Shameless: Beautiful Disaster

Chapitre 5 : Une trêve sous surveillance

1492 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 10/10/2026 19:55

Musique conseillée : The Middle — Jimmy Eat World

(https://www.youtube.com/watch?v=oKsxPW6i3pM)


Dans le South Side, les bonnes intentions ne durent jamais très longtemps.

Les disputes, en revanche, peuvent devenir une tradition.

Et parfois, entre deux insultes et trois problèmes de plomberie, les gens finissent par découvrir qu'ils ne se détestent peut-être pas autant qu'ils le prétendent.

Le problème ?

Kaylin Park et Ian Gallagher étaient encore très loin d'être prêts à l'admettre.

8 h 17 — Appartement de Kaylin et Ara

— Je te préviens, si cette chaudière meurt avant la fin du mois, je déménage.

Kaylin, enveloppée dans deux couvertures, fixait le radiateur avec une haine presque personnelle.

Ara, assise à la table de la cuisine, buvait tranquillement son café.

— Tu dis ça depuis trois jours.

— Et depuis trois jours, cette chose refuse de fonctionner.

— Peut-être qu'elle ne t'aime pas.

Kaylin tourna lentement la tête.

— Tu veux vraiment commencer cette journée comme ça ?

— Absolument.

Ara esquiva le coussin que sa colocataire lui lança.

Leur appartement avait beau être petit, mal isolé et probablement condamné par toutes les normes de sécurité imaginables, elles commençaient à s'y sentir chez elles.

Enfin, presque.

Un bruit sourd retentit derrière le mur.

Puis un autre.

Kaylin se figea.

— Dis-moi que ce n'est pas encore la plomberie.

— Je crois que c'est chez les Gallagher.

— Tant mieux. Pour une fois, ce ne sera pas notre problème.

Trois secondes plus tard, quelqu'un frappa à leur porte.

Kaylin ferma les yeux.

— Je retire ce que j'ai dit.

Ara ouvrit.

Ian Gallagher se tenait sur le palier, un sweat gris sur le dos et une expression fatiguée sur le visage.

— Salut. Votre propriétaire est passé ?

Kaylin croisa les bras.

— Bonjour à toi aussi, rayon de soleil.

Ian l'ignora.

— Il est venu chez nous. Il prétend que vous lui avez envoyé un message concernant une fuite.

— Parce qu'il y a une fuite.

— Oui, j'avais compris cette partie.

— Alors pourquoi tu poses la question ?

Ian inspira profondément.

Ara se mordit la lèvre pour ne pas rire.

— Vous êtes épuisants, tous les deux, murmura-t-elle.

— Je suis parfaitement calme, répondit Kaylin.

— Moi aussi, ajouta Ian.

Ils se regardèrent.

— Menteur, lâchèrent-ils simultanément.

Ara éclata de rire.

Et, contre toute attente, Ian esquissa lui aussi un sourire.

Un sourire bref. Presque involontaire.

Kaylin le remarqua, mais décida de ne pas commenter.

Elle avait encore un minimum de dignité.

9 h 02 — Devant l'immeuble

Le propriétaire avait finalement accepté d'envoyer un réparateur. Celui-ci devait arriver dans la matinée, ce qui constituait déjà un miracle dans leur quartier.

En attendant, Ian avait proposé de vérifier une dernière fois le radiateur.

Ou, plus exactement, il avait déclaré :

— Si tu continues à le menacer, il ne va pas se réparer tout seul.

Ce à quoi Kaylin avait répondu :

— Et si tu continues à parler, je vais finir par te confondre avec le radiateur.

Malgré cela, elle l'avait laissé entrer.

Ian s'accroupit près du chauffage pendant que Kaylin lui tendait une lampe torche.

— Tu sais, dit-elle, tu pourrais être moins désagréable quand tu aides les gens.

— Tu pourrais être moins désagréable quand les gens t'aident.

— Je ne suis pas désagréable.

Il leva les yeux vers elle.

— Tu veux vraiment qu'on fasse la liste ?

— Commence, et je te garantis que tu ne finiras pas.

Ian secoua la tête en souriant légèrement avant de reprendre son inspection.

— Bon. La vanne est bloquée. Ça explique pourquoi le radiateur ne chauffe presque pas.

— Tu peux réparer ça ?

— Je peux essayer. Mais je ne suis pas plombier.

— Tu as pourtant réparé la fuite.

— Et tu me l'as rappelé environ quarante-sept fois.

— Seulement quarante-six.

Il leva les yeux au ciel.

Pour la première fois depuis leur rencontre, le silence qui suivit ne fut pas particulièrement hostile.

Ian travaillait. Kaylin l'éclairait. De temps en temps, il lui demandait un outil et elle le lui tendait sans commentaire.

C'était presque… normal.

Jusqu'à ce que Kaylin éternue.

Ian s'arrêta.

— Tu es malade ?

— Non.

Elle éternua une deuxième fois.

— Convaincant.

— C'est le froid, Gallagher.

Il retira son sweat et le lui tendit.

Kaylin le fixa comme s'il venait de lui proposer un pacte avec le diable.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Tu grelottes.

— Et ?

— Et j'ai chaud. Prends-le avant que je change d'avis.

