Les échos du passé
Chapitre 2 : Chapitre 2 : Son nom est Kalia
8624 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 04/05/2026 18:16
CHAPITRE 2 : SON NOM EST KALIA
- « Combien de temps devrons-nous rester ici ? s’enquit Laila. »
Marcus afficha un air ennuyé avant de répondre à sa sœur de cinq ans son aînée :
- « Je n’en sais rien. »
Il eut un rapide regard circulaire pour le réfectoire principal d'Atlantis. Les tables avaient toutes étaient pliées et alignées sur le côté, posées contre les murs bleu vert. Une seule rangée fut conservée pour porter de la nourriture servie ce matin aux Aléniens. Le Colonel Sheppard avait fait placer ici ses confrères les moins blessés physiquement, mais il pouvait lire sur leurs visages que leur souffrance mentale était bien plus importante. Installés sur des chaises et des lits de camp, ou effondrés dans les bras les uns des autres, ils semblaient tous las et fatigués et certains le toisaient d’un regard chargé de reproches.
Laila jeta des coups d’œil effrayés de droite et de gauche et enchaîna d'une voix basse :
- « Les conservateurs grondent. Ils commencent à dire à tout le monde que Mara les a entraînés vers un autre piège fatal, en connivence avec les Atlantes.
- Et le peuple y croit ? s'insurgea son frère, ahuri.
- Marcus, ils sont épuisés. Enfin, rends-toi compte, personne ne comprend ce qu'il s'est passé sur Aléna ! Les créatures ne sont même pas venues se nourrir, elles sont venues nous enlever ! Pourquoi ? Un de ces militaires est venu nous rassurer sur la santé de Mara, mais c’est maintenant que nous avons le plus besoin d’elle. Il faut qu’elle apaise et soude le peuple. Nous avons besoin de réponses. »
Marcus toisa sa sœur, hésitant, se remémorant ce qu'avait expliqué le... oh, comment s'appelait ce Docteur, déjà ? Laila nota bien sa gêne et elle le pressa :
- « Marcus… Si tu sais quelque chose, dis-le-moi. Je t'en prie. »
Son frère l’attira alors encore plus à l’écart et lui confia, tendu :
- « Mara est vidée, Laila. Elle est blessée et fortement perturbée par la disparition de Kalia.
- Moi aussi, je le suis, Marcus… Cette enfant… Je continue de penser que c’est une bénédiction pour notre peuple.
- Je sais Laila, je partage ton avis, mais… Le problème, c'est qu'il y a quelque chose de plus grave encore.
- Quoi ? souffla Laila, ses yeux s’écarquillant de frayeur. »
Marcus baissa encore plus la voix, et plongea son regard dans celui de sa sœur pour avouer :
- « Les gens enlevés… Ce sont ceux ayant le gène des Ancêtres.
- Quoi ? Tu veux dire que...
- Les Wraiths sont venus parce qu’ils convoitent ce gène si particulier. Celui qui a garanti aux descendants des Ancêtres leur pouvoir. C'est pour ça qu'ils n'ont pris que les Aléniens qui le portent. »
Laila en eut le souffle coupé. Elle resta un moment complètement sonnée avant de demander, encore plus confuse :
- « Mais comment les Wraiths ont-ils pu savoir qui enlever ?
- Le problème est là… Laila… »
Il prit une grande inspiration et déclara :
- « Il y a un traître parmi nous.
- Par les Ancêtres, chevrota Laila, catastrophée. Marcus c'est impensable... Même les conservateurs n’iraient pas jusque-là !
- Laila, nous sommes autant troublés que toi, mais c’est un fait. Le Dr Mc Kay nous en a apporté la preuve.
- Par tous les Ancêtres… répéta Laila. »
Le Premier Conseiller eut de nouveau un regard pour ses compagnons et aperçu parmi eux, quelques-uns des conservateurs en question. Ceux-ci s’étaient regroupés et les fixaient ouvertement, semblant chercher à savoir ce qui se disait.
Il marmonna rapidement :
- « On en parlera plus tard…
- Hey, Marcus ! »
Il se sentit blêmir. Atlaïr se dirigeait à présent vers lui. Lui et sa famille étaient de fervents conservateurs. Ils s’étaient opposés dès le début aux mesures prises par Mara et à Mara elle-même. Atlaïr n’avait pourtant pas le physique d’une brute épaisse. Bien au contraire, il possédait une carrure forte et altière, un regard bleu profond prenant et un certain charisme. Mais dès qu’il ouvrait la bouche, la vision séduisante de l’homme disparaissait. Il n’était pas ce qu’il paraissait être.
Marcus repensa aux actions menées par les siens sur Aléna : fausse propagande, insultes sur les murs, des affiches de Mara détournées de manière grossière. Une fois, ils avaient même fait une sorte de manifestation, réclamant une nouvelle élection. Depuis la visite des Atlantes, deux mandats eurent lieu et à chaque fois, Atlaïr s’était présenté, n’hésitant pas à opposer une résistance particulièrement virulente à Mara. Mais comme l'avait dit Laila, toutes ces actions ne permettaient pas de conclure avec certitude qu'ils auraient pu livrer une partie des Aléniens à ces créatures dévoreuses de vie.
