Les Chroniques d'un Jedi - Tome 8 : Le Gambit de l’Amiral

Chapitre 15 : Les fondations de l’impensable

1426 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 15/09/2026 09:38

Chapitre 15 — Les fondations de l’impensable


Quelques années plus tard.

Le visage de Mon Mothma flottait en hologramme au centre du salon.

Sa voix ne tremblait pas.

C’était pire.

— Lorsque la vérité nous quitte, lorsque nous la laissons filer, lorsqu'elle nous est arrachée, nous devenons vulnérables à l'appétit de n'importe quel monstre qui hurle le plus fort. L'emprise de cette Chambre sur la vérité a finalement été perdue sur la place Ghorman. Ce qui s'est passé hier… ce qui s'est passé hier sur la place Ghorman était un génocide non provoqué ! Oui ! Un génocide ! Et cette vérité a été bannie de cette chambre ! Et le monstre qui hurle le plus fort ? Le monstre que nous avons aidé à créer ? Le monstre qui viendra nous chercher tous assez tôt, c'est l'Empereur Palpatine !


Vyze était immobile, les bras croisés, le regard fixé sur la projection bleutée. Autour de lui, le Delphinus vibrait doucement, désormais vaisseau impérial en apparence… mais plus que jamais en équilibre instable.

Le discours prit fin.

Le silence fut lourd.

Vyze ne ressentit pas de colère immédiate.

Seulement cette sensation familière, froide, précise. Quelque chose clochait.

Sur le Pont secondaire du Delphinus.

— Ce n’est pas Ghorman qui t’inquiète, dit Jaden.

Vyze hocha lentement la tête.

— Ghorman est un symptôme.

Il fit apparaître une série de cartes stellaires.

— Regarde les mouvements de flotte ces dernières années. Des convois massifs, mais pas vers les zones de pacification. Des ressources détournées. Duracier phrik, tibanna raffiné, hypermatière.

Jaden fronça les sourcils.

— Ce sont des volumes absurdes.

— Exactement !

Vyze agrandit une zone périphérique de la galaxie.

— Trop loin des routes commerciales. Trop protégée pour un simple chantier naval. Trop silencieuse.

Il inspira profondément.

— L’Empire ne cherche pas seulement à écraser les rébellions. Il construit quelque chose !


La nuit suivante, Vyze se promenait seul sur la place de Ghorman, là même où était survenu le massacre, il errait sans but, soudain, un mendiant aveugle se leva et courra vers lui, il lui saisit très fort le bras :

— Jedi Gris, tu es pris dans ta propre toile d’araignée ghormienne.

— Quoi ? Demanda Vyze surpris par ce geste. Qui est tu ?

— Je suis Chirrut Îmwe, un gardien des Whills, je te vois Amiral Vyze.

— Tu es aveugle…

— Pas dans la Force, coupa Chirrut, je vois deux fils qui sortent de ta toile, tire sur le premier et tout se resserra jusqu’à t’étouffer, tire sur le second et tout se démêlera.

— Tu parles par énigme, je n’y comprends rien !

— Le moment venu, choisit le bon fil… Adieu.

Chirrut s’en alla aussi rapidement qu’il était venu.


Peu après, dans les Archives impériales de l’antenne du BSI de Ghorman, Vyze travailla seul.

Ses accès d’amiral ouvraient des portes… mais pas toutes, il utilisa le contrôle mental pour en ouvrir d’autres.

Alors il fit ce qu’il avait toujours fait, il écouta la Force, pas pour voir l’avenir, mais pour sentir les absences.

Des trous dans les données, des rapports tronqués. Des projets classés sous des codes anonymes.

Il trouva un nom… Ou plutôt… un non-nom.

PROJET : SPHÈRE STELLAIRE

Aucune description, aucun commanditaire officiel, aucune fin prévue… Mais des chiffres.

Vyze sentit un frisson lui parcourir l’échine.

— Ce n’est pas une arme conventionnelle… murmura-t-il.

Il superposa les données de Ghorman : Routes commerciales détournées. Silence des médias impériaux. Présence inhabituelle du BSI avant le massacre.

— Ils testaient quelque chose, souffla-t-il.

Sans s’en rendre compte, Vyze posa une main sur la console.

La Force répondit.

Des images confuses : Une structure circulaire, gigantesque. Un feu plus brillant qu’une étoile et des mondes entiers figés dans la peur.

Il recula brusquement, haletant.

— Non…

Ce n’était pas une vision claire. Juste une intuition terrifiante.


Plus tard, de retour sur Naboo, Vyze regardait l’horizon depuis la terrasse. Alyna le rejoignit sans un mot.

