Les échos du passé

Chapitre 1 : Chapitre 1 : Une arrivée fracassante

15233 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 04/05/2026 18:10

CHAPITRE 1 : UNE ARRIVÉE FRACASSANTE

 

 

           Il n’y avait que le bruit de l’eau. Une étrange description, se dit Sheppard. Le « bruit de l’eau ». Il ne pensait pas qu’un océan puisse émettre un son particulier pourtant, le léger clapotis lent et régulier de la mer sur laquelle reposait Atlantis, avait un résonnement particulier à ses oreilles. Un bruit blanc auquel on faisait attention au départ, mais qui, au fur et à mesure que le temps passait, devenait si habituel, qu'on finissait par ne plus y porter d'intérêt.

 

           Avant de s’apercevoir un jour, que son absence qui était oppressante. Il s’en était rendu compte à chacun de ses retours sur Terre. Habiter en bord de mer n'avait jamais représenté une nécessité pour lui avant de débarquer sur la cité Lantienne. Mais il savait maintenant que s’il devait un jour revenir vivre sur la planète bleue, ce serait non loin de l’océan.

 

           Cela faisait un peu plus de cinq ans que les moteurs d'Atlantis s’étaient remis en route pour leur faire quitter Los Angeles et regagner M35-117, la nouvelle Lantea.

 

           Quand on lui demanda si son souhait était de rester sur Terre ou de repartir, John n’avait pas hésité une seule seconde : il choisit le retour dans la Galaxie de Pégase. Pourtant, on lui garantit qu'il pourrait toujours diriger des missions d'exploration depuis le SGC, mais... ni Ronon ni Teyla ne feraient partie de son équipe. Ni même Mc Kay, qui selon ses propres aveux : « Serait bien plus utile sur Atlantis, que sur une base où nombre d’autres génies exerçaient déjà leurs talents. »

 

           Oui, il devait bien avouer que même Rodney lui aurait manqué… Aussi bien lui que le scientifique ne pouvait se résoudre à abandonner ainsi la cité d’Atlantis. John n’avait pas d’attaches sur Terre, tout comme Rodney, et Lantea était en cinq ans, devenu un foyer dans lequel chacun avait une réelle importance et qui leur fournit un but à poursuivre.

 

           Et puis… le Dr Keller était reparti également, ce qui décida définitivement Rodney à embarquer de nouveau vers la Galaxie de Pégase.

 

           Woolsey fut laissé à son poste. Aucun autre membre du CSI ne se serait porté volontaire de toute façon et on préféra estimer qu’il faisait déjà un « excellent travail ». Ça ne dérangeait pas John. À vrai dire, le bureaucrate exerçait un leadership qui ressemblait à celui d’Élisabeth. Et ils s’étaient toujours plus ou moins entendus sur toutes les décisions qu’ils avaient eu à prendre alors… Comme l’avait dit un jour le Dr Weir : de tous les loups qui leur tournaient autour, il était le moins susceptible de les mordre. Qui plus est, Woolsey travaillait peut-être pour le Comité et on pouvait souvent penser qu’il en était un des principaux pantins, mais rien n’était plus faux. Le Comité ne contrôlait pas Woolsey et John avait déjà eu le loisir de se rendre compte que celui-ci racontait bien ce qu’il voulait à ses patrons. Combien de fois avait-il enjolivé les réactions et décisions parfois impulsives de John… Le lieutenant-colonel avait appris à le respecter pour ce qu’il était et surtout, à ne pas le sous-estimer.

 

           C’est donc ainsi qu’ils repartirent, pour un voyage qui ne dura que quelques jours, sur Lantea.

 

           Et le cours des choses reprit son rythme habituel, entre explorations et négociations avec des individus d’autres planètes et bien entendu, lutte contre les Wraiths. Ceux-ci, bien qu’étant une menace moins préoccupante qu’avant, représentaient toujours un danger pour eux et le reste de la Galaxie de Pégase.

 

           Même si leur nombre avait considérablement diminué ces dix dernières années, les groupuscules encore présents effectuaient souvent des sélections dans les différents mondes. Sheppard s’était rendu compte que la peur de ces créatures était tenace parmi certains peuples.

 

           Enfin... Son retour lui permit de retrouver le rassurant et apaisant « bruit de l’eau ». Ce doux roulement souple et harmonieux si particulier à ses oreilles… Il eut un léger sourire : il ne regrettait vraiment pas sa déci…

 

« Activation non programmée de la Porte des Étoiles »

 

           Trop habitué à ce genre de situation, il réagit en un quart de seconde : il s’élança du balcon de ses quartiers vers la salle de contrôle.

 

-       « Ici Sheppard, j’arrive tout de suite. Qu’une équipe se tienne prête en salle d’embarquement. »

 

XXX

 

-       « Il faut partir ! Madame, vite ! »

 

Mais « Madame », ne réagit pas à l’appel désespéré de son Premier Conseiller. Elle se débattit de sa poigne ferme en hurlant à s’en déchirer les cordes vocales :

 

-       « KALIA ! »

 

Personne ne répondit à son appel. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux et implora :

 

-       « Non, laissez-moi, je dois la retrouver ! Marcus, laissez-moi…

-       Je ne peux pas Madame ! la coupa le dénommé Marcus en la tirant toujours en avant. Je ne peux pas ! Mais enfin, tout est perdu, vous le voyez bien ! »

 

Elle porta son attention vers le chaos qui s’était installé dans la vaste plaine d’habitude si calme, où reposait le cercle des Ancêtres. Tant de cris… Tant de larmes, tant de supplications. Comment tout cela avait-il commencé ? Mais enfin, que s’était-il passé ?

 

           C’est alors que Marcus eut un hurlement de terreur et se mit littéralement à courir comme un dératé, tirant encore Mara derrière lui. Autour d’elle, les gens de son peuple filaient déjà pour sauver leurs vies, face à l’ennemi qui avait soudainement débarqué sur leur planète, une demi-heure auparavant : les Wraiths.

 

           Elle entraperçut, à la lumière des deux lunes d’Aléna, le blanc de la chevelure de ces créatures à l’appétit féroce. Ils n’étaient pas de simples soldats, mais des responsables. Ils avançaient lentement, comme des bêtes semblant choisir leurs proies parmi un troupeau de brebis terrorisées.

 

-       « Mara par tous les Ancêtres, venez ! »

 

Et avant qu’elle ne franchisse la surface calmement mouvante du cercle des Ancêtres, dans laquelle Marcus la jeta littéralement, elle put croiser le regard d’un des Wraiths.

 

Il la fixa droit dans les yeux. Et alors qu’elle hurlait une dernière fois le prénom de sa fille tandis que son ennemi grognait devant sa défaite, elle fut emportée dans un tourbillon d’étoiles vers la cité d'Atlantis.

 

XXX

 

-       « Qui est-ce ? »

 

Woolsey arrivait en même temps que John et le devança dans sa question. L’opérateur Foley expliqua :

 

-       « On a un code d’identification. C’est celui de Mara d’Aléna. »

 

Rodney, qui venait de débarquer et n’avait dû entendre que les dernières syllabes, demanda :

 

-       « Le code de qui ?

-       Mara d’Aléna, répéta Foley. »

 

John resta un instant saisi. Ils se regardèrent avec Mc Kay, tout autant étonné l’un que l’autre.

 

-       « Ça, pour une surprise… commenta le lieutenant-colonel, se remémorant la jeune femme aux boucles dorées qui lui avait fait les yeux doux dix ans auparavant. Baissez le bouclier. »

 

Foley s’exécuta cependant que Woolsey s’éclaircit la voix pour demander d’un air circonspect :

 

-       « Est-ce que vous pouvez me rappeler qui est… Mara d’Aléna, Colonel ? »

 

Une voix féminine s’éleva alors derrière eux :

 

-       « Mara ? »

 

Teyla venait d’arriver avec Ronon, qui fronça les sourcils pour exprimer le même étonnement que son amie.

 

John acquiesça et expliqua, soudain embarrassé :

 

-       « Oui euh… Nous nous sommes rendus là-bas il y a quoi… Dix ans de cela ? Le peuple d’Aléna était alors gouverné par une famille de… Rois et de Reines, depuis des générations. Ils possédaient le gène des Anciens et s’en servaient pour maintenir leur peuple dans la crainte et la servitude, du haut de ce que les Aléniens appelaient « La Tour ». Cette Tour était en réalité la flèche centrale d’une cité Atlante, la réplique exacte de la nôtre. Mais l’E2PZ qui l’alimentait était quasiment à plat. Ce fut un vrai voyage au temps du Moyen Âge dans la Galaxie de Pégase. C’était assez… Déroutant je dois dire. »

 

Rodney eut une exclamation de dédain avant de commenter sardoniquement :

 

-       « Quel judicieux choix de mot…

-       Pourquoi vous pensiez à un autre ?

