Shameless: Beautiful Disaster

Chapitre 6 : Mauvaises habitudes et services non demandés

1820 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 10/10/2026 20:01

Musique conseillée : Everybody Talks — Neon Trees

(https://www.youtube.com/watch?v=X5G9tIe84lE)


Le problème avec les voisins, c'est qu'on ne peut pas toujours les éviter.

Le problème avec les Gallagher, c'est qu'ils ont une fâcheuse tendance à s'inviter dans votre vie sans prévenir.

Et le problème avec Ian Gallagher ?

Kaylin Park commençait à découvrir qu'il était beaucoup plus difficile à détester lorsqu'il se montrait utile.

Heureusement, il faisait encore suffisamment d'efforts pour rester insupportable.

1. 7 h 36 — Une matinée déjà catastrophique

Kaylin venait à peine de sortir de sa chambre lorsqu'elle découvrit Ara assise à la table de la cuisine, son téléphone à la main et un sourire suspect aux lèvres.

— Non.

Ara leva les yeux.

— Je n'ai encore rien dit.

— Tu souris comme ça uniquement lorsque tu prépares une bêtise.

— C'est blessant.

— C'est factuel.

Ara lui tendit son téléphone.

Sur l'écran, un message du propriétaire.

Bonjour. Le réparateur m'indique que le problème de chauffage est résolu. Merci de régler le solde des frais d'intervention.

Kaylin relut le message.

Une fois.

Deux fois.

Puis elle leva lentement les yeux vers le plafond.

— Il est sérieux ?

— Apparemment.

— C'est lui qui a laissé cet appartement dans un état déplorable, et maintenant, il veut nous faire payer les réparations ?

— C'est ce que son message semble dire.

— Je vais le tuer.

— Tu pourrais commencer par lui envoyer un mail.

— Je peux faire les deux.

Ara récupéra son téléphone avant que Kaylin ne décide de le jeter contre le mur.

— Respire.

— Je respire.

— Tu as l'air de préparer un meurtre.

— Je réfléchis à mes options.

— Et si tu demandais conseil à Ian ?

Le silence fut immédiat.

Kaylin tourna lentement la tête.

— Pardon ?

— Ian. Tu sais, le voisin qui t'a aidée à réparer le chauffage.

— Je sais qui est Ian.

— Je vérifiais.

— Je ne vais pas demander conseil à Gallagher.

— Pourquoi ?

— Parce que je suis parfaitement capable de gérer un propriétaire malhonnête sans solliciter toute la population du South Side.

Ara haussa les épaules.

— Très bien. Mais si tu finis en prison, je ne paierai pas ton loyer.

Kaylin lui adressa un doigt d'honneur affectueux avant de retourner dans sa chambre.

Elle avait un mail à écrire.

Et un propriétaire à terroriser légalement.

C'était déjà un programme suffisant pour la matinée.

2. 8 h 12 — Une rencontre regrettable

Kaylin sortit de l'immeuble avec son sac sur l'épaule et son téléphone dans la main.

Elle était tellement occupée à rédiger mentalement la réponse parfaite à son propriétaire qu'elle ne remarqua pas immédiatement la personne qui arrivait en sens inverse.

Jusqu'à ce qu'ils se heurtent.

— Putain !

Son téléphone faillit lui échapper.

— Tu pourrais regarder devant toi ! lança Ian.

Kaylin releva la tête.

Évidemment.

Évidemment que ce serait lui.

— Bonjour à toi aussi, Gallagher. Toujours aussi charmant le matin ?

— Je pourrais te poser la même question.

— Et je pourrais te conseiller de ne pas le faire.

Ian remarqua son expression contrariée.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Rien.

Il la regarda.

— D'accord.

Il fit un pas pour continuer son chemin.

Kaylin fronça les sourcils.

— C'est tout ?

Ian se retourna.

— Quoi ?

— Tu ne vas pas insister ?

— Tu viens de me dire que tout allait bien.

— Et depuis quand tu prends les gens au mot ?

— Depuis que j'ai découvert que certaines personnes deviennent encore plus désagréables quand on essaie de les aider.

Kaylin ouvrit la bouche.

La referma.

Puis croisa les bras.

— Je te déteste.

