Star wars épisode 11: L'équilibre dans la force

Chapitre 15 : De la salle du conseil, à la cabane vivante

5019 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 25/05/2026 22:09

Valia toujours immobile dans le bureau du grand maître, le communicateur collé à l’oreille, comme si le moindre mouvement pouvait briser le fil ténu qui la reliait à la salle du Conseil. Autour d’elle, Geki murmurait à peine, encore engourdi par l’avalanche de voix. Chaque phrase tombée du haut-parleur pesait sur elle comme une sentence qu’on ne lui demanderait jamais et pourtant qui la concernait plus que tout.


Un long grondement coupa la discussion. Le Wookie s’exprimait dans sa langue rauque. Dont elle perçut la puissance de l’opinion qui venait de s’imposer. Maître Dorna reprit sans traduire mot à mot, mais assez pour porter le coup .

— Maître Tarkarbacca n’a pas tort. Même si le message semble bien venir de Zain Solaris, il pourrait aussi être un leurre. Byss n'est pas une planète comme les autres. C’est un piège à ciel ouvert. L'endroit parfait pour une ambuscade.


Koffi réagit aussitôt, éclatant d’une voix aiguë, chargée d’urgence :

— Piège ou non, ça ne change rien ! Zain doit être récupéré, et rapidement. Un sauvetage réussi, c’est un signal à la République que nous maîtrisons encore la situation. La confiance s’érode de jour en jour , il faut la regagner coûte que coûte.


Haris, plus calme, répondit avec gravité .

— La pire chose à faire maintenant est courir après des démonstrations. Mytus reste vulnérable, nos positions y sont fragiles. Les pires criminels circulent librement à travers la galaxie. Si nous éparpillons nos forces, nous perdrons sur tous les fronts.


Des murmures roulèrent dans la salle du Conseil, graves, rugueux. Valia sentit sa poitrine se serrer. Chaque avis martelait en elle une évidence : elle n’avait aucune voix dans ce débat, mais tout ce qui s’y décidait pesait déjà sur elle.


Alors Meywine parla. Sa voix, basse et claire, s’abattit comme une pierre dans le silence .


— Maître Koffi a raison.


Le blanc qui suivit fut presque palpable. Valia sentit un frisson courir jusqu’au bout de ses doigts ; Geki laissa échapper un souffle incrédule. La grand-maître n’était pas connue pour céder aux élans.


Meywine enchaîna aussitôt, sans donner au doute le temps de s’installer.

— Après ce qui s'est passé sur Mytus, tout le monde attend notre réaction.Nous avons besoin d’un acte fort, , immédiat. Réunir la famille Solaris , reprendre ce qui nous a été volé nous rendra la confiance de la République.


— Et si nous échouons ? La chute serait pire encore. Notre crédibilité est déjà fragile ; un revers pourrait l’anéantir. Siffla inquiet Fildar Glayssid le mont-calamari


— C'est un risque à prendre, répliqua Lylara,. Chaque heure perdue réduit nos chances de succès. Nous ne savons pas combien de temps Zain restera sur Byss si nous voulons agir c'est maintenant.


Le haut maître trandoshan, Gartock, s’avança, la voix tranchante .

— Envoyer nos chevaliers à l’aveugle ? C'est condamné la plupart d'entre eux à la mort. Nous parlons de regagner la confiance de la république mais pas en sacrifiant celle de nos propres frères et sœurs Jedi.


Les voix s’élevèrent de nouveau, se heurtant les unes aux autres, s’entrechoquant comme des lames. Valia ferma les yeux, serra les dents. Dans son esprit, l’image de Zain s’imposa : seul, prisonnier quelque part dans les ténèbres de Byss. Son appel, celui qu’elle avait entendu, résonnait encore — et c’était lui qui nourrissait toute cette discorde.

— C'est moi qui irai.

Coupa Meywine court, sans appel


La pièce sembla se figer autour de ce mot. Valia sentit le sang battre à ses tempes. Geki faillit s’exclamer, mais se retint. Le grand maître ne proposait pas , elle imposait. Elle fixa le micro, sa voix se faisant encore plus ferme.


— J’irai seule. Sans escorte. Sans appui. Je ramènerai Zain. Et si ce message est un piège, et bien je suis la seule à pouvoir l’affronter et en réchapper.


