Star wars épisode 11: L'équilibre dans la force
Chapitre 14 : Les gardiens de la lumière
4700 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 05/05/2026 23:35
Sur Mortis, Katarn esquivait toujours. Ses gestes n’avaient plus rien de réfléchis ; c’étaient des réflexes bruts, nés de l’instinct, d’années de combat gravées jusque dans ses os. Il se mouvait comme on s’accroche à une corde au-dessus d’un gouffre : sans calcul, sans espoir, seulement avec la volonté de ne pas lâcher. Le sabre vibrait dans sa main comme une extension de sa rage. Il frappait, tournoyait, pivotait, feintait, chaque mouvement arraché à une réserve de force qu’il croyait épuisée depuis longtemps. Devant lui, la falaise, déjà marquée de fractures par l’assaut de l’Empereur Sith, grinça comme une bête blessée. Sous son dernier coup, elle céda enfin.
Alors le monde hurla.
La paroi s’ouvrit d’un cri minéral, une plaie béante qui dévora la pierre. Un pan entier se détacha, bascula dans le vide dans un grondement qui résonna à travers toute la côte. Des blocs massifs roulèrent comme des boulets arrachés à une forteresse, s’écrasant les uns contre les autres dans une cascade d’éclats et de poussière. Le sol vibra, et Katarn sentit la terre s’effondrer sous ses pieds. Il n’eut pas le temps d’hésiter : déjà la falaise l’entraînait avec elle.
Ce fut l’engloutissement.
L’eau jaillit de la paroi fracturée, non pas comme une vague, mais comme une bête libérée de ses chaînes. Le toron, torrent né du fracas, l’aspira d’un seul coup. Katarn disparut dans une masse d’écume et de violence.
Tout devint chaos.
Le monde n’était plus qu’un rugissement. L’eau le saisit, le plia, le broya. Elle le projeta contre des rocs invisibles, lui tordit les bras et les jambes comme s’il n’était qu’une marionnette brisée. Ses poumons hurlèrent à l’air. Ses oreilles résonnaient du fracas liquide. Ses yeux piqués de sel ne voyaient plus qu’un mélange de gris et de noir. Le courant le roulait comme une balle, sans direction, sans sens. Chaque seconde n’était qu’un assaut nouveau, un coup de plus. Le toron voulait l’effacer.
Il songea, avec une clarté glaciale : Je vais mourir ici.
Pensée nette, froide comme la lame d’un couteau. Trop froid. Trop fort. Trop profond. Ses bras fouillaient l’eau en vain. Il n’y avait rien à saisir. L’air devint rare, puis inexistant. La panique, telle une meute, serrait ses mâchoires autour de lui. La fatigue descendit dans ses jambes, lourde, irrémédiable. Chaque battement de cœur devenait plus lourd que le précédent. Son corps, meurtri par le combat, n’était plus qu’un poids ballotté par les flots.
Et puis… le monde changea.
Comme si un interrupteur avait été abaissé, tout ce tumulte s’éteignit. Le rugissement se mua en un silence pesant. Le flot, furieux et froid, devint tiède, presque docile. L’eau ne l’attaquait plus. Elle l’enveloppait. Le ciel se fendit d’un trait de lumière. Les nuages se dispersèrent comme s’ils n’avaient jamais existé. Le soleil jaillit, haut, impérieux, dardant sa clarté sur l’océan. Tout cela avait quelque chose d’irréel, comme une illusion dressée pour le tromper. Mais Katarn ne chercha pas à comprendre. Son instinct, plus fort que la raison, ouvrit sa bouche. L’air entra. Brutal. Pur. Irréel. Il se mit à tousser, à cracher, et soudain un rire lui échappa — un rire sec, éraillé, qui n’avait rien de joyeux mais qui portait toute la surprise de l’homme qui revient d’entre les morts.