— Tu as vu le discours, dit-elle doucement.

— Oui.

— Et ?

Il hésita.

— L’Empire prépare quelque chose de trop grand pour être stoppé par une simple opposition politique.

Elle le fixa.

— À quel point ?

Vyze serra la mâchoire.

— À l’échelle d’une galaxie.

Alyna pâlit légèrement.

— Tu es sûr ?

— Je ne connais pas encore la forme exacte du projet. Mais je sais une chose.

Il se tourna vers elle.

— Ghorman n’était pas un accident. C’était un avertissement.

Vyze se mit à écrire quelques notes dans son journal personnel : Si ce que je soupçonne est réel, alors l’Empire ne cherche plus à gouverner par la peur… mais par l’anéantissement. Et si je reste immobile, Je deviendrai complice.


Encore troublé par cette vision et dans un acte purement irréfléchi, Vyze se rendit au bureau de Wilhuff Tarkin.

Le bureau était vaste, nu, presque austère.

Au-delà de la baie transparente, l’espace s’étendait, silencieux, indifférent.

Wilhuff Tarkin ne se retourna pas.

— Je me demandais si vous viendriez, dit-il calmement.

Vyze resta immobile derrière lui.

— Et moi, si vous nieriez.

Un léger silence.

Tarkin croisa les mains dans son dos.

— Ghorman était nécessaire. L’ordre exige parfois… de la fermeté.

— Non, répondit Vyze. L’ordre exige de la justice. Ce que vous avez montré, c’est la peur.

Tarkin se retourna enfin.

— La peur fonctionne, Jedi.

Vyze soutint son regard.

— Temporairement. Vous construisez quelque chose, reprit Vyze. Une arme. Une sphère. Un monde creux… capable d’imposer la paix par la destruction.

Le regard de Tarkin ne changea pas.

Mais il observa Vyze avec plus d’attention.

— Les rumeurs voyagent vite.

— Ce n’est pas une rumeur, dit Vyze. C’est une erreur.

Tarkin s’approcha lentement.

— Vous croyez que la galaxie veut la liberté. Vous vous trompez. Elle veut la stabilité. Et la stabilité naît de la certitude… que toute rébellion est inutile.

— Vous ne bâtissez pas la paix, répondit Vyze. Vous bâtissez le silence.

Le froid sembla envahir la pièce.

— Si cette arme existe, continua Vyze, elle ne préservera pas l’Empire. Elle le condamnera.

Tarkin plissa légèrement les yeux.

Puis, presque distraitement :

— Une sphère capable de canaliser une énergie de destruction à l’échelle planétaire…

Il marqua une pause.

— Si un tel projet existait… il ressemblerait beaucoup au fameux canon kyber de votre si précieux Delphinus, Amiral.

Vyze ne répondit pas immédiatement.

Un silence. Bref… mais trop long pour être anodin.

Son regard vacilla une fraction de seconde.

Puis il reprit, parfaitement maîtrisé :

— Alors vous savez déjà pourquoi cela échouera.

— Vous parlez comme si vous aviez vu l’avenir.

— Non, dit Vyze. Je parle comme quelqu’un qui a vu ce que devient un pouvoir… quand il oublie la vie.

Un long silence suivit.

Puis Tarkin déclara :

— Vous êtes un homme raisonnable, Vyze. C’est regrettable que vous soyez du mauvais côté de l’Histoire.

Vyze tourna légèrement la tête vers la baie étoilée.

— L’Histoire ne choisit pas de côté, Gouverneur. Elle juge.

Sans un mot de plus, il se détourna et quitta la pièce.

Tarkin ne le retint pas mais pour la première fois, il ne regardait plus les étoiles, il regardait la porte.


Une fois seul, le calme ne revint pas.

Cette phrase… Ce parallèle… Le canon kyber.

Son canon !

Une idée qu’il avait crue sienne, venant de ses visions.

Une mémoire refit surface.

Comte Dooku, dans ce duel, des décennies plus tôt : “J’ai… contribué à certains aspects de sa conception. A ton avis comment est-il possible que tu aies construit un si grand vaisseau sans que le Conseil ne s’en aperçoive ?”.

À l’époque, Vyze n’avait pas insisté.

Aujourd’hui… il comprenait.

Ou du moins… il commençait à comprendre.

Et si… Non !

Sa mâchoire se crispa.

Et si ce qu’il avait construit… n’avait jamais été censé rester une simple arme de guerre ?

Et si… il avait, sans le savoir… posé la première pierre de quelque chose de bien pire ?

Au loin, quelque part dans l’obscurité de la galaxie,

Les fondations de l’impensable continuaient de s’élever.

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