-       Intéressant ? suggéra le scientifique. Attrayant voir… Excitant ? »

 

John se contenta de le foudroyer du regard cependant que Foley s’écriait :

 

-       « Colonel ! »

 

Sheppard tourna son regard vers la salle d’embarquement et sentit son cœur tomber comme une pierre dans sa poitrine. Woolsey porta une main à son oreillette et ordonna :

 

-       « Qu’une équipe médicale se rende en salle d’embarquement d’urgence ! »

 

C’était un réel désastre qui se déroulait devant leurs yeux. John, Woolsey, Ronon, Teyla et Mc Kay se précipitèrent en même temps vers les escaliers, les dévalant quatre à quatre. Des gens d’Aléna affluaient en une marée humaine de l’horizon des évènements. Bon sang, ils arrivaient par dizaines, vingtaines…

 

« Où est Mara ? se demanda John ».

 

           Mais l'urgence de la situation chassa cette inquiétude de sa tête. Il rejoignit les militaires et ses amis qui plaçaient déjà à part du groupe les plus blessés, aidant les autres à s’asseoir.

 

           La salle d’embarquement fut bientôt noire de monde et John cria :

 

-       « Emmenez les plus valides au réfectoire ! »

 

C’était la salle la plus grande et la plus proche de celle-ci. Woolsey apparut alors à côté de lui :

 

-       « Colonel Sheppard ! On ne peut pas…

-       Et où voulez-vous qu’on les mette ? le coupa John. Ils évacuent leur planète Woolsey, ça a l’air clair, non ? »

 

Du coin de l’œil, il vit arriver en courant le Dr Keller et son équipe, se précipitant vers les plus blessés pour évaluer la situation. Il allait se rendre auprès d’elle quand une jeune femme couverte de sang et de poussière se rua vers lui en criant désespérément son nom.

 

-       « Mara ! »

 

Quand il la vit, un mélange de soulagement et d'incrédulité le frappa brusquement, mais elle hurla, terrorisée :

 

-       « Levez votre bouclier, vite ! »

 

Sheppard n’avait pas la moindre idée de pourquoi elle lui donnait cet ordre mais il le transmit. Foley s’exécuta juste à temps. Ils entendirent les bruits sourds des chocs de corps ou objets qui ne pouvaient se recomposer, heurter l’horizon des évènements.

 

Puis, la Porte des Étoiles se désactiva et ne résonna plus dans la salle d’embarquement que les pleurs et les gémissements de douleur.

 

Mara quant à elle, pivota vers la Porte. Elle resta un moment ainsi, contemplant le cercle des Ancêtres comme si tous ses espoirs venaient de se briser d'un seul coup. Et elle tomba à genoux en pleurant. Un homme d’une cinquantaine d’années, au cheveu grisonnant, mais à la carrure encore forte et au visage carré, s’agenouilla auprès d’elle en demandant :

 

-       « Madame la Présidente, est-ce que ça va aller ? »

 

Mara ne répondit pas. John resta un instant immobile, se demandant quoi faire, déstabilisé par le comportement incompréhensible de la jeune femme.

 

           Ce fut Teyla qui, en le secouant par l’épaule, le tira de son hébètement :

 

-       « Colonel, ils sont trop nombreux ! Colonel ! »

 

John réussit à détourner son attention de Mara pour la porter sur l’Athosienne qui le pressait doucement à retrouver ses esprits :

 

-       « John !

-       Oui euh… Le réfectoire ? se reprit-il.

-       Il est plein Colonel.

-       Les blessés ?

-       Le Dr Keller s’en occupe, elle est déjà en train de faire rapatrier les plus graves vers l’infirmerie.

-       Bon… Je veux que les gens soient placés par groupes de… »

 

Il tenta d’évaluer leur nombre du regard, mais abandonna rapidement :

 

-       « Au moins vingt personnes. Chacun entouré par deux marins. S’ils sont toujours trop nombreux, il y a un autre réfectoire dans la tour Sud, mettez-les là en attendant. Faites le tour des lieux où ils sont regroupés et donnez-moi leur nombre exact. »

 

Teyla acquiesça et partit aussitôt, accompagnée de Ronon. John ne put s'empêcher de reporter son attention sur Mara, encore prostrée au sol… « Il y a plus urgent, s’intima-t-il. Tu n’as pas le temps pour ça. »

 

           Il alla vers le Major Lorne qui passait parmi les réfugiés pour s’enquérir de leurs santés :

 

-       « Major ?

-       Heureusement peu de blessés graves, Colonel, répondit Lorne à sa question sous-jacente. Pour la plupart, ce ne sont que des blessures légères.

-       Très bien, réunissez le personnel formé aux premiers soins et qu’ils passent parmi les groupes, pour libérer le Dr Keller. »

 

Il vit du coin de l’œil Jennyfer lui lancer un regard de remerciement. Il termina :

 

-       « Faites-vous aider par Mc Kay.

-       Très bien Colonel. »

 

Woolsey, qui le suivait depuis tout à l’heure, éructa finalement :

 

-       « Colonel ! Est-ce que je dois vous rappeler les procédures pour…

-       Il est impossible de confiner en quarantaine toutes ces personnes, devança John. S’ils ont amené une maladie avec eux, on est déjà tous contaminés. »

 

Richard Woolsey ne releva pas, semblant évaluer la justesse de l’argument. Il acquiesça à contrecœur :

 

-       « Bon, très bien… Est-ce qu’on peut au moins avoir une idée de pourquoi tout ce monde a soudain afflué ici ? Qui est Mara d’Aléna ? »

 

« Mara ». John se tourna vers l'Alénienne qui se redressait péniblement, aidée par l’homme aux cheveux grisonnants. Les joues noyées de larmes, elle était terriblement pâle et paraissait sur le point de s’effondrer à nouveau.

 

-       « C’est elle, Monsieur Woolsey. »

 

Richard suivit son regard et observa un instant la jeune femme blonde avant d'accompagner John qui se dirigeait vers elle. Il préféra laisser le Colonel parler en premier, car visiblement, il la connaissait très bien.

 

           Mara d’Aléna finit par reporter son attention sur Sheppard et lui tomba littéralement dans les bras quand il s’approcha d’elle, ce qui arrêta Woolsey net dans sa marche.

 

-       « John… John… »

 

Mais au désespoir succéda soudain l’hystérie quand elle s’écria :

 

-       « Ils l’ont enlevée ! Ils l’ont enlevée ! »

 

Sheppard demanda d'une voix pressante, ne comprenant pas de quoi elle parlait :

 

-       « Mais enfin Mara, qu'est-ce que tu veux dire, qui a été enlevé ? Et qu’est-ce qu’il s’est passé, chez vous ? Mara ! »

 

Mais elle n’arrêtait pas de répéter :

 

-       « Ils l’ont enlevée ! Je dois y retourner ! Je dois y retourner ! »

 

Et de s’élancer dans un mouvement brusque vers la Porte, oubliant qu’elle s’était refermée sur son monde depuis un moment déjà.

 

John l'observa, décontenancé. Il porta son attention vers l’homme qui accompagnait Mara. Également en larmes, celui-ci pleurait silencieusement, posant sur Mara un regard désespéré.

 

           Il se dirigea cependant vers elle en déclarant avec douceur :

 

-       « Madame… Vous ne pouvez pas y retourner.

-       Je dois… Marcus, je dois… Je… »

 

Mais l'air sembla soudain lui manquer et elle s'effondra au sol d’un seul tenant, perdant connaissance.

 

-       « Mara ! »

 

John et Marcus avaient crié en même temps. Sheppard se laissa glisser auprès d’elle et prit son pouls.

 

Il eut un soupir de soulagement en sentant battre faiblement les veines de Mara contre ses doigts. Il se tourna vers l’arrière, prêt à appeler Keller, mais elle était déjà partie vers l’infirmerie. En désespoir de cause, il souleva Mara du sol, la main qui la soutenait par la taille entrant alors en contact avec quelque chose de chaud et poisseux. Du sang.

 

Il y avait urgence. Faisant fi de Woolsey et de Marcus, il s’élança vers le couloir pour s’engouffrer dans le premier téléporteur venu et cogna du coude contre le tableau où s’affichait le plan de la cité.

 

           « Bon sang, Mara… pensa-t-il, angoissé. Mais qu’est-ce qui s’est passé ? »

 

           Il cria le nom du Dr Keller dès qu’il entra dans l’infirmerie. Jennyfer se tourna vers lui. Ses mains gantées étaient pleines de sang. Elle semblait évaluer très rapidement la gravité des blessures de chacun, donnant ses ordres à ses infirmiers et aux autres médecins.

 

           Elle accourut vers lui quand il l’appela.

 

-       « Colonel…

-       Une patiente de dernière minute. Elle saigne, là, du côté droit.

-       Ok, quand est-ce qu’elle a perdu connaissance ? »

 

Jennyfer parlait avec calme, quand John, surpris par sa propre inquiétude, déversait un flot de paroles :

 

-       « Il y a à peine un instant. Elle allait très bien et tout d’un coup, elle s’est évanouie...