Alors il nagea. D’abord maladroit, désarticulé, comme une machine brisée. Ses bras battaient l’eau par réflexe. Puis, peu à peu, autre chose revint : une force sourde, ancienne, plus tenace que tout le reste. Pas la peur, pas la panique. Une colère. Une volonté brute. L’obstination de l’homme qui refuse de céder. Les vagues le repoussaient encore, mais il avançait. Il avançait, et au fond de lui une certitude battait, brûlante : pas aujourd’hui.
Ses doigts touchèrent enfin le sable. La sensation fut simple, presque absurde : des grains solides, rugueux, réels. Pas une victoire, pas un triomphe éclatant. Mais une délivrance. Il s’y accrocha, tira son corps hors de l’eau, toussa, vomit des gerbes salées. Rampant comme un animal, il s’arracha des flots. Puis, avec une raideur de survivant, il se releva. Parce que c’est ce qu’il avait toujours fait : se relever.
Le soleil l’aveugla. Sa chaleur le frappa comme une gifle. Après l’enfer glacé du toron, cette brûlure lui parut cruelle, presque moqueuse. Mais Katarn resta immobile, étendu un instant sur le sable chaud, la joue collée contre la terre, respirant à grandes goulées comme si chaque haleine était une conquête. Ses poumons brûlaient. Ses muscles criaient. Mais il était vivant.
Alors il leva la tête.
Et là, il s’attendait à voir le chaos, les cicatrices du combat. Il s’attendait à ce que la falaise soit encore en flammes, fumante sous la marque de l’Empereur Sith. Mais il n’y avait rien. Rien qu’un horizon d’une netteté implacable. La mer roulait, calme, indifférente. Le ciel brillait d’un bleu innocent, lavé de toute trace de tempête. Comme si rien n’avait existé. Comme si l’univers avait décidé d’effacer son propre crime.
Katarn resta un moment interdit. Ses doigts se refermèrent sur une poignée de sable. Le sel séchait déjà sur sa peau. Et malgré la fatigue, malgré les plaies, un sourire naquit sur son visage. Fin. Droit. Sans masque.
Il se redressa. Lentement. Boitant, mais debout. Son sabre pendait toujours à sa ceinture, lourd, silencieux, comme une promesse qui ne disparaîtra jamais. Il jeta un dernier regard derrière lui. Pas pour regretter, pas pour pleurer. Mais pour mesurer. Pour évaluer l’étendue de ce qui l’attendait encore.
Le combat n’était pas fini.
Pas aujourd’hui.
Le soleil, impérieux et dur, venait de le rappeler à la partie.
Et Katarn, malgré les plaies, malgré la fatigue, malgré le poids du monde, n’avait pas l’intention de quitter le jeu avant la dernière manche.
Il décida de suivre la végétation luxuriante. Une forêt s’ouvrait devant, étouffante et bruissante de vie. Chaque pas l’enfonçait un peu plus dans ce labyrinthe de troncs, de lianes et de feuilles grasses qui ruisselaient de chaleur. L’air saturé collait à sa peau ; ses vêtements encore humides semblaient sécher en même temps qu’ils l’étouffaient, collés comme une seconde peau.
La lumière tombait à pic. Le soleil frappait la canopée si fort que les rayons se brisaient en éclats d’or à travers les branches. La moiteur transformait chaque respiration en effort, chaque mouvement en lutte contre un poids invisible. Des cris d’oiseaux fendaient le silence, mêlés au bourdonnement incessant des insectes.
Il s’arrêta un instant, courbé, reprenant souffle. Sa main glissa sur l’écorce d’un tronc immense, rugueuse et tiède. Mortis… Cette planète résonnait avec la Force. Ici, tout changeait comme sous l’impulsion d’un cycle invisible. Le désert glacé, la tempête, l’océan, et maintenant cette jungle écrasée de soleil. C’était clair : Mortis était un catalyseur. La Force coulait ici comme une marée sans fin, modelant le monde au rythme de ses flux.
Une pensée s’imposa à lui.
Si la nuit représentait le côté obscur, alors le jour incarnait le côté lumineux. Le contraste était net, brutal. Ici, sous ce soleil impérieux, il ne craignait rien. Pas d’ombre. Pas de piège. Pas encore. Cette idée lui donna un souffle nouveau, un répit fragile.