Atlaïr lança d'un air provocateur :
- « Où est notre chère Présidente, Marcus ?
- Mara est occupée à gérer la situation de crise avec les Atlantes, répondit-il du coin des lèvres.
- On en veut pas de tes foutus Atlantes, le lèche-cul ! Nous, ce qu’on veut, c’est savoir pourquoi ces monstres nous ont attaqués ! Pourquoi on a accouru dans les jupes de ces lopettes de faux-Ancêtres ! Ils étaient censés nous donner les moyens de les voir arriver, de les combattre, non ? Avec toute cette… Technologie ! »
Marcus observa le reste de ses frères et sœurs. Les gens levaient un regard intrigué vers eux. Il marmonna :
- « Atlaïr, ce n’est ni l’endroit, ni le moment.
- Au contraire, le vioque ! C’est parfaitement le moment ! Le moment que la vérité éclate aux yeux du peuple ! Avec son foutu gène, elle aurait pu nous protéger, non ? Alors pourquoi elle a pas remué son souverain postérieur pour nous éviter tout ça ? »
Certains membres du peuple s’étaient levés à présent. Tous les regardaient, et il lisait des doutes dans les yeux de beaucoup d’entre eux. Atlaïr n’avait pas perdu son temps pour distiller son venin. Il ne laissa pas à Marcus la possibilité de répondre qu'il se tournait vers ses comparses pour clamer :
- « Voilà la vérité, mes frères et sœurs ! Où est-elle ? Pourquoi les Wraiths ne l’ont pas enlevée, elle ! Où est cette protection, cette force, qu’elle nous a toujours promise ? Où est Mara ! La Princesse d’Aléna !
- Alors, vous faites déjà votre campagne pour les prochaines élections, à ce que je vois ? »
Ils se tournèrent tous d’un même mouvement vers John Sheppard, qui venait d’arriver. Il les fixait calmement, d’un air ironique, mains croisées devant lui. Marcus vit qu’il était accompagné de Ronon, qui lui, tenait son arme dans ses mains, doigt sur la gâchette.
Atlaïr les toisa avec méfiance et lança grossièrement :
- « T’es qui toi ?
- Moi ? Je me présente, Lieutenant-Colonel John Sheppard, on va dire… Co-dirigeant de cette cité, enfin, surtout pour ce qui est militaire. Vous voyez ces hommes qui vous gardent ? Et bien c’est moi qui leur dis quoi faire. Tout comme ce grand garçon à côté de moi. Et vous Monsieur ? A qui ai-je l'honneur de parler ? »
Atlaïr eut un regard pour Ronon et les militaires, avant de froncer les sourcils, comme s’il essayait de se rappeler quelque chose. Il répéta :
- « John Sheppard… Oui, je me souviens. C’est toi qui as tué Otho.
- Oui, fit Sheppard avec un sourire satisfait, ça, c’est moi aussi.
- Hum… »
Marcus vit alors la réaction des Aléniens changer. Ils semblèrent reculer et regardaient Sheppard avec crainte. Oui, se dit-il. Même si Atlaïr leur inspirait le doute, les hommes comme Sheppard leur inspiraient le respect. Atlaïr n’était pas près de réussir sa rébellion ici.
Mais le leader des conservateurs ne se laissa pas impressionner et contre-attaqua d’une manière inattendue. Il s’approcha lentement de John, qui ne cilla pas et continua de le toiser de son air ironique.
- « Oui… Au palais, on a aussi dit que c’était toi qui avais emballé la pucelle. C’est vrai ? »
Sheppard perdit son sourire et Ronon s’avança, menaçant, mais Atlaïr avait visé juste là où ça faisait mal. John ne répondit pas et il en profita pour enfoncer le clou :
- « Alors… C’est pour ça qu’elle s’est pas montrée ? Elle est trop occupée parce que vous remettez ça ? »
La seconde d’après il était au sol, presque assommé par le coup de poing de Sheppard. Marcus grimaça : c’était exactement le genre de réaction impulsive qu’il fallait éviter.
