Star wars épisode 11: L'équilibre dans la force
Chapitre 12 : La nuit des trois seigneurs
4730 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 11/04/2026 12:15
Il faisait toujours nuit sur Mortis , mais ce n’était plus la même nuit.
Katarn le sentit avant de le comprendre.
L’air avait épaissi. Moins de vent. Moins d’oxygène. Sous ses bottes, la roche ne vibrait plus : elle grondait, étouffé, comme si la montagne elle-même attendait la suite.
Son adversaire restait figé à quelques mètres, silhouette d’ombre au sabre rouge. Il n’avait pas reculé, pas bougé. Mais quelque chose en lui avait changé. Katarn le sentait. L’élan de leur premier affrontement s’était brisé net, comme s’il avait laissé place à quelque chose de plus ancien, plus furieux.
Un premier coup jaillit sans avertissement. Katarn bloqua par réflexe. Puis un second. Un troisième. Plus vifs, plus lourds. La lame rouge sifflait, claquait dans la nuit comme un fouet de chaleur. Katarn pivotait, absorbait, pliait sans rompre. Son adversaire frappait sans retenue, comme si chaque attaque devait ouvrir la terre.
Et c’était peut-être le cas.
Une mince crevasse fendit la roche entre eux, juste après un impact. Elle s’élargit d’un mètre en quelques secondes, libérant une vapeur brûlante, suivie de lumière rouge. De la lave.
Katarn plissa les yeux. Le sol se fissurait.
« C’est lui, pensa-t-il. Pas la montagne. Lui. »
Les coups devinrent furieux. À chaque frappe, la température montait. À chaque pas de l’adversaire, le sol se creusait un peu plus, comme s’il pesait le poids d’un volcan. La lave s’élevait lentement dans les failles ouvertes, éclairant la nuit de reflets rouges et or.
Katarn reculait, serrant les dents. La sueur roulait sur sa tempe. Non pas la peur — la chaleur. Une chaleur qui n’avait plus rien de naturel.
Puis l’adversaire recula d’un demi-pas. Son sabre émit un nouveau grésillement.
Un deuxième trait rouge jaillit dans son dos.
Une double lame.
Katarn ne bougea pas. Il connaissait cette arme. Il en avait déjà vu. Mais celle-ci... dans ces mains-là... c’était autre chose. Une roue de feu. Un cyclone.
Le Sith attaqua aussitôt. Les mouvements changèrent de rythme, plus amples, plus fluides, presque dansants. Mais la puissance restait brute, écrasante.
Katarn parait, esquivait, pivotait sur la roche qui commençait à rougir sous ses pieds. Des éclats incandescents s’échappaient de chaque contact. Et toujours, le sol craquait. Des veines lumineuses couraient sous la roche.
« L’environnement réagit à lui, songea Katarn. Sa rage... alimente tout. »
Il devait frapper. Briser le cycle.
Une ouverture apparut.
Trop belle.
Trop évidente.
Katarn vit le piège. Il s’y glissa quand même. Du moins, il en donna l’illusion.
Il avança, lame levée, comme pour frapper en diagonale, frontalement. L’adversaire y crut. Relâcha une garde, amorça un contre.
Mais Katarn pivotait déjà. Il inversa l’angle. Le sabre décrivit un arc vertical parfait, du sommet du crâne au torse.
La lame verte transperça la silhouette d’un seul trait.
Aucun cri.
Aucune résistance.
Juste... du vide.
L’ombre se dissipa, lentement, en volutes sombres. Comme de la fumée trop longtemps contenue. L’air vibra une dernière fois, puis la chaleur retomba. Le sol cessa de trembler. La lave sembla se figer.
Le silence revint.
Un silence presque coupable.
Katarn ne bougea pas. Son souffle était rauque, mais régulier. Il fixait encore l’endroit où la silhouette avait disparu.
Quelque chose venait de se terminer.
Mais ce n’était pas la fin.
Son souffle peinait à suivre le calme revenu. La chaleur s’était volatilisée. Sous ses pieds, la roche autrefois brûlante refroidissait à vue d’œil. La pierre ne fumait plus. Plus un bruit. Plus de sabre. Juste son cœur, lourd, battant dans ses tempes.
