna.

 

           L'équipe affectée à cette planète comptait 3 personnes. Étrangement, aucun scientifique ou militaire, mais deux experts en science politique Marc Skolier et Sabrina Fekir et un diplomate, Hugh Dania.

 

           Ainsi que le leur avait expliqué Woolsey, juste après leur départ il y a dix ans, Mara prit le pouvoir comme son père avant elle. Elle devint Dame Protectrice régnant sur son peuple depuis la Tour.

 

           Mais un mois plus tard, elle sollicita leur appui dans une entreprise qui allait provoquer un changement de politique radical : Mara d’Aléna souhaita instaurer une démocratie.

 

           Bien entendu, cela demanda du temps.

 

« Cela fait deux mois que Mara d’Aléna a requis notre aide. Le peuple ne fut pas difficile à convaincre » exposait Sabrina Fekir dans un de ses rapports.

 

« Nous sommes passés parmi ces gens. Leur mode de vie n’est pas très développé, assez pauvre. Mara d’Aléna et les personnes qui constituaient la cour royale, vivent encore dans ce qu’ils appellent « La Tour », et le reste de la population dans une sorte de ville-basse, avec cette flèche Lantienne en son centre.

    Pour autant, Mara d’Aléna a instauré dès le début certains changements bridant grandement la débauche dans laquelle se prélassait autrefois sa famille.

En premiers lieux, en prenant moins de récoltes aux gens de son peuple.

    La médecine est accessible à tous et une école a été ouverte il y a un mois de cela.

    Les matières enseignées sont l’histoire, les mathématiques de base, l’écriture et la lecture, par deux professeurs de la cour : un dénommé Marcus et sa femme Dalikè. Les cours ont lieu trois fois par semaine.

    J’ai pu jeter un coup d’œil à leurs leçons d’histoire et j’ai remarqué que bien que soient instruites des milliers d’années de gouvernance royale, cela est fait pour montrer à quel point ce régime fut néfaste.

    Mara d’Aléna souhaite inspirer dès l’enfance des idées nouvelles pour un monde nouveau ; ce que nous avons salué.

 

    Hugh Dania ainsi que moi-même et Marc Skolier sommes en charge d'observer l'évolution Alénienne, depuis le retour de l’équipe du Colonel John Sheppard.

    Leurs actions ont eu l’effet d’une bombe atomique.

 

    Les Aléniens sont un peuple pétri depuis des milliers d’années, par des règles féodales leur enseignant à vénérer un Seigneur Protecteur ou une Dame Protectrice, seuls gardiens de leur survie contre les Wraiths.

    Certains progressistes comprennent les avantages à tirer de ce mode de vie différent et innovant, mais encore une grande majorité des Aléniens, n’ont en réalité, aucun avis tranché. Ils se contentent de suivre le mouvement.

 

    Nous pensons donc que la tentative de Mara d’Aléna d’instaurer un régime démocratique et d’abolir les derniers vestiges de la monarchie, représente une décision censée.

    Les rébellions ou groupuscules allant contre le nouveau gouvernement seront une condition sine qua non et apparaîtront très certainement assez rapidement ; mais nous sommes d’avis que cet état de fait ne fera pas courir de graves dangers à la population, et n’est donc pas une raison de refuser la requête de la jeune régente.

 

    Nous demandons donc officiellement l’accord d’aider Mara d’Aléna à mettre en place son nouveau système de gouvernance. »

 

           Un autre rapport avait attiré l’attention de Sheppard. Il fut rédigé quatre ans après leur visite sur Aléna, par Marc Skolier cette fois-ci :

 

«   La situation sur Aléna est stable. Le gouvernement démocratique mis en place il y a trois ans et demi, semble majoritairement bien accepté par le peuple Alénien.

 

    Mara d’Aléna se présenta aux élections, tout comme Atlaïr d’Aléna, leader du mouvement conservateur. Aucun autre Alénien n’a tenté sa chance, mais il faut comprendre que ce peuple n’a aucune connaissance politique. L’ancienne Princesse fut élue avec plus de 80% des voix, un score inédit !

    Notre analyse de la question se trouve dans le rapport concernant cette étape de l’évolution sociétale Alénienne, que nous sommes fiers d’avoir contribué à créer.

 

    Atlaïr d’Aléna ne représente pas selon nous, un danger majeur. Ses actions allant contre le mouvement de Mara, sont essentiellement de la propagande verbale et des affiches dessinées par leurs soins.

 

    Comme l’a déjà détaillé ma collègue, et comme nous l’avons expliqué à Mara d’Aléna, ce groupuscule est nécessaire.

 

    Le peuple qui, par peur, n’exprime pas ouvertement des opinions qui sont contre le gouvernement trouve en ces personnes, un exutoire bénéfique. Cependant, même si certains Aléniens peuvent partager leurs idées, l’image radicale que donne les conservateurs en réfrène généralement certains, qui préfèreront se plier aux règles édictées et faire avec. C'est un phénomène qui se retrouve dans toute démocratie. Un mouvement extrémiste est souvent une jauge, un indicateur du pourcentage de la population qui serait prêt à accepter des mesures drastiques, pour changer une situation qu’elle ne supporte plus. Plus il est élevé plus la crise sociétaire est proche. Il reste quand même rare que les votes permettent à ces partis politiques de prendre réellement le pouvoir. Mais hier, lors de notre deuxième visite de l'année, la jeune Régente Alénienne nous a fait une requête qui risque mettre en péril tout ce qu'elle a réussi à construire jusqu'ici.

 

    Mara d’Aléna nous a demandé de faire bénéficier à son peuple de la génothérapie du Dr Beckett, apportant le gène des Anciens à la totalité des Aléniens.

 

    Moi et mon équipe profitons de ce rapport pour vous faire part de notre avis négatif à cette exigence et voici pour quelles raisons.

 

La première est idéologique et concerne la manière dont les porteurs du gène des Anciens sont perçus. Les Aléniens élèvent encore les Anciens au rang de divinités et ont cru pendant des milliers d’années que leurs descendants étaient de sang divin et donc royal. Les gens comme Mara ont toujours représenté la caste supérieure des Aléniens, cette population les vénérait, s'offrant à eux corps et âmes depuis des générations.

Il va de soi que le gène des Anciens est avec eux, un sujet plus délicat à traiter que pour le reste de la Galaxie de Pégase. Nous avons pu observer que le peu de fois où Mara d'Aléna use de son don dans la cité, l'attitude des villageois est la même qu'il y a quatre ans : la crainte respectueuse. Je dirai que les modifications purement politiques générant de l'équité sont saluées, mais qu'il reste encore un long chemin à parcourir avant que les mentalités changent complètement.

Notre principale inquiétude est de savoir comment ces gens réagiraient si du jour au lendemain, on leur apportait ce don qui relève du mystique pour eux. C'est un peu comme si sur Terre, on certifiait à l'humanité pouvoir acquérir les pouvoirs des différentes divinités. Imaginez donc nos réactions et le chaos qui pourrait naître après une telle action. La première étape serait de démystifier les religions avant de pouvoir se hisser à la place des dieux, ce qui n'est pas encore le cas sur Aléna. Nous sommes d'ailleurs certains que c'est cet état de fait qui a conduit Mara d'Aléna à son poste de Présidente.

Les Aléniens se sont retrouvés à devoir choisir entre deux personnes : l'une étant Mara et l'autre Atlaïr. Atlaïr appartenait au peuple et cela aurait pu lui donner toutes ses chances. Mais Mara a acquis une double réputation auprès des Aléniens. Premièrement, elle reste "supérieure" à eux. Mais cette supériorité ne l'a pas conduite à agir comme l'ensemble de sa famille, les Aléniens savent que c'est elle qui permit à John Sheppard de tuer un homme qui allait tous les massacrer et par cette action, posa le premier jalon du chemin les menant à une nouvelle ère. Pour eux, Mara a fait le choix du peuple et non pas de la royauté. Dès les premiers temps de sa gouvernance elle a mis en place des mesures les favorisant, brisant les règles strictes établies jusqu'à alors. Mara est ainsi pour eux à la fois une réminiscence d'un monde dans lequel ils ont vécu, mais également un espoir de jours meilleurs. Pour l'instant, la population lui fait confiance.

 

    Notre seconde réserve est plus terre à terre. Les Aléniens ont connu en l’espace de quelques années, des progrès technologiques déjà très importants, auxquels certains ne sont pas encore parfaitement habitués, voire se montrent carrément réfractaires.

    

Je tiens à préciser que moi et mon équipe avons examiné avec le plus grand soin sa requête, et à ce titre, nous nous sommes demandés si à travers elle, Mara d’Aléna ne cherche pas à créer une autre caste « supérieure » de porteurs du gène mais nous en sommes arrivés à la conclusion que cette hypothèse est fausse.

 

    Mara d’Aléna fait tout pour que sa nouvelle société soit la plus équitable possible et en cela, nous devons reconnaître que ses idées sont souvent pertinentes.

 

    L’argent n’a pas cours sur Aléna, uniquement le troc, dont avaient l’habitude les Aléniens. Mara d’Aléna respecte et adopte ce mode de vie, en apportant de ses propres récoltes, plus que ce qu’elle ne reçoit. Pour autant, les soins médicaux et l’école ne répondent pas à ce principe et sont ouverts à quiconque le demande, tout comme le reste des activités culturelles d’Aléna.