Les Aléniens reculèrent encore plus et la femme d’Atlaïr, Salina, accourut vers son mari en criant :
- « Monstre ! »
Mais Sheppard, tout en se massant les phalanges, lança d’un air colérique :
- « Nous vous avons accueilli ici pour votre propre sécurité ! Que vous nous appréciiez ou pas, ça vous regarde ! Mais vous devriez nous montrer un peu plus de respect. »
Il porta ensuite son regard sur le reste des Aléniens et s'efforça de reprendre son calme pour déclarer posément :
- « Votre Présidente, Mara, a été blessée, comme nombre de vos compagnons, que nos médecins soignent en ce moment même. Par bonheur, personne n’a perdu la vie dans cette cité ! Votre Chef a choisi le meilleur des refuges, nous avons jusque-là, tenu les Wraiths en échec ! »
Il prit une pause et continua face à la foule silencieuse :
- « Malheureusement, il semble que les disparus possédaient tous le gène des Anciens. C’est pourquoi les Wraiths sont venus les chercher. Et pour expliquer cela, il n’y a qu’une seule possibilité : il y a un ou des traîtres, parmi vous, qui leur ont donné la liste de ces personnes. Des gens qui n’ont aucun scrupule, aucun état d’âme ! »
Et il baissa les yeux vers Atlaïr pour terminer :
- « Et qui vouent certainement une haine farouche envers ceux qui possèdent le gène de vos Ancêtres. »
Marcus eut alors un sourire qu’il s’empressa de faire disparaître de son visage, mais qui persista dans son esprit : bien joué, John Sheppard.
Il observa le peuple Alénien : tous les regards se tournaient à présent vers Atlaïr, sa famille, et le reste des conservateurs. Les prunelles vertes de Sheppard brillèrent de contentement et il se pencha vers Atlaïr en disant d'une voix plus basse :
- « Je vous conseille vivement de faire profil bas à partir de maintenant. »
Atlaïr comprit sa défaite, car il leva vers le Colonel un regard plus que hargneux. Pour autant, Sheppard reprit :
- « Nous n'accusons encore personne, mais nous sommes obligés, pour votre propre sécurité et la nôtre, de vous demander d’attendre dans des zones de confinement vers lesquelles nous allons vous guider. Elles seront prêtes à vous accueillir et nous vous promettons le maximum de confort. Il n’est pas dans nos intentions, par ces restrictions, de blesser le peuple Alénien, mais comprenez que ce ou ces traîtres représentent un danger pour vous également. Pour le moment, votre survie est notre responsabilité et c’est pourquoi nous devons prendre de telles mesures.
- Et quand pourrons-nous retourner sur notre planète ? lança un Alénien.
- Nous allons envoyer une machine que nous appelons MALP, pour déterminer si le vaisseau ruche est toujours là. S’il est parti, alors nos militaires iront inspecter votre monde à bord de nos Jumpers pour s’assurer qu’il n’y a plus de Wraiths sur Aléna. Si tel est le cas, après vous avoir aidé à démasquer le ou les traîtres à votre peuple, nous pourrons envisager de vous laisser repartir.
- Et pour les disparus ? l’interpella cette fois-ci un jeune homme. »
Sheppard parut plus embêté et répondit d'un ton plus hésitant :
- « Je vais être honnête avec vous : pour l’instant, nous n’avons pas de plan de secours. Si le vaisseau ruche est toujours sur Aléna, nous pourrons supposer que c’est là que se trouvent vos compagnons. Sinon, il sera très difficile d'arriver à les localiser. »
Des murmures parcoururent alors la population, qui semblait soudain bien moins satisfaite de la réponse de Sheppard. Il reprit :
- « Je vous assure que nous allons tout faire pour tenter de les retrouver.
- Ah oui, le beau discours, Monseigneur ! cracha Atlaïr. Vous n’êtes qu’un menteur de plus ! »
Le visage de John se crispa d'une colère contenue et il s’avança vers lui à grands pas, faisant reculer instinctivement le conservateur. John gronda :
- « Vous, vous prétendez parler pour votre peuple, mais vous ne parlez que pour vous ! À votre avis, quel est le mieux ? Dire à ces gens la vérité et leur promettre que nous allons au moins essayer, ou inciter au chaos, comme vous le faites ? Pensez-y, pour votre prochaine propagande ! »
Les Aléniens reportèrent de nouveau leur attention et leurs regards désapprobateurs sur Atlaïr, qui ne releva pas.
John eut un signe de tête pour Marcus et suivi de Ronon, quitta le réfectoire.
XXX
Une fois dehors, le Satédien eut un petit rire sardonique et répéta :
- « Grand garçon ?
- Oui c’était pour… mettre un peu moins de… Dramatique dans mon discours, vous comprenez ? fit Sheppard d'un air dégagé.
- Oh, oui, parfaitement, répondit Ronon amusé. En tout cas, les Aléniens vont se tenir tranquilles pendant un moment…
- Il va quand même falloir surveiller ce type et ses compagnons, reprit John d'un ton plus sérieux. Je ne vais pas leur imposer un interrogatoire tout de suite, je préfère que Mara leur parle avant pour les rassurer.
- Les Conservateurs ne seront jamais rassurés, vous le savez.
- Colonel Sheppard ? »
John s’arrêta et répondit au Dr Keller :
- « Docteur ?
- Mara s’est réveillée et insiste pour vous parler.
- Très bien, je… J’arrive. »
Ronon étudia le Colonel, dont le comportement sembla changer d’un coup. Il paraissait soudain plus nerveux.
- « Sheppard ?
- Ronon ?
- Est-ce que c’est vrai ?