Il redressa la tête, plissa les yeux vers le ciel écrasant, puis reprit sa marche. La jungle vibrait tout autour, saturée de bruit et de chaleur. Mais au cœur de cette fournaise, Katarn se surprit à avancer plus sereinement. Pour quelques heures au moins, la lumière le couvrait.
Au loin, Katarn distingua des silhouettes immenses qui se découpaient entre les arbres. Plus il avançait, plus elles prenaient forme : des statues gigantesques, dressées comme des gardiens éternels devant l’entrée d’un temple ancien. Trois colosses de pierre, usés par le temps mais encore intacts, dominaient la jungle. Il reconnut aussitôt la légende qu’elles représentaient : le Père, le Fils et la Fille. La trinité ancienne, incarnation des équilibres de la Force.
Katarn s’arrêta, frappé par la grandeur du lieu. Ses yeux parcouraient les visages figés, les traits sculptés dans le roc avec une précision que le temps n’avait pas réussi à effacer. Il ne pouvait s’empêcher d’admirer. Qui avait pu bâtir de tels monuments ? Quelle civilisation, disparue depuis des millénaires, avait eu la force, la foi, et le savoir de graver ces géants ?
Un souffle chaud traversa la clairière. Puis une voix résonna, claire, dans son oreille.
— Salut à vous… désolé, mais votre route s’arrête ici.
Katarn tressaillit. La voix n’avait rien d’une menace hurlée : elle était posée, calme, presque bienveillante. Mais les mots, eux, étaient implacables.
— Colère, ego, fierté. Vous en êtes rempli mon ami. Ils vous entraînent vers le Côté Obscur. Vous n’etes plus un gardien de la force, mais son ennemie.
Alors l’ombre se fit chair. Devant lui se dressait un Jedi.
Un homme vêtu de blanc, droit comme une lame, dont la barbe taillée avec soin encadrait un visage sévère mais lumineux. Son regard bleu perçait comme une flamme froide. Katarn le reconnut aussitôt. Obi-Wan Kenobi, tel qu’il avait été en son âge d’or, au temps de la République.
Un silence pesa entre eux, lourd, tendu. Katarn serra la mâchoire. Sa main glissa lentement vers son sabre, même s’il n’avait pas encore bougé.
— Ennemi de la force ? dit-il enfin, sa voix grave résonnant dans l’air immobile. Vous vous trompez. Je suis un de ses gardiens.
Kenobi secoua la tête avec une lenteur pleine de certitude.
— Non. Vous l'avez été. Mais vous ne l’etes plus.
Il fit un pas en avant, et dans un geste précis, alluma son sabre. Le halo bleu éclata, vibrant comme une vérité qui ne se discute pas. Il leva l’arme devant lui et adopta une posture parfaite : le Soresu. Une défense pure, impénétrable, la forme de l’endurance et de la patience.
Katarn observa cette posture avec un frisson. Il la connaissait, il en mesurait l’efficacité. C’était le style d’un maître, d’un rempart impossible à franchir. Et face à lui, il savait qu’aucune faille ne se présenterait facilement.
Obi-Wan le fixa, son sabre dressé entre eux comme une barrière de lumière.
— Je ferai ce que je dois faire.
Katarn plissa les yeux. Rien, dans cette apparition, ne respirait l’ombre ou la corruption. Au contraire : la présence du Jedi était claire, nette, lumineuse. Alors pourquoi l’attaquer ? Pourquoi le rejeter ?
Il avait cru que Mortis ne lui lancerait que des spectres ténébreux, des incarnations du Côté obscur. Mais voilà que même la lumière lui faisait obstacle.
À contrecœur, il alluma son sabre. Le vrombissement vert s’éleva, mais son geste manquait de l’assurance habituelle. Il n’avait aucune envie d’affronter un maître aussi respecté que Kenobi, même sous la forme d’un écho. Pourtant, les insinuations du Jedi le piquaient. Et ce vouvoiement distant… il le haïssait presque autant que la menace d’un coup.