Il cligna des yeux. Le noir autour de lui n’avait pas changé — la nuit régnait encore — mais quelque chose s’était tu dans l’air. Comme un feu mourant, comme un souffle retenu. Il inspira lentement, puis reprit sa marche.
Un pas. Puis un autre.
Il gravissait la pente, encore, toujours, cherchant le sommet — ou une foutue explication. Mais à mesure qu’il montait, la sensation de froid grandissait. D’abord une fraîcheur discrète, presque bienvenue après la fournaise du combat. Puis une morsure plus franche. L’air siffla entre les rochers, porté par un vent venu d’en haut. Un vent sec, dur, qui collait à la peau comme une lame.
Il plissa les yeux. La pénombre semblait moins épaisse.
À l’horizon, une lueur pâle perçait les nuages. L’aube ? Non. Une promesse de jour, mais sans chaleur, sans couleur. Une lumière grise, morte, comme si même le soleil hésitait à se pointer.
Il voulut avancer, mais ses pas se firent lourds. Plus de pente. Le sol s’était aplani sans qu’il ne s’en rende compte. Il baissa les yeux.
Plus de roche.
Sous lui, un sable fin, gris, légèrement brillant, s’étendait à perte de vue. Pas un désert de feu. Pas un air brûlant, étouffant. Non. Ce sable-là était froid. Sèchement, solidement froid. À chaque pas, il crissait sous ses bottes comme de la cendre gelée. Il se pencha, prit une poignée de grains.
Ils glissèrent entre ses doigts, silencieux,. Comme des souvenirs qu’on essaie de retenir.
"Parfait. Un désert sans chaleur. Manquait plus que ça. Et encore, j’imagine qu’ils avaient prévu un orage de glace mais qu’ils sont en retard" Se moquait il.
Il redressa la tête.
La montagne avait disparu.
Devant lui s’étendait un désert. Immense. Figé. Sans vent, sans bruit. Juste cette étendue infinie de sable gelé sous un ciel mort. Le paysage ne bougeait pas, ne vivait pas. Même les ombres semblaient fatiguées d’exister.
Il souffla longuement par le nez, ses mains sur les hanches.
Il leva les yeux vers le ciel.
— Tu ne veux pas m’en mener dans une kantina, plutôt ? Juste une fois ? Avec des chaises, un mur, une boisson tiède, même un barman grincheux… Je prends. Vraiment. Je prends." Il supplia le ciel.
Pas de réponse. Évidemment.
Il fit un pas. Puis un autre.
Le sol ne donnait rien. Pas d’empreinte, pas de réponse.
Génial. Même le sable ici fait la gueule.
Il ravala sa fatigue, le regard planté droit devant.
Pas le choix. Il devait avancer.
Katarn entama sa traversée du désert, lentement, un pas après l’autre, comme si chaque mouvement réveillait le sol froid sous lui.
Le sable ne fondait pas, ne s’envolait pas.
Il restait là, figé, docilement gelé, comme s’il n’attendait qu’un ordre pour se transformer à nouveau, ou pour s’effondrer sous ses pas.
Il n’était pas brûlant, il n’était pas mouvant.
Il était immobile. Compact.
Presque solide, comme un souvenir mort.
Le froid n’était plus mordant, il était devenu un état.
Quelque chose d’installé, permanent.
Constamment présent.
Comme si le monde entier avait retenu son souffle.
Un souffle long, éternel, glacial.
Il leva les yeux vers le ciel.
La même lueur grisâtre traînait au-dessus de sa tête.
Elle n’avait pas bougé d’un pouce depuis qu’il avait quitté la montagne.
Pas de montée du soleil.
Pas d’ombre changeante.
Juste cette lueur morte, suspendue, sans début ni fin.
Un faux matin.
Un jour qui n’arrive jamais.
— Super. Même le temps est en pause. Me manque plus que les hallucinations, et j’aurai coché toutes les cases du Jedi errant en détresse.
Il continua sa marche.
Ses bottes crissaient faiblement dans le sable froid, laissant derrière lui une trace sans chaleur.