C'est Lylara qui réagit la première, sa voix claqua dans l’air comme un fouet.


— Hors de question ! Vous êtes le Grand Maître. Votre place est ici, à tenir l’Ordre uni, pas à courir dans les ombres de Byss. Si quelqu’un doit partir, ce sera moi, je formerai un groupe de volontaires et nous récupérons le jeune Solaris.


Un murmure d’assentiment envahi la salle . Plusieurs maîtres reprirent ses mots à demi, certains avec gravité. Même Koffi, qui s’était montré jusque-là impatient, laissa filer un éclat malicieux dans la voix .


— C’est imprudent, bien sûr… terriblement imprudent. Non non je ne le veux pas.


La remarque, faussement désapprobatrice, sonna comme un encouragement déguisé. Valia, suspendue au communicateur, sentit son cœur battre plus vite : pour une fois, tous semblaient tomber d’accord.


Mais Meywine ne bougea pas, impassible. La Padawan imagina le regard de son maître glissant lentement sur chaque Jedi, jusqu’à ce que plus un mot ne soit prononcé. Alors seulement, elle parla, d’une voix basse et assurée qui ne laissait place à aucun doute .

— Je suis flattée de voir tant d’inquiétudes à mon égard. Mais la force me l'indique, c’est moi qui dois aller sur Byss.


Elle marqua une pause, et l’air se tendit comme une corde sur le point de céder.


— Un Ordre Jedi fort ne peut se bâtir qu’avec un Grand Maître fort. J'ai l'impression que beaucoup ont oublié de quoi je suis capable. Une picure de rappel s'impose.


Le silence qui suivit n’était plus de l’assentiment, mais de la stupeur. Nul n’osa la contredire.


Dans l’écouteur, le silence pesa un long moment, épais comme un voile. Valia crut entendre quelques respirations contenues, des froissements de tissus. Puis Dorna finit par briser l’immobilité.


— Quoi qu’on en dise, c’est la décision la plus sensée. Aucun de nous n’est mieux armé pour faire face à ce qui nous attend sur Byss.


Un sifflement guttural suivit, celui de Glayssid .


— Exact. Même les Sith ressuscités ne tiennent pas devant le grand maître. Si ce monde cache un piège, je suis convaincu que vous êtes la seule capable de le déjouer.


Des murmures confirmèrent, d’abord hésitants, puis de plus en plus assurés. Valia sentit le basculement, presque physique, ce qui paraissait insensé devenait soudain une évidence, et chaque maître cherchait à s’en convaincre.


— Je persiste à dire que c’est une folie. Mais si folie il doit y avoir, alors c’est vous, Grand maître, qui pouvez la porter. Reprit Lylara , la voix dure mais résignée


Un éclat de rire sec résonna, celui de Koffi.


— Folie, oui. Mais une folie qui fera trembler nos ennemis et rassurera la République. Imaginez l’impact ! le Grand Maître elle-même défiant le côté obscur. Qui oserait encore douter du nouvel Ordre ?


Gartock gronda son approbation, Tress ajouta qu’un tel geste redonnerait du souffle à ceux qui commençaient à flancher. Peu à peu, la salle du Conseil s’alignait, comme attirée vers un point de gravité irrésistible.


Valia, crispée, écoutait. Son cœur battait si fort qu’elle craignait de couvrir les voix. Ils acceptaient. Ils validaient l’idée que Meywine parte seule, comme si la témérité devenait soudain une stratégie.


Alors la voix du Grand Maître s’éleva, pour mettre fin à ce débat.

— C’est décidé. Cette mission doit rester des plus secrètes. Rien ne doit filtrer. Ni à la République… ni à la famille Solaris.


Un silence compact suivit, scellant la réunion comme un tombeau. Puis le cliquetis léger d’un micro se coupa : le Conseil s’était tu.


Figée sur place, la jeune Zeltronne ne clignait même plus des yeux, le souffle suspendu. Ce fut son camarade Geki qui rompit sa torpeur, lui donnant une petite tape du coude, sa voix encore voilée d’incertitude.

— Dis… Ça ressemble à quoi Byss comme planète. Plutôt désert aride ou marécage puant ?