Il lança une première attaque, simple, un mouvement d’école. Juste de quoi tester la garde adverse. Sans surprise, Kenobi l’arrêta d’un pivot fluide, implacable, comme si le choc n’avait jamais existé. Katarn grogna, puis parla à travers le sifflement des lames.
— Le “vous” me met mal à l’aise… Mais me utiliser l'image d'un maître Jedi que je respecte tant pour m'attaquer franchement c'est bas.
Il força légèrement sur sa garde, les sabres crépitant entre eux.
— Qu’est-ce que je pourrais faire pour vous prouver ma bonne foi ?
Kenobi ne broncha pas. Son sabre restait levé comme une muraille de lumière, et sa voix tomba avec le calme tranchant d’un verdict.
—Contrairement au côté obscur qui esclave ses apportes , je suis ici dans ma propre conscience . Une conscience qui fait un avec la force, et qui a vu que tu as eu plusieurs opportunités de la prouver, durant ta vie. Mais tu as toujours échoué. Malgré la bénédiction de la Force, malgré la lumière qui t’accompagnait, tu en as voulu davantage. Toujours davantage. Comme mon élève, mon frère.
Son regard se durcit.
— Tu as convoité l’obscurité.
Katarn serra les dents. Chaque mouvement de Kenobi était d’une précision insupportable, chaque parade un rappel humiliant. Le Soresu ne faiblissait pas. Pas une ouverture. Pas un souffle. Tout ce qu’il tentait se brisait sur cette défense parfaite.
La colère monta. Ses attaques s’enchaînèrent plus vite, plus lourdes, mais le spectre ne cédait pas. Enfin, il lâcha, essoufflé, la voix emplie d’un mélange d’exaspération et de rage contenue.
— Oh, mais c’est la journée des reproches, aujourd’hui ?!
Il frappa à nouveau, sans résultat, le choc éclatant en
Le spectre restait imperturbable, son sabre vibrant d’une certitude glaciale. Katarn, piqué au vif, lâcha alors un rire amer.
— Tiens, en parlant de reproches… Anakin Skywalker. Je ne vous félicite pas. L’élu de la lumière basculant vers les ténèbres ? Ne dit-on pas qu'il n'y a pas de mauvais élèves que des mauvais maîtres?
Il espérait la réplique, un tressaillement, une faille. Mais Obi-Wan ne broncha pas. Son visage resta de marbre, ses yeux clairs inchangés.
— Il est revenu vers la lumière, à la fin, dit-il simplement. Mais toi… ce que tu poursuis, il n’y a pas de retour. Et cela, je ne peux l’accepter.
Un frisson parcourut Katarn. Pas de faille psychologique. Pas de fissure dans l’armure morale de ce spectre. Kenobi était un mur. Mais un mur, aussi solide soit-il, n’était jamais imprenable.
Il respira profondément. Et soudain, le souvenir lui revint.
Le Soresu, posture invincible, muraille parfaite. Mais cette défense avait ses limites : une pression continue, une précision chirurgicale, une lecture agressive qui appartenait à une autre forme… la Forme II, Makashi.
Katarn changea instantanément de garde. Ses appuis devinrent plus serrés, sa lame plus fine, moins brutale. Ce n’était plus la force qu’il allait opposer à la défense de Kenobi. C’était la précision.
Obi-Wan le vit changer. Une nuance infime dans le port de lame, un déplacement du centre de gravité, un resserrement d’appui. Le spectre comprit avant même que Katarn ne frappe.
— Makashi… souffla-t-il, comme un constat.
Alors Katarn avança. Plus de frappes lourdes, plus de colère brute : chaque mouvement devint une estoc, une caresse tranchante, un coup de poignet rapide, suivi d’un retrait glissé. L’air vibrait de lames croisées, mais cette fois, c’était Obi-Wan qui reculait.
Le Soresu encaissait toujours, fidèle à sa nature défensive, mais chaque parade résonnait plus sèche, plus tendue. Là où les attaques furieuses s’étaient brisées, la précision de Katarn commençait à fissurer l’édifice. Une pointe vers l’épaule, aussitôt déviée. Une feinte au flanc, repoussée, mais au prix d’un pas arrière. Une rotation du poignet, un glissement de lame, et déjà Kenobi resserrait sa garde, contraint de se replier.