-       Ok John, du calme… Laissez-moi voir ça. »

 

Elle l’avait conduit au dernier brancard disponible et s’affaira à examiner la plaie de Mara. Elle lui ouvrit les paupières, balayant ses pupilles à la lumière de sa lampe, tâta son cou et son abdomen, avant de déclarer :

 

-       « L’évanouissement a été spectaculaire, mais la blessure n’est pas si grave en soi. Je crois que sa réaction est surtout due à un gros choc.

-       Vous êtes sûre ? »

 

Jennyfer eut un air surpris et ne répondit pas. John comprit au regard qu'elle lui lança que sa question était déplacée, et il s’empressa d'ajouter :

 

-       « Oui, bien sûr que vous en êtes sûre… »

 

Jennyfer le toisa un instant, intriguée par sa réaction, avant de déclarer d'une voix rassurante :

 

-       « John… Je m’occupe d’elle. Ne vous en faites pas, tout ira bien. D’accord ? »

 

Sheppard acquiesça, mais eut un dernier regard inquiet vers Mara…

 

-       « Colonel, je pense que vos hommes attendent vos ordres. »

 

Le ton de Jennyfer s’était fait plus sévère et cela le sortit un peu de sa torpeur. Il se ressaisit mentalement : « Allez John ! Reprends-toi ! »

 

-       « Oui. Mais prévenez-moi dès qu’elle reprend connaissance.

-       Entendu… »

 

Et Jennyfer s’activa aussitôt pour soigner Mara. John Sheppard se redressa lentement, prenant le temps d’évaluer la situation.

 

Une bonne centaine de personnes venait de faire une arrivée fracassante dans leur cité, échappant à un ennemi redoutable.

 

Ennemi qui n’avait pas hésité à se jeter à leurs poursuites à travers la Porte des Étoiles.

 

Pourquoi ?

 

Et qui était… Cette personne enlevée, si précieuse aux yeux de Mara ?

 

Seraient-ce les Wraiths, les responsables de ce désastre ?

 

Cette foule de questions se bousculant dans sa tête à un rythme effréné, il se rendit au réfectoire, où Teyla et Ronon revenaient en courant eux aussi.

 

           Ronon attaqua directement :

 

-       « On a dénombré 280 personnes.

-       280 ? s’exclama John. Mais c’est presque la quasi-totalité du peuple !

-       Selon les premiers témoignages, ce sont les Wraiths qui s'en sont pris à eux, continua Teyla.

-       Mais pas de la manière habituelle, termina Ronon.

-       Comment ça "pas de la manière habituelle" ?

-       Ils les ont… Choisis. Selon eux, les Wraiths ont attaqué des personnes ciblées pour les enlever, ignorant les autres.

-       Quoi ? »

 

C’était la deuxième surprise de la soirée. Depuis quand les Wraiths choisissaient-ils leur gibier ? John demanda :

 

-       « Qui vous a raconté ça ?

-       Moi, répondit une voix grave. »

 

C’était Marcus, qui approchait derrière Sheppard. John se retourna et l’homme expliqua :

 

-       « Ils ont débarqué comme ça en pleine nuit, Colonel. Nous n’avons rien vu venir, nous n’avons pas compris ce qui arrivait… C’était… C’était irréel ! Un véritable cauchemar ! »

 

Il se mit à trembler et se prit la tête dans les mains, catastrophé, comme s'il voyait encore les Wraiths semer le chaos sur sa planète. John comprit que l'épreuve avait été trop dure et qu'il n'était pas en mesure de répondre à ses questions. Il déclara avec calme :

 

-       « Marcus, allez vous reposer avec vos compatriotes… Vous nous expliquerez tout en détail plus tard. »

 

Il aperçut alors Rodney qui arrivait à son tour en courant, et laissa Marcus aux bons soins de Teyla avant de rejoindre Mc Kay avec Ronon. Le scientifique annonça en un flot de paroles rapides :

 

-       « Jennyfer m'a chargé de vous dire qu’elle va réussir à gérer la situation. Les blessés graves n’ont pas leurs jours en danger, mais elle aurait besoin de toute l’aide disponible. Mais euh… De ce que j’ai entendu, ce seraient les Wraiths les responsables. Et visiblement… Ils n’auraient enlevé que quelques-uns d’entre eux. Vous croyez vraiment ça possible ?

-       Apparemment, répondit Ronon. C’est ce que nous a raconté le gars dont s’occupe Teyla là-bas.

-       Marcus, précisa John. Il est arrivé en dernier, avec Mara.

-       Alors… Alors c’est réellement le peuple de Mara ? s'étonna Rodney. Je ne comprends pas, si les Wraiths ont vraiment procédé par attaques ciblées cela veut dire qu’ils avaient un autre objectif que se nourrir. Il faut déterminer lequel.

-       On va passer parmi eux, proposa Ronon.

-       Oui et comme ça, on pourra relever leurs noms et… Enfin on verra si on trouve quelque chose, renchérit Rodney.

-       Très bien, approuva John. »

 

Et il les laissa là pour rejoindre Lorne qui discutait avec Woolsey. Le bureaucrate demanda :

 

-       « Alors ? Vous en savez un peu plus ? Les gens parlent de Wraiths.

-       Oui c’est ce qu’on a entendu nous aussi. Mais ils n'auraient enlevé qu'une partie de la population. Rodney et Ronon recensent les gens qui sont ici, on verra s’ils apprennent quelque chose de nouveau… Major, est-ce qu’un des villageois vous en aurait dit plus concernant cette attaque ?

-       Ils sont tous sous le choc, mon Colonel, expliqua Lorne. Il semble qu’aucun d’entre eux ne comprenne ce qui s’est passé.

-       Bon, je vois, fit Sheppard. Le mieux que l’on peut faire pour le moment est de les aider.

-       Bien Monsieur. »

 

Et ensemble, ils se répartirent parmi les équipes. Ce n’est qu’à trois heures du matin, que la situation commença à s’apaiser. Les pleurs cessèrent peu à peu et la lassitude finit par s’afficher sur les visages des villageois encore éveillés.

Des lits de camp furent déployés, mais il n’y en avait pas assez pour tout le monde alors, ils les laissèrent aux enfants et aux personnes âgées. Les cuisiniers s’affairèrent pour préparer de la nourriture très rapidement et rassasier les 280 Aléniens.

 

Sheppard mit en place des rotations d’équipes de garde dont il assura le premier tour accompagné de Ronon et Teyla et de l’équipe de Lorne.

 

Ce n’est qu’à cinq heures du matin, qu’il put enfin se rendre dans ses quartiers, la tête bourdonnante, cris et pleurs résonnant encore à ses oreilles.

 

Il s’aperçut alors que dans la précipitation, il avait laissé les fenêtres ouvertes en courant vers la salle de contrôle, quand Mara avait activé la Porte des Étoiles.

 

Mara… John ne faisait pas partie des équipes assurant le suivi et le conseil des peuples visités durant leurs explorations. Ça faisait dix ans qu’il n’avait plus eu de nouvelles de l'Alénienne et la revoir ainsi après tant d'années, couverte de poussière, de sang, en proie à un désespoir sans fond, le laissait quelque peu étourdi.

 

           Il alla fermer les fenêtres de ses quartiers. Le « bruit de l’eau » lui parvint et il resta quelques instants à l’écouter, profitant du roulement apaisant de l'océan pour retrouver son calme, après les dernières heures intenses qu’il venait de vivre… et la fatigue s’abattit sur lui d’un seul coup.

 

           Il alla se laisser choir sur son lit, plongeant dans le sommeil presque aussitôt.

 

XXX


           Le lendemain matin, Woolsey convoqua le Dr Mc Kay et Sheppard dans son bureau. Richard eut un regard amusé vers Rodney, qui étouffait un bâillement dans sa main.

 

-       « Docteur ? Est-ce que ça va aller ?

-       Moui, bougonna le scientifique. C’est juste que la soirée d’hier a vraiment été des plus mouvementées… »

 

Woolsey reporta son attention sur John, dont les yeux rouges trahissaient également la fatigue. Il commença :

 

-       « Bien Messieurs, je m’excuse de ne vous avoir donné que trois heures de sommeil, mais j’aimerais faire le point sur la situation avec vous… Tout d'abord, j’ai commencé par lire votre rapport de mission concernant l’exploration de la planète de Mara il y a dix ans, Colonel. Pour résumer, vous avez découvert là-bas une réplique de la flèche principale d’Atlantis, dont le reste de la structure était enfoui sous le sol. Les gens de cette planète nommée Aléna l’appelaient « La Tour ». Durant votre court séjour là-bas, vous avez également tué un traître à qui la génothérapie fut accordée et contribué à sauver la population d'un monarque fou. Il semble que Mara vous y ait aidé.

-       C'est exact...