- Quoi donc ? »
Sheppard se tourna vers lui, sourcils relevés, faisant mine de ne pas savoir à quoi il faisait allusion, mais Ronon le connaissait trop bien.
- « Vous savez de quoi je parle. Ce qu’a raconté Atlaïr sur vous et Mara.
- Oh… Ça. »
Il eut l’air ennuyé et répondit de mauvaise grâce :
- « Et bien… Euh… Oui. »
Ronon eut un léger sourire étonné et John continua :
- « C’était… Enfin vous le savez, à l’époque, la lignée royale à laquelle appartenait Mara cherchait à renforcer la présence du gène ATA dans leur sang. Et Otho avait détecté que je le possède naturellement. Alors Mara… A voulu s’assurer sa propre survie, dans une famille de complotistes meurtriers.
- Quoi, en couchant avec vous ? »
John avait toujours apprécié le côté direct de Ronon… mais pas aujourd’hui. Il grimaça et répondit :
- « Moui. Enfin, le but était de me séduire pour que je devienne le prochain Seigneur Protecteur.
- Et vous avez accepté ?
- Et bien, si vous aviez vu comment ça s’est passé…Elle ne m’a pas vraiment expliqué toute cette partie théorique avant de littéralement se déshabiller devant moi. »
Ronon sembla mi-amusé mi-surpris. Il commenta, le sourire aux lèvres :
- « Je vois. Apparemment, vous n’avez pas eu le choix ?
- Non, Ronon, je suis sûr que vous ne voyez pas. Oh et arrêtez de vous moquez… »
Le regard de Ronon se fit plus sérieux, mais Sheppard crut y déceler une pointe de critique. Il grimaça et reconnut alors de mauvaise grâce :
- « Bien sûr que j’ai eu le choix… et je n’ai pas suivi la voix de la sagesse. »
Et sur ce, il allait repartir quand Ronon le rappela :
- « Attendez, Sheppard ! »
John se retourna, et Ronon se rapprocha de lui d’un air plus sérieux pour lui demander :
- « Sa fille qui possède le gène des Anciens… Ça ne vous interpelle pas ? »
Il vit John déglutir, tendu. Le Colonel répondit, la voix grave :
- « Ça m’a interpellé à la minute où j’ai su qu’elle avait une fille Ronon. Je ne suis pas idiot.
- Et alors ?
- Et bien, je me dis que Mara a le gène également et je ne sais même pas quel âge à cette enfant. Peut-être l’a-t-elle eut après notre départ avec un Alénien ? J’en suis presque à prier que ce ne soit qu’une coïncidence…
- Hum… »
Sheppard eut un maigre sourire, mais Ronon savait qu’il n’était pas simplement « interpellé ». John était inquiet.
Ils arrivèrent à l’infirmerie quelques minutes plus tard. Le Dr Keller les conduisit au chevet de Mara. Ronon put une nouvelle fois reconnaître sa beauté. Sur Satéda, se racontaient des histoires comme quoi les premiers habitants de la planète vivaient sous la gouvernance de rois et de reines, dont des esquisses colorées furent réalisées. Avait-on enjolivé leurs traits à l’époque, Ronon n’en savait rien. Mais Mara, possédait cet air altier et fier dû à un certain rang auquel on l’avait placée dès sa naissance. Et la blondeur de ses cheveux bouclés, le bleu de ses yeux ovales et sa peau au grain parfait étaient les mêmes que ceux peints par des artistes Satédiens il y avait des milliers d’années de cela. Oui, Mara était belle et il comprenait que John ait pu tomber sous son charme.
Mais à présent, l’Alénienne était pâle, les yeux tirés, semblant à bout de forces. Elle avait le regard perdu dans le vide. Teyla était là également. Elle s’approcha d’eux et déclara d'un air soucieux :
- « Mara est très inquiète pour sa fille. Elle n’arrête pas de répéter que Kalia serait la première à être "étudiée" par les Wraiths.
- Elle a dit pourquoi ? demanda Ronon.
- Non, répondit doucement Teyla. Mais le Dr Keller pense que c’est à cause du gène ATA. Elle a examiné les résultats recueillis par les équipes médicales et il semble que ce soit chez elle que le gène a la plus forte expression, de tout son peuple.
- Elle a quel âge ?
- Ronon, fit Sheppard.
- Quoi ? Je pose juste la question. »
Mais John s’avança vers le Dr Keller, qui lui posa une main sur le bras :
- « Elle souhaite vous parler à vous seul.
- Merci Docteur. »
Il se rapprocha de Mara. Elle semblait si frêle et fragile dans son lit d'hôpital. Elle avait l'air complètement anéantie par la disparition de son peuple et de sa fille. Sa fille...
Il se laissa plus tomber que s’assit sur la chaise à son chevet. Il vit du coin de l’œil Teyla, Jennyfer et Ronon s’écarter.
Il porta de nouveau son attention sur la jeune Alénienne.
- « Mara ? »
Mara réagit à son appel et tourna lentement la tête vers lui, pour le regarder avec lassitude.
- « John.
