L'Origine de la Force Grise (Préquelle)
Chapitre 6 — L’enfant silencieux
La naissance commença avant l’aube, dans un silence étrange.
Le ciel au-dessus du domaine Polaekys était encore bleu sombre, la brume glissant sur les jardins humides de Naboo. Aucun orage, aucun vent, aucune agitation particulière et pourtant Liora s’éveilla avec la certitude absolue que le moment était venu.
Pas à cause de la douleur.
À cause du calme.
Comme si quelque chose attendait depuis des semaines et venait enfin d’atteindre l’instant exact.
La première contraction survint quelques secondes plus tard.
Teren ne posa pas de questions. Il appela les médecins du domaine, fit préparer le transport, avertit le personnel avec l’efficacité mécanique qui l’avait toujours protégé du désordre.
Pour la première fois pourtant, ses mains tremblaient.
Le trajet jusqu’au centre médical de Theed se déroula dans une lumière naissante. Les plaines s’ouvraient autour d’eux, traversées de reflets argentés. Liora serrait les accoudoirs sans un mot.
Entre deux contractions, elle sentait l’enfant.
Non pas bouger, mais attendre… Comme s’il savait.
Les heures qui suivirent se perdirent dans la fatigue, les ordres rapides, les machines médicales, la chaleur des lampes de salle d’accouchement.
Puis tout s’arrêta… Le dernier effort… Le cri attendu… Et le silence.
Le médecin leva les yeux, surpris.
L’enfant était né, mais il ne pleurait pas.
Il respirait. Son cœur battait normalement. Aucun signe de détresse. Ses yeux étaient déjà ouverts, larges, clairs, étonnamment fixes.
Il regardait… Pas les lumières… Pas les médecins.
Il suivait les mouvements des mains autour de lui, comme s’il anticipait chaque geste avant qu’il n’ait lieu. Ses yeux se tournaient une fraction de seconde avant qu’un instrument change de place, avant qu’une infirmière ne se déplace, avant qu’un drap ne soit soulevé.
Le médecin resta silencieux quelques secondes.
Puis, comme pour se convaincre lui-même, murmura :
— Il est parfaitement sain.
Liora tendit les bras.
Quand on posa l’enfant contre elle, il se calma encore davantage. Son visage resta sérieux, presque trop attentif pour un nouveau-né.
Teren le regarda longtemps.
Il avait imaginé cet instant des centaines de fois. Il s’attendait à un nourrisson rouge, hurlant, fragile.
Pas à ce petit être silencieux qui semblait déjà observer le monde avec une concentration troublante.
— Vyze, souffla Liora.
Le nom vint naturellement.
Comme s’il avait toujours été le sien.
Vyze cligna lentement des yeux, sans détourner le regard.
Au même instant, à plusieurs systèmes de là, sous les dômes gigantesques de Coruscant, la salle du Sénat galactique résonnait d’applaudissements mesurés.
Sheev Palpatine prêtait serment comme représentant officiel de Naboo.
Sa voix s’élevait claire, parfaitement maîtrisée, tandis que des milliers de regards se tournaient vers lui.
Le premier pas visible, le début officiel, le pouvoir venait de changer de mains.
Et aucun de ceux qui applaudissaient ne savait qu’au même moment, sur sa planète natale, naissait quelque chose qui échappait déjà à ses calculs.
Les premières semaines confirmèrent l’étrangeté.
Vyze pleurait peu… Dormait profondément.
Mais ses yeux restaient toujours trop présents.
À peine âgé de quelques jours, il tournait déjà la tête avant que quelqu’un entre dans la pièce. Pas quand il entendait des pas : avant. Une seconde trop tôt.
Liora le remarqua avant tous.
Puis Teren.
Un soir, alors que le soleil tombait derrière les jardins du domaine, un hochet posé sur la table basse glissa de quelques centimètres vers le berceau.
Teren le vit, le mouvement était infime, presque rien, il resta figé.
Puis se leva, prit l’objet, vérifia la table.
— Elle penche, dit-il finalement.
Liora ne répondit pas.
Parce qu’elle avait vu l’enfant lever la main juste avant.
Une semaine plus tard, une petite couverture repliée au pied du berceau glissa lentement vers lui alors qu’il tendait les doigts en silence.
Teren ne chercha pas d’explication cette fois.
Il sortit simplement de la pièce.
Et revint dix minutes plus tard avec un visage trop neutre.
Palpatine vint au domaine quelques jours après.
Visite protocolaire, annonça le secrétariat. Une courtoisie envers une famille fidèle à la fonction sénatoriale.
Il arriva en milieu d’après-midi, sous un ciel clair. Les domestiques s’agitèrent plus que nécessaire. Teren accueillit l’invité avec la raideur respectueuse qu’imposait son rang.
Liora tenait Vyze dans ses bras sur la terrasse intérieure.
Quand Palpatine entra, l’enfant remuait doucement, les mains ouvertes vers la lumière.
Puis il s’immobilisa… Totalement. Aucun cri, aucune agitation, seulement ce regard.
Ses yeux se fixèrent sur Palpatine et ne le quittèrent plus.
Le sénateur s’approcha avec son sourire parfaitement dosé.
— Puis-je ?
Liora hésita, presque imperceptiblement, avant de lui tendre l’enfant.
Au moment où Palpatine le prit, le silence sembla s’épaissir autour d’eux.
Vyze ne détourna pas les yeux.
Il observait le visage du sénateur comme un adulte jaugerait un inconnu.
Palpatine soutint ce regard quelques secondes.
Puis quelque chose changea.
Une infime tension dans ses traits.
Si légère qu’un autre ne l’aurait pas remarquée.
Mais Liora la vit.
Une crispation. Une seconde d’évaluation. Comme si, pour la première fois, quelque chose dans cet enfant refusait de se laisser ignorer.
Palpatine rendit finalement Vyze à sa mère.
— Il est très calme, dit-il.
Sa voix était la même, son sourire aussi.
Mais il resta silencieux une seconde de trop.
Puis ajouta :
— Certains enfants voient plus qu’ils ne devraient.
La phrase tomba entre eux comme une pierre dans l’eau.
Teren eut un rire poli.
— Vous connaissez les enfants ?
Palpatine détourna les yeux vers les jardins.
— Pas autant que j’aimerais.
Il resta encore quelques minutes. Parla d’affaires. De Naboo. De la stabilité future.
Mais Liora n’écoutait plus, elle gardait Vyze contre elle.
L’enfant ne quittait plus le sénateur des yeux.
Et lorsque Palpatine repartit enfin, le soleil avait disparu derrière les collines. Le speeder s’éloigna. Le silence revint.
Liora baissa les yeux vers son fils.
Il clignait lentement, apaisé… Comme si le danger venait de partir.
Elle sentit un froid discret dans sa poitrine.
Et pour la première fois, elle comprit quelque chose qu’elle n’avait jamais voulu formuler.
Le malaise qu’elle ressentait en présence de Palpatine… son fils le ressentait aussi.
Mais lui, à quelques semaines à peine, semblait déjà en connaître la raison.