La question resta suspendue. Valia ouvrit la bouche, mais aucun mot n’en sortit. Avant qu’elle ne puisse formuler la moindre réponse, la porte du bureau s’ouvrit brusquement.


Meywine entra, suivie de près par TC-400 et par Haris Brightstar. Le cœur de Valia manqua un battement. Dans un geste vif, elle coupa le communicateur et le dissimula dans sa manche. Pendant une seconde, elle eut la certitude glaçante que Meywine l’avait démasquée, que son regard allait se poser droit sur elle.


Mais la Grand Maître ne s’arrêta pas. Son ton était neutre, autoritaire, presque distrait.


— Valia. Geki. Toi aussi, TC-400. Sortez, s’il vous plaît.


Valia inclina la tête pour cacher sa nervosité. Elle se leva, entraînant Geki vers la sortie. Dans le mouvement, ses doigts glissèrent avec une assurance feinte vers le flanc métallique du droïde. Elle récupéra discrètement la balise, caché dans sa trappe secondaire.


Son cœur battait à tout rompre. En franchissant le seuil, elle osa un regard en arrière. Meywine et Haris avaient déjà commencé à parler, l’attention loin d’eux. Valia referma la porte derrière elle, la gorge sèche, le petit appareil serré dans sa paume.


Dès qu’elle eut franchi le seuil du bureau, elle se mit de nouveau à courir. Ses pas résonnaient dans les couloirs, et, sans même s’en rendre compte, elle avait quitté le temple pour la résidence des padawans et se retrouvait déjà dans sa chambre, comme si la Force elle-même l’y avait projetée. Le souffle court, elle fit les cent pas, incapable de rester immobile.


La décision du Conseil tournait en boucle dans son esprit. C’était confirmé !une mission pour sauver Zain avait été décidée. Mais sans elle. Meywine avait été catégorique : elle irait seule.


Alors, si Valia devait la suivre, ce serait en clandestine.


Elle tira un sac de sous son lit et l’ouvrit d’un geste brusque. Ses mains tremblaient en attrapant des affaires éparpillés. Une tenue de rechange, quelques rations, un transpondeur… mais rien ne paraissait suffisant. Chaque choix semblait absurde face à l’immensité de la tâche.


Elle se retourna, et son cœur fit un bond. Penché sur ses affaires comme s’il était chez lui, une crinière rousse dépassait du sac.


— Mais qu’est-ce que tu fais là ? s’étrangla-t-elle.


Geki leva à peine les yeux, l’air sincèrement surpris qu’elle pose la question.


— Ben… je fouille.


Comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.


Ce n’est qu’à cet instant qu’elle comprit qu’il l’avait suivie. Devant son regard incrédule, il haussa les épaules avec une nonchalance désarmante.

— Comme on part pour Byss, autant que je t’aide à te préparer, non ?


Et il replongea aussitôt dans le sac, sifflotant presque, comme s’il parlait d’une simple excursion.


Valia le fixa, incapable de décider si elle devait hurler, rire ou céder à ce calme insolent. Finalement, elle s’approcha, son regard se durcissant malgré la tendresse qu’elle ne pouvait s’empêcher de lui accorder.


— Geki, tu n’es pas obligé de venir. Tu te rends compte que je vais désobéir au Grand Maître ?


Il leva un sourcil, un sourire en coin, comme si la question lui paraissait absurde.


— Bien sûr que je m’en rends compte. Je ne suis pas idiot. Et puis… si je te laisse enfreindre les règles toute seule, le Grand Maître va me tomber dessus encore plus fort. C’est elle qui répète tout le temps qu’entre padawans, il faut se serrer les coudes. Alors si je reste derrière, crois-moi, je ne sauverai pas ma peau.


Il ajouta, toujours occupé à farfouiller dans les affaires de Valia .


— Et comme je doute de réussir à te faire changer d’avis… autant venir avec toi.


Valia croisa les bras, la mâchoire crispée, pour ce qu’elle prenait presque pour du chantage.


— Ce n’est pas un jeu. Ce sera une mission très dangereuse. On pourrait tomber sur des Sith.


Il haussa les épaules avec un calme presque insolent.


— Les Sith, c’est le Grand Maître qui les affrontera. Nous, on va juste chercher Zain.