    Des demi-journées de doléances ont été mises en place, durant lesquelles elle accueille quiconque exige de la voir.

    Sa maison est située au milieu des autres et ne présente aucun artifice particulier, tout comme sa tenue vestimentaire.

    Son enfant est élevée parmi les autres et comme les autres.

    Mara d’Aléna met un point d’honneur à veiller scrupuleusement à ce qu’aucune différence n’existe entre son rythme de vie et celui de son peuple.

 

    Qu’il me soit permis de dire que voir une Présidente bêcher la terre à presque 6h du matin comme l'ensemble de ses compatriotes, relève de l'extraordinaire et figure un exemple d’humilité et d’équité.

 

    Il semble donc évident que les arguments qu’elle nous a exposés concernant l’attribution de la génothérapie à l’intégralité de son peuple, soient vrais : selon Mara d’Aléna, cette différence génétique représente le dernier rempart la séparant des Aléniens.

    Leur apporter ce don, permettrait à chacun et chacune d’utiliser les artefacts Anciens de la Tour et de se sentir plus proche des Ancêtres. Plus proche les uns des autres et que plus aucun d’entre eux ne soit considéré comme « supérieur »… Elle considère également que cette technologie Lantienne, est un moyen qui leur est propre, d’évoluer.

 

    Je pense sincèrement que ses intentions sont bonnes, tout comme le reste de mon équipe.

    À vrai dire, cet idéal risque d’être contrecarré par les Aléniens eux-mêmes et j'en reviens à notre deuxième raison nous persuadant que sa décision n'est pas sage : le peuple n'est pas prêt pour cette évolution biotechnologique voulue par Mara.

    Nous sommes dans une société où « génothérapie » est un mot dont ils ne perçoivent pas le sens réel. Certains Aléniens, notamment parmi la population la plus âgée, ne vont pas à l’école d’Aléna et ne savent donc même pas lire ou écrire, tout juste compter.

À titre d’exemple, ils se repèrent toujours aux étoiles et au soleil de leur planète pour l’heure et les saisons.

    Nous leur avons bien fourni des montres et des calendriers, mais ils ont encore du mal à les utiliser. Je soulève ainsi une autre préoccupation : comment ces gens pourraient approuver un traitement qui modifiera leur corps à jamais ? L'accepteront-ils seulement ? Pour eux, ce n'est pas de la science, c'est de la magie.

 

    Enfin, je terminerai en indiquant que contre toute attente, notre présence est souvent considérée avec défiance.

    Tous les Aléniens, même les conservateurs, trouvent que la démocratie est un régime satisfaisant.

    Pour autant, notre ingérence est parfois mal perçue. Les conservateurs en ont fait un des arguments principaux de leur campagne : ils voient d’un mauvais œil que le peuple des Atlantes se permette d’interférer sans cesse dans leurs vies. Être le vecteur leur transmettant la génothérapie, pourrait aggraver la situation.

 

    Moi et mon équipe somme d’avis qu’il est tout simplement encore trop tôt pour leur apporter cette technologie, dont ils ne peuvent saisir la portée extraordinaire.

 

    Il serait préférable d’attendre que la prochaine génération qui se forme dans l’école et semble plus enclin à découvrir de nouveaux progrès scientifiques, soit la population majoritaire d’Aléna. Nous estimons qu’alors, les choses suivront leur cours et que cette génothérapie sera pleinement exploitée par ce peuple.

 

    Nous émettons donc un avis défavorable, décision dont nous avons déjà fait part à Mara d’Aléna. »

 

           Et Sheppard eut un sourire désabusé en découvrant le « feu vert » accordé par le CSI au Colonel Samantha Carter qui avait à l’époque, transmis la demande de Mara.

 

           Mais à présent, il comprenait mieux la situation actuelle. L'équipe de Dania fut dans le vrai : la génothérapie avait représenté le bond en avant de trop. Celui qui avait rapproché les Aléniens du précipice dans lequel ils étaient maintenant tombés.

 

           Le léger « Toc, toc » sur sa porte le fit sursauter, et Sheppard resta saisi. Il se doutait bien de qui venait lui rendre visite à cette heure-ci. On frappa à nouveau et il finit par se lever, résigné. Il ne s'était pas trompé. Les portes s'ouvrirent sur la régente Alénienne.

 

-       « Mara, fit-il avec rictus.

-       John… »

 

Elle avait l'air assez nerveuse. Il s'écarta pour la laisser passer et ne put s'empêcher de lancer :

 

-       « Au moins, tu n’es pas nue sous une robe de chambre princière, cette fois-ci. »

 

Mais Mara ne tint pas compte de sa remarque acerbe et se contenta de se tourner vers lui en haussant les épaules. John demanda d'un air dégagé :

 

-       « Bien installée dans tes quartiers ?

-       Oui. Mais je n’arrivais pas à dormir.

-       Hum hum... »

 

Pourtant, elle avait l’air épuisée, nota John. De profonds cernes creusaient ses yeux et elle était bien plus pâle que tout à l’heure. Malgré lui, l’état de faiblesse de la jeune Alénienne le radoucit :

 

-       « Est-ce que tout s’est bien passé avec ton peuple ? s'enquit-il gentiment.

-       Oui, répondit-elle distraitement. »

 

Et sans y être invitée, elle alla s’asseoir dans un fauteuil à côté de la table de nuit. Sheppard la regarda faire et se dit qu'elle n'était peut-être pas là pour parler de politique. Assez tendu, il alla se mettre à l'extrémité de son lit et l’écouta continuer :

 

-       « Beaucoup étaient heureux de me voir, même les conservateurs ont eu l'air soulagés, ce qui est rare ! En réalité, eux comme les autres, sont très inquiets…

-       Je m’en doute. Et Marcus ? fit-il d'un air innocent.

-       Nous avons discuté et… La colère passée, il m’a avoué comprendre mes motivations… Alors… Je pense qu’on peut dire que les choses se sont tassées.

-       Je vois… »

 

Sheppard interprétait différemment le comportement du Premier Conseiller. La trop grande flexibilité d’esprit de Marcus, le rendait toujours autant suspect à ses yeux. Mara soupira et ses épaules se relâchèrent. Elle sembla se courber en se ratatinant dans le fauteuil et John prit la pleine mesure de son épuisement.

 

           Il comprit que tout comme lui, Mara n’avait pas le luxe de pouvoir se montrer faible et que rares étaient les moments où elle pouvait réellement laisser ressortir à quel point le poids des responsabilités l’écrasait.

 

-       « Woolsey souhaite me voir demain matin, déclara-t-elle, lasse.

-       Je sais oui.

-       Tu y seras ?

-       Oui. »

 

Elle acquiesça lentement. John demanda :

 

-       « Est-ce que tu as essayé le collier ?

-       Oui.

-       Tu sais où ils sont ? s'étonna-t-il.

-       Oui. Je l’ai dit à Woolsey, mais il m’a répondu que pour l’instant, il ne pouvait rien faire de cette information, parce que selon ton plan… On ne peut pas agir pour le moment. »

 

John saisit alors :

 

-       « Tu es venue pour me tirer les vers du nez. »

 

Mais Mara secoua la tête.

 

-       « Non… Je sais très bien que tu ne me diras rien.

-       Alors pourquoi es-tu là ? » insista John.

 

Elle sembla hésiter et le regarda du coin de l’œil avant de marmonner d’une petite voix :

 

-       « Je suis vraiment… Terrifiée, John. »

 

Les larmes se mirent à couler sur ses joues et elle ne lui laissa pas le temps de répondre quoi que ce soit qu’elle poursuivait déjà en un flot de paroles incontrôlé :

 

-       « Les Wraiths sont sans pitié, ce sont des monstres… Je ne sais pas quoi faire ! Un traître parmi nous a vendu une partie de mon peuple, ils sont tous divisés... Je ne sais… J’ai tout fait John, pour que tout le monde soit jugé équitablement, que tout se passe bien pour chacun de mes sujets, que tous se retrouvent dans une nouvelle société unie… Et maintenant, l’un d’eux a vendu ma petite fille… Ils ont vendu mon bébé ! »

 

Et elle éclata en sanglots. John resta immobile et muet, complètement désemparé par la réaction inattendue de la jeune femme. Mara se recroquevilla sur elle-même, déversant en des pleurs frénétiques, toute la frayeur, la fatigue, le désespoir accumulés depuis la veille.

 

De plus en plus mal à l'aise, il eut une moue embarrassée et commença :

 

-       « Écoutes… Je sais que la situation a l’air désespérée, mais… On est en train de tout faire pour la résoudre Mara. On ne vous abandonnera pas et tu… »

 

Mais elle ne lui permit pas de terminer sa phrase, ne semblant même pas l’avoir entendu. Elle bondit du fauteuil pour venir se laisser choir à côté de lui et lui tomber littéralement dans les bras.

 

-       « Mara… commença-t-il, confus.