— Tu adaptes bien, reconnut Obi wan, sa voix toujours égale. Mais la lumière ne cèdera pas.
— Elle ne cèdera peut-être pas… répondit Katarn, la sueur perlant à ses tempes, …mais elle s’use.
Il accentua la pression. Ses gestes devinrent encore plus sobres, plus précis. Plus de coups inutiles : seulement des estocs calculées, chaque fois plus rapides. Obi-Wan parait, toujours sans faille, mais Katarn voyait le flux se tendre, voyait cette perfection vaciller d’un souffle.
Puis l’ouverture survint. Minuscule. Une fraction de seconde où le poignet du maître Jedi se releva un peu trop haut pour bloquer une estoc au flanc. Katarn en profita : sa lame glissa le long de celle d’Obi-Wan, crocheta sa garde, et d’un mouvement sec il dévia l’arme du spectre. Le choc résonna comme un glas.
Dans la même impulsion, Katarn avança son épaule, força le contact. Obi-Wan recula d’un pas, déséquilibré. Et avant qu’il ne reprenne sa posture, Katarn leva sa lame à hauteur du visage, immobilisant son adversaire spectral.
Le silence tomba. Les sabres vibraient encore, crépitant d’une tension qui emplissait toute la jungle. Katarn haletait, ses yeux plantés dans ceux du spectre. Obi-Wan, lui, resta impassible, même désarmé de son avantage.
— Ceci n'est que le commencement de ton périple, dit-il une dernière fois. D'autre gardien plus fort que moi t'attendent apporte .
Puis son image se troubla, comme une fumée balayée par le vent. La silhouette du maître Jedi se dissipa lentement, ses mots résonnant encore dans l’air chaud de la jungle.
Katarn resta seul, son sabre allumé devant lui, le souffle lourd mais le regard clair. il n’éprouvait ni joie ni victoire. Seulement un doute persistant : si même la lumière se dressait contre lui… alors quelle route suivait-il vraiment ?
Katarn avançait prudemment, sabre vert allumé, la lumière pulsant au rythme de sa respiration. Les paroles du spectre d’Obi-Wan résonnaient encore en lui, lourdes comme une condamnation. Chaque pas dans la jungle moite éveillait ses sens, chaque craquement de branche mettait ses nerfs à vif.
À chaque bruit, il tournait la lame dans la direction supposée, prêt à frapper. Il savait qu’il n’était pas seul. Des ricanements étouffés flottaient dans l’air, légers, insaisissables, comme des échos malicieux entre les troncs et les lianes. Impossible de les localiser.
Soudain, un fruit énorme, dur comme la pierre, s’écrasa presque sur son crâne. Katarn eut juste le temps de bondir de côté. D’autres suivirent, projetés avec une précision étrange. Il leva son sabre et trancha net les projectiles, les morceaux fumants retombant dans les fougères.
Mais il ne voyait rien. Les herbes hautes bruissaient, les branches s’agitaient, comme si une ombre fluide tournait autour de lui. Sa frustration montait. Son adversaire jouait avec lui, invisible, insaisissable.
Alors, au lieu de céder à l’agitation, Katarn s’immobilisa. Il ferma les yeux. Ses sens s’élargirent, sa respiration se calma, et la Force enveloppa son esprit comme une eau tranquille.
Un frisson. Une présence.
Il pivota d’un geste fulgurant : son sabre vert barra la trajectoire d’une lame… également jade, qui s’était abattue sur lui avec une rapidité fulgurante. Les deux éclats d’émeraude se heurtèrent dans un grésillement aveuglant.
En levant les yeux, Katarn aperçut son assaillant perché sur une branche, minuscule silhouette dans l’ombre des feuillages. Une créature verte, aux grands yeux brillants et aux oreilles pointues, le fixait avec intensité. Sa posture n’avait rien de fragile : son sabre vert vibrait de fermeté, tenu avec l’assurance d’un maître incontesté.