-       Mais je dois dire, ajouta Woolsey, que j’ai été surpris de le voir aussi… Succinct pour des évènements aussi importants. Votre rapport ne fait qu’une seule page. On dirait plus une liste de courses qu’un vrai rapport. »

 

Mc Kay regarda John d’un air inquiet, mais Sheppard haussa les épaules et répondit d'un ton qui se voulait léger :

 

-       « C'est que je ne suis pas un grand écrivain.

-       Colonel, y aurait-il quelque chose que vous ne vouliez pas dire, dans votre rapport, qui se serait passé sur Aléna ? demanda alors Woolsey sans détour. »

 

Ce fut cette fois-ci John qui eut un coup d’œil ennuyé vers Mc Kay, qui préféra regarder ses ongles.

 

Il nuança alors :

 

-       « Hé bien… Les choses étaient en réalité… Plus compliquées que ça.

-       C’est-à-dire ? l’encouragea Woolsey.

-       Aléna était dirigée depuis vingt générations par une famille royale qui possédait le gène des Anciens. Quand nous sommes arrivés là-bas, le Seigneur Protecteur de la ville était le père de Mara et Tavius…

-       Oh oui, je m’en souviens, quelle raclure celui-là ! commenta Mc Kay.

-       Une belle ordure, oui, confirma John. La famille royale entretenait cette possession du gène en choisissant soigneusement leurs… Mariages. Un homme nommé Otho était le généalogiste de la famille royale, son rôle était de déterminer les meilleures unions possibles pour que la lignée soit préservée.

-       Je vois… Et c'est donc ce… Otho, qui était également chambellan du Seigneur Protecteur, qui a voulu prendre sa place, selon votre rapport.

-       Oui. Avant notre arrivée, Otho s’était allié avec le frère de Mara, Tavius, pour assassiner le Seigneur Protecteur, en l’empoisonnant lentement, de manière à ce que sa mort paraisse naturelle. Tavius serait alors monté sur le trône mais, au travers de l’influence qu’il avait sur lui, Otho aurait tiré les ficelles du pouvoir dans l’ombre. Vous comprenez, Otho ne pouvait pas lui-même être Seigneur Protecteur parce qu’il n’avait pas le gène. Cependant, quand nous sommes arrivés, ignorant tout de ce complot, et voyant le Seigneur Protecteur de plus en plus malade, j’ai demandé au Dr Beckett de venir l'examiner et Carson a découvert l’empoisonnement. Le problème c’est qu’Otho nous manipulait depuis le début et ayant été témoins de la haine de Tavius envers son père, il n’a pas eu de mal à nous convaincre que le frère de Mara était le coupable. Le croyant de notre côté, nous lui avons même offert la génothérapie. Nous lui avons expliqué que s’il l’inoculait à l’ensemble de son peuple, il en serait fini de ce système féodal et injuste. Mais… Pour lui, ce fut une véritable aubaine. Il a alors changé de tactique : il nous a mis en prison moi, Beckett et Tavius, afin de ne plus avoir personne sur son chemin pour qu’il devienne le nouveau Seigneur Protecteur, qu’il épouse Mara, et il s’est auto-administré la génothérapie pour frapper son peuple avec des drones et ainsi commencer son nouveau règne dans la terreur.

-       Hum hum, fit Woolsey d’un air songeur. Vous ne parlez pas beaucoup de Mara dans votre rapport, sauf pour dire que c’est elle qui vous a aidé à vous échapper. Vous ne faites nullement mention non plus, de la raison qui l’a poussé à choisir votre camp. Après tout, si elle avait épousé Otho comme il le prévoyait, elle serait devenue reine, rang auquel elle avait 50% de chance d’accéder dès sa naissance. À votre avis, qu'est-ce qui l'a décidée à vous porter secours ? »

 

Woolsey croisa les mains sur le bureau et demanda simplement :

 

-       « Si vous avez des hypothèses à ce sujet que vous n'avez pas voulu coucher par écrit, peut-être que vous allez pouvoir me les énoncer à l’oral ? »

 

John ne répondit pas tout de suite. Il saisit aussitôt que le bureaucrate avait compris bien des choses en très peu de temps.

 

Mc Kay finit par grimacer :

 

-       « Oh c’est bon John, dites-le-lui !

-       Docteur Mc Kay… Vous en savez plus qu’un rapport officiel ? »

 

Le scientifique rougit légèrement, gêné :

 

-       « C’est que… Il y a eu une grande fête sur Aléna le soir même de la mort d’Otho et euh… Comment dire… L’alcool local était assez fort… »

 

Il regarda Sheppard, qui sembla soudain très mal à l’aise. Rodney termina :

 

-       « Je crois que John et moi nous sommes racontés beaucoup de choses ce soir-là… Notamment l’épisode le plus humiliant de ma vie, quand j’étais en première année de fac et que…

-       Bon ça suffit Rodney. »

 

John se redressa et fit de son mieux pour reprendre contenance.

 

-       « En réalité, quand nous sommes arrivés sur Aléna, Otho est descendu dans la ville-basse. Il nous a scanné avec un appareil Ancien et a détecté aussitôt que je possède le gène ATA. Il a averti le Seigneur Protecteur et aux yeux de celui-ci, je représentai un moyen de renforcer le gène ATA dans leur sang. Alors, il a pensé à moi pour… Devenir le mari de Mara et le nouveau roi. »

 

Woolsey faillit en perdre ses lunettes.

 

-       « Quoi ? fit-il, abasourdi.

-       Oui… Mara a cherché à me séduire en… Venant me rendre visite le soir même dans ma chambre. »

 

Il s’étrangla presque sur les derniers mots.

 

           Ébahi, Woolsey demanda :

 

-       « Ne me dites pas que…

-       Si.

-       Allons, ça vous étonne ? fit Mc Kay d’un air sardonique. C’est à l’incarnation du Capitaine Kirk que vous parlez…

-       Mc Kay… lança John d’une voix grondante.

-       Mais enfin Colonel ! s’exclama Woolsey d'un ton outré. Vous avez vraiment souhaité devenir Seigneur Protecteur ?

-       Non ! répondit aussitôt John. Écoutez Woolsey, j’admets que ma conduite n’a pas été exemplaire, mais…

-       Oui ? »

 

Et ce fut la première fois que le bureaucrate vit le Colonel ne plus savoir quoi trouver comme excuse.

 

Il soupira :

 

-       « Bon… Je comprends pourquoi ça ne figurait pas dans votre rapport. »

 

John ne fit aucun commentaire, mais eut une moue gênée. Le bureaucrate reprit, tâchant de recouvrer ses esprits :

 

-       « Je comprends aussi mieux pourquoi Otho vous a fait enfermer. Vous n’étiez pas seulement un homme armé capable de le vaincre, vous étiez l’amant de la femme qu’il convoitait. Mara pouvait vous mettre sur le trône à sa place.

-       Oui. Je suis passé très rapidement du statut d’invité à danger imminent pour lui, j'étais comme une sorte de concurrent. Mais Mara est venue dans notre cellule pour nous aider à nous échapper. Otho était déjà sur le fauteuil des Anciens qu’il possédait pour frapper les Aléniens par des drones, afin d’asseoir son autorité et j’ai voulu l’en empêcher. Mc Kay a vidé leur E2PZ en tentant de faire démarrer les moteurs stellaires de leur cité au moment où je débarquais dans la salle du trône. De rage, il a tenté de me tuer avec un poignard et euh… J’ai été plus rapide que lui. J’ai retourné sa lame contre lui. Elle était empoisonnée et il est mort quasi instantanément. »

 

Woolsey resta sans voix. Il se frotta le front d’un air songeur et commenta :

 

-       « Quelle histoire…

-       Je ne vous le fais pas dire.

-       Bon… »

 

Mc Kay intervint alors d’une petite voix :

 

-       « Et moi vous… M’avez fait venir pour… Que je puisse confirmer ce que John a dit ?

-       Non Docteur, reprit Woolsey, semblant presque heureux de changer de sujet. Mais il semble que les Aléniens aient continué à utiliser la technologie Lantienne, après votre départ. Ils ont trouvé un autre E2PZ selon le rapport du civil Dania Hugh.

-       Quoi ? fit Mc Kay, éberlué.

-       Oui Docteur. Monsieur Dania Hugh s’est rendu avec son équipe vingt fois sur Aléna, après votre visite. Selon lui, les Aléniens ont effectué des fouilles dans les sous-terrain qui étaient en réalité le reste de leur cité, enfouie sous la terre, après votre départ, et ils ont trouvé un autre E2PZ. Ils l’ont remis en marche.

-       C’est incroyable ! s’exclama Rodney.

-       Vous êtes sérieux ? fit John. Pourquoi on ne nous a rien dit ?

-       Parce que vous n’assurez pas le suivi sur les mondes que vous explorez, répondit simplement Woolsey. Les Aléniens nous ont bien relayés l’information et le Dr Weir à l’époque, n’a pas du vouloir vous embrouiller l’esprit avec ce genre de détails.