-       Je… Ne te demande rien de plus, hoqueta-t-elle. »

 

Et en effet, elle se contenta de rester ainsi à pleurer sur son épaule, tremblante. John hésita, mais il finit par la serrer patiemment dans ses bras, le temps qu’elle se calme. Quelle situation étrange et déconcertante... Quand il l'avait rencontré, Mara était le cliché même de la Princesse pourrie gâtée, au caractère affirmé et capricieux ; mais depuis la veille, il découvrait une personne beaucoup plus forte et sérieuse, qui ne pensait plus seulement à sa propre survie, mais à celle de plus de 300 âmes.

 

Et malgré ça, il lui semblait aujourd'hui retrouver la femme enfant d’il y a dix ans, qui voyait en lui, l'espoir et le moyen de se protéger de l'adversité.

 

De plus en plus troublé, il préféra l'écarter doucement de lui et la prit gentiment par les épaules pour déclarer avec conviction :

 

-       « Mara… Je te promets que nous allons tout faire pour récupérer les autres et… et Kalia. »

 

Il avait toujours autant de mal à prononcer ce prénom à voix haute, ce qu'elle remarqua. Elle s’essuya les yeux et renifla avant d'ânonner :

 

-       « Je suis tellement désolée…

-       Tu… avais tes raisons, se contenta-t-il de répondre. »

 

Mais le son de sa voix trahissait son amertume et elle lança avec un petit rire ironique :

 

-       « Tu mens toujours aussi mal.

-       Ah oui ? Pourtant j’ai fait quelques progrès, tu serais surprise ! »

 

Elle ne releva pas. John poursuivit avec plus de sérieux :

 

-       « J’ai eu un choc Mara. Je pense que ça, tu peux le comprendre.

-       Oui. »

 

Elle s’essuya encore une fois les yeux et demanda, pétrie d'angoisse :

 

-       « Tu as vraiment un plan pour les sauver ?

-       Oui Mara, assura-t-il. Je ne t'aurai jamais menti là-dessus.

-       Très bien... Alors, je vais te faire confiance. »

 

John eut un sourire rassurant, que la jeune femme ne parvint pas à lui rendre. Elle se leva péniblement et croisa les bras, se dirigeant lentement vers la porte. Mais elle s’arrêta puis pivota vers lui, soudain hésitante. Le regard fuyant, elle finit par demander :

 

-       « Est-ce que… Est-ce que ça t’intéresserait au moins de… Savoir à quoi elle ressemble ? »

 

Il y eut un blanc. John ne s’attendait pas à ça. Est-ce que ça l’intéressait de savoir à quoi ressemblait sa… ressemblait Kalia ? songea-t-il. « Oui » et « Non » résonnèrent en même temps dans sa tête. Bien sûr qu’il était curieux mais il appréhendait aussi fortement de mettre un visage sur le nom de l’enfant, censée être sienne. Mara lui avait demandé s’il voulait savoir à quoi elle ressemblait mais la soudaine inquiétude de John était de savoir à qui elle ressemblait. Étrange, puéril même, se dit-il.

 

Il leva un regard indécis vers l’Alénienne. Mara semblait attendre sa réponse avec crainte, mais il lut également de l’espoir dans ses yeux. Il réfléchit encore un moment, mais après tout, se dit-il, il ne pourrait pas y échapper. S’ils réussissaient leur sauvetage… Il serait bientôt confronté à la petite fille en chair et en os.

 

           Tenter de fuir la réalité était inutile. Il finit par répondre, nerveux :

 

-       « Pourquoi pas ? »

 

Mara eut un air surpris, avant qu’elle parvienne à esquisser cette fois-ci, un maigre sourire de soulagement. Et elle sortit de son corsage une petite photographie pour la lui tendre. C’était une image faite comme un négatif, dans des tons bruns. 

 

Avec appréhension, John toisa l’objet de quelques centimètres seulement, avant de le prendre lentement.

 

C’était un portrait pris à la dérobée. Kalia semblait penchée sur quelque chose qu’il ne pouvait apercevoir et levait vers lui un regard malicieux qu’il avait déjà vu quelque part… Sur une photo de lui peut-être ?

 

Elle avait un visage rond qui se terminait en pointe, une chevelure bouclée brune. Il ne pouvait voir la couleur de ses yeux, pourtant, ils avaient la même forme que les siens.

 

Elle lui ressemblait. Énormément.

 

Heureusement qu’il était déjà assis. Assez perturbé, il ne pouvait détacher son regard de celui de la petite fille, observant chacun de ses traits avec incrédulité. Alors, voilà à qui ressemblait Kalia…

 

Il avait un temps songé à demander au Dr Keller d’effectuer un test de paternité, quand ils auraient récupéré les disparus d’Aléna, pour être bien certain que l’enfant soit vraiment de lui. Mais finalement, ce ne serait pas nécessaire. Mara expliqua avec douceur :

 

-       « On a pris cette photo sur une planète appelée Hilga. Leur technologie était légèrement plus en avance que la nôtre et ils ont des appareils capables de capturer des images de la vie réelle. On en a ramené quelques-uns sur Aléna. Kalia était en train d’en étudier un. Elle est très curieuse, mais aussi une vraie tête de mule. Elle te ressemble beaucoup.

-       C’est flatteur… ironisa-t-il.

-       Mais c’est une enfant généreuse. Elle a tout le temps le sourire. Une véritable lumière. »

 

Elle s’approcha et John lui rendit la photographie. Il ne sut pas quoi dire et se contenta de déclarer :

 

-       « C’est une très jolie petite fille.

-       Oui… Oui elle est très jolie. »

 

Elle rangea le cliché dans son corsage et John, même s'il redoutait la réponse, ne put s'empêcher de poser une question qu'il avait en tête depuis un moment :

 

-       « Est-ce qu'elle a cherché à savoir qui est son père ?

-       Bien sûr que oui... souffla Mara.

-       Ah… Et qu’est-ce que tu lui as dit ? s'inquiéta John.

-       La vérité, annonça-t-elle alors d'une voix plus ferme. Que son père était un explorateur venu des étoiles. Que je ne l'ai pas connu bien longtemps et qu'elle est née non pas d'amour, mais par accident, et qu'ainsi, il ignorait tout de son existence. Que tous les deux, nous avions trop de différences et de responsabilités, pour que nous aimer ou vivre ensemble, ne soit possible. Kalia a compris et n’a pas cherché à en savoir plus. Elle ne connaît même pas ton nom.

-       Vraiment ? s’étonna-t-il.

-       Elle vit avec moi, John. Tout comme j’ai été plongée dans les intrigues de la famille royale dès mes plus jeunes années, Kalia a été mêlée aux histoires politiques dès le début, elle est capable de comprendre les sacrifices qu’exigent des positions telles que les nôtres. Elle est particulièrement sage et réfléchie pour une petite fille de dix ans et le peuple l'aime beaucoup. Je suis très fière d’elle. »

 

John acquiesça. Il avait encore du mal à intégrer que l’enfant dont lui parlait Mara soit de lui. L'Alénienne termina avec regret :

 

-       « Si tu l’avais connue… Je suis sûre que toi aussi, tu l’aurais beaucoup aimé. Mais soyons réalistes… Même si par bonheur, toute cette histoire se finit bien… Rien ne changera pour nous trois, n’est-ce pas ? »

 

Le silence ennuyé de Sheppard fut sa réponse. Mara eut un air désabusé et elle baissa la tête, résignée, avant d'annoncer :

 

-       « Bon… Je vais retourner dans ma chambre. Merci de m’avoir écoutée, John. Et encore pardon. »

 

Il eut un hochement de tête machinal et se leva pour raccompagner Mara aux portes de ses quartiers. Elle avait le dos courbé, mais elle se redressa dès qu’elle fut sortie. Il admira sa force de caractère. Mara d’Aléna était décidément une femme bien plus mature et tenace qu’il y a dix ans en arrière. Elle releva le menton et se tourna vers lui en déclarant solennellement :

 

-       « Merci pour votre aide, Colonel Sheppard. Je vous souhaite une bonne nuit. Nous nous verrons pour la réunion de demain. »

 

Et avec un sourire formel, la jeune Présidente suivit ses gardes jusqu’à sa chambre.

 

XXX

 

           C’est à 10h le lendemain que la réunion entre Sheppard, Woolsey, Mara et Marcus, eut lieu dans le bureau du leader d’Atlantis.

 

           Le bureaucrate entama la discussion en ces termes :

 

-       « Madame… Je suis très heureux de constater que votre état de santé s'améliore d’heure en heure.

-       Les blessés de mon peuple guérissent aussi très rapidement, vos médecins font de véritables miracles, déclara Mara. Nous vous sommes réellement reconnaissants pour l’aide que vous nous apportez. »

 

Marcus approuva sa déclaration par un hochement de tête. Woolsey continua :

 

-       « Sachez que le Dr Mc Kay est parti il y a de cela deux heures sur Aléna, pour étudier vos appareils de communication Anciens. Il va tenter de déterminer si le traître s’est bien servi d’eux pour contacter les Wraiths et si tel est le cas, de découvrir son identité. Pour autant, cette trahison peut être le fruit d'une coalition entre plusieurs Aléniens, je suis donc certain que les interroger un à un est nécessaire. C'est pourquoi je vous ai demandé de venir aujourd'hui, afin que l'on établisse les conditions dans lesquelles ces entrevues vont se dérouler.