- Tu voulais me voir ?
- Oui… »
Elle fit un effort pour se redresser dans ses coussins et le fixa un moment avant de baisser le regard vers ses mains. Puis, elle commença d'une voix blanche :
- « Je voulais te parler de Kalia. »
John sentit son cœur rater un battement… Et à l'air embarrassé de Mara, il se douta de ce qu'elle allait lui avouer. Il eut un rapide coup d'œil pour Ronon, qui lui lança un regard entendu, semblant dire "Je vous l'avais bien dit..." Mais il laissa parler Mara, attendant nerveusement la confirmation :
- « C’est une magnifique petite fille… Elle est… Vraiment très forte. Très courageuse. »
Il vit les lèvres de Mara se mettre à trembler. Elle riva finalement son regard bleu sur lui et déclara simplement :
- « C’est ta fille, John. »
Il ne réagit pas, incapable d'émettre le moindre son. Pourtant, il savait qu’il aurait dû dire quelque chose, mais trop d’émotions se télescopaient dans son esprit, qui se retrouva pris dans un tourbillon mêlant l’incrédulité, la colère, l’ébahissement, l’incompréhension…
Mara poursuivi :
- « Je n’ai jamais rien voulu dire parce que ça ne nous aurait strictement rien apporté, ni à Kalia ou moi, ni même à toi. Tu es un explorateur et un guerrier pour les tiens. Même quand je t’ai proposé de rester à mes côtés sur Aléna, je savais que ta place n’était pas parmi nous. Mais maintenant, je risque de perdre mon bébé. Je ne pouvais pas garder ce secret plus longtemps. »
Ses derniers mots s'étranglèrent dans des sanglots qu'elle ne parvint plus à retenir. Livide, elle porta une main à son visage, désespérée. John n'arrivait toujours pas à déterminer quel sentiment de la colère ou de l'étonnement, était le plus fort. La réponse franchit ses lèvres en même temps qu’elle s’imposa à lui :
- « Ce n’était pas une raison pour me le cacher. Tu n’aurais pas dû.
- Je ne pouvais pas…
- Ne pouvait pas quoi, Mara ? lança-t-il d'une voix vibrante de colère contenue. Tu avais peur de quoi ? Que je vienne l’enlever ?
- Non ! Non, je t’assure que non ! Mais enfin… John soyons honnête… Qu’est-ce que ça t’aurait apporté ? Nous aurait apporté ? Tu ne serais jamais revenu vers nous à la seconde où tu l’aurais su !
- J’aurais pu prendre des nouvelles, m’assurer que tout allait bien pour vous, que…
- Des nouvelles ? s’exclama à son tour Mara, l’air de ne pas en croire ses oreilles. Enfin t’es-tu jamais soucié de moi ? Tu n’as pas eu le temps de m’aimer et moi non plus, à part pour une nuit et jamais, des presque vingt visites des tiens sur Aléna, jamais tu n’as donné le moindre signe que tu t’intéressais ne serait-ce qu’à ce qui se passait sur ma planète ! Pas le moindre ! Tu le sais et la situation te gêne plus qu’elle ne te cause réellement de la peine. »
Sheppard se leva d’un bond. Il se sentait sur le point d’exploser. Il recula :
- « Ok alors… Là c’est la nouvelle de trop pour aujourd’hui. »
Et sans un autre mot, il s’en alla brusquement. Teyla, Ronon et Jennyfer ainsi que deux infirmiers, avaient suivi la scène, muets et immobiles, et tous regardaient à présent Mara, sidérés. Arriva alors Rodney qui comme à son habitude, commença son discours avant d’entrer dans la pièce :
- « Bon, j’ai entendu que Mara était réveillée alors je suis venu la voir pour vérifier une hypo… »
Mais il s’arrêta dès qu’il vit les expressions sur leurs visages. Il demanda aussitôt :
- « Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Elle est bien en vie, n’est-ce pas ? »
Il regarda Mara comme pour s'en assurer. Mais la jeune femme pleurait toujours de larmes silencieuses et elle se recroquevilla sur elle-même, leur tournant le dos. Soudainement inquiet, il répéta plus sérieusement :
- « Qu’est-ce qui se passe ? Jennyfer ? »
Sa compagne répondit :
- « Viens, je vais t’expliquer… »
XXX
- « Colonel Sheppard ? Colonel Sheppard, répondez s’il-vous-plaît… Colonel Sheppard, ici Lorne. »
John mit un temps fou avant de porter la main sur son oreillette et de répondre :
- « Lorne ici Sheppard, j’écoute.
- Les Aléniens sont tous disposés dans différentes parties de la cité, comme vous le souhaitiez. Certains demandent des nouvelles de Mara d’Aléna.
- Oui et bien… Elle va… Bien. Dites-leur que… Qu’elle doit encore se reposer et que… Elle sera de nouveau en forme bientôt. »
Il se rendit compte presque aussitôt que sa phrase ne voulait rien dire. Lorne le remarqua, mais se garda de toute réflexion et se contenta de répondre :
- « Très bien Colonel je… Transmets. »
John coupa la communication. Il s'aperçut alors qu’il était plongé dans le noir, dans ses quartiers, n'ayant même pas pris la peine d'allumer la lumière en entrant.