La padawan resta silencieuse un instant, le dévisageant. Sa désinvolture avait tout d’une inconscience agaçante… et pourtant, elle devinait autre chose derrière. Geki n’était pas aussi idiot qu’il voulait le faire croire. En vérité, ce qu’il lui disait, c’est qu’il serait là pour empêcher qu’elle se jette dans le danger tête baissée.


N’étant pas d’humeur à rallonger cette discussion davantage , Valia sentit malgré elle un poids se relâcher. Le simple fait de ne pas se retrouver seule face à cette épreuve lui apportait un peu de réconfort. Il y avait quelque chose de Katarn chez Geki pas dans la maîtrise ni dans la rigueur, mais dans cette absence totale de peur. Il n’était peut-être pas le plus doué, mais la couardise n’avait pas sa place dans son cœur.Et c’était sans doute pour cela qu’elle ressentait pour lui une amitié aussi fraternelle. Il lui rappelait, par éclats, son bref maître.


— Lâche mes affait, dit-elle en soupirant. Va dans ta chambre préparer ton propre sac.


Geki leva la tête, comme étonné de la demande, avant de laisser échapper un sourire goguenard.


— Pas besoin. J’ai toujours un sac prêt, au cas où.


Valia cligna des yeux, surprise, incapable de savoir s’il plaisantait ou non.


— Tu… tu plaisantes ?


— Pas du tout, répondit-il avec sérieux, en refermant son sac à elle, vide car il n'avait trouvé rien d'utile à mettre Dedans. C’est la base, voyons. Un vrai chevalier Jedi doit toujours être prêt à partir en mission à tout moment. C’est ça être discipliné.


Il accompagna ses mots d’un petit signe professoral, comme s’il lui donnait une leçon. Quand soudain Leurs deux communicateurs vibrèrent en même temps, brisant l'ambiance presque détendu de la chambre. Valia activa le sien et le visage holographique de Meywine apparut, angélique comme toujours.


— Je vais devoir m’absenter quelques jours, dit la Grand Maître d’une voix calme. Je me rends sur Mytus pour voir de moi même l'étendu des dégâts et les avancées des réparations. TC-400 vous transmettra vos consignes en mon absence. Entraînez-vous dur. Quand je reviendrai, je jugerai de vos progrès.


L’image se brouilla puis s’éteignit, ne laissant qu’un vide lourd dans la pièce.


Valia le savait. C’était le signe : Meywine partait.


Sans attendre, Geki bondit sur ses pieds, un éclat de détermination dans les yeux.


— Bon, eh bien, je vais chercher mon sac.


Il disparut aussi tôt, tandis que Valia, elle, rassemblait ses affaires à la hâte. Elle jeta dans son sac le strict nécessaire : une tenue de rechange, autant de rations qu’elle pouvait emporter. Ses mains tremblaient sous la précipitation.


Quelques instants plus tard, Geki la rejoignit, son sac déjà en bandoulière, prêt comme il l’avait annoncé.

— Alors ? On y va ? lança-t-il.


Valia hocha la tête sans un mot. Tous deux se précipitèrent vers les hangars, portés par une même urgence.

Commença alors une course effrénée. Les deux padawans dévalaient les couloirs du Temple, leurs sacs ballotant à chaque foulée. Leurs bottes résonnaient sur les dalles de pierre, chaque pas semblant marteler l'élan de leur décision. Ils devaient arriver avant Meywine, se glisser à bord de son vaisseau sans qu’elle ne s’en rende compte.


Mais ce ne fut qu’en atteignant le hangar que Valia comprit.


Devant elle se dressait l’imposant croiseur de la Grand Maître, sobre et reconnaissable entre mille. Trop reconnaissable. C’était une mission secrète. Meywine n’allait pas prendre ce vaisseau-là, ni aucun appareil officiel. Non… elle choisirait forcément quelque chose de plus discret.


La jeune zeltrone s’arrêta net, haletante. Elle sentit Geki arriver derrière elle, presque en la percutant, et ses yeux verts fixèrent le vaisseau comme si, soudain, le piège de leur propre naïveté se refermait.