-       Je comprends, répondit solennellement Mara. Marcus m’a déjà rapporté l’entretien que vous avez eu avec Atlaïr. Vous considérez que les conservateurs sont les plus suspects et il en serait ainsi pour n'importe qui d'extérieur. Mais je ne pense pas que ce soit lui qui ait lancé un appel aux Wraiths. Atlaïr parle fort, mais il m’a toujours attaqué frontalement. Il n’hésite pas à clamer ses idées avec fierté, je ne le vois pas manigancer un plan aussi machiavélique.

-       C’est ce que je me suis dit, après notre entretien, renchérit Sheppard. »

 

Woolsey écarta les mains, songeur :

 

-       « Bien alors… Portez-vous des soupçons sur un autre membre de votre population en particulier ?

-       Aucunement, déplora Mara. Pour tout vous dire, je n’arrive pas à croire qu’un Alénien ait pu ne serait-ce, qu’envisager un tel acte de trahison. Comprenez qu'ils ont vécu depuis des générations comme des gens simples. Les manigances politiques n’ont jamais fait partie de leur mode de vie. Même les conservateurs ne seraient pas allés jusque-là. Si Otho était encore de ce monde, je l’aurai immédiatement soupçonné…

-       Très bien alors… Peut-être est-ce un membre de votre gouvernement ? suggéra Woolsey. Des ministres, des gens haut placés qui… »

 

Mais Mara secoua la tête avec un sourire condescendant :

 

-       « Monsieur Woolsey… Nous sommes un peuple certes, mais un petit peuple. Il ne m’a jamais été nécessaire d’avoir des… « ministres ». Chacun a toujours été capable de s’exprimer librement, à cette fin, je reçois les doléances des gens deux fois par semaine. La majorité des lois proposées sont votées par le peuple. Marcus, qui est très apprécié par la population, est un médiateur efficace et juste… À part avec ceux qui se refusent à toute discussion.

-       Les conservateurs, décrypta Sheppard. »

 

Mara acquiesça. Woolsey marmonna alors :

 

-       « Donc, nous ne sommes toujours pas plus avancés dans notre liste des suspects...

-       Avez-vous des méthodes d’interrogatoire particulières ou allez-vous procéder de la même manière qu’avec Atlaïr ? s'enquit Marcus à l'attention de Sheppard. »

 

John haussa légèrement les épaules et exposa :

 

-       « À part le détecteur de mensonges, non, mais c'est une technique que nous tenons à utiliser. Celui qui a monté toute cette opération est loin d’être idiot et suffisamment maître de lui-même pour arriver à mentir avec conviction. Alors… Cela prendra le temps que ça prendra, mais tout le monde sera interrogé sous le contrôle de la machine.

-       De ce que j’en sais, ce n’est pas un outil infaillible, dit prudemment Mara.

-       Certes, mais il faut de l’entraînement, pour tromper l’appareil, répliqua Sheppard. J’ai déjà eu à interroger des terroristes sur ma planète, ça reste une méthode sûre. »

 

Mara et Marcus hochèrent la tête. Woolsey signala à la jeune Alénienne :

 

-       « Madame, nous voudrions que vous assistiez à ces interrogatoires et que vous expliquiez la situation aux vôtres. Afin de les rassurer et de diminuer l'impact qu'une telle ingérence risque d’avoir sur eux. Votre présence sera l’indication, que nous agissons avec votre bénédiction.

-       Très bien, approuva la régente.

-       Et concernant votre… Plan de sauvetage secret, Colonel ? lança soudain Marcus avec une certaine ironie. Où en êtes-vous ?

-       Il pourra être mis en application dès demain, annonça John. »

 

Ce fut la surprise générale, même Woolsey le regarda avec étonnement. Mara répéta, dubitative :

 

-       « Demain ?

-       Mais oui… affirma Sheppard.

-       Alors, vous allez enfin nous dire en quoi il consiste ? insista âprement Marcus.

-       Non, toujours pas. »

 

Le Premier Conseiller le fixa avec mépris. Mara fit remarquer d'un ton formel qui dissimulait très mal son irritation :

 

-       « Colonel, nous vous accordons une grande confiance et faisons preuve d’une extrême tolérance, devant la manière dont vous nous traitez, sachez-le. Par votre attitude, vous insinuez que moi ou mon Premier Conseiller risquerions de provoquer l'échec de l'opération de sauvetage.

-       J’en suis parfaitement conscient. Mais j’ai la prétention de pouvoir dire que votre confiance n'est pas mal placée. Vous n’avez aucune idée des situations bien plus dangereuses auxquelles nous avons eu à faire. Quant à mes accusations cachées, je te rappelle que nous avons déjà été surpris par des trahisons inattendues. Tiens, le dernier en date que tu connais, hum... Otho ? Il s'en est fallu de peu que la génothérapie que nous lui avions donnée par excès de confiance coûte la vie à ton peuple. Mc Kay a sacrifié un E2PZ et j'ai dû le tuer, pour définitivement éliminer la menace qu'il représentait. Alors merci, mais cette fois-ci, je ne commettrai pas deux fois la même erreur. »

 

Marcus eut un « Tch ! » de dédain et semblait à deux doigts de lui cracher dessus de dégoût, mais les reproches disparurent rapidement du regard de Mara. Woolsey s'éclaircit la voix et tâcha de briser l'ambiance électrique qui s'était soudain installée :

 

-       « Bon… Je tiens à vous accompagner dans les interrogatoires, Colonel.

-       Je comptais justement vous le demander, l'informa John.

-       Parfait. Par qui voulez-vous commencer ? »

 

John se tourna vers le Premier Conseiller et lança d'un air enjoué :

 

-       « Marcus ? Vous étiez si enthousiaste à l’idée d’être interrogé.

-       Je le suis toujours, répliqua le Premier Conseiller d'un air de défi.

-       Bien. Vous nous laissez… Un moment pour tout préparer ? Je vous appellerai dès que tout sera installé. »

 

Mara acquiesça d'un signe de tête et John les salua avant de sortir du bureau et de se rendre dans le laboratoire de Zelenka.

 

           Le scientifique était penché sur les artefacts de guérison et semblait les étudier avec une de ses collègues, conversant dans sa langue natale. Il s’arrêta quand entra Sheppard, qu’il interpella joyeusement :

 

-       « Colonel ! Justement, je voulais vous voir !

-       Et bien… Me voilà ! déclara prudemment John.

-       Venez, approchez… poursuivit Zelenka avec entrain.

-       Euh, à vrai dire, j’ai une demande assez urgente à vous faire.

-       Laquelle ? »

 

Le tchèque ramena ses lunettes qui n’arrêtaient pas de glisser sur son nez et le fixa avec étonnement. John expliqua :

 

-       « Je souhaiterais que vous installiez le détecteur de mensonges dans la salle de réunion et que vous veilliez personnellement à sa bonne utilisation.

-       Pourquoi moi ? fit Zelenka d’un air ahuri.

-       Parce que je crains que parmi tous les Atlantes ici présents, je sois celui qui a le moins la côte, auprès de certains Aléniens, affirma John. J’ai déjà eu quelques… Différends avec quelques-uns, je ne voudrais pas que ça envenime la situation. Alors, que l'opération soit supervisée par quelqu’un de neutre, qu’ils n’ont jamais vu, devrait apporter un certain équilibre. Je compte également que vous expliquiez son fonctionnement au Premier Conseiller de Mara.

-       Oui, Marcus, c’est ça ? se rappela Radek.

-       Vous le connaissez ? s'étonna John.

-       Eh bien, il est venu me voir, il y a une heure. Il voulait savoir s’il était possible que des artefacts de communication comme ceux de Mara et Kalia puissent réellement marcher.

-       Vraiment ? »

 

Décidément, plus il en apprenait sur le Premier Conseiller, moins il lui faisait confiance… L’avantage, c’est que ses doutes seraient bientôt dissipés.

 

-       « Oui Colonel… Il était très inquiet, précisa gravement le scientifique. Il m’a expliqué qu’une de ses nièces, la fille de sa sœur qui est présente sur la cité, faisait partie des disparus.

-       Oh, je vois…

-       Tout à fait entre nous Colonel, s'enthousiasma à nouveau Zelenka, ces artefacts de communication, semblent extraordinaire ! Je ne sais pas ce que peuvent nous avoir caché les Aléniens comme technologie, mais leurs Anciens, ont mis au point des outils vraiment remarquable, je dirai même plus que ceux que nous possédons ! Venez, regardez… »

 

Et il le conduisit près des artefacts de guérisons. Zelenka expliqua avec entrain :

 

-       « On essaie toujours de déterminer comment ces engins fonctionnent. Le cristal du milieu est composé en partie d’éléments que l'on ne trouve pas sur Terre.

-       Des éléments inconnus, donc ? supposa Sheppard.

-       Oh non Colonel ! rétorqua Radek d'un ton joyeux. On retrouve ces quatre éléments dans les cristaux des E2PZ, rendez-vous compte ! C'est la première fois que je vois un engin de ce genre avec une composition si semblable à celle des extracteurs de point zéro ! Et le gantelet est conducteur d’énergie, j’en suis tout à fait certain ! Nous l’avons soumis à une tension électrique et le cristal s’est illuminé quelques instants, avant de s’éteindre.

