Shameless: Beautiful Disaster
Chapitre 4 : Tu m'énerves, mais j'ai besoin de toi
2287 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 09/10/2026 23:56
Musique conseillée : Complicated — Avril Lavigne
(https://www.youtube.com/watch?v=5NPBIwQyPWE)
Le problème avec les premières impressions, c’est qu’elles ont la vie dure.
Le problème avec les Gallagher, c’est qu’ils trouvent toujours un moyen de vous obliger à les revoir.
Et le problème avec Kaylin Park, c’est qu’elle préférait mourir plutôt que d’admettre qu’Ian Gallagher pouvait parfois être utile.
7 H 18 — APPARTEMENT DE KAYLIN ET ARA
— Je vais le tuer.
Ara, occupée à tartiner du beurre sur une tranche de pain, ne leva même pas les yeux.
— Bonjour à toi aussi.
Kaylin se tenait devant l’évier, son téléphone à la main, les cheveux attachés à la va-vite et une expression qui aurait fait fuir un criminel aguerri.
— Le propriétaire vient de m’envoyer un nouveau message.
— Il refuse de réparer quelque chose ?
— Il refuse de réparer TOUT.
Ara posa son couteau.
— Qu’est-ce qui ne va pas maintenant ?
Kaylin lui tendit le téléphone.
Le message était bref : le propriétaire affirmait que les réparations relevaient de la responsabilité des locataires et qu’il ne se déplacerait pas avant la semaine suivante.
Ara le relut deux fois.
— Il est sérieux ?
— Apparemment, notre loyer inclut une décoration vintage, une plomberie expérimentale et un chauffage émotionnellement indisponible.
Ara éclata de rire.
— Le chauffage émotionnellement indisponible ?
— Il fonctionne quand il en a envie. Je respecte son espace personnel.
— Tu es impossible.
— Et toi, tu ris alors que nous allons probablement finir congelées.
Ara reprit son petit-déjeuner.
— On pourrait demander de l’aide à Ian.
Kaylin se retourna si brusquement qu’elle faillit renverser son verre.
— Pardon ?
— Il connaît le quartier. Il a réparé le radiateur. Il pourrait nous conseiller.
— Je préférerais demander conseil à un grille-pain.
— Un grille-pain ne connaît pas la plomberie.
— Au moins, il ne me ferait pas la morale.
Ara sourit innocemment.
— Tu sais, tu parles beaucoup de Ian pour quelqu’un qui prétend ne pas le supporter.
— Je parle de lui parce qu’il est partout !
— Il habite à côté.
— JUSTEMENT !
Ara reprit une bouchée de pain.
— Tu pourrais simplement lui demander de l’aide.
Kaylin récupéra son sac.
— Je préfère encore affronter le propriétaire toute seule.
Elle se dirigea vers la porte.
Puis s’arrêta.
— Tu viens ?
— Non, je vais finir mon petit-déjeuner.
— Traîtresse.
— Bonne journée, ma chérie !
Kaylin claqua la porte.
Ara attendit trois secondes avant d’éclater de rire.
7 H 36 — DEVANT LA MAISON DES GALLAGHER
Kaylin avait un objectif.
Trouver le propriétaire.
Lui expliquer, avec des mots soigneusement choisis, qu’il ne pouvait pas louer un appartement délabré à deux jeunes femmes avant de disparaître dans la nature.
Puis rentrer chez elle.
Simple.
Direct.
Efficace.
Son plan avait toutefois un défaut majeur : elle n’avait aucune idée de l’endroit où trouver cet homme.
Elle descendit les marches de son immeuble, traversa le trottoir et aperçut Ian devant la maison des Gallagher.
Il buvait du café dans un gobelet en carton.
Il la remarqua.
Son regard descendit brièvement vers son sac, puis remonta vers son visage.
— Tu as l’air de vouloir assassiner quelqu’un.
Kaylin continua d’avancer.
— Je n’ai pas le temps.
— Je vois ça.
— Alors pourquoi tu me parles ?
Ian but une gorgée.
— Parce que tu marches comme si tu allais déclarer la guerre à un pays entier.
— Je réfléchis à mes options.
— Et l’une d’elles consiste à tuer ton propriétaire ?
Kaylin s’immobilisa.
— Comment tu sais ça ?
Ian haussa les épaules.
— Je commence à comprendre ton fonctionnement.
— Félicitations. Tu veux une médaille ?
— Non. Je préfère le café.
Elle le regarda quelques secondes.
Puis soupira.
— Tu sais où je peux trouver le propriétaire de mon immeuble ?
Ian fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il refuse de faire réparer le chauffage et qu’il essaie de nous faire payer les dégâts causés par une installation défectueuse.
Ian posa son gobelet sur la clôture.
— Tu as son adresse ?
— Oui.
— Montre.
Elle sortit son téléphone et lui tendit l’écran.
Ian lut les informations.
Son expression changea légèrement.
— Je connais cette adresse.
Kaylin se redressa.