Pendant quelque secondes qu'elle cru des heure, la padawan prise de panique ne savait pas quoi faire. Elle tournait sur elle-même, scrutant chaque recoin de la salle, cherchant à deviner quel appareil le Grand Maître allait emprunter. Son esprit bouillonnait, mais aucune réponse ne venait. Puis, soudain, ses yeux se figèrent , dans l’un des ascenseurs, elle aperçut une silhouette descendre vers les niveaux inférieurs. C’était le chevalier Brightstar, Joran, celui qu’elle avait brièvement croisé à l’infirmerie.


Un frisson parcourut Valia. Comme si la Force elle-même lui montrait la voie, elle sut qu’elle devait le suivre. Sans hésiter, elle se précipita vers le panneau de commande et sélectionna un autre ascenseur en partance vers le bas.


Geki, complètement déboussolé, abandonna toute idée de poser des questions. Il n’avait plus la moindre compréhension de ce qui se tramé, il ne faisait désormais qu’une chose : la suivre aveuglément.


Lorsque l’ascenseur s’arrêta, les portes s’ouvrirent dans un léger chuintement. Valia et Geki se glissèrent à l’extérieur, redoublant de prudence. Cachés dans l’ombre, ils commencèrent à filer Joran, chacun de leurs pas retenu, chaque souffle mesuré.


Le Jedi portait un grand sac qui lui pesait sur l’épaule, et ses lèvres remuaient sans cesse. Il murmurait des mots indistincts, comme s’il se plaignait à voix basse de son sort. Il était évident qu’il n’etait pas là par plaisir.


Arrivé au détour d’un large hangar souterrain, il s’arrêta devant un vaisseau pas comme les autres. Le yeux de Valia s'écarquillèrent aussitôt. Elle connaissait cette silhouette singulière, massive et presque organique. C’était Harlow, le purgil cyborg de Katarn , son vaisseau, mais surtout son compagnon fidèle.


Après l’arrestation de se dernier, Harlow s’était replié comme une bête blessée, refusant de voler à nouveau. Il avait choisi de demeurer là, dans les caves inférieures, véritable cimetière de carcasses brisés. Valia s’était plusieurs fois approchée de lui, cherchant à ranimer une étincelle, à lui donner un peu de réconfort. Mais ses tentatives avaient été vaines. Meywine elle-même l’avait instruite de ne pas insister. Les purgil avaient leur propre caractère, et vouloir forcer les choses n’aurait fait que les aggraver .


— Sois sympa… laisse-moi entrer, supplia Joran d’une voix lasse.


Harlow demeura silencieux, ses capteurs éteints, ignorant le chevalier comme s’il n’existait pas.


— Écoute… le Grand Maître Meywine et mon oncle Haris m’ont ordonné de t’apporter ce sac. Ils m’ont dit qu’ils avaient besoin de toi. Que seul toi pouvais les aider à accomplir leur mission.


Soudain, deux phares en forme d’yeux s’allumèrent, projetant une lumière aveuglante sur Joran. C’était le signe que la créature-mécanique acceptait d’écouter davantage.


— Ils comptent sur toi pour une mission spéciale, poursuivit Joran en se protégeant les yeux. Je ne sais pas laquelle… mais s’ils t’appellent toi, et pas un autre vaisseau de la flotte, c’est qu’ils ont vraiment besoin de tes services. Pas comme moi… moi je ne sers qu’à porter les bagages.


Un grondement métallique répondit. Harlow laissa échapper une série de bips rauques, puis redressa sa carcasse en vibrant. Ses moteurs se mirent en marche dans un bruit étouffé, preuve qu’ils n’avaient pas tourné depuis bien longtemps. Finalement, l’une de ses portes s’ouvrit.


Mais lorsque Joran fit un pas pour monter, le purgil donna un brusque coup d’accélérateur, l’éloignant sans ménagement.


— J’ai compris… j’ai compris, répéta Joran en levant les mains, résigné.


Il balança le sac à l’intérieur avant de reculer, laissant Harlow seul maître de la décision.


— Bon… ravi d’avoir discuté avec toi, lâcha Joran d’un ton sarcastique. Tu sais, Coleman me doit un vaisseau. S’il ne me le rend pas, tu seras officiellement le mien. Il ricana bruyamment, fier de sa provocation.


En guise de réponse, Harlow fit jaillir une lumière encore plus intense de ses phares, jusqu’à brûler les rétines de Joran. Le chevalier, jurant et clignant des yeux, se mit à courir à l’aveuglette essayant de rejoindre les assenceurs pour s’éloigner de l’éclat insoutenable.