-       Mais ?... objecta Sheppard, sentant venir l’interjection.

-       Ma collègue Sylvana ici présente, continua Zelenka en désignant la jeune femme blonde à côté d’eux, s’est très légèrement coupée intentionnellement. Je possède le gène par la thérapie du Dr Beckett, mais je n’ai pas réussi à activer le gantelet. Nous avons également monté de plus en plus haut la tension électrique, mais ça n’a rien donné non plus. Pour moi, ce n’est donc pas qu’une histoire d’« énergie », mais de génétique, et aussi de volonté. C’est pourquoi je voulais savoir si… Vous vouliez bien tester le gantelet. »

 

Sheppard resta étonné :

 

-       « Moi ? Mais pourquoi… »

 

Zelenka sembla alors ennuyé et se tourna vers Sylvana, qui l’était tout autant. Le tchèque choisit ses mots avec soin :

 

-       « Je… J’ai appris que… La petite fille qui utilisait ces artefacts était… Enfin, vous savez…

-       Ok, je vois où vous voulez en venir… l'interrompit John.

-       Ce que je veux dire, bafouilla Zelenka, c’est qu’il est fort probable que, comme le suppose justement Mc Kay, il faille une expression assez importante du gène pour se servir de ces objets. Sans doute était-ce un garde-fou pour les Anciens d’Aléna : ils s’assuraient ainsi que seuls les membres de leur population puissent les utiliser.

-       Je vois oui…

-       S’il-vous-plaît Colonel… Pourriez-vous essayer ? »

 

John grimaça :

 

-       « Moui, pourquoi pas ?

-       Très bien ! »

 

Il donna alors des ordres à Sylvana en tchèque. Sheppard enfila un des gantelets et l’assistante de Zelenka y accrocha des pincettes métalliques reliées à l’ordinateur.

 

Puis, elle lui présenta le dos de sa main et il put y voir une petite entaille.

 

-       « Dites-donc, il faut vraiment que vous soyez passionné pour vous infliger des blessures vous-même.

-       On a tiré… À la courte paille, expliqua Zelenka d’un air gêné.

-       Ah oui, bien sûr… 

-       Bien Colonel, je vous prie de vous concentrer sur la blessure de Sylvana. Il faut que vous vouliez, la guérir.

-       Très bien, je vais essayer. »

 

Il prit délicatement la main de Sylvana dans la sienne et posa celle qui portait le gantelet sur la blessure.

 

Puis, il tâcha de faire le vide dans son esprit et ferma les yeux pour se concentrer. Il ne sentit rien pendant quelques instants avant que :

 

-       « Alors ça ! s’exclama Zelenka. »

 

La main de Sylvana tressaillit dans la sienne et il rouvrit les paupières. Une légère lumière multicolore émanait du gantelet. Sheppard eut un sursaut de surprise et la lumière s’éteignit aussitôt.

 

-       « Vous vous êtes déconcentré ! s'exclama Zelenka.

-       Excusez-moi, mais je n’ai pas tellement l’habitude de jouer les Iron Man !

-       Qui ça ? fit Zelenka, décontenancé.

-       Laissez tomber… Vous avez vos mesures ? »

 

Il relâcha la main de Sylvana, et tous les trois observèrent avec stupéfaction la disparition de l’entaille.

 

-       « C’est extraordinaire ! s'émerveilla Zelenka.

-       Je n’ai plus rien du tout, renchérit Sylvana, observant sa main d’un air étonné. C’était… Très bizarre comme sensation.

-       C’est carrément flippant, oui, répliqua Sheppard.

-       Colonel… Est-ce que vous avez une idée de la portée que représente cette découverte ? Si nous parvenons à reproduire l’énergie, la composition du cristal…

-       Vous disiez vous-même que c’était aussi une histoire de génétique et de volonté, rappela John.

-       Oui, c’est vrai, concéda le scientifique. Je vais analyser les données et vérifier tout ça.

-       Très bien, mais si ça ne vous dérange pas… Après les interrogatoires.

-       Oh oui, c’est vrai… commenta Radek d’un ton déçu. Bon je… Sylvana, je vous laisse… Commencer l'analyse des données ?

-       Bien Docteur… »

 

Et Radek suivit Sheppard, après un dernier regard envieux envers son assistante et les gantelets. John le conduisit dans l’armurerie et Zelenka s'enquit :

 

-       « Vous avez des nouvelles de Rodney ?

-       Aucune pour l’instant. Il est parti depuis ce matin avec le Major Lorne et son équipe ainsi que Ronon.

-       Pourquoi Ronon ? interrogea Radek.

-       Je pense que Mc Kay se sent plus protégé quand il est dans les parages…

-       C’est vrai qu’il est assez impressionnant, nota le scientifique. Il ferait presque peur parfois… »

 

John le regarda d’un air perplexe et Radek s’empressa d’ajouter :

 

-       « Enfin, c’est aussi quelqu’un de très gentil et euh… Efficace. »

 

Sheppard se retint de pouffer de rire. Ils récupérèrent le détecteur de mensonges. Zelenka déclara :

 

-       « Je ne savais pas que nous en possédions un.

-       Je l'ai demandé au SGC après l’attaque Goa’Uld d’il y a une dizaine d’années, expliqua Sheppard. Quand l’un d’entre eux s’était emparé du corps du Colonel Caldwell.

-       Ah oui, je m’en souviens… Mais euh… Ce n’est pas infaillible, non ?

-       En effet, mais je ne pense pas que ces gens soient habitués à ce genre de techniques d’interrogatoire. Du temps du Seigneur Protecteur, les coups de poing prévalaient plus que les méthodes minutieuses comme ce type d’engins… Le traître, quel qu’il ou elle soit, n’est pas entraîné pour tromper la machine. Ou alors, il faudrait qu’il ou elle soit particulièrement retors…

-       Espérons que ce ne soit pas le cas. »

 

Et ensemble, ils retournèrent vers la salle de réunion, où Radek installa rapidement la machine. Puis, Sheppard fit venir Marcus, Mara et Woolsey, qui s'irrita :

 

-       « Vous avez mis du temps !

-       Oui Zelenka tenait absolument à procéder à une petite… Expérience scientifique, qui s’est avérée assez fructueuse, rapporta John.

-       Ça ne pouvait pas attendre, Docteur ? » fit Woolsey d'un ton impatient.

 

Radek sembla se ratatiner sur lui-même et tâcha de se défendre :

 

-       « C’est que… Sans l’intervention du Colonel nous n’aurions pu avancer et… Enfin, nous allons tous être très occupés durant les prochaines heures.

-       Hum… Bon, est-ce que tout est prêt ?

-       Oui euh… Colonel ? »

 

Sheppard hocha la tête et se tourna vers Marcus en frappant dans ses mains avec enthousiasme :

 

-       « Marcus, Radek va vous expliquer le fonctionnement du détecteur.

-       Pour quoi faire ? répliqua le Premier Conseiller, dubitatif.

-       Hé bien, les conservateurs veulent ma tête, nota John, donc je me contenterai de poser les questions. C'est vous et Mara, qui vérifierez les résultats avec le Dr Zelenka. Nous allons procéder au test en premier avec vous, ce qui vous permettra de rassurer votre population comme quoi c’est un procédé indolore et parfaitement sécuritaire. »

 

Le cinquantenaire resta étonné, mais approuva :

 

-       « Très bien Colonel. Vous commencez à remonter dans mon estime.

-       Vous voyez ? lança John d'un air malicieux. Avant la fin de votre court séjour ici, vous allez m’adorer. »

 

Woolsey l’observa avec amusement. Sheppard recouvra alors son sérieux pour déclarer de manière plus formelle :

 

-       « Bien… Premier Conseiller, si vous voulez bien vous installer… Docteur Zelenka ? »

 

Radek s’approcha de Marcus et plaça les capteurs et électrodes sur le corps de Marcus. Celui-ci s'enquit visiblement inquiet :

 

-       « Vous êtes aussi un scientifique ? »

 

La question sembla surprendre Radek qui bafouilla :

 

-       « Euh oui, tout à fait…

-       Vous travaillez avec le Dr Mc Kay ?

-       Oui.

-       Bien...

-       Pourquoi ces questions ? objecta Woolsey.

-       Je tiens à m’assurer de la compétence de vos savants… 

-       C’est légitime, commenta John. »

 

Radek s’éclaircit alors la voix et expliqua :

 

-       « L’appareil va mesurer plusieurs constantes vitales : votre rythme cardiaque, respiratoire, votre tension artérielle, par exemple. Je vais d’abord commencer par une série de questions banales, qui détermineront une base de fréquence. Lors d’une émotion causée par une question à laquelle on ne peut répondre honnêtement, les constantes varient instantanément.

-       Ça veut dire que je mentirai ? comprit Marcus.

-       C’est comme ça qu’on l’interprète.

-       Je vois… marmonna-t-il d'un air perplexe.