— Tu me l'as déjà dit.

— Je peux le répéter.

— Je n'en doute pas.

Il reprit sa route.

Kaylin le regarda s'éloigner, outrée de constater qu'il venait de gagner une dispute sans même avoir vraiment participé.

C'était presque insultant.

Elle accéléra le pas pour le rattraper.

— Bon, d'accord. Mon propriétaire essaie de nous faire payer une intervention qui ne devrait probablement pas être à notre charge.

Ian tourna la tête vers elle.

— Tu devrais vérifier ton bail et conserver tous les échanges écrits avant de lui répondre.

Kaylin cligna des yeux.

— C'est ton conseil ?

— Oui.

— Tu n'as même pas fait de remarque sarcastique.

— Tu veux que je recommence ?

— Non.

— Alors ne te plains pas.

Elle serra les lèvres.

Puis, à contrecœur :

— Merci.

Ian haussa les épaules.

— De rien.

Ils marchèrent quelques mètres en silence.

— Tu sais, reprit Kaylin, tu pourrais être un peu moins désagréable.

— Tu sais, reprit Ian au même moment, tu pourrais être un peu moins agressive.

Ils se regardèrent.

— Tu es insupportable, souffla-t-elle.

— Bonne journée, Park.

Il traversa la rue.

Kaylin continua son chemin, furieuse contre lui, contre son propriétaire et, surtout, contre elle-même.

Parce qu'elle venait de demander de l'aide à Ian Gallagher.

Et que le monde ne s'était pas écroulé.

3. 12 h 47 — Chez les Gallagher

Lorsque Kaylin revint du supermarché, un sac dans chaque main, elle découvrit Carl assis sur les marches de la maison Gallagher.

Il leva les yeux vers elle.

— Hé, Park !

— Si tu me demandes encore de transporter un meuble, je te préviens, je vais faire semblant de ne pas parler anglais.

Carl éclata de rire.

— Relax. J'ai une question.

— Ça commence mal.

Il désigna l'un de ses sacs.

— Tu as acheté quoi ?

Kaylin le fixa, incrédule.

— De la nourriture, Carl.

— Je vois ça.

— Magnifique. Nous avons tous les deux développé des capacités d'observation remarquables.

Carl se leva, toujours amusé.

— Tu sais, Ian m'a dit que tu avais des problèmes avec ton propriétaire.

Kaylin s'immobilisa.

Lentement.

Très lentement.

— Ian t'a dit quoi ?

Carl sembla comprendre qu'il venait peut-être de toucher un sujet sensible.

— Juste que le type voulait te faire payer des réparations. Rien de spécial.

— Et pourquoi ton frère parle-t-il de mes problèmes ?

— Parce que je lui ai demandé pourquoi il avait passé autant de temps chez vous hier.

Kaylin plissa les yeux.

— Et qu'est-ce qu'il a répondu ?

— Qu'il réparait le radiateur.

— Ce qui est vrai.

— Ouais. C'est ce que j'ai dit aussi.

Un sourire malicieux apparut sur le visage de Carl.

— Mais je pense qu'il commence à t'apprécier.

Kaylin faillit lâcher son sac.

— Pardon ?

— Tu m'as entendu.

— Ton frère préférerait probablement manger du verre que passer volontairement du temps avec moi.

— C'est une possibilité.

— Merci de confirmer.

— Mais il t'a quand même aidée.

Elle resta silencieuse une seconde.

Puis haussa les épaules.

— Il a fait ce qu'un voisin normal aurait fait.

Carl hocha lentement la tête.

— Bien sûr.

— Carl.

— Oui ?

— Ne commence pas.

Il leva les mains.

— Je n'ai rien dit !

— Ton visage parle.

— C'est un visage très expressif.

Kaylin reprit sa route en marmonnant quelque chose à propos des Gallagher et de leur incapacité collective à se mêler de leurs affaires.

Carl la regarda entrer dans son immeuble.

Puis il sortit son téléphone.

Carl : Ta voisine vient de me menacer parce que j'ai dit que tu l'appréciais.

Quelques secondes plus tard, la réponse arriva.

Ian : Je ne l'apprécie pas.

Carl : J'ai rien dit de tel.

Ian : Va te faire foutre.