C’était la façon du purgil de lui dire : Tu peux rêver !


Grâce au coup de Harlow, Joran ne remarqua pas les deux padawans dissimulés derrière la carcasse rouillée d’un vieux Nubian type K. Dès que l'ascenseur s’éloigna, Valia se détacha de sa cachette et avança prudemment vers le purgil.


— Bonjour, Harlow… murmura-t-elle.


Le vaisseau répondit par une série de bips ténus, presque plaintifs, comme un écho triste.


— Je sais… ça fait longtemps que je ne suis pas venue te voir. Je te demande pardon.


Le purgil resta silencieux, ses phares éteints, immobile comme une statue de fer.


— Mais aujourd’hui, j’ai besoin de toi, reprit Valia, la voix plus pressante. Laisse-moi monter à bord… avec Geki.


Un grondement métallique s’éleva dans ses entrailles, suivi de bips secs, désapprobateurs.


— C’est pour Zain, insista-t-elle, les yeux brillants. La mission, c’est pour le sauver. Tu comprends, pas vrai ?


Harlow laissa échapper un gémissement grave, presque organique, que Valia ne reconnut pas. Alors, elle s’approcha encore, tendant sa main essayant de caresser la surface de son visage d’acier. La Force s’ouvrit à elle comme une porte entrouverte : un flot d’images la traversa, celles du passé… Zain faisant face au Syndicat Sornax, alors que Harlow était piègé dans leurs filet électrique dans la Forêt Noyée.


Elle ferma les yeux, sa voix se fit chuchotement :


—Nous lui devons cela. C’est notre ami. C'est à notre tour de le sauver.


Harlow inclina la tête jusqu’à ce que le métal frotte la paume de Valia. Le contact était froid, vivant un consentement. Il pivota, la rampe s’ouvrit, laissant échapper une odeur d’huile et de sel, comme d’un animal endormi qu’on réveille. Geki se précipita sans attendre ; Valia, elle, glissa à l’intérieur, le cœur tambour. Le salon n’était pas un cockpit : c’était une cabane. Bois brut, tissus usés, traces de mains — un foyer bricolé au cœur du métal. Puis, dans ce calme habité : une silhouette. Celle qu'elle les avait quitté il y a quelques heures pour la retrouver encore une fois était effalé sur un des fauteuils .


Keyanna.


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De l'autre côté de la galaxie, les liens serraient ses poignets au point de lui engourdir les doigts. Zain trébuchait plus qu’il ne marchait, tiré sans ménagement par les deux silhouettes noires de ses Jolies qui avançaient dans la jungle de Byss depuis des heures avec la précision de prédateurs.

La forêt n’avait rien d’un lieu vivant. Les troncs tordus s’étiraient comme des os, couverts d’une sève sombre qui pulsait doucement, à la manière d’un cœur malade. L’air lui-même paraissait respirer, exhalant une chaleur étouffante et un parfum métallique. À chaque inspiration, Zain avait la sensation d’aspirer du sang.


Darth Ranok marchait devant lui, un sourire malade, le dos courbé, les narines larges comme s'il se délectait de l'odeur piteuse dans l'air. Qamra fermait la marche, sa cape traînant dans la boue, son regard agacé de s'être retrouvée dans ce marécage dégoûtant, très au-dessous de sa stature. Aucun d’eux ne parlait. Seule la jungle bruissait d’un murmure constant, trop humain pour être le vent.


Zain luttait pour garder l’équilibre, ses bottes s’enfonçant dans la terre molle. Il ignorait où ils le menaient, seulement qu’ils descendaient, toujours plus profondément, vers une vallée où la lumière disparaissait peu à peu. Et plus ils s’enfonçaient, plus la Force devenait lourde. Une marée noire, oppressante, qui semblait battre à travers le sol et jusque dans sa poitrine.


Puis, soudain, tout se figea. Un vertige le prit.


La forêt vacilla. Le sol se déroba. Les silhouettes des Sith se brouillèrent, s’étirant dans la brume rouge. Une autre lumière s’imposa — plus froide, plus pure. Quand il rouvrit les yeux, il n’était plus dans la jungle.