-       Alors… Le système féodal a été remis en place si je comprends bien ? Mais enfin, je croyais que Mara était comme une Présidente ? s'étonna John.

-       Aujourd’hui elle l’est, en effet, confirma Woolsey. Après que vous soyez partis, Tavius fut mis en prison par sa sœur, ce que je trouve logique dans le sens où il n’a pas hésité à être complice de l’assassinat du Seigneur Protecteur. Il est mort huit mois plus tard, en se pendant dans sa cellule. Quant à Mara, même avant que les systèmes de la Tour se remettent en marche, elle avait déjà repris la place de son père. Selon l’équipe de Dania Hugh, il semblerait que les Aléniens se soient tout de même fiés à elle pour exercer une régence le temps de mettre en place un nouveau système de gouvernance. Ils savaient qu’elle vous a permis de vous échapper et ils lui ont fait confiance, car en un sens, c’est elle qui vous a aidé à anéantir des milliers d’années de domination royale. Et puis, selon Monsieur Dania, vu que nous avions pris leur réserve de drones et leurs Jumpers, les Aléniens considéraient que même en remettant la Tour en marche, elle ne possédait plus les moyens d’oppression qu’utilisait son père. Elle a eu le statut de Dame Protectrice même si la définition de son système politique pendant les premiers temps ne correspondait plus à ce schéma. Hugh Dania rapporte également qu’un mois après votre incursion dans leurs vies, Mara a demandé de l’aide pour qu’une démocratie soit instaurée.

-       Ça alors… marmonna Rodney.

-       Oui… Il est rare de voir ce genre de choses arriver, mais… C’est ce qui s’est passé. Leurs rapports sont vraiment intéressants, je vous conseille de les lire. Docteur Mc Kay, vous n’aviez vraiment pas trouvé mention de cet E2PZ dans leur base de données ?

-       Non, répondit Mc Kay, irrité. Je veux dire, j’ai bien lancé une recherche, mais ça n’a rien donné. Les Aléniens devaient l’avoir bien caché… Ou alors ils n’en connaissaient vraiment pas l’existence et ils ont eu une chance énorme de tomber dessus lors de leurs explorations souterraines !

-       Je vois… Je pensais que comme John, vous auriez pu oublier de dire certaines choses.

-       Hé, vous me prenez pour qui ? s’exclama Rodney. »

 

Et il eut aussitôt une expression catastrophée en se tournant vers Sheppard :

 

-       « Pardon Colonel… Je veux dire…

-       Ça va, vous tracassez pas Rodney, j’ai compris.

-       Non, mais je veux dire…

-       C’est bon Mc Kay. »

 

Et cette fois-ci, le scientifique se tut et croisa les bras, visiblement gêné. John reprit d’un air beaucoup plus sérieux :

 

-       « Cela s’est passé il y a plus dix ans Woolsey. En quoi savoir tout ça nous aide à comprendre ce qui se passe aujourd’hui ?

-       Vu le récit que vous venez de me faire, en effet, je ne vois aucun lien entre ce qui est arrivé à l’époque et l’attaque dont ont été victimes les Aléniens mais… Je voulais m’en assurer. Vos rapports, bien que très formels, sont toujours détaillés. Je me suis étonné de trouver celui-ci si peu… Explicite. »

 

John eut un sourire crispé.

 

-       « Autre chose… reprit Woolsey. Mara a crié que les Wraiths avaient enlevé quelqu’un… Ce doit être une personne toute particulière, pour que cela la touche d’aussi près. Vous avez une idée de qui cela peut être ?

-       Aucune, répondit John en haussant les épaules.

-       Bon. Très bien. Colonel merci pour votre… Franchise. Docteur Mc Kay… »

 

Les deux hommes comprirent que l’entretien était terminé. Ils se levèrent et sortirent du bureau et John eut un gros soupir de soulagement. Mc Kay dit alors, d’un air ennuyé :

 

-       « John je ne voulais pas…

-       Rodney… coupa Sheppard en secouant la tête. »

 

Il s’approcha du scientifique et dit d’un ton de confidence :

 

-       « Je n’ai jamais dit n’avoir jamais commis d’erreurs dans ma vie. Je sais qu’en aucun cas, je n’aurai dû céder aux avances de Mara. Vous saisissez ?

-       Oui Colonel je… Saisis.

-       Bien ! fit Sheppard d’un ton enjoué. Alors, n’en parlons plus, hein ? »

 

Mc Kay acquiesça. John tourna les talons, mais à peine eut-il commencé à marcher, qu’un air bien plus grave et inquiet s’affichait sur ses traits…

 

XXX

 

-       « Bonjour Mara… Je suis le Dr Keller. Tout va bien, vous êtes sur Atlantis. »

 

À qui appartenait cette voix si apaisante ? Le Dr Keller ? Atlantis ?... Atlantis !

 

           « Les Wraiths ! »

 

-       « Ils l’ont enlevée ! »

 

Mara se redressa d’un bond dans son lit ce qui lui arracha une grimace de douleur. Quelque chose la brûlait, du côté droit. Deux mains se posèrent alors calmement sur ses épaules, tandis que la voix reprenait :

 

-       « Du calme Mara, du calme… »

 

Elle essaya de se focaliser sur le « Dr Keller »… Elle ne la connaissait pas. C’était une séduisante jeune blonde avec un regard si doux… « Kalia ! »

 

-       « Kalia… Ils ont enlevé Kalia… »

 

Le Dr Keller comprit qu’elle ne parviendrait pas à la faire se détendre. Elle consentit à demander d’une voix basse :

 

-       « Très bien Mara, qui est Kalia ?

-       Ma fille… Ma petite fille, ils l’ont prise elle aussi… »

 

Le visage de son enfant apparut devant ses yeux… L’horreur dans son regard quand le Wraith l’arracha à ses bras, après l’avoir paralysée d’un seul tir de son arme… Et ses cris d’appel au secours, qui résonnaient encore à ses oreilles !

 

           La terreur qui lui tordait les entrailles donna de nouveau à Mara la force de tenter de se lever :

 

-       « Il faut que je vois… Votre chef…

-       Mara, votre blessure n’est pas grave, mais vous êtes encore faible vous…

-       Je n’ai pas le temps pour ça ! »

 

Jennyfer fut surprise par sa ténacité. Mara se redressa en grimaçant de douleur, mais réussit néanmoins à se tenir assise. Elle tenta de s’enlever sa perfusion du bras et voyant le désastre arriver, Jennyfer finit par l’aider de mauvaise grâce. Elle lui notifia d’un ton sévère :

 

-       « Je vous laisse aller voir Woolsey à deux conditions.

-       Comment ça ?

-       La première vous revenez ici immédiatement après. La deuxième, je vous y amène en fauteuil roulant. »

 

Et elle montra à Mara une drôle de chaise montée sur deux grandes roues. La jeune Présidente toisa l’ensemble d’un air méfiant, et préféra balancer ses jambes par-dessus le lit en commentant :

 

-       « Je peux marcher. »

 

Mais à peine eût-elle posé ses pieds au sol que la douleur à son flanc la transperça de nouveau, lui coupant le souffle. Elle vacilla et se rattrapa au bord du lit en glapissant de douleur et le Dr Keller soupira :

 

-       « Bien sûr que non… Laissez-moi vous aider, Mara. »

 

Frustrée, Mara ne put que la laisser l’installer dans la chaise roulante mais dût reconnaître qu’elle fut aussitôt soulagée. Puis, le Dr Keller porta une main à son oreillette et entama une discussion dont Mara ne perçut que la moitié :

 

-       « Colonel, Mara d’Aléna est réveillée. Monsieur Woolsey, elle souhaite vous voir… Oui, ça à l’air urgent… Très bien, tout de suite. »

 

Puis, elle indiqua à Mara tout en mettant doucement en branle le fauteuil :

 

-       « Ils vont immédiatement vous recevoir dans le bureau de Monsieur Woolsey.

-       C’est le… Nouveau chef d’Atlantis, c’est ça ?

-       Exact !

-       Est-ce que vous croyez qu’il… Acceptera de nous aider ? » s’enquit Mara d’une voix angoissée.

 

La question sembla surprendre Jennyfer qui répondit :

 

-       « Hé bien… Je pense que oui, bien sûr. Il sait se montrer compréhensif. Et il prend souvent conseil auprès de Sheppard. John n’est pas du genre à laisser tomber les peuples qui réclament notre secours. »

 

« John… », songea Mara avec nostalgie. Elle n’avait pu que l’entrapercevoir avant de s'évanouir, hier au soir… Mais était-ce vraiment hier au soir ?

 

-       « Combien de temps suis-je restée inconsciente ? s’inquiéta-t-elle alors.

-       Vous êtes arrivés hier en pleine nuit et il est 15 heures de l’après-midi passé.

-       Quoi ? souffla la jeune femme.