-       Puis, reprit Zelenka, je vous demanderai de mentir intentionnellement à une interrogation. Cela permettra d’enregistrer les mesures de « mensonges ». Est-ce que vous comprenez ? »

 

Le Premier Conseiller acquiesça lentement, comme ébahi par le fait qu’une telle chose soit possible. Radek eut un petit sourire rassurant et alla s’installer à côté de Sheppard. Mara se plaça derrière eux. Puis, le tchèque commença :

 

-       « Comment vous appelez-vous ?

-       Marcus.

-       Vous n’avez pas de nom de famille ?

-       Comme tous les Aléniens, non.

-       Quelle est votre couleur de cheveux et de vos yeux ?

-       Gris et marrons.

-       Quel est votre âge ?

-       53 ans.

-       Êtes-vous marié ?

-       Je l’étais.

-       Que s’est-il passé ?

-       Ma femme, Dalikè, est morte d’une maladie que vous appelez cancer. »

 

Radek déglutit, embarrassé.

 

-       « Désolé. »

 

Marcus ne répondit pas. Zelenka continua avec douceur :

 

-       « J’en viens à la question à laquelle vous devez mentir. Qu’elle est votre couleur de chemise ? »

 

Marcus parut légèrement amusé et répondit :

 

-       « Rose. »

 

Zelenka eut un sourire poli avant de se tourner vers Sheppard, lui signifiant qu'il pouvait enchaîner, et celui-ci qui attaqua fort directement :

 

-       « Détestez-vous Mara ? »

 

Woolsey le regarda du coin de l’œil lui-même choqué par la question. Marcus ne répondit pas tout de suite. Il eut un regard pour la jeune Alénienne avant de déclarer de mauvaise grâce :

 

-       « Je l’ai toujours beaucoup aimé. Comme ma propre enfant. Mais en ce moment, je lui en veux beaucoup. »

 

Mara baissa la tête. John continua, imperturbable :

 

-       « Que savez-vous du système de communication des Anciens ?

-       Peu de choses. Je n’ai pas le gène des Ancêtres.

-       Avez-vous vendu vos compatriotes aux Wraiths ?

-       Non, répondit Marcus les dents serrées. »

 

John eut un regard pour l’ordinateur de Zelenka, qui hocha discrètement la tête. Sheppard reporta son attention sur le Premier Conseiller :

 

-       « Avez-vous demandé à un porteur du gène ATA de le faire ?

-       Non plus.

-       À un autre Alénien ou une autre Alénienne de le faire ?

-       Non.

-       Que pensez-vous des porteurs du gène ? »

 

Marcus semblait au supplice. Il eut de nouveau un regard pour Mara, qui restait de marbre derrière John :

 

-       « Qu’ils ont été très courageux de se soumettre à la génothérapie, finit-il par lâcher rapidement.

-       Là, vous mentez, nota John. »

 

Marcus lui jeta un regard de haine. A contrecœur, il corrigea :

 

-       « Je pense que le gène ATA ne devrait être porté par personne. Que le progrès ne dépend pas de ce gène, mais de ce que vos savants ont pu nous apporter en termes de politique, de médecine et de connaissances scientifiques. 

-       Bien… Continuons. Connaissiez-vous l’existence du collier de communication de Mara ?

-       Je vous ai déjà dit que non, répéta Marcus.

-       Saviez-vous que Kalia était ma fille ?

-       Non…

-       Souhaitez-vous la mort des porteurs du gène ?

-       Non ! »

 

Il s’en leva d’indignation de sa chaise. Woolsey s’éclaircit la voix :

 

-       « Colonel…

-       Je ne fais que poser des questions, se défendit John d'un ton ferme. Elles seront les mêmes pour chacun des Aléniens.

-       Très bien mais… Vous permettez que j’en pose également ? suggéra Woolsey.

-       Faites donc… 

-       Merci. »

 

Woolsey se tourna vers Marcus et reprit d’un ton plus doux que celui de John :

 

-       « Monsieur le Premier Conseiller… Vous nous avez dit que votre femme était morte d’une maladie incurable… En avez-vous voulu à Kalia de ne pas l’avoir soigné avec les artefacts de guérison ? »

 

Marcus déglutit. Il concéda :

 

-       « Oui. Cette enfant fait de véritables prouesses. Mais elle n’a réussi à sauver ma femme. Bien sûr que je lui en ai voulu.

-       Savez-vous pourquoi elle n’a pas pu ? questionna Woolsey.

-       Par la suite, nous l’avons compris : le gantelet ne peut pas guérir des maladies ou blessures trop graves. Il ne préserve pas de la mort.

-       Alors, votre colère s’est tarie ?

-       Pas complètement. Mais la mort de ma femme m’a beaucoup attristé, Mara pourra vous le confirmer. J’en ai toujours voulu à Aléna tout entier.

-       Je vois… Serez-vous heureux de revoir Kalia ?

-       Oui. Malgré mon ressentiment, j’aime beaucoup cette petite fille. Elle est vraiment exceptionnelle et c’est une enfant à la sagesse remarquable. »

 

Il riva les yeux sur Sheppard et lança acerbement :

 

-       « Elle doit tenir ça de sa mère. »

 

Sheppard eut un sourire sardonique. Woolsey recentra :

 

-       « Oui euh… Que comptez-vous faire en rentrant sur Aléna ?

-       J’en ai déjà informé Mara : je ne serai plus son Premier Conseiller. Elle ne m’a pas fait confiance. J’estime que c’est une réelle injustice.

-       Pourtant, vous lui avez dit que vous compreniez ses motivations, hier soir, non ? intervint John.

-       J’ai menti, avoua Marcus. »

 

Le silence s’installa. John se tourna vers Radek, qui haussa les épaules :

 

-       « Selon les résultats du test, il a dit la vérité. »

 

John Sheppard resta songeur. Marcus lui lança d'un air de défi :

 

-       « Vous êtes rassuré, Colonel ?

-       Je ne suis jamais vraiment rassuré, Marcus, répliqua John. Mais n’y voyez rien de personnel, c’est dans ma nature. »

 

Le Premier Conseiller semblait avoir envie de l’étrangler. Woolsey tenta d’apaiser la situation :

 

-       « Marcus, nous vous sommes très reconnaissants de vous être soumis à ce test. Il est clair, au vu des résultats, que vous avez été honnête. Pour ma part, je vous raye de la liste des suspects. Je suis sûr que le Colonel Sheppard sera d’accord avec moi. Colonel ? »

 

Mais John se contenta de fixer Marcus droit dans les yeux avant de répondre avec un enthousiasme trop marqué pour qu'il sonne vrai :

 

-       « Mais bien sûr Woolsey. Vous êtes innocenté Marcus ! Merci pour votre coopération. »

 

Il put lire dans le regard du Premier Conseiller, toutes les insultes et les malédictions qu'il n'osa pas proférer contre lui à l'oral. Visiblement, le peu d'estime que le Colonel avait recouvré à ses yeux, était redescendu dans les négatifs. Il arracha les différents détecteurs et les lança à Radek, qui les récupéra avec précautions. Puis, le Premier Conseiller demanda avec raideur :

 

-       « Qui est le suivant ?

-       Atlaïr, répondit Sheppard. Même si je ne le crois pas coupable, je préfère m’en assurer. J’aime bien mettre la pression sur les suspects.

-       J’ai vu ça oui… rétorqua Marcus entre ses dents.

-       Allons Premier Conseiller… Si vous aviez été à ma place, vous auriez agi de la même manière. Vous et moi le savons très bien. Encore une fois, il n’y a rien de personnel. »

 

Marcus le toisa avec défiance, sourcils froncés, pendant un bon moment avant de déclarer d'un ton méfiant :

 

-       « Vous êtes un homme difficile à cerner, Colonel…

-       Ça aussi c’est dans ma nature, répliqua John. Je suis un militaire. Être difficile à cerner vous rend difficile à anticiper sur un champ de bataille. Dans mon monde, c’est nécessaire. »

 

Le Premier Conseiller ne releva pas, pour autant, sa colère sembla s'amenuiser. John se tourna vers le soldat à l’entrée de la salle et ordonna :

 

-       « Allez chercher Atlaïr.

-       Bien Colonel. »

 

Marcus reporta finalement son attention sur Mara et se radoucit brusquement pour dire sur un ton d’excuse :

 

-       « Je suis désolé Mara. »

 

Mais la jeune Présidente tint alors un discours qui surprit tout le monde :

 

-       « Ce n’est rien Marcus. Vous ne m’avez pas déçu. Bien au contraire, je viens d’apprendre que malgré vos convictions personnelles, vous m’avez toujours soutenue. Que malgré vos souffrances et vos doutes, vous m’avez sans cesse approuvé. Il n’y a pas de plus grande marque de confiance et de bienveillance. C’est moi qui dois m’excuser. C’est moi qui n’ai pas eu confiance. J’espère sincèrement qu’un jour, vous pourrez me pardonner. »

 

Et elle inclina la tête. Marcus resta ébahi par le raisonnement de la jeune femme, mais il s'inclina devant elle en un salut respectueux.

 

Et ainsi, commencèrent les interrogatoires qui durèrent toute la journée. Atlaïr se fit une joie d’expliquer en quoi il n’avait pas confiance en Mara, mais le détecteur révéla qu’il ne mentait pas quand il certifia que jamais, ça ne l’aurait poussé à trahir les siens.