Elle hésita.

— Tu vas avoir froid.

— Je survivrai.

Kaylin finit par prendre le vêtement.

— Merci.

Le mot était sorti si naturellement qu'elle en fut presque surprise.

Ian sembla le remarquer, lui aussi.

— De rien.

Aucune plaisanterie. Aucune remarque sarcastique.

Juste deux mots.

Ce qui, entre eux, représentait pratiquement un événement historique.

10 h 26 — Devant la maison Gallagher

Pendant ce temps, Ara avait rejoint Carl, qui tentait de faire démarrer une vieille tondeuse devant la maison.

La machine émit un bruit inquiétant avant de s'éteindre.

Carl la fixa.

— Elle se fout de moi.

— Tu veux que je lui parle ?

Il tourna la tête vers Ara.

— Tu sais réparer ça ?

— Non. Mais je sais insulter les objets jusqu'à ce qu'ils coopèrent.

Carl la dévisagea une seconde, puis éclata de rire.

— D'accord. J'aime bien ta méthode.

— Elle a fait ses preuves sur notre micro-ondes.

— Il fonctionne ?

— Non, mais maintenant, j'ai moins envie de le jeter par la fenêtre.

Carl sourit.

Ara s'assit sur la marche du perron pendant qu'il examinait la tondeuse.

Ils parlèrent de choses sans importance : l'immeuble voisin, les commerces du quartier, les habitudes étranges des habitants du South Side.

Carl lui raconta même comment il avait accidentellement cassé une fenêtre chez lui en essayant de lancer un objet dans le jardin.

— Quel objet ? demanda Ara.

— Une chaussure.

— Pourquoi tu lançais une chaussure ?

— Longue histoire.

— J'ai toute la matinée.

— Alors tu vas être déçue : c'était une mauvaise décision.

Ara éclata de rire.

Carl sourit, visiblement satisfait de l'avoir fait rire.

Il ne cherchait pas à l'impressionner. Elle ne cherchait pas à lui plaire.

Pour l'instant, ils étaient simplement deux personnes qui découvraient qu'elles pouvaient passer un bon moment ensemble.

Et c'était déjà pas mal.

12 h 41 — Une pause imprévue

Le réparateur était enfin passé.

Le radiateur fonctionnait.

La fuite était réparée.

Et Kaylin avait découvert une information essentielle : le propriétaire pouvait effectivement tenir ses promesses lorsqu'il comprenait qu'on ne le laisserait pas tranquille.

Ian s'apprêtait à repartir quand elle l'interpella.

— Gallagher ?

Il se retourna.

— Quoi ?

Kaylin lui tendit son sweat, soigneusement plié.

— Merci pour tout à l'heure.

Il récupéra le vêtement.

— Ce n'était rien.

— Peut-être. Mais merci quand même.

Ian la regarda quelques secondes.

— Tu sais, tu es moins pénible quand tu ne cherches pas à me tuer verbalement.

— Et toi, tu es moins insupportable quand tu ne te comportes pas comme si tu avais inventé le sarcasme.

— Je prends ça comme un compliment.

— C'était une erreur.

Il rit.

Cette fois, Kaylin sourit également.

Pas un grand sourire. Pas quelque chose qui aurait changé leur vie.

Juste un sourire sincère, qui disparut presque aussitôt.

Ian le remarqua.

Et, pendant une fraction de seconde, il oublia ce qu'il était venu faire.

Puis son téléphone vibra.

Il baissa les yeux vers l'écran.

— Je dois y aller.

— Vas-y.

Il descendit les marches, puis se retourna une dernière fois.

— Hé, Park ?

— Quoi encore ?

— Si le radiateur recommence à déconner, envoie-moi un message. Je passerai voir.

Kaylin haussa un sourcil.

— Tu proposes spontanément de m'aider ?

— Ne le répète à personne. J'ai une réputation à protéger.

— Ton secret est en sécurité avec moi.

— J'en doute.

Il s'éloigna.

Kaylin referma doucement la porte, puis resta quelques secondes immobile dans l'entrée.

Ara apparut au bout du couloir.

— Alors ?

— Alors quoi ?

— Rien. Je voulais juste savoir pourquoi tu portes un sourire bizarre.

Kaylin perdit immédiatement son sourire.

— Je ne souris pas bizarrement.

— Bien sûr.

— Ara.

— Kaylin.

— Je vais te jeter par la fenêtre.

— Tu vois ? Tu es de nouveau toi-même.

Kaylin attrapa un coussin.

Ara s'enfuit en riant.

Et, pour la première fois depuis leur arrivée à Chicago, leur appartement ne semblait plus tout à fait aussi froid.

ÉPILOGUE

Ce jour-là, Kaylin Park et Ian Gallagher ne devinrent pas amis.

Ils ne se confièrent aucun secret.

Ils ne se promirent rien.

Ils partagèrent simplement quelques minutes sans se battre, un sweat gris et un sourire qu'aucun des deux ne voulait expliquer.

Mais les grandes histoires ne commencent pas toujours par des déclarations spectaculaires.

Parfois, elles commencent par un radiateur en panne.

Et par quelqu'un qui revient aider, alors qu'il n'est absolument pas obligé de le faire.

Fin du chapitre 5. 


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