Il eut un soupir. Il se savait impulsif… Mais pas émotif. Il était encore moins du genre à s’apitoyer sur son sort ou à se laisser bousculer par les sentiments, qu’il tentait toujours d’écarter de sa prise de décisions.
Mais ce soir, tout lui semblait difficile. Il n'arrivait pas à croire à la révélation de Mara. Enfin, qui l’eût cru ? Avec Nancy, son ex-femme, la question d'avoir un bébé fut un des premiers sujets dont ils débattirent, avant même de se marier. Bien sûr qu'elle en voulait un, mais pas John. Le prétexte avait paru cliché aux yeux de Nancy, mais John ne pouvait se résoudre à donner la vie à un enfant, qui avait une chance sur deux d'un jour finir sans père. Il était déjà réticent à l’idée de se marier en réalité, mais à l'époque, il aimait sincèrement sa femme et se voyait parfaitement vivre avec elle, quand il n'était pas sur le terrain. C'était elle qui avait parlé en premier de s'unir pour la vie et il ne voulait pas prendre le risque de la perdre s'il refusait. Pourquoi pas, s'était-il dit ?
Ce fut un tel échec critique ! Une explosion en plein vol. L'éloignement fut fatal. John n'avait toujours pas compris pourquoi l'état d'esprit de Nancy avait changé après leur mariage. Comme si le simple fait de porter une alliance nécessitait par nature, un engagement encore plus profond et complet. Elle alla jusqu'à évoquer l'idée qu'il trouverait très facilement du travail, s'il quittait l'armée. Pourtant, il était déjà enrôlé dans l'Air Force quand il rencontra Nancy, et son absence n'avait jamais paru lui peser. Ensuite, même si elle n'avait pas sourcillé en l'entendant refuser tout net de lui donner un enfant, le sujet revenait souvent sur le tapis. Et un jour, alors qu'il rentrait de mission, il fut accueilli par la femme qu'il aimait sur le pas de la porte, une valise dans chaque main et un air ravagé sur le visage. Elle n'avait pas eu besoin de parler, il avait compris aussitôt ce qui se passait. Elle l'avait quitté en lui disant que l'amour n'était pas le problème, mais que leur situation respective l'était.
John n'avait pas pour habitude de se noyer dans l'alcool pour oublier son chagrin, mais ce soir-là, ce fut une exception. Ce fut également le moment où il se jura de ne plus jamais tenter de partager sa vie avec quelqu'un. Il alla chercher du réconfort auprès de sa famille, mais son père lui servit un "désolé pour toi" qui n'avait rien de désolé avant de déclarer qu'il avait du travail à faire, et son frère se contenta d'avoir un soupir ennuyé et de lui donner une claque amicale sur l'épaule. Seule sa mère se montra compatissante et l'aida à sécher ses larmes.
Il finit par se faire une raison et accepta sa situation de nouveau divorcé, profitant de la vie et multipliant les histoires d'un soir, brisant les espoirs et les cœurs de certaines... La vie de famille ? Ça n'était décidément pas pour lui ! raillait-il devant ses collègues.
Et là, aujourd'hui, il venait d'apprendre qu'il avait... Une fille. Une fille ? Avec une femme d'un autre monde ? Qu'il avait connu quoi... Deux ou trois jours ? C'était le bouquet ! Il s'imagina les réactions que son frère et son père auraient eu en apprenant la nouvelle. Son père en aurait été outré, quant à Dave, il aurait aussitôt évalué si un enfant extraterrestre pourrait un jour avoir des droits sur son patrimoine. Seule sa mère aurait pu avoir un sourire de joie... John ne s'était jamais posé la question de savoir si une de ses collègues féminines d'Atlantis, réussirait à lui faire briser la promesse faite à lui-même, du célibat ad vitam aeternam.
Les relations interpersonnelles étaient un sujet tabou au sein de l'armée et il existait un règlement archaïque les interdisant, mais il ne fallait pas se leurrer, passer plusieurs années avec les mêmes personnes dans un environnement assez restreint, créait forcément des liens qui n'auraient peut-être jamais existé, ailleurs... Il devait bien avouer qu'il fut un temps troublé par Teyla, mais l'Athosienne faisant partie de son équipe, il étouffa rapidement ses interrogations au fond de son esprit. Bien des mois plus tard, ce fut quand Élisabeth disparut de sa vie qu'il se rendit compte à quel point elle lui manquait et il se demandait parfois comment les choses auraient évolué entre eux si au bout de dix ans, elle avait encore été présente sur Atlantis.