Il se tenait debout dans une vaste salle circulaire, baignée par le soleil de Coruscant. Des colonnes élancées cernaient un espace où trônaient douze sièges. Le silence était solennel, presque religieux. Et devant lui, un homme. Grand, noble, la barbe encore jeune, les épaules couvertes de poussière rouge.


Zain mit quelques secondes à comprendre qu’il allait de nouveau être un spectre dans un souvenir ancien de Dooku.


Dooku, ce dernier n'était plus le petit garçon du premier rêve, mais bien un chevalier accompli, il se tenait au centre du Conseil Jedi. Devant lui, les maîtres l’observaient, immobiles. Bien sûr, les mémoires de cette époque ayant été effacées par l’Empire Sith, Zain n’en reconnut aucun, sauf Yoda, qui dans la légende avait traversé le temps.


Une voix résonna , grave, tranchante :


— Vous avez outrepassé votre rang.


Zain tourna la tête vers l’orateur : un homme à la peau sombre, aux yeux durs. Tout en lui respirait la discipline et le contrôle. Dooku, lui, répondit :


— Pendant que vous délibériez, des familles mouraient. J’ai fait ce qu’un Jedi devait faire. J'ai sauvé la vie de nombreux mineurs d'Agaris.


Un second intervint plus calme, presque distant, mais fermé comme une porte. Sa silhouette était haute, son crâne allongé, le visage de cire sous la lumière.


— Cela relevait d’intérêts économiques. Ce n’est pas notre charge. Le rôle du Conseil est de préserver la stabilité. Si chaque Maître agit selon sa conscience, l’Ordre sombrera dans le chaos.


Zain perçut dans le regard de Dooku un mépris assassin qu'il ne pouvait contenir.


— Que devons-nous préserver ? L’ordre… ou la vie ? lança-t-il en colère.


Cette phrase fit vibrer la salle, et Zain sentit son cœur battre plus vite.


À ces mots, Yoda leva lentement la tête. Sa voix était douce, mais portait la gravité des siècles.


— Beaucoup, perdu, tu as, Dooku. Ta foi, ton calme. Le chemin du devoir, tu l’as quitté pour suivre celui du doute.


— Je doute, oui, répondit Dooku. Parce que je vois. Je vois un Ordre qui ferme les yeux. Je vois des Maîtres craindre de déplaire au Sénat. Et je vois la Force trahie par ceux qui prétendent la servir.


Yoda rétorqua, inquiet :


— Sombre, ton regard devient. La colère, ta guide elle est.


Dooku, lui, baissa les yeux. Un instant, Zain sentit presque de la tristesse dans sa posture. Puis, d’une voix posée :


— Alors obéir, même quand l’obéissance tue, Maître ?


Yoda se recroquevilla dans sa chaise, comme déçu de lui-même de ne pas trouver de parade.


Puis le jugement tomba.


— Vous êtes relevé de toutes vos missions. Le Conseil exige que vous restiez au Temple pour méditer sur vos actions.


Dooku quitta la salle, l'air fatigué, brisé par ce procès.


Zain restait immobile, le cœur lourd.Il ressentait une tristesse profonde pour Dooku, malgré les siècles qui les séparaient. Il s'était imaginé, parce qu'il parasitait son corps, que ce dernier devait être foncièrement mauvais. Mais le voilà réprimandé simplement parce qu’il avait désobéi à un ordre pour sauver des vies.

Cette injustice lui rappelait Valia. Elle aussi était capable de ce courage, prête à braver les règles juste pour venir au secours de ceux qu’elle aimait. Elle l'avait d'ailleurs fait pour lui sur Serenno.


Le temps s’étira, et la salle sembla se vider.

Alors que Zain attendait que ce rêve étrange se dissipe, se demandant dans quel état il allait retrouver son corps, sûrement à terre dans la boue sale de Byss, un jeune homme en robe noire apparut, assis dans le siège central, trônant comme le maître invisible de cette vision.


— Tu t’es sûrement dit que Dooku n’était qu’un vulgaire Sith, assoiffé de sang… dit-il d’une voix glaciale, comme s'il avait lu ses pensées.

— Mais maintenant que tu as vu une partie de sa vie, qu’en penses-tu ?


Zain sentit un frisson parcourir son échine. Terrifié par celui en face de lui, celui responsable de tous ses maux.


Darth Nihilus.


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