L'Origine de la Force Grise (Préquelle)
Chapitre 7 : Ce que les Sith n’ont pas vu
1004 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 26/07/2026 15:10
Chapitre 7 — Ce que les Sith n’ont pas vu
Les années passèrent sans bruit.
Sur Naboo, le temps semblait glisser différemment. Les saisons changeaient avec douceur, les jardins du domaine Polaekys continuaient de fleurir, et les lacs autour de Theed reflétaient le ciel avec la même sérénité trompeuse.
En surface, rien ne troublait la vie de la famille.
Pour Teren, ces années furent celles du travail et de la progression. Son sérieux avait été remarqué par le nouveau sénateur, et ses responsabilités administratives s’étaient accrues. Il voyageait davantage, gérait des archives plus sensibles, participait à des échanges qui dépassaient peu à peu la simple politique locale.
Il n’aimait pas cela.
Mais il acceptait, comme toujours, ce que le devoir imposait.
Liora, elle, observait son fils grandir.
Et avec lui, grandir cette certitude silencieuse : il n’était pas comme les autres enfants.
Vyze parlait peu. Très peu. Pas par timidité, ni par retard. Il choisissait simplement ses mots, comme s’il ne voyait aucun intérêt à remplir le silence. Ses questions, lorsqu’il en posait, semblaient surgir de pensées trop vastes pour son âge.
« Pourquoi les feuilles tombent-elles avant que le vent ne souffle ? »
« Pourquoi les oiseaux changent-ils de direction avant l’orage ? »
« Pourquoi certaines personnes sourient alors qu’elles sont tristes ? »
Teren répondait comme il pouvait.
Liora, souvent, n’avait pas de réponse.
Et parfois, Vyze semblait déjà connaître la leur.
À plusieurs systèmes de là, dans les profondeurs du pouvoir naissant, Dark Plagueis n’avait pas oublié.
Il avait essayé.
Pendant des mois, il s’était convaincu que la perturbation du rituel n’avait été qu’un phénomène transitoire. Une vibration sans conséquence. Un simple effet secondaire de leurs manipulations.
Puis les années avaient passé.
Et pourtant, dans ses méditations les plus profondes, quelque chose revenait.
Toujours.
Une faille dans le souvenir, un point manquant dans la trame.
Il revint donc à la salle de pierre sous Theed.
Seul.
Le cercle ancien avait été restauré. Les symboles retracés. Le sol nettoyé de toute trace du premier rituel. Mais Plagueis savait que la mémoire de la Force ne disparaissait jamais complètement.
Il s’agenouilla au centre du cercle et ferma les yeux.
La Force vivante s’ouvrit autour de lui comme une marée sombre.
Il revit l’instant. Le courant. La poussée. La réponse du vivant. Puis la bifurcation… Là.
Cette fraction de seconde où quelque chose avait dévié.
Il la suivit, plus loin que la première fois.
Il chercha la trace résiduelle… Et il la sentit, pas une présence, pas encore, un point… Une singularité.
Née de leur acte, mais étrangère à leur intention.
Il ouvrit brutalement les yeux.
— Il y avait bien un second point.
Sa voix se perdit dans la pierre.
Pas Maul. Il connaissait déjà sa signature : agressive, brûlante, directe.
C’était autre chose, une vibration plus subtile, comme un écho né derrière un mur.
Quelque chose leur avait échappé.
Il étendit sa perception vers les collines, vers Theed, vers les campagnes de Naboo.
Puis au-delà… Rien. Le fil se brisait toujours au même endroit. Comme si quelqu’un avait volontairement effacé la continuité. Un masque. Un voile. Un acte conscient.
Son esprit revint alors à Dathomir. À cette journée. À la présence fugace perçue avant qu’elle ne disparaisse. À la sensation impossible d’une signature coupée net.
Il comprit, pas entièrement, mais assez. Quelqu’un l’avait brouillée, quelqu’un avait fermé l’accès avant qu’il puisse suivre la trace.
Son regard se durcit.
Très loin, dans les brumes rouges de Dathomir, la vieille sorcière Kharis-Zal vivait encore, oubliée des archives, ignorée des Jedi, méprisée par ceux qui croyaient connaître les mystères.
Et sans le savoir, elle avait soustrait quelque chose à un Seigneur Sith.
Plagueis aurait pu enquêter, traquer la source, explorer Naboo cellule par cellule. Chercher tous les enfants nés cette saison-là.
Il y pensa… Longtemps. Puis il renonça, pas par clémence mais par calcul.
Le plan avec Palpatine avançait trop bien. Le siège sénatorial n’était qu’un début. Les prochaines années exigeaient discrétion, patience, préparation. Remuer Naboo, attirer l’attention des Jedi, réveiller de vieilles traditions locales, tout cela serait inutilement dangereux.
Le risque dépassait l’intérêt.
Ce n’était peut-être qu’une anomalie sans conséquence. Un courant mineur… Un accident.
Il se releva.
Et prit sa décision.
— Nous laissons cela.
Sa voix était froide. Aucun témoin ne l’entendit. Mais cette phrase scella quelque chose de plus important qu’il ne le comprenait.
Sur Naboo, à cet instant précis, Vyze courait dans les jardins du domaine. Il avait presque quatre ans. Les feuilles mortes glissaient autour de ses bottes, soulevées par le vent du soir.
Il s’arrêta soudain. Le vent aussi. Comme suspendu.
L’enfant leva la tête vers le ciel vide, les yeux plissés.
Puis il murmura, sans savoir pourquoi :
— Il a cessé de chercher.
Liora Polaekys, assise sur la terrasse, sentit un frisson la parcourir.
— Qu’as-tu dit ?
Vyze tourna vers elle un visage parfaitement calme.
Comme s’il sortait d’un rêve.
— Rien.
Puis il reprit son jeu, comme si ces mots ne lui appartenaient déjà plus.
À des kilomètres de là, Dark Plagueis quitta la salle souterraine et referma derrière lui les portes de pierre.
Il croyait avoir abandonné une erreur.
En réalité, il venait de laisser grandir, hors de son regard, la seule conséquence de ses expériences qui ne servirait jamais les Sith.
Et c’était précisément pour cela qu’elle survivrait.