-       Vous aviez besoin de repos, Mara, souligna Jennyfer. Vous avez subi un grand choc. »

 

« Je ne vous le fais pas dire », pensa sombrement l'Alénienne. Elle resta silencieuse tout le long du trajet et inspira profondément pour se donner du courage, avant d’être introduite dans le bureau de Woolsey.

 

XXX

 

           C’était une petite pièce bien agencée aux murs bleu-vert. Ils étaient ornés de plusieurs photographies ainsi que des tableaux, des diplômes, il sembla à Mara. Sur sa droite, une bibliothèque en bois protégeait de lourds et nobles volumes anciens. Mais son attention se porta immédiatement sur John, quand elle l'aperçut.

 

           Ça faisait dix ans qu’elle ne l’avait pas vu. Il n’avait pas tellement changé. Quelques rides soucieuses marquaient un peu plus ses traits, mais il avait conservé son aura de force rassurante. John lui avait toujours paru comme un homme au caractère vif et emporté, endigué par une rigueur qu'il s'obligeait sans cesse à respecter. C'est ainsi qu'il s'approcha pour se pencher vers elle, l'énergie inquiète émanant de lui, trahissant le calme imposé aux mouvements de son corps.

 

-       « Est-ce que ça va ? »

 

Tiens... Elle avait presque oublié le son de sa voix, profonde et chaleureuse. Elle ne put s'empêcher d'esquisser un maigre sourire.

 

-       « Pas vraiment… Ma blessure me fait encore un peu mal, mais… Vous avez un médecin très compétent. »

 

John sembla pris entre l’envie de sourire et le sérieux de la situation. Le Dr Keller ajouta d'un ton sans réplique :

 

-       « Je la ramène à l’infirmerie dès la fin de l’entretien, elle doit encore se reposer. »

 

John acquiesça et se redressa, et Mara put enfin rencontrer Richard Woolsey. Un personnage assez mince au crâne dégarni et aux lunettes carrées. Il se tenait droit devant elle, mains croisées derrière le dos. Un homme qui possédait une grande maîtrise de soi, ce self-control le faisant paraître assez froid. Mais il avait un regard intense et intelligent, presque calculateur. Il lui inspira aussitôt un mélange de confiance et de méfiance. Il se dirigea vers elle et s’inclina légèrement en déclarant assez pompeusement :

 

-       « Madame la Présidente Mara d’Aléna, je suis Richard Woolsey, chef de cette expédition depuis sept ans. J’aurais aimé vous accueillir dans d’autres circonstances.

-       Merci Monsieur Woolsey. Quant à moi, je suis désolée d'avoir à vous imposer la présence d’une grande partie de mon peuple, mais je n’ai pas eu le choix. La cité des Ancêtres a toujours représenté un espoir et un refuge pour nous, et vous nous aviez promis votre aide si le danger nous menaçait.

-       En parlant de danger… Le Dr Mc Kay pense avoir trouvé quelque chose concernant la raison de l’attitude des Wraiths. Votre Premier Conseiller Marcus ainsi que d’autres membres de mon équipe, attend dans notre salle de réunion afin que nous puissions faire le point sur votre situation. Vous sentez -vous assez forte pour cela ? »

 

Mara eut un rapide regard pour John avant de déclarer d'un ton grave :

 

-       « Oui. Il le faut. »

 

XXX

 

           En effet, en entrant dans la salle de réunion, Mara put revoir le Dr Mc Kay ainsi que Teyla et Ronon à qui elle adressa un léger signe de tête. Il lui sembla qu'eux non plus n'avaient pas changé, mais elle les connaissait moins bien que John.

 

-       « Mara, fit Teyla avec douceur. Heureuse de voir que vous allez bien.

-       Merci Teyla. »

 

Ronon se contenta de lui rendre son salut, mais son regard vif exprimait le même avis que Teyla.

 

           Marcus se précipita vers elle en s’exclamant, soulagé :

 

-       « Oh, que la grâce soit rendue aux Ancêtres ! Mara ! Vous m’avez fait peur !

-       Marcus, je vais bien… Avez-vous déjà expliqué la situation à nos hôtes ? Comment va le peuple ?

-       À part ceux enlevés, nous n'avons aucune perte à déplorer. C’est un miracle ! commenta-t-il d'une voix tremblante.

-       En effet, c’est un immense réconfort.

-       Ils sont… Très désireux de vous voir, Madame. Le Colonel Sheppard a eu la gentillesse d’envoyer quelqu’un les rassurer sur votre santé dès qu’il a été prévenu de votre réveil. »

 

Mara tourna son regard vers John qui eut un haussement d’épaules avec une grimace gênée. Elle acquiesça :

 

-       « J’irai leur parler dès que je le pourrai. Monsieur Woolsey, Colonel, que vous a expliqué Marcus ?

-       Peu de choses à vrai dire. Vous avez été attaqués au beau milieu de la nuit, par une horde de Wraiths. Ils ont fait une sélection de personnes parmi votre peuple.

-       Oui enfin… Pas le même genre de sélection que d’habitude, ironisa Rodney. »

 

Ils se tournèrent tous vers lui et il perdit aussitôt son sourire en coin, semblant se rendre compte de l’indélicatesse de sa remarque.

 

-       « Enfin je veux dire… Il n’y a rien de logique dans ce qu’ils ont… Fait. »

 

Ronon baissa la tête d’un air consterné quant à Richard Woolsey, il intervint pour éviter que le scientifique s’enfonce encore plus :

 

-       « Dr Mc Kay et si vous expliquiez à nos amis ce que vous avez découvert, hum ?

-       Oui, bien sûr, euh… Une petite seconde. »

 

Il s’affaira sur sa tablette et montra l’écran derrière Woolsey sur lequel deux colonnes de noms s’affichèrent, avant de se lever de sa chaise et de détailler :

 

-       « À gauche, le recensement de votre peuple, que vous effectuez tous les ans, avant de nous le transmettre. Vous avez une population de 345 personnes. À droite, ceux qui manquent à l’appel. Soit 66 Aléniens.

-       Et donc ?

-       Hé bien… Si on examine plus en détail les noms de cette liste… Il s’avère que 65 personnes est le nombre exact de gens avoir reçu la thérapie génique du Dr Beckett. D’après nos archives, vous nous avez demandé de vous la fournir pour en faire bénéficier certains volontaires sur votre planète, il y a quelques années de cela. »

 

Mara se pencha en avant, ahurie. Elle étudia les noms… En effet.

 

-       « Tous sauf deux, intervint alors le Dr Keller. Deux l’ont de manière innée.

-       C’est-à-dire ? demanda Marcus.

-       Elle parle de moi et Kalia, expliqua Mara. 

-       Exact, commenta Rodney. Vous et votre fille avez naturellement le gène des Anciens, que vous possédez depuis… Des générations. D’où les 66 personnes manquantes : 65 + 1, qui est Kalia. En vous comptant vous, les Aléniens sont au total 67 à avoir le gène ATA. C’est d’ailleurs un des points qui m’intrigue et à cause duquel j’ai dit tout à l’heure… Qu’ils n’ont pas agi avec logique.

-       Expliquez-vous Rodney, s'impatienta Sheppard. »

 

Mc Kay se redressa et développa sa pensée :

 

-       « On sait tous que l’un des rêves idylliques des Wraiths, est de pouvoir maîtriser la technologie des Anciens. N'ayant pas le gène ATA et aucune connaissance sur le sujet, cela leur est impossible. De plus, cet objectif se heurte à plusieurs problèmes. D'abord, il ne reste qu'un très faible pourcentage de personnes dans la Galaxie de Pégase à le posséder. Et ils n'ont pas non plus le moyen de le détecter chez les êtres humains. Ajoutez à cela le fait qu'ils ne sont plus très nombreux et qu'ils meurent plus de faim qu'autre chose et on peut comprendre pourquoi ils ont dû abandonner ce projet d'étudier et reproduire le gène comme l'a fait le Dr Beckett, depuis un moment déjà.

 

Mara fronça les sourcils.

 

-       « Vous avez une manière bien à vous d’exprimer les choses, Docteur. »

 

Rodney rougit légèrement et sembla perdre le fil de ses pensées. John le remit sur le droit chemin :

 

-       « Donc, vous croyez que c'est pour ça qu'ils n'ont enlevé qu'une partie des Aléniens ? Parce que ce sont eux qui possèdent le gène ?

-       Exactement.

-       Et qu’y a-t-il… D’illogique dans tout ça ? demanda Teyla.

-       Hé bien, le but principal des Wraiths est de trouver… Toujours plus de nourriture. Alors, s’ils connaissaient avec exactitude les identités des Aléniens possédant le gène …

-       Pourquoi ne pas tous les enlever et faire le tri après ? termina Ronon.

-       Exact ! Et la deuxième chose illogique est – excusez-moi Mara-… Pourquoi vous laisser, vous ? Vous avez aussi le gène ! »

 

Mara et Marcus se regardèrent. La jeune femme parut étonnée par le raisonnement éclairé du scientifique.