— « Faible, ton pas est. Facile, ton cœur à tromper»
La voix grave et calme résonna dans l’air humide de la jungle. Katarn sentit son souffle se bloquer. Le côté lumineux, après Obi-Wan, venait de lui opposer son plus grand symbole. Le légendaire Maître Yoda en personne.
Un sourire nerveux étira ses lèvres.
— Je dois vous avouer une chose… si vous ne cherchiez pas à me tuer, ça serait probablement le plus beau jour de ma vie.
Le petit maître inclina la tête, son sabre vert vibrant d’une lumière implacable.
— Tuer, je ne cherche pas. Côté obscur… en toi je dois arrêter.
Katarn serra sa propre arme, la faisant siffler dans l’air, et répondit avec un ricanement forcé :
— Oui, oui, je sais. Moi, vilain Jedi en quête de pouvoir. Donc si je me souviens bien… vous, c’est la Forme IV. L’Ataru.
Il leva brusquement son sabre et, d’un coup sec, trancha le tronc sur lequel se perchait la créature verte. L’arbre craqua, éclata en gerbes d’écorce, forçant Yoda à bondir pour échapper à l’effondrement.
— Quitte à être cataloguer le méchant de l'histoire
Autant tricher un peu, non ?
Dans le même mouvement, Katarn planta sa lame dans le sol. Les étincelles jaillirent, et, amplifiant la combustion. Avec la Force, il déclencha un brasier soudain. Les flammes s’enflèrent aussitôt, léchant la végétation, transformant la clairière en un enfer rougeoyant. La chaleur monta, le feu crépitant comme une bête vivante.
Yoda, encerclé, chercha refuge en bondissant de branche en branche, s’élevant pour échapper aux flammes. Mais déjà, Katarn l’avait devancé : Toujours utilisant la Force, il s’était projeté dans les hauteurs, ses bottes heurtant une branche avant de surgir juste devant son adversaire sur le plus haut des arbres.
Le temps se suspendit. Yoda ouvrit grand ses yeux, pris de court. Katarn, haletant, plaqua la pointe de son sabre vert contre la gorge ridée du maître Jedi.
— Malheureusement pour vous… murmura l'ancien chevalier avec un sourire carnassier, …j’ai déjà imaginé mille fois à quoi ressemblerait mon combat contre les meilleurs chevaliers Jedi de l'histoire .Et dans votre cas… le plus grand désavantage reste votre taille.
Il approcha la pointe de son sabre, l’émeraude vibrant à quelques centimètres de la gorge ridée du maître.
— Si je vous prive de tout support pour bondir, vous êtes facile à contrer.
Yoda leva lentement les yeux vers lui. Aucune peur, aucune colère. Juste une nuance de déception. Sa voix, rauque et calme, coula comme un reproche.
— Bonne, est ta stratégie… Mais à quel prix ? Tes actions ceux qui t’entourent, toujours empatissent .
Katarn fronça les sourcils, prêt à répliquer, puis sentit la chaleur. Une vague suffocante derrière son dos. Il se retourna brusquement . En un instant les flammes qu’il avait déclenchées avaient tout englouti. Brulant comme une fournaise les arbres, les lianes, la vie. Le brasier se refermait sur lui.
Il pivota à nouveau, mais Yoda avait disparu. Dissous dans la fumée, volatilisé. Seul son avertissement demeurait, suspendu dans l’air étouffant.
Katarn grinça des dents. Piègé par les flammes ,il n’avait pas le choix. Fermant les yeux, il concentra toute son énergie dans sa lame verte, l’imprégnant de la Force jusqu’à ce qu’elle vibre comme une griffe d’énergie pure. Puis, dans un cri guttural, il projeta ce pouvoir en avant.
Une onde jaillit, féroce, une griffe verdoyante qui laboura le sol et se déploya comme une vague invisible. Les flammes furent englouties, étouffées, arrachées à la jungle. Le silence retomba.