Il ne pensait plus vraiment à sa destination.
Jusqu’à ce que les souvenirs du combat précédent se remettent à tourner dans sa tête.
Les coups. Les impacts.
La roche qui réagissait à chaque mouvement de son adversaire.
Chaque frappe.
Chaque excès d’agressivité.
La montagne vivait le duel.
Elle l’absorbait.
Elle répondait.
Comme si elle aussi avait pris parti.
Il ralentit.
Alors… ce désert, lui aussi ?
Il attend quelque chose ? Quelqu’un ?
Un froncement de sourcils.
Une intuition qu’il n’aimait pas du tout.
— Le côté obscur veut me faire marcher dans le froid jusqu’à ce que je gèle ou que je craque ? Ou alors il me réserve une autre rencontre.
Se demanda-t-il.
Il n’eut pas le temps d’aller plus loin dans ses pensées.
Là, droit devant.
Immobile comme une sculpture de cauchemar.
Se tenait une silhouette noire.
Katarn s’arrêta net.
Il plissa les yeux.
Le souffle court, mais le cœur soudain plus lourd.
La forme portait une armure d’un noir brillant.
Usée par le temps.
Fendue par la guerre.
Une longue cape flottait dans le vent gelé.
Elle dessinait des arcs solennels autour de la silhouette.
Presque cérémoniels.
Le visage, ou plutôt le masque, était figé dans une expression vide.
Impassible.
Les deux oculaires rouges brillaient doucement.
Froidement.
Ils glaçaient l’air autour d’eux.
Et cette respiration…
Cette respiration mécanique.
Régulière.
Entêtante.
Comme un râle d’outre-tombe relié à une machine.
Katarn déglutit lentement.
Il le reconnut aussitôt.
Pas besoin de confirmation.
Pas besoin de doutes.
Darth Vader.
L’enforceur de l’Empereur.
L’homme qui avait écrasé la galaxie sous sa botte.
Celui qui aurait dû être l’Élu.
Celui qui avait trahi les siens pour devenir la lame du côté obscur.
Katarn pinça les lèvres.
Les bras légèrement écartés.
Mains prêtes.
— Eh bien… Si ce n'est pas la meilleure. J'imagine que c'est non pour le Cantina!!.
Figé comme un tableau. Dans un décor trop calme avant que tout n’éclate.
Vader ne bougeait pas.
Juste le souffle.
Cette respiration mécanique qui semblait tordre l’air à chaque inspiration.
Katarn sourit.
Un peu jaune.
Peut-être un peu trop.
— Félicitations, ancien Jedi,
tu as triomphé de mon premier apôtre…
mais celui-là…
Un silence.
— …tu ne pourras rien contre lui.
La voix mécanique de Vador s’écrasa dans le désert, lourde, métallique, aussi froide que le sable gelé sous leurs pieds.
Chaque syllabe résonnait comme un écho funèbre, étouffé par la respiration artificielle qui hachait l’air, implacable, obsédante.
Face à lui, Katarn ne répondit pas, Il ne bougea même pas tout de suite. Il se contenta de fixer la silhouette noire, silencieux, concentré comprenant que c'est le côté obscur lui même qui lui parlait a travers ses messagers.
Puis lentement, dans un léger souffle de sable, il leva une main. Un petit clic résonna. Son sabre s’alluma dans un sifflement net, son cristal vert jade vibrant dans le silence.
La lumière éclaira son visage buriné, fatigué… mais étrangement calme.
Il se mit en mouvement. Pas pour attaquer. Pas encore.Juste pour dérouiller ses poignets.
Un petit roulement souple, des cercles relâchés, comme s’il cherchait à retrouver un équilibre.
Comme s’il n’arrivait pas à se décider.
Une garde classique ?Ou une posture plus agressive ?Il hésitait. Ou faisait mine d’hésiter.
— Tu sais…
dit-il enfin en brisant le silence, d’un ton presque léger, presque amusé.
— Je me suis toujours dit que les Jedi de son époque devaient être sacrément faibles…
pour s’être fait massacrer par lui.
Un petit rire lui échappa, sec et bref.