Mc Kay se plaisait souvent à le comparer au Capitaine Kirk, Capitaine de l’Enterprise aux multiples conquêtes de sublimes créatures croisées dans l’espace, et il était extrêmement difficile pour John d'admettre qu'en réalité, il n'était pas tout à fait dans le faux... Il rencontra plusieurs femmes sur des planètes de la Galaxie de Pégase, qui lui firent des yeux doux auxquels il ne résista pas et Mara en faisait partie.
Et jamais, jamais il ne pensa aux conséquences de ses actes.
Il se prit la tête dans les mains en s'insultant lui-même. Quel adolescent il faisait ! Ce n'était que maintenant, à plus de quarante ans, alors qu'il apprenait être père d'une enfant de dix ans, qu'il prenait conscience d'à quel point il avait agi sans réfléchir...
On toqua alors à sa porte. Il hésita un moment, puis se décida à au moins aller voir qui c’était. La réponse ne le surprit pas tant que ça :
- « Teyla, fit-il d'un air résigné.
- John… Est-ce que… Je peux entrer ? »
Il s’écarta et l’Athosienne pénétra dans la chambre.
- « Laissez-moi deviner… Vous venez me demander comment je vais ?
- Oui…
- Hum… Et bien, je suis en pleine forme !
- John… »
Teyla eut un regard à la fois ennuyé et plein d’inquiétude et elle déclara avec douceur :
- « Je sais que la nouvelle est perturbante. »
Sheppard eut un sourire morne :
- « C’est le moins qu’on puisse dire.
- De ce que m’a dit Ronon… Il y a dix ans, si Mara est venu vous voir quand vous étiez dans la Tour, sur Aléna c’est parce qu’elle a voulu vous séduire afin de préserver la lignée royale. »
Il acquiesça lentement et retourna se laisser choir sur son lit. Elle s’assit posément à côté de lui et demanda :
- « Vous n’avez jamais cherché à savoir ?
- Jamais. »
Il termina :
- « Je pense que comme l’a dit Mara… Et bien je n’étais pas vraiment… Enfin, je ne voulais pas savoir. Je ne me suis jamais posé… Ce genre de questions. »
Il se tourna vers elle et ironisa :
- « Pour qui je passe, on se le demande ? »
Teyla sembla chercher les mots avant de répondre :
- « Nous pouvons juste dire que vous n’êtes pas le premier… Ni le dernier à qui ce genre de choses arrive.
- C’est très gentil, Teyla, vraiment…
- John… Je comprends que la situation est très perturbante pour vous. Je le sais. Mais nous avons tous besoin de vous ici. Mara et tous ces gens sur le vaisseau ruche, emprisonnés, ont besoin de vous… Cela inclut Kalia. »
John fronça les sourcils et répondit :
- « Je ne rachèterai pas dix ans d’absence en la sauvant, Teyla.
- Non. Mais vous ne vous êtes jamais préoccupé de savoir comment se portait Mara ou même son peuple… Alors maintenant qu’ils ont tous besoin de notre aide, vous pouvez le faire. »
Sheppard réfléchit un moment à ses paroles, mais elles ne lui apportèrent pas la moindre consolation. Cependant, comme toujours, les arguments de Teyla étaient justes. Il se raccrocha à ça. Il se redressa et lança :
- « Bien ! Est-ce que quelqu’un en particulier me demande ?
- Woolsey vous cherche partout. Il est très nerveux.
- Ça vous étonne ? »
Teyla eut un sourire. John se leva et la suivit en demandant :
- « Qui est au courant ?
- Rodney, Jennyfer lui a dit la vérité. Pour Woolsey, je ne sais pas.
- Et les Aléniens ? Est-ce que vous pensez qu’ils savent ?
- Je ne sais pas… Pourquoi ?
- Pour l’instant, je préfère que ça ne s’ébruite pas trop. La situation entre les Aléniens est explosive et je ne sais pas si cette information servirait ou desservirait Mara dans l’exercice de sa Présidence. Atlaïr nous considère comme des « lopettes » et des « faux-Ancêtres », vous imaginez sa tête s’il savait que… »
Mais il ne parvint pas à finir le reste de sa phrase à voix haute, ce qu'il allait dire s'imposant toujours aussi difficilement à son esprit. Il préféra conclure :
- « Enfin, si Mara voulait que son peuple sache, elle le leur aurait appris elle-même.
- Je comprends. »
John tâcha de toutes ses forces de se reprendre. Il regarda sa montre et s’en voulut. Il avait perdu quatre heures à ruminer seul dans sa chambre. Et pourtant… Kalia… C’était un prénom qui n’arrêtait pas de résonner dans sa tête, associé toujours à un sentiment à la fois coupable et incrédule.
Woolsey semblait monté sur ressorts. Il bondit presque de son fauteuil de bureau en éructant :
- « Mais où étiez-vous passé ?
- Dans mes quartiers, répondit évasivement John.
- Vous auriez pu répondre à mes appels !
- Ma radio a… Eu un petit soucis. »
Le bureaucrate comprit qu’il ne gagnerait pas ce petit jeu auquel Sheppard était très fort et préféra changer de sujet :
- « Nous avons reçu les images du MALP.