Carl éclata de rire tout seul sur les marches.

Décidément, cette nouvelle voisine allait rendre les choses intéressantes.

4. 18 h 19 — Une guerre par messages

Le soir venu, Kaylin était installée sur le canapé, son ordinateur sur les genoux.

Elle avait finalement envoyé un mail détaillé à son propriétaire, en demandant une justification écrite des frais réclamés.

Elle était plutôt satisfaite d'elle-même.

Jusqu'à ce que son téléphone vibre.

Un numéro qu'elle connaissait désormais apparut à l'écran.

Ian : Alors, le propriétaire t'a répondu ?

Kaylin fronça les sourcils.

Elle ne se souvenait pas lui avoir donné son numéro.

Puis elle se rappela qu'ils s'étaient échangé quelques messages à propos de la fuite, quelques jours plus tôt.

Elle tapa :

Kaylin : Bonsoir à toi aussi.

Ian : Je regrette déjà d'avoir posé la question.

Kaylin : Le sentiment est réciproque.

Ian : Donc ?

Kaylin : J'ai envoyé un mail. J'attends sa réponse.

Ian : Bien. Garde une copie de tout.

Kaylin regarda l'écran.

Elle hésita avant d'écrire :

Kaylin : Tu sais que tu peux donner des conseils sans avoir l'air de m'engueuler ?

La réponse arriva presque immédiatement.

Ian : Tu sais que tu peux recevoir des conseils sans avoir l'air de vouloir me poignarder ?

Kaylin éclata de rire.

Un vrai rire, cette fois.

Ara, qui sortait de la cuisine avec deux tasses de thé, s'arrêta net.

— Qu'est-ce qui est drôle ?

Kaylin verrouilla immédiatement son téléphone.

— Rien.

Ara posa les tasses sur la table.

— Tu ris devant ton téléphone.

— Et alors ?

— Depuis quand ?

— Depuis que j'ai découvert une blague.

— Envoyée par qui ?

— Ara.

— Kaylin.

Elles se fixèrent.

Puis Ara tendit la main.

— Montre.

— Certainement pas.

— C'est Ian ?

Kaylin se redressa brusquement.

— COMMENT TU—

Elle s'arrêta.

Ara ouvrit de grands yeux.

Puis un sourire immense illumina son visage.

— Oh mon Dieu.

— Ne dis rien.

— Oh mon Dieu !

— Ara !

— Tu échanges des messages avec Ian Gallagher !

— Nous parlons de mon propriétaire !

— Et tu ris !

— Il a fait une blague !

Ara posa une main sur son cœur, faussement bouleversée.

— Je suis tellement fière de toi.

Kaylin lui lança un coussin.

Ara l'esquiva avec un cri de victoire.

Quelques minutes plus tard, alors qu'elles buvaient leur thé, Kaylin reprit discrètement son téléphone.

Un dernier message l'attendait.

Ian : Bonne soirée, Park.

Elle observa les mots quelques secondes.

Puis répondit :

Kaylin : Essaie de ne pas être insupportable demain, Gallagher.

Ian : Je ne promets rien.

Kaylin sourit légèrement avant de reposer son téléphone.

Ara le remarqua.

Cette fois, elle eut la sagesse de ne rien dire.

Pour le moment.

ÉPILOGUE — Une habitude qui commence

Kaylin Park n'aimait toujours pas Ian Gallagher.

Il était sarcastique, têtu et beaucoup trop satisfait de ses propres remarques.

Ian Gallagher, de son côté, trouvait toujours Kaylin épuisante.

Elle discutait tout, refusait d'avoir tort et transformait la moindre conversation en compétition.

Rien n'avait réellement changé.

Et pourtant…

Il avait pris de ses nouvelles.

Elle avait ri à une de ses blagues.

Ils s'étaient écrit sans se disputer pendant plus de trois minutes.

Pour n'importe qui d'autre, cela n'aurait représenté absolument rien.

Pour eux, c'était presque inquiétant.

Parce qu'au South Side, certaines mauvaises habitudes commencent par un simple message.

Et que ni Kaylin ni Ian ne savait encore à quel point ils allaient finir par s'habituer l'un à l'autre.

Fin du chapitre 6. 🖤


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