Presque une expiration moqueuse.
Il haussa les épaules, un peu, comme si tout cela lui paraissait presque comique .
— Aujourd’hui…
Je vais tester cette théorie.
Son sourire s’élargit. Un sourire franc, brut, comme celui d’un enfant prêt à déchirer l’emballage de son cadeau, excité à l’idée de découvrir ce qu’il y a dedans…
Même si ça risquait de lui exploser au visage.
Vador ne réagit pas tout de suite.
Il resta immobile, monolithe noir dans ce désert figé.
Puis il parla à nouveau.
Une voix d’outre-tombe, vibrante de conviction.
— Le pouvoir.
La domination.
Tu les cherches.
Un souffle plus profond, plus pesant.
— Mais tu refuses de laisser le côté obscur couler librement en toi.
Il n’y a que lui…
lui seul…
qui peut assouvir tes désirs.
Katarn pencha un peu la tête.
Comme s’il analysait les mots.
Puis il cligna lentement des yeux.
Son sourire s’effaça un instant, remplacé par une lassitude teintée d’ironie.
— J'ai plus vraiment le temps pour les discussions sur la Force…
Il recula d’un pas.
Fit pivoter ses hanches.
Ses deux pieds s’ancrèrent dans le sable gelé.
— …viens te battre.
Et soudain, sans autre mot,
sans autre avertissement,
Katarn bondit en avant.
Sabre allumé, bras tendu, muscles contractés.
Comme une flèche vivante dans ce monde suspendu.
Droit sur le Chevalier Noir.
Le choc fut immédiat. Le sifflement du sabre de Katarn fendait l’air. Vador bloqua net, pivotant avec une précision mécanique. L’impact gronda comme un tonnerre étouffé.
— Je t’ai envoyé Maul, la bête, dit Vador d’une voix calme et sinistre en parant une nouvelle frappe. Je croyais que la rage suffirait à te briser.
Katarn accentua sa pression, fit glisser la garde et chercha l’ouverture.
— Maul ? C’était donc lui, le premier apprenti de Sidius… J’avoue, il se débrouille pas mal. Mais pas assez pour m’abattre.
Le Seigneur Sith recula d’un pas lent, sabre prêt.
— Si lui représentait la rage… souffla Katarn en enchaînant une feinte puis un revers brutal, toi, qu’es-tu censé représenter ?
Vador repoussa l’attaque et éleva sa paume gauche : un souffle obscur vrombit dans l’air.
— Je suis la peur, dit-il. C’est elle qui te détruira.
Katarn recula de quelques pas pour reprendre sa posture. Pas question d’utiliser le Soresu face à Vador. Non : rapidité et agilité seraient ses meilleures armes.
— Peur de toi ? De lui ? Tu rigoles, j’espère ! Voir le plus célèbre des traîtres de l’histoire des Jedi ne fait que me motiver encore plus. Comment a-t-il pu tourner le dos à ceux qui l’ont libéré ? Lui, l’Élu ! cracha Katarn.
— Ce ne sont pas les Jedi qui l’ont libéré : c’est moi. Je l’ai libéré de sa faiblesse, répliqua le faux Vador.
Katarn fonça à nouveau. Les sabres s’entrechoquèrent. Vador recula d’un coup puis souleva des pierres, les projetant sur Katarn, qui, lui aussi, puisa dans la Force pour les repousser. Les deux se figèrent dans un duel de champs de force, mains tendues, chacun cherchant à briser le bouclier invisible de l’autre.
D’un sursaut spectral, Vador prit l’avantage : Katarn fut projeté au sol, perdant son sabre des mains. Il se releva aussitôt pour le récupérer, mais le sol trembla. L’air se chargea. En un claquement sec, une tempête de sable s’éleva, enveloppant Katarn de tous côtés.
Au milieu des tourbillons, il vit l’arène de son enfance. Son cœur se serra : les gradins bondés, la puanteur de la sueur et du sang, le regard sans pitié de son père. Une nausée le prit, un mélange de colère et de honte, tandis qu’il entendait les hurlements des bêtes qu’il avait dû tuer… pour vivre.