Mais quand Katarn rouvrit les yeux, il vit l’ampleur du désastre : la splendide forêt n’était plus qu’un champ calciné. Les troncs noircis se dressaient comme des spectres, les feuilles réduites en cendres tourbillonnaient dans l’air lourd. Là où la vie foisonnait, il n’y avait plus qu’un sol meurtri et stérile.
Katarn baissa son sabre, le souffle court, le cœur battant.
Il avait gagné le duel. Mais la jungle, elle, avait perdu.
Il descendit de l'arbre, et devant lui se dressait le temple, gardé par les immenses statues.
Au pied de celle représentant la fille, une silhouette encapuchonnée l’attendait, vêtue d’une robe Jedi entièrement noire.
Qui pouvait bien être ce nouvel adversaire ? Katarn ne se posa pas la question : il savait parfaitement qui se tenait là. Mais vidé par la griffe de Force, il n’avait plus la moindre certitude de pouvoir rivaliser avec lui.
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Dans le silence de la salle de méditation, Sedu demeurait immobile, les jambes croisées, le souffle régulier. Depuis plusieurs heures, il percevait une agitation étrange dans la Force. Cette nuit-là, il choisit de la suivre.
D’abord, ce fut une lumière pâle, indécise, saturée de brouillard. Puis les contours se dessinèrent, clairs : le Temple Jedi de Coruscant, non pas en ruine mais majestueux, vibrant, vivant. Une salle d’entraînement s’ouvrait devant lui. Au centre, un enfant tenait encore son sabre d’exercice fumant Dooku. Son adversaire gisait à genoux, vaincu, tandis que les regards convergeaient. Sedu sentit cette fierté glacée, cette arrogance presque impériale : ce n’était pas seulement une scène, c’était une mémoire gravée dans la Force.
Et alors il le vit : petit, vert, voûté, la canne frappant le sol — Yoda.
« Fier, tu es, jeune Dooku. Fort aussi. Mais sagesse… sagesse encore à cultiver, tu dois. »
Quand Yoda s’éloigna, quelque chose se scella dans le cœur du garçon. Le germe de la chute.
Puis la vision se déchira. Le sol s’effondra. Une spirale sombre happa tout.
Sedu ne regardait plus à travers Zain. Il était là, à ses côtés. Invisible, intangible, mais présent. Comme un spectre accroché à son aura.
Ils se trouvaient dans un croiseur en perdition. Les murs vibraient, les alarmes hurlaient, le métal gémissait. Zain, prisonnier, était maintenu de force par ses geôliers. Sedu observait, sentant son angoisse résonner dans le tissu de la Force.
Puis l’atmosphère changea. La Force se contracta — lourde, étouffante, saturée de malveillance. Byss approchait. La planète, oppressante, rejetait leur présence. Les Seigneurs Sith scandaient des incantations gutturales, forçant le passage par leur seule volonté, comme s’ils luttaient contre un monde vivant.
L’impact fut brutal. Le croiseur s’écrasa dans une étendue de verdure malade. La carcasse éventrée dégageait une odeur de circuits brûlés, un air empoisonné. Sedu, toujours invisible, marcha parmi eux. Il leva les yeux vers la forêt de silhouettes tordues : arbres calcinés, branches griffues, saturés de haine. Chaque souffle semblait injecter du poison dans leurs poumons.
Byss.
Un instant, Sedu crut que le lien allait se rompre mais il refusa. Il s’accrocha, resserra son emprise. À sa grande surprise, c’est l’aura même du jeune Solaris qui le ramena : la Force de Zain devint son ancre, la flamme qui lui permit de rester à ses côtés.
C’était, en vérité, la perturbation qu’il percevait depuis des jours. De Zain se dégageait quelque chose de puissant et de sombre, dont le garçon n’avait même pas conscience. Ce n’était pas le simple fragment de Dooku enfoui en lui : c’était autre chose, plus primitif , quelque chose que Sedu reconnut aussitôt et savait comment l'exploiter.
Dans l’obscurité de la salle de méditation, un sourire glissa sur ses lèvres. Il avait trouvé la faille.