 

Aucun autre conservateur ou villageois ne donna signe d’être la ou le traître. À 16h passées, ce fut Radek qui soupira :

 

-       « J’aimerais bien prendre une pause. Je voudrais voir ce qu’a trouvé Sylvana.

-       De toute façon, je pense que l’on va s’arrêter là pour aujourd’hui, annonça Woolsey. Nous avons interrogé 80 personnes, ce qui représente un beau score. Nous sommes tous épuisés et ces tests ont été une épreuve pour chacun d’entre nous. Un peu de repos sera salutaire. Colonel ?

-       Je suis d’accord avec vous. 

-       Bien… »

 

Woolsey se tourna vers les deux Aléniens et déclara solennellement :

 

-       « Marcus et Mara d’Aléna… Merci pour tout.

-       Merci à vous, Monsieur Woolsey, répondit Mara d'un ton égal. Colonel…

-       Mais de rien. »

 

Mara eut un léger sourire et avec Marcus, ils sortirent de la salle. John les regarda partir avant de s'adresser à Zelenka :

 

-       « Radek, merci pour votre aide. Vous me tenez au courant de ce que Sylvana aura trouvé au sujet des artefacts de guérison ?

-       Vous avez réussi à les faire fonctionner ? s'étonna Woolsey.

-       Le Colonel a réussi, corrigea le scientifique. Mon hypothèse est qu’ils réagissent aux sujets ayant une forte expression du gène.

-       Comme Kalia et Sheppard ? détailla le bureaucrate.

-       Exact. Mais j’ai pu, l’espace de quelques instants, activer le dispositif en le soumettant à un courant électrique. Augmenter la tension ne m'a pas permis de le remettre en marche, mais je vais l'analyser sous toutes les coutures. Sait-on jamais, même si on ne peut faire fonctionner correctement les gantelets, peut-être pourrons-nous en apprendre autre chose. »

 

En l’écoutant parler, John se rendit compte d’à quel point les capacités de Zelenka étaient sous-estimées dans la cité. Rodney se faisait toujours un malin plaisir de le rabaisser et à la longue, il en acquérait un pouvoir de persuasion. Il en profita alors pour féliciter Radek avec conviction :

 

-       « Vous faites un excellent travail, Zelenka.

-       Euh… Merci Colonel, fit le scientifique, visiblement surpris.

-       J’imagine que Rodney vous a demandé de lui faire un rapport ?

-       Bien entendu. Vous n’avez aucune nou…

-       Activation extérieure de la Porte des Etoiles. »

 

John eut un sourire :

 

-       « Excellent timing ! »

 

Ils se rendirent en salle de contrôle et observèrent Mc Kay et l’équipe de Lorne ainsi que Ronon traverser l’horizon des évènements.

 

           Ils n’eurent pas besoin qu'on leur rappelle de venir faire le débriefing de leur mission. Ils montèrent directement d’un pas précipité vers la salle de contrôle et Mc Kay attaqua tout de go :

 

-       « Bon… On a trouvé plusieurs choses !

-       Du calme, Rodney ! Venez. »

 

John les fit retourner en salle de réunion et ils attendirent que les portes se ferment et que tous se soient assis pour que Rodney entame avec entrain :

 

-       « Bon, premièrement, je n’ai rien déniché qui permette de déterminer l’identité formelle de la personne qui a appelé les Wraiths.

-       Et c’est ça que vous nommez « plusieurs choses » ? s’exclama John.

-       Je sais, ce n’est pas ce que vous espériez entendre Colonel. Mais nous avons tout de même découvert d’autres éléments intéressants.

-       Comme ?

-       Et bien… Même si je ne peux dire qui il est, je peux affirmer avec certitude que c’est depuis leur console de communication, que le traître a contacté les Wraiths.

-       C’est un porteur du gène qui a fait le coup, résuma Ronon. »

 

Woolsey et John se regardèrent, dépités.

 

-       « Vous êtes sûr ? insista John.

-       Un signal de positionnement a été envoyé depuis la console, expliqua Rodney. Mais ils ont réussi à effacer de la base de données l’identité de la personne qui s’en est servi. Et il y a autre chose encore… Si les détecteurs n’ont pas repéré les Wraiths, c’est parce qu’ils ont été désactivés manuellement.

-       Désactivés ? répéta Woolsey.

-       Oui Monsieur, confirma Lorne.

-       Attendez, il y a quand même un point que je ne comprends pas… objecta Woolsey. Que les Wraiths captent un signal de positionnement, c’est une chose. Mais que cela puisse se terminer en discussion complotiste et par un accord commun, c’en est une autre. Enfin, comment…

-       Et c’est là que la phrase « on a trouvé plusieurs choses » prend tout son sens ! » coupa Mc Kay, visiblement ravi de son effet de surprise. 

 

Woolsey le regarda par-dessus ses lunettes, d’un air passablement énervé. Mc Kay déglutit et redevint aussitôt sérieux :

 

-       « Euh… Major Lorne ? »

 

Amusé, Lorne sortit un petit cercle rond plein, fait en une sorte de gelée dense et compacte de couleur rosée de son sac. Mc Kay ne put s’empêcher de reprendre avec satisfaction :

 

-       « Voici une « radio » Wraiths.

-       Une… Quoi ? s'exclama Sheppard. »

 

Ronon se redressa et développa :

 

-       « On s’est posé les mêmes questions que vous. Mc Kay a eu l’idée que la seule diffusion du message, ne suffisait pas pour déclencher une telle action coordonnée. Alors… On a fouillé.

-       Voilà qui va faire plaisir à Mara. Et comment vous… ?

-       Atlaïr vous avait parlé d'un laboratoire secret dans lequel les Aléniens ont trouvé l'E2PZ et les artefacts, souvenez-vous, rappela Rodney. Alors, on a ratissé de fond en comble l'endroit et on a fini par le découvrir. C'est pour ça que nous avons mis du temps. Il ne restait plus rien comme technologie, à part ceci, dans le laboratoire. Je suppose que le coupable a laissé cet objet là-bas intentionnellement. Très certainement parce qu’il ne voulait pas se balader avec un engin aussi suspect sur lui. Et il a dû se dire que son peuple, où qu’il aille, ne remettrait jamais les pieds sur Aléna. Il ne pensait pas qu’on irait fouiller la cité et encore moins qu'on localise le laboratoire.

-       Mais enfin… Les Wraiths communiquent par télépathie, non ? intervint Woolsey.

-       Pas avec les êtres humains normaux, nuança Rodney. Je veux dire, ils peuvent arriver à faire plier votre esprit, mais une personne lambda ne peut pas établir le contact par lui-même. Je pense que ce genre d’objets est destiné aux adorateurs Wraiths… À leurs espions parmi les humains. En réalité, c’est Ronon qui m’a dit ce que c’était. »

 

Ils se tournèrent tous vers le Satédien, qui commenta :

 

-       « J’ai surpris un adorateur de ma planète avec cet engin une fois. Je l’ai tué. »

 

Rodney devint tout pâle. Lorne continua :

 

-       « On pense que ce sont les Wraiths qui l’ont donnée au traître pour qu’ils puissent facilement communiquer entre eux.

-       Mais ça n’explique pas comment ils sont en premier lieu, entrés en contact, nota John.

-       Pour cette partie, c’est la base de données qui nous a fourni l’explication, reprit Rodney. En réalité, les Aléniens ont d’autres alliés que nous et ils se rendent une fois par mois sur leurs planètes. L’une d’entre elles a été attaquée par les Wraiths, le mois dernier, au moment où le détachement d’Aléna s’y trouvait, elle s'appelle Jolifir. Mara l’a consigné, car cela a entraîné des difficultés pour le partage des récoltes qu’ils avaient en commun et qu’un Alénien est mort lors de ce raid.

-       Alors… Vous pensez que… Le traître et les Wraiths auraient pactisés là-bas ? déduisit John.

-       De toutes les données que j’ai pu trouver sur Aléna, c’est la seule qui me permette de relier tous les éléments entre eux. Et il y a un autre problème, John. Les membres du détachement étaient au nombre de cinq : le mort… Ainsi que Mara, Marcus, et deux Aléniens porteurs du gène. »

 

Woolsey souffla comme un vieux ballon.

 

-       « C’est bien notre veine. »

 

John commenta :

 

-       « Mara nous avait bien dit qu’un porteur pouvait être le traître.

-       Vous les avez interrogés ? demanda Rodney.

-       Marcus et 80 des siens, énuméra Woolsey. Avec le détecteur de mensonges, mais aucun d'entre eux n'a menti.

-       Et Mara ? suggéra le scientifique. Est-ce que vous l'avez aussi questionnée ? »

 

Ronon eut un sourire satisfait en se tournant vers Rodney, qui tâcha de développer sa pensée d’un air ennuyé :

 

-       « Écoutez… On ne sait pas ce qui…

-       Non, décréta aussitôt John.

-       Colonel…

-       Mara n’aurait jamais donné sa fille en pâture aux Wraiths, affirma Sheppard. C’est certain.

-       Je suis de l’avis du Colonel Sheppard, ajouta Woolsey. Pour moi, c’est un des deux porteurs du gène, qui a trahi. Et maintenant, il est sous la protection de ses nouveaux maîtres. Qui étaient-ils ?