Il se jeta en plein cœur de la tourmente, espérant briser ces visions, mais la tempête le repoussa comme une marée glacée. Le sable forma alors l’image de Meywine, sacrée championne, acclamée. Katarn sentit ses entrailles se nouer : la jalousie amère qu’il avait toujours refoulée explosait en lui, une brûlure pire que la fournaise de Mortis.
À genoux, haletant, il leva les yeux. Une nouvelle vision s’imposa : Elio, le petit Mirialan, embarqué de force, suppliant Katarn et ses amis puis le vaisseau de ses ravisseur criblée de tirs explosa sous le ciel bleu de la planète des nomades. Katarn baissa la tête, viscéralement coupable de n’avoir pu le sauver.
Puis Sedu : son frère son ami,, lui tournant le dois froid vers la porte du Temple. La trahison gravée dans chaque pas. Katarn sentit les larmes lui monter, la gorge serrée, la colère se muant en une douleur sourde.
— Non… murmura-t-il, la voix étranglée.
— Regarde, Jedi, gronda Vador, sa voix portée par le vent. Tu portes toute cette souffrance en toi, tous ces échecs… C’est ça qui t’écraser. Laisse-moi te libérer de tout cela.
Une goutte de sueur glissa sur la joue de Katarn, tandis que la tempête autour de lui devenait plus violente, comme si la terre elle-même voulait effacer ses remords. Il tremblait, non de peur, mais sous le poids de sa propre histoire, de ses choix et de ses manques.
Pourtant, une étincelle, fragile mais tenace, jaillit dans son esprit : il n’était pas défini par ces échecs. Il se redressa, sabre en main, serrant les dents.
Et, refusant de céder à la peur, il frappa vers l’avenir vers une rédemption qu’il devait encore conquérir.
— Toujours les mêmes tours… comme à Coruscant. Tu ne m’auras pas cette fois. Je refuse.
Katarn se concentra. Il ferma les yeux un instant. Il n’avait pas besoin de voir son sabre pour savoir qu’il était là. Tout proche. Il tendit la main. La Force répondit.
La poignée froide retrouva sa paume avec une précision rassurante. Il activa la lame dans un vrombissement pur, vert éclatant. Puis il inspira profondément, se recentra.
Il se rappela les paroles de Meywine, les longues heures d'entraînement passées à contrôler ses émotions, à trouver dans la tourmente un point fixe. Il ne devait pas laisser la peur dicter ses gestes. Ni la colère. Ni la honte.
Alors, il canalisa la Force. Il l’infusa dans sa lame, qui vibra, puis pulsa comme un cœur battant à l’unisson avec lui. Tout autour, la tempête s’intensifiait, hurlait pour l’engloutir. Le vent giflait sa peau, le sable lui brûlait les yeux. Mais il tint bon.
Puis, d’un cri de défi, il libéra la lame dans un arc circulaire. Elle fendit l’air comme un éclair. L’énergie verte trancha le mur de vent, dissipant la tempête dans une explosion de lumière.
Le silence tomba brutalement. Le ciel s’éclaircit.
Haletant, vidé par l’effort, Katarn scruta les environs. Vador avait disparu. Mais ce n’était pas tout.
Le désert aussi… n’était plus là.
Autour de lui, plus aucune trace de sable ni d’arène. Il se tenait maintenant au bord d’une falaise herbeuse, dominant une mer déchaînée. Le vent portait l’odeur du sel et de la pluie. Au-dessus, un soleil pâle luttait derrière des nuages lourds, gonflés d’orage.
Katarn resta immobile, le souffle court, son sabre encore allumé à ses côtés.
Où était-il maintenant ?
Katarn s’allongea sur le sol humide, les muscles tremblants, les paupières lourdes. Quelques gouttes de pluie tombèrent sur son visage, glissèrent lentement jusqu’à ses lèvres. Il entrouvrit la bouche, laissa l’eau y pénétrer. Fraîche. Salée. Vivante.
Il resta là un moment, immobile, à fixer le ciel voilé. Il venait d’affronter, coup sur coup, deux apôtres du côté obscur… et pourtant, il respirait encore.
En tout cas, il le croyait.