- Très bien… Voyons ça ! »
Presque trop heureux d’avoir à se replonger aussitôt dans le feu de l’action, il observa avec Teyla et Woolsey, la vidéo retransmise par l’engin.
Pas de traces du vaisseau-ruche.
- « Alors ils sont repartis ? demanda Teyla.
- Il semblerait… Ou alors ils ont investi la cité d’Aléna et procèdent déjà à leurs… expériences.
- Vous allez donc vous rendre sur Aléna, commenta Woolsey. »
John opina du chef en se tournant vers le bureaucrate :
- « C'est ce qui était prévu. On va faire le tour de la planète et s'assurer que tout est OK. J'emmène les équipes de Lorne et Karel avec moi, on prendra chacun un Jumper.
- Et pour les sous-sols ? objecta Woolsey. Car il y a bien des sous-sols, non ? Le rapport du Dr Mc Kay en faisait mention ainsi que de sa… claustrophobie.
- Alors ils sont partis ? »
Rodney et Ronon venaient de faire leur apparition. Teyla répondit à la question de Mc Kay :
- « Le Colonel était justement en train de dire que nous devions nous rendre en Jumper sur Aléna pour vérifier qu’il n’y a plus aucun Wraiths.
- Teyla, est-ce que vous pourrez les sentir depuis les Jumpers ? demanda John.
- Je pense que oui, si nous ne sommes pas à trop haute altitude, assura-t-elle.
- Bien. Je vais informer Lorne et Karel. Rendez-vous dans 15 minutes au hangar à Jumpers. Oh, Rodney ! Vous me confirmez que les capteurs peuvent bien détecter une présence Wraiths dans les sous-sols de l’ancienne cité ?
- Ils pourraient détecter une fourmi sous les sous-sols, si on voulait, ironisa Rodney.
- Bon, je prends ça pour un oui ! Allez vous préparer. »
XXX
En sortant de la salle de contrôle, John faillit se heurter à Marcus qui allait y entrer. Le cinquantenaire s’exclama :
- « Colonel ! Je vous cherchais ! Je voulais vous parler…
- Moi aussi, ça tombe bien… Est-ce que vous pouvez… Me suivre, s’il vous plaît ? Je suis un peu pressé.
- Bien sûr… »
John porta une main à son oreillette :
- « Lorne, Karel, préparez vos équipes, on part en exploration sur Aléna d’ici un quart d’heure. Rendez-vous au hangar à Jumpers. »
Puis, il se tourna vers Marcus :
- « Vous vouliez me voir pour quoi Marcus ?
- Vous vous rendez sur ma planète ? s'étonna le Premier Conseiller.
- On vient de recevoir les images du MALP. Le vaisseau ruche est parti, on va s’assurer que plus aucun Wraiths n’arpente Aléna.
- Oh… Je vois… fit alors Marcus d'un air songeur. »
John s’arrêta et pivota vers le Premier Conseiller de Mara.
- « Ça n’a pas l’air de vous réjouir.
- Si le vaisseau est parti, je me demande comment vous allez faire pour retrouver les nôtres ? expliqua sombrement Marcus. »
« Kalia » pensa aussitôt Sheppard. « Tais-toi » s’ordonna-t-il.
- « Nous allons… Ecoutez Marcus j’ai bien quelques idées, mais je préfère ne rien dire pour ne pas… Enfin vous serez informés en temps voulu.
- Colonel il faut que je vous dise, dit alors Marcus à brûle-pourpoint, se rapprochant de John. Il y a une rumeur qui court depuis quelques heures… Enfin, ce n’est qu’une rumeur bien entendu… »
Déjà ? se dit John. Il garda le silence et laissa Marcus développer sa pensée :
- « Une Alénienne a été transférée de l’infirmerie dans notre zone de confinement voilà deux heures et elle vous a entendu vous et Mara vous euh… Disputer au sujet de Kalia. »
John tâcha d’évaluer si le Premier Conseiller prêchait le faux pour savoir le vrai ou si cette histoire était véridique. Il répondit prudemment :
- « Écoutez Marcus… Je dois vraiment y aller et… Je n’ai pas vraiment le temps pour parler de bruits de couloir. D’ailleurs… Que racontent-ils exactement, ces bruits de couloir ? » demanda-t-il d’un ton faussement désinvolte.
Marcus resta un moment surpris avant de dire avec le sourire :
- « Vous savez parler comme un politicien, Colonel. Vous n’avez pas du tout répondu à ma question. »
Mais John fit fi de la remarque et demanda cordialement :
- « Autre chose, Marcus ?
- Non, Colonel. Vous nous tiendrez informés de vos recherches ?
- Bien entendu. »
Marcus s’inclina légèrement et repartit, accompagné d’un garde. John souffla. Il ne s’était pas attendu à ce que la nouvelle se répande aussi vite…
Il se remit en marche vers le vestiaire pour aller chercher son équipement. Il devait à tout prix rester concentré. Comme toujours, il n’avait pas le droit à l’erreur.