 

-       « En effet Docteur. Tout ce que vous dites se tient.

-       Oui, je sais.

-       Alors… intervint Woolsey. Où est-ce que cela nous mène ?

-       Et je terminerai en demandant, reprit Mc Kay, pourquoi vos détecteurs ne se sont pas activés ? Vous avez exactement les mêmes que nous sur votre propre cité d’Atlantis et des Aléniens ont été formés pour apprendre à les utiliser. Vous n’avez rien vu venir ?

-       Rien, fit Mara en secouant tristement la tête. Les Aléniens en charge de la surveillance de ces détecteurs ne m’ont pas prévenue. Et on ne pourra pas avoir leur témoignage parce qu’ils font partie de la population enlevée par les Wraiths.

-       Ils sont arrivés, murmura Marcus, comme des démons dans la nuit. »

 

Mara acquiesça et continua douloureusement :

 

-       « Je dormais avec ma fille quand… Je l’ai entendue hurler. Elle s’est jetée dans mes bras et j’ai à peine eu le temps de comprendre ce qui se passait, qu’une décharge électrique m’a mise à terre… Kalia m’a appelé, crié, secouée, mais cette créature a… Il l’a enlevée. Ils me l’ont enlevée. »

 

Elle ne put s’empêcher de se remettre à pleurer. Kalia… Kalia… Confusément, elle entendit le Dr Keller intervenir :

 

-       « Bon, ça suffit…

-       NON ! » s'écria-t-elle aussitôt, faisant sursauter tout le monde.

 

Marcus commença :

 

-       « Madame, il faut…

-       Ça va aller Marcus… »

 

Mara tenta tant bien que mal de se reprendre et s’essuya les yeux en déclarant farouchement :

 

-       « Il faut qu’on aille les sauver. »

 

Elle vit John et Woolsey se lancer un regard ennuyé. Mais ce fut Mc Kay qui intervint de nouveau :

 

-       « Vous ne pouvez pas. Pas encore en tout cas. »

 

John demanda :

 

-       « Qu’est-ce que vous voulez dire ?

-       Enfin John, comment les Wraiths ont-ils pu savoir quelles personnes enlever ? Comment ont-ils pu avoir accès à cette liste de noms, qui n’est contenue que dans notre base de données et dans celle des archives d’Aléna ? »

 

Un lourd silence accueillit ses questions. Ils comprirent tous où il voulait en venir. Le Colonel Sheppard concrétisa sa pensée :

 

-       « Il y aurait un traître parmi nous ?

-       Je dirai, parmi les gens d’Aléna, corrigea Rodney. Vu ce que contient notre base de données, ce ne sont certainement pas les informations les plus sensibles qu’un traître dans nos rangs aurait communiquées.

-       Ça m’a l’air clair, commenta Ronon. Les adorateurs des Wraiths se trouvent dans tous les mondes. Il y en avait aussi, sur Sateda.

-       Ah bon ? fit Mc Kay. Vous ne nous avez jamais parlé de ça.

-       J’en suis pas tellement fier, répliqua Ronon.

-       Oh, oui… Ça peut se comprendre. »

 

Mara tenta de remettre de l’ordre dans ses idées :

 

-       « Attendez, vous voulez dire que… Que l’un d’entre nous aurait contacté les Wraiths pour… Leur donner cette liste de noms ? Mais enfin dans quel bu...»

 

Mais elle s’arrêta net de parler. Elle se sentit blêmir, ce que les autres durent voir, car Woolsey demanda :

 

-       « Mara, vous avez une idée de qui cela peut être ?

-       Oui, répondit-elle faiblement. »

 

Elle se tourna vers Marcus, qui semblait s’être figé. Elle souffla :

 

-       « Je ne pensais pas qu’ils iraient jusque-là…

-       Qui ? insista Woolsey »

 

Mais c'en était trop pour Mara. Ils la virent s'affaisser et appuyer les coudes sur la table pour enfouir son visage dans ses mains, sous l'œil inquiet du Dr Keller, qui semblait à deux doigts de lui faire piquer un sprint en fauteuil roulant jusqu'à l'infirmerie. Marcus expliqua alors d'une voix qu'il s'efforçait de garder posée :

 

-       « Il faut que vous compreniez… La situation sur Aléna.

-       Quelle situation ? rétorqua Sheppard.

-       La situation… Politique. »

 

Woolsey haussa les sourcils :

 

-       « Mais… Vous n’êtes plus dans cette sorte de… Monarchie, non ? Vous avez aboli tout cela.

-       En effet, après votre départ, certains de vos savants et historiens sont venus chez nous pour… Nous apprendre à nous gérer dans un système démocratique. »

 

Il porta un regard affectueux sur sa Présidente et continua :

 

-       « C’est Mara qui l’a demandé. Et elle a d’ailleurs eu un comportement exemplaire. Tous les privilèges furent abolis. La cité des Ancêtres fut transformée en un centre médical, une école, un musée, dans lesquels chacun pouvait trouver sa place. Mara voulait que cette Tour sortant de terre ne soit plus un symbole de division, mais de réunification. Elle et Kalia vivent parmi nous comme n’importe quel autre membre de notre peuple…

-       Je vois, fit Woolsey. C’est une très belle chose que vous avez accomplie, Madame. »

 

Mara se contenta d’acquiescer d’un signe de tête, incapable de répondre verbalement. Marcus reprit :

 

-       « Quand vos gens étaient parmi nous, que le système s’est mis en place, tout le monde l’a salué. Par la suite et bien… Des disparités ont commencé à apparaître.

-       Vous voulez dire, des mouvements adverses à celui de Mara ? nuança John.

-       En réalité un seul. On les appelle les conservateurs… Quatre ans après votre venue sur Aléna, Mara décida de proposer le gène ATA à tout le monde, afin que chacun puisse jouir de la technologie de notre cité. Nous voulions également au travers de cela… Évoluer. Que les Aléniens puissent ensemble maîtriser cette technologie que seule la famille de Mara, pouvait jusqu'alors utiliser. Cela représentait le dernier symbole d’unification. Et stratégiquement parlant, c’était un moyen d’acquérir une autre réputation aux yeux des mondes avec lesquels nous commercions. Avancer dans des négociations que nous possédons une réplique de la cité des Ancêtres que nous sommes en mesure de faire fonctionner, constitue un argument de poids. Mais peu des Aléniens y adhérèrent. Beaucoup avaient peur. Face à des milliers d’années d’histoires et de légendes entourant les membres de la famille royale, les mentalités étaient dures à changer. Pour les conservateurs, cela alla plus loin. Ils renient la génothérapie, et ils diffusent de fausses rumeurs comme quoi les élections ont été truquées, que Mara a fait en sorte de préserver sa place à la tête du peuple. Pour tout dire, ils nous posent… Quelques problèmes.

-       Et je parie que ce groupe de conservateurs est ici, sur la cité ? glissa John

-       Oui Colonel. Mara n’a pas voulu les bannir d'Aléna et ils ont évacué la planète avec nous.

-       Bon… Nous pouvons au moins dire que les premiers suspects sont tous réunis au même endroit.

-       Je n’en suis pas si sûre, reprit Mara. »

 

Ils se tournèrent tous vers elle. Elle s'expliqua d'une voix lasse :

 

-       « Pour une attaque aussi planifiée, le ou les traîtres ont dû se coordonner avec les Wraiths. Les seuls moyens de communication longue distance que nous ayons, ce sont le système de radio que vous nous avez fourni, ainsi que celui des Anciens. Les Wraiths n’ont pas votre matériel. Quant à celui des Anciens…

-       Il faut le gène ATA pour l’utiliser, termina Rodney, qui semblait en même temps comprendre où Mara voulait en venir.

-       Oui. Alors, on peut supposer que c’est une personne possédant le gène, qui a contacté les Wraiths, déduisit Mara.

-       Mais ce peut être une action coordonnée entre porteurs du gène et conservateur, intervint Woolsey. À mon sens, ils ne sont pas forcément éradiqués de la liste des suspects.

-       Rodney, vous pourriez trouver sur leur cité, qui a appelé les Wraiths ? demanda subitement John. »

 

Le scientifique sembla se ratatiner et demanda d’une petite voix :

 

-       « Vous voulez dire… Leur cité qui vient juste d’être attaquée et dont on ne sait pas si… elle n’est pas sous la domination Wraiths ?

-       Oui celle-là même Rodney.

-       Oh… Et bien… Pourquoi pas ?

-       Il le peut, affirma John en se tournant vers Woolsey. »

 

Mais Mara secoua la tête :

 

-       « La priorité est de sauver ces 66 personnes enlevées par les Wraiths. Pas de découvrir l'identité du traître qui se terrerait ici.

-       Au contraire, Madame, répliqua Woolsey. Cette taupe est dangereuse aussi bien pour vous que pour nous.

-       Que voulez-vous dire ? demanda Mara.