Ça ne l’étonnerait pas d’apprendre, dans quelques instants ou dans quelques siècles, qu’il était en réalité mort, et que tout ceci n’était qu’un purgatoire déguisé — un rêve malade, un gouffre sans fond, éternel, modelé par ses propres échecs.
La pluie s’intensifia. Elle tombait à présent en rideau, fouettant sa peau, martelant le sol autour de lui. La mer en contrebas rugissait, ses vagues frappant la falaise avec une violence croissante, comme si elle cherchait à faire disparaître la terre elle-même.
Et pourtant, malgré la fatigue, malgré les visions qui brûlaient encore dans son esprit, malgré les fantômes du passé qui s’accrochaient à son âme comme des chaînes… il vivait. Il sentait la douleur, le froid, la morsure de la réalité.
Et il sut alors que ce n’était pas fini.
Ce n’était jamais fini.
Surtout qu’il pouvait l’entendre.
Des pas. Lents, traînants, aspirant la boue à chaque enjambée. Comme si la terre elle-même tentait de retenir cette présence.
Quelqu’un approchait. Vers lui.
Katarn voulut se relever, mais son corps protestait. Brisé par la rage, vidé par la tempête. Il força pourtant ses bras à le redresser, les coudes tremblants, les yeux mi-clos.
— Ok… on fait une pause maintenant. C’est plus drôle, dit-il dans un souffle, la voix râpeuse. Le sable, les illusions, les spectres du passé, très réussi. Mais là… stop. C’est bon.
Et puis il le vit.
Une silhouette voûtée, enveloppée d’une cape effilochée, aussi noire que le ciel chargé au-dessus de la mer.
Il ne marchait pas : il glissait presque, chaque pas pesant résonnant comme une menace discrète.
Le vent semblait éviter son passage, la pluie elle-même ralentissait en l’effleurant.
Son visage était un masque d’épuisement et de malveillance contenue.
Sa peau, flétrie, d’un gris cireux, paraissait ne plus être qu’une membrane ténue sur un squelette.
Ses yeux, enfoncés dans leurs orbites, luisaient faiblement, d’une teinte jaunâtre, presque malade, mais d’une fixité insoutenable.
Il n’avait rien d’humain.Il n’avait plus rien de vivant non plus.Son rictus, à peine dessiné, n’était ni sourire ni pitié.
Plutôt… l’ombre d’un amusement cruel, comme un vieux serpent qui reconnaît une proie blessée.
Katarn sentit la nausée lui remonter dans la gorge.
Pas à cause de la peur.
Mais à cause de cette sensation impure, de cette… dégénérescence de la Force qu’il sentait émaner du corps desséché.
Il plissa les yeux, Il lâcha un rire nerveux, presque incrédule, le souffle court, les bras encore tremblants.
— Après le chevalier... l’empereur. Darth Sidius en personne ! Ma chance aujourd’hui, je vous jure.
Il leva les yeux vers le ciel en secouant la tête, puis fixa la silhouette décrépite.
— Laisse-moi deviner... Tu représentes la viande pourrie ?
Le visage du vieil homme se figea. Plus aucun rictus, plus aucun amusement.
Juste cette voix — rugueuse, profonde, comme si elle provenait d’un gouffre millénaire :
— J’ai voulu t’épargner. T’ouvrir une voie vers moi... te montrer ce que cache l’autre rive. Mais mon indulgence s’arrête ici, garçon.
Maintenant, si tu n'es pas miens alors je te detruirais avec mon essence même. La haine.
Sidious tendit un doigt noueux, noirci comme du charbon.
Un murmure se leva dans l’air… puis un hurlement de la Force elle-même.
Katarn sentit la déflagration avant de la voir.
Il bondit sur le côté, juste à temps, mais le souffle de l’éclair lui lécha les bras.
Sa tunique s’enflamma, les fibres crépitant, et il roula au sol pour éteindre les flammes.
Il n’eut pas le temps de respirer.
Le ciel rugit à nouveau, aussi furieux qu’un monde entier s’effondrant.
Un deuxième éclair fondit droit sur lui, zébrant les nuages.