-       Deux scientifiques, répondit Rodney. Artus et Oriel. Deux hommes d’une vingtaine d’années.

-       Ils avaient donc un accès privilégié au laboratoire, argumenta John. Celui où vous avez découvert la radio Wraiths.

-       C’est plus que certain, approuva Rodney.

-       Alors pour l’instant, on va partir sur l’hypothèse que c’est l’un d’entre eux qui a donné la liste aux Wraiths… Et non pas une mère qui sacrifierait son enfant pour une raison inconnue. »

 

Rodney ne releva pas. Woolsey demanda à Sheppard :

 

-       « Colonel, je voudrais que vous parliez à Mara de nos doutes concernant Artus et Oriel. Peut-être qu’un détail lui reviendra, qui confirmera nos soupçons. Et tâchez également d’obtenir les coordonnées exactes des disparus.

-       Très bien.

-       Par ailleurs, je vous exprime ma surprise quant à ce que vous avez déclaré ce matin : le sauvetage pourra vraiment avoir lieu dès demain ?

-       Oui. »

 

Ronon se redressa, surpris :

 

-       « C’est vrai ?

-       J’ai contacté le Dédale, déclara John. Ils seront prêts à nous accueillir. Mara sait où se trouve sa fille. Le Dr Kovac nous a assuré que l’adaptation des détecteurs ne devraient pas poser de problèmes donc, à priori, toutes les conditions sont réunies, on pourra partir demain, dès son arrivée. Major Lorne, je souhaiterais que vous et votre équipe nous accompagniez. Et je compte également emmener un Jumper, on ne sait jamais ce qui peut se passer, et on pourrait avoir besoin du mode furtif. Je voudrais aussi que Mara vienne avec nous, termina-t-il à l'attention de Woolsey.

-       Oh, elle ne va pas se faire prier, ponctua Rodney. »

 

Mais Sheppard passa au-dessus de sa remarque et rappela :

 

-       « C’est elle qui a le collier de communication. Qui sait, si les choses tournent mal, c'est un outil qui pourrait nous être utile.

-       Hum hum... Le Colonel Caldwell a-t-il validé votre plan ?

-       Oui.

-       Bon… Alors je vous donne mon accord. Ramenez ces gens Colonel. Surtout ces deux jeunes Aléniens, qui deviennent maintenant, nos principaux suspects.

-       Nous ferons de notre mieux. 

-       Bien… Messieurs… Vous avez tous fait un excellent travail. »

 

Et sur ce, Woolsey se leva, mettant un terme à la réunion. John sortit du bureau avec Lorne en premier. Le Major lui demanda :

 

-       « Vous comptez apporter d'autres armes en particulier, Colonel ?

-       Aucune. Le Dédale est déjà bien fourni et nous ne devrions même pas avoir à sortir du vaisseau normalement…

-       Vous prenez quand même un Jumper ?

-       Ça, le Dédale n’en a pas à bord, rappela John.

-       Très bien Monsieur.

-       Caldwell devrait arriver vers 9h00. Faites-vous trouver avec vos hommes 10 minutes avant en salle d’embarquement.

-       Oui Colonel.

-       Merci. À demain Major. »

 

Le Major Lorne le salua et s’en alla. John quant à lui, se dirigea vers les quartiers de Mara.

 

XXX

 

           La jeune femme lui ouvrit rapidement, mais parut néanmoins étonnée :

 

-       « John ? Je ne m’attendais pas à ta visite.

-       La vie est pleine de surprise !

-       Entre… »

 

Elle s’écarta et Sheppard pénétra dans la chambre allouée à l’Alénienne. Il annonça :

 

-       « Je ne resterai pas très longtemps… Mc Kay, Ronon, le Major Lorne et son équipe sont revenus de ta planète. »

 

Il ne rentra pas dans les détails, mais lui expliqua que les indices qu'ils avaient découverts indiquaient clairement que des porteurs du gène ATA étaient coupables et que tout les conduisait à penser que ce ne pouvaient être qu'Artus et/ou Oriel.

 

Mara s'en laissa tomber sur son lit, soufflée :

 

-       « Bon sang… Par les Ancêtres…

-       Tu nous avais prévenus, remarqua John. Toi aussi, tu te doutais qu'un des porteurs était le traître.

-       Je connais Artus et Oriel… continua Mara comme si elle ne l’avait pas entendu. John ce ne sont que des jeunes. Ils étaient enfants quand leurs parents et eux reçurent la génothérapie du Dr Beckett.

-       Peut-être qu’ils ont trouvé injuste qu’on ne leur demande pas leur avis avant de les piquer ? argua John.

-       Non, je n’y crois pas.

-       Mara… »

 

Il s’approcha d’elle et déclara avec plus de sérieux :

 

-       « Je pourrai te donner n’importe quel prénom, tu n’y croirais pas. »

 

Elle soupira et concéda, consternée :

 

-       « Tu n’as pas tort. »

 

Elle resta ainsi, le dos courbé, le regard perdu vers le sol. John s'approcha encore et s'accroupit devant elle pour enchaîner avec délicatesse :

 

-       « Écoutes... J’aurai besoin que tu me donnes la position exacte de Kalia. Comment marche ton collier ? »

 

Mara porta instinctivement une main à l’artefact en fronçant les sourcils, perplexe :

 

-       « Je ne sais pas… Je sais seulement qu’il peut me permettre de ressentir, voire parfois, ce que voit et ressent Kalia. Il peut même… « Afficher » sa position, où qu’elle soit. Comme sur une carte.

-       Et tu es sûre qu’il peut fonctionner, même si Kalia est dans l’espace ? Loin de toi ? insista-t-il.

-       Certaine, John… »

 

Elle caressa la rune « Lien » du bout des doigts et ajouta d’une voix tremblotante :

 

-       « C’est grâce à cet objet que je sais qu’elle est toujours en vie. Même si depuis quelques heures… »

 

Elle n'acheva pas sa phrase et porta une main à son visage, horrifiée.

 

-       « Tu sens de moins en moins sa présence, termina John avec douceur.

-       Oui, déplora Mara dans un souffle. Il est vraiment temps d’aller les secourir.

-       Je sais Mara. Mais il faut que tu me donnes sa position.

-       D’accord. »

 

Elle lui prit alors la main et, fermant les yeux, ramena ses jambes devant elle pour s’installer en tailleur. John s’assit à côté d’elle et la regarda s’efforcer d’entrer dans une sorte de méditation.

 

Il ne se passa rien pendant un moment, avant que Mara serre sa main plus fort dans les siennes et que son visage se crispe.

 

-       « Oh non… Kalia… geignit-elle.

-       Qu’est-ce que tu vois ? s'inquiéta John.

-       Du sang… chevrota Mara. Il y a tellement de sang… Partout, du sang…

-       Mara, il faut que tu arrives à me dire où elle est, la pressa John, la voyant perdre pied.

-       Non… Kalia ! s'écria-t-elle d'une voix de souffrance.

-       Mara ! »

 

Et dans un effort qui lui sembla considérable, Mara réussit à projeter par le collier, une carte d’une partie d’une galaxie en face d’eux.

 

Un point brillait plus que les autres, et des coordonnées spatiales étaient affichées à côté. John s’empressa de les mémoriser, juste à temps.

 

L’image disparut soudain. Mara lâcha sa main pour porter les siennes à son visage, haletante, complètement perturbée.

 

-       « Il y avait tellement de sang, haleta-t-elle, le souffle court. Elle était si terrorisée… Si faible… »

 

John ne sut pas quoi lui dire, comprenant que la situation était bien plus urgente que prévu. La jeune Alénienne leva vers lui un regard embué, mais elle ne semblait même plus avoir la force de pleurer, son chagrin dépassant les larmes.

 

Sheppard tâcha de la réconforter :

 

-       « On part la sauver demain, Mara. Elle et l'ensemble des tiens.

-       Je ne sais pas si elle sera encore vivante demain, annonça-t-elle d'une voix d'outre-tombe. »

 

John déglutit, un goût amer dans la bouche. Il décida de ne pas désespérer :

 

-       « Elle le sera, affirma-t-il. Tu as dit toi-même qu’elle était forte.

-       Oui…

-       Est-ce que tu ne peux pas… Communiquer avec elle à distance ? suggéra-t-il. Lui dire de tenir bon ? La rassurer ?

-       Kalia pourrait le faire avec moi sans problèmes, mais je ne suis pas aussi douée qu’elle et il m’est très difficile de maintenir le contact, répondit-elle. Le peu que je viens d’accomplir est déjà un exploit.

-       Oh… »

 

Mara le regarda d'un air abattu, et se laissa une nouvelle fois tomber sur son épaule. Sheppard lui caressa doucement le dos pendant un moment, avant de déclarer :

 

-       « Il faut que j’y aille. Je dois finir de tout préparer pour demain.

-       D’accord. »

 

Mara se redressa et John se leva pour sortir. Il se tourna vers elle avant de passer les portes et lança d’un ton qu’il voulait confiant :

 

-       « On va tout faire pour la sauver. Pour les sauver tous. Je te le promets.

-       Je sais John. Je sais… »

 

Sheppard réussit à grimacer un léger sourire avant de la quitter, mais Mara ne parvint pas à le lui rendre.


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