-       Les Wraiths convoient Atlantis, ils ne s’en sont jamais caché. Je n’ai pas envie que quelqu’un de chez vous leur communique notre position actuelle ainsi que des informations qui pourraient nous faire du tort. Avant toute chose, et surtout avant que vous ne quittiez Atlantis, il nous faut faire sortir cette taupe de son trou. »

 

Mara se raidit. Elle comprit la gravité de la situation.

 

-       « Par tous les Ancêtres…

-       Cela dit, intervint John, nous ne vous laisserons pas tomber.

-       Nous devons aller sauver nos compagnons, Colonel, s'exclama alors Marcus. Nous ne pouvons pas les abandonner. Imaginez que les Wraiths réussissent à… Obtenir ce gène des Anciens, grâce au sang des nôtres ! Ça aussi, ce serait un problème aussi grave pour vous que pour nous, n’est-ce pas ? »

 

Woolsey regarda John, qui grimaça :

 

-       « On n’avait pas vraiment vu les choses sous cet angle. Alors… On va dire qu’on a… Encore un objectif en commun, n’est-ce pas Woolsey ? »

 

Mais le bureaucrate s’exclama :

 

-       « Mais enfin, comment voulez-vous que l’on sache où ils ont emmené ces pauvres gens ?

-       Ils sont peut-être toujours sur la planète ?

-       Non, affirma Marcus. Pendant que je m’enfuyais, j’ai clairement vu un vaisseau ruche au-dessus de nos têtes.

-       C’est vrai, fit Ronon. Certains villageois me l’ont dit.

-       Oui, mais on peut supposer qu’ils ne sont pas repartis dedans, répliqua Rodney. Enfin, réfléchissez, ils ont le gène ATA à leur portée et une… Moitié de cité Atlantis juste sous leurs pieds. Et on sait que les Wraiths peuvent contrôler les esprits des humains, imaginez qu'ils forcent leurs prisonniers à faire joujou avec la technologie de la Tour? Je dirai en fait que la situation est… Réellement catastrophique, termina-t-il d’un air consterné. »

 

Ronon conclut alors :

 

-       « Il faut qu’on y aille.

-       Attendez, attendez ! s'emporta Woolsey. Il ne s’agit pas de sauter dans un Jumper et de dégommer tout ce qui bouge, il faut un plan. Et on ne peut pas détruire ce vaisseau, si tant est qu’il soit toujours là, parce que notre mission de sauvetage ne servirait plus à rien. Colonel… Est-ce que vous pensez que nous pourrons trouver un plan assez rapidement ?

-       Les Wraiths sont déjà au travail sur leurs victimes, rappela Rodney.

-       Mc Kay ! s’exclama John avec colère.

-       Oui bon très bien… Je ne mets plus la pression… »

 

John tâcha de réfléchir vite. Il expliqua :

 

-       « La première des choses à faire est de s’assurer si les Wraiths sont toujours sur Aléna ou pas. Dans le cas où ils sont partis, envoyer Mc Kay pour enquêter sur l’identité de celui qui a éteint les détecteurs longue portée. Après, il faut découvrir si le traître a agi seul, avec d’autres personnes et…»

 

Mara suivait l’échange, de plus en plus perdue. Et dans son cœur, elle devait avouer qu’une seule crainte prédominait sur tout le reste : celle ne pas retrouver Kalia à temps. Elle mit un terme au développement de Sheppard en demandant d’une voix brisée :

 

-       « Est-ce qu’il y a une chance qu’on les retrouve en vie ? »

 

John en fut arrêté net dans son discours. Mc Kay déglutit avant de répondre :

 

-       « Il faut espérer… Que leurs recherches prennent le plus de temps possible. Et qu’ils ne se débarrassent pas… des sujets les moins intéressants.

-       Rodney… commença John d’une voix grondante.

-       Désolé Colonel mais c’est la stricte vérité ! Ils ont fait un raid sur Aléna pour… Mener à bien des expériences. Pardon Mara. »

 

Elle se sentit trembler. Elle déclara d’une voix ténue :

 

-       « Ils vont commencer par Kalia…

-       Enfin Mara, on ne peut pas le savoir, répliqua John d’une voix qu’il voulait rassurante. Ils peuvent…

-       Tu ne comprends pas, le coupa-t-elle. »

 

Il resta surpris. Il écarta les bras et demanda :

 

-       « Qu’est-ce que je ne comprends pas ? »

 

Mais Mara sentit soudain l’air lui manquer. Les vertiges se firent plus intenses et elle partit malgré elle en arrière, s’effondrant sur le dossier de sa chaise.

 

           Elle entendit John crier son nom et tandis que sa vision se tachetait de centaines de points blancs, les doigts délicats du Dr Keller prenaient son pouls.

 

-       « Elle fait un malaise, je la ramène tout de suite à l’infirmerie. »

 

John ne put que les regarder partir, réfléchissant aux derniers mots de Mara. Il se tourna vers Marcus, qui haussa les épaules, tout aussi confus que lui, avant de se lever et de déclarer :

 

-       « Si cela ne vous ennuie pas, je vais aller m’enquérir de mon peuple. Cela va me laisser un peu de temps pour… Penser à tout ça et… À vous de réfléchir.

-       Faites, fit Woolsey. »

 

Et Marcus sortit de la salle de réunion. John se tourna vers ses compagnons et souffla en disant :

 

-       « Je ne m’attendais pas à des complications d’une telle ampleur.

-       Oui, on peut dire que la situation d’Aléna nous pose problème à nous aussi, renchérit Mc Kay d’une voix grave.

-       Vous pensez vraiment qu’un villageois d’Aléna aurait pu… Contacter les Wraiths, trahir les siens, juste pour… Une histoire de politique ? Pour se venger de tous les changements mis en place depuis dix ans ? C'est quand même irréaliste ! lança Woolsey à la cantonade.

-       Pas tant que ça, avança Teyla. Après tout… Les fanatiques sont autant dangereux pour eux-mêmes que pour les autres. Cela expliquerait aussi pourquoi ils ont laissé Mara : pour qu’elle puisse souffrir de la perte d’une partie de son peuple qui représente l’évolution de leur culture et de leur société, et de sa propre fille. »

 

Elle déglutit. Elle-même, avait vécu une situation similaire, quand Michael avait enlevé son peuple, dont Kanaan, le père de son fils, pour mener à bien des expériences sur eux. Mais elle n’avait jamais connu la trahison d’un des siens, qui auraient mis en péril la vie de son enfant et du reste des Athosiens. Elle termina :

 

-       « Je peux parfaitement comprendre ce que ressent Mara. Cela doit même être pire, car la vie de tous ses citoyens est en jeu.

-       Nous ne remettons pas en question les sentiments de Mara, qui doivent être lourds à porter, Teyla, nota calmement Woolsey. Mais nous devons prendre beaucoup de choses en considération, pour notre propre sécurité, dans cette affaire.

-       Je vais affecter des militaires aux endroits stratégiques, pour éviter qu’un de ces rebelles nous file entre les doigts et endommage la cité, déclara John. Ensuite, je recommande de les confiner, le temps d’y voir plus clair, à certaines zones sans risque.

-       Ou même sur une planète, suggéra Ronon. Sans aucun moyen de communication et en les empêchant de composer une adresse sur la Porte des Étoiles.

-       Non, nous devons aider ces gens et non pas les abandonner dans la nature, décréta Woolsey. C’est ce que nous leur avons promis Ronon. La situation est délicate, mais nous devons tenir compte de plusieurs paramètres pour prendre la décision la plus juste possible.

-       Alors on va quoi… Questionner 280 personnes ? Les faire passer au détecteur de mensonges ? ironisa Mc Kay.

-       S’il le faut, oui, Docteur. Dans un premier temps, s’assurer qu’ils n’ont aucun moyen de communiquer de nouveau avec des Wraiths et je vais demander au Dr Keller de procéder à un examen approfondi de chacun d’entre eux, pour être sûr qu’ils ne représentent pas un risque pathogène ou… technologique, si je puis dire. Par exemple, les Wraiths pourraient leur avoir implanté le même genre de traceurs que vous aviez, Ronon. Et en effet Colonel, il va falloir les confiner quelque part. Sur la cité. Je ne laisserai pas les Wraiths les atteindre, s’ils peuvent leur donner la moindre information sur nous.

-       On va envoyer un MALP sur Aléna, suggéra John. Pour vérifier la présence éventuelle d’un vaisseau ruche. S’il n’y est pas, j’expédie une équipe pour s’assurer qu’ils ne sont plus sur la planète et ensuite, Mc Kay devra aller voir s’il peut trouver comment le ou les traîtres ont communiqué avec les Wraiths.

-       Ça me paraît bien pour le moment. En attendant, évaluez aussi les possibilités pour un plan de sauvetage, Colonel Sheppard.

-       Très bien.

-       Bon… Alors… Au travail ! »

 

XXX

 

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