Katarn leva le bras pour se protéger — trop tard.
L’éclair frappa à moins d’un mètre, le souffle le projeta dans la boue.
Son cœur battait si fort qu’il en avait la nausée.
Ses mains tremblaient. La Force autour de lui hurlait, mais elle semblait sourde à sa propre voix.
Il serra les dents. Il n’avait plus le choix.
Pas ici. Pas maintenant.
Il se redressa, chancela, puis courut.
À travers la plaine détrempée, les jambes lourdes, le souffle brûlant.
Derrière lui, le ciel se déchirait à chaque pas — des éclairs qui tombaient comme des marteaux, des éclats de lumière qui lacéraient la terre autour de lui.
Le sol explosait à chaque impact. La pluie martelait son dos, glaciale.
Le vent hurlait, mais ce n’était plus un orage naturel.
C’était la colère incarnée.
Katarn courait non pour fuir…
Mais pour survivre encore quelques secondes.
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Dans le ventre du Spectre Noir, à plusieurs niveaux sous la passerelle, la chambre de méditation baignait dans une obscurité presque liquide. Les parois, d’un métal noirci, étaient gravées de runes Sith anciennes, comme autant de cicatrices figées dans le temps.
Au centre, sur un cercle tracé au sang et à la poussière de cristaux Kyber brisés, Sedu demeurait immobile, genoux croisés, mains posées sur ses cuisses.
Il n’était plus vraiment ici.
Chaque souffle le plongeait plus loin, dans une mer sans lumière où la Force devenait un océan infini. Les échos de ce qu’avait été Zain Solaris flottaient là, au loin… mouvants, changeants, comme une silhouette déformée sous l’eau. Sedu s’en approchait par vagues, effleurant la trame invisible qui composait son être, sentant cette anomalie vibrer dans le tissu de la galaxie comme une fissure prête à s’élargir.
Le temps n’existait plus.
Il n’y avait que ce murmure incessant du Côté Obscur, cette pulsation qui battait au rythme de son propre cœur.
Puis, quelque chose d’extérieur fendit ce vide.
Pas par la Force — par le métal.
Des bruits. Lourds. Proches.
Les voix arrivaient comme des coups portés contre la coque de son esprit, déformées par les couches de concentration. Rien qu'à leurs aura Sedu les reconnu, les dix étaient là.
— Pourquoi le vaisseau est-il à l’arrêt ? La voix acérée de Darth Phobos tranchait comme un éclat de verre.
Sedu compris que les dix s'étaient réunis derrière la porte de la chambre de méditation
— Ce n’était pas le plan, ajouta Darth Kherus, froid et calculateur.
— Après Mytus, nous devions avancer. Enchaîner pour enterrer une fois pour toutes les Jedi!
Un pas lourd résonna, presque un coup de marteau contre la cloison. Desolous.
— Faites-nous entrer, vieillard. Nous devons lui parler. gronda-t-il.
La réponse de Zethus monta jusqu’à lui, étouffée mais ferme.
— Je ne peux pas. Le Seigneur Nihilus est en méditation. Ses ordres sont claires, personne n’entre.
Phobos laissa échapper un rire sec.
— Méditation ? Mediter sur quoi ?
Kherus cracha presque ses mots.
— Ton maître, joue un jeu dangereux, un jeu qu'il pourrait regretter et bien plus tôt que tu ne le penses.
— Je vous ai dit… commença Zethus, la voix légèrement plus dure, … que ses décisions ne sont pas à discuter.
Desolous intervint, son ton grondant résonnant comme un écho de guerre.
— Nous avons mené notre mission Mytus, maintenant il doit délivrer sur ses promesses.
À travers les couches de son immersion, Nihilus percevait leurs colères comme de petites déflagrations à la surface de l’océan où il flottait. Il les laissait s’agiter, se heurter aux murs de son absence. Il savait que l’impatience rongeait même les plus disciplinés d’entre eux… et que cette impatience finirait par lui être utile.
Il ne rompit pas le lien avec Zain.
Il ne rompit pas le silence.
Il était le centre immobile de la tempête, et eux n’étaient que le vent qui tournait autour.