— Vraiment ?
— Je crois que c’est à trois rues d’ici.
Elle le fixa.
— Tu peux m’y emmener ?
Ian regarda sa montre.
— Je dois être de retour dans une heure.
— Parfait. On aura le temps.
— Tu ne sais même pas si je vais accepter.
Kaylin inspira profondément.
— Ian, s’il te plaît.
Il se figea.
Ce n’était pas le mot en lui-même.
C’était la manière dont elle l’avait prononcé : sans sarcasme, sans provocation, presque à contrecœur.
Elle avait besoin d’aide et détestait suffisamment cette situation pour mettre son orgueil de côté.
Ian attrapa sa veste.
— Allez. Avant que tu changes d’avis.
Kaylin le suivit.
— Je n’ai pas changé d’avis.
— Je sais.
— Et je ne te dois rien.
— Je sais aussi.
— Arrête de répondre comme si tu me connaissais !
Ian lui adressa un sourire en coin.
— Alors arrête de me donner autant d’informations.
Elle leva les yeux au ciel.
C’était officiel : il était insupportable.
7 H 52 — EN ROUTE VERS L’ADRESSE DU PROPRIÉTAIRE
Le trajet commença dans un silence presque agréable.
Presque.
— Tu habites dans le South Side depuis longtemps ? demanda Kaylin.
Ian tourna la tête vers elle.
— Pourquoi ?
— Je pose une question.
— Et moi, je demande pourquoi.
Elle soupira.
— Laisse tomber.
Ils continuèrent à marcher.
Quelques minutes plus tard, Ian désigna un petit commerce au coin de la rue.
— Évite cet endroit si tu veux acheter des produits frais.
Kaylin regarda la vitrine.
— Pourquoi ?
— Les produits ne sont pas toujours frais.
— C’est une épicerie.
— Exactement.
Elle le dévisagea.
Puis éclata de rire malgré elle.
Ian sourit brièvement.
— Quoi ?
— Rien. Je viens de comprendre pourquoi tu as l’air aussi fatigué.
— Et pourquoi ?
— Tu dois passer tes journées à expliquer aux gens comment survivre ici.
— Seulement aux gens qui ne savent pas regarder devant eux.
Kaylin s’arrêta net.
— C’était une attaque personnelle ?
— Une observation.
— Tu sais quoi ? Je regrette déjà de t’avoir demandé de venir.
— On n’est même pas arrivés.
— Tu rends le trajet interminable.
— Et pourtant, tu continues à me parler.
Kaylin ouvrit la bouche.
Puis la referma.
Ian éclata de rire.
— Oh, ça, c’est nouveau.
— Quoi ?
— Tu n’as rien à répondre.
— Profite de cet instant. Il ne se reproduira pas.
Ils reprirent leur marche.
Pour la première fois, leur silence n’était pas entièrement hostile.
Il restait de la méfiance, des piques et cette volonté presque enfantine de ne jamais laisser l’autre gagner.
Mais il y avait aussi une curiosité naissante.
Kaylin se demandait qui était réellement Ian lorsqu’il ne cherchait pas à se montrer sarcastique.
Ian se demandait pourquoi cette fille, qui semblait prête à se battre contre la moitié de Chicago, lui donnait malgré tout envie de lui rendre service.
Aucun des deux n’aurait admis ces pensées à voix haute.
Ils avaient encore un minimum de dignité.
8 H 07 — DEVANT UNE PETITE MAISON EN BRIQUES
Ils arrivèrent devant une maison aux volets délavés.
Ian consulta l’adresse.
— C’est ici.
Kaylin observa la façade.
— Il habite là ?
— Apparemment.
Elle sonna.
Personne ne répondit.
Elle sonna une deuxième fois.
Toujours rien.
— Évidemment, murmura-t-elle.
Ian frappa à la porte.
— Hé ! Il y a quelqu’un ?
Un homme apparut finalement derrière une fenêtre, regarda les deux jeunes gens et disparut aussitôt.
Kaylin resta bouche bée.
— Il vient de nous voir !
— Oui.
— ET IL S’EST CACHÉ ?
— C’est ce que j’ai compris.
Elle frappa à nouveau.
— JE SAIS QUE VOUS ÊTES LÀ !
Ian recula d’un pas.
— Tu pourrais essayer d’être moins discrète.
Kaylin se retourna vers lui.
— Tu veux essayer à ma place ?
— Non, merci.
La porte finit par s’ouvrir.
Un homme d’une cinquantaine d’années apparut, vêtu d’un peignoir et affichant l’expression contrariée de quelqu’un qu’on venait de déranger pendant une activité extrêmement importante.
— Qu’est-ce que vous voulez ?
Kaylin sortit immédiatement son téléphone.
— Je suis votre locataire. Vous avez reçu mes messages concernant le chauffage et la plomberie.
— Je vous ai déjà répondu.
— Vous m’avez répondu que les réparations étaient à ma charge.
— C’est exact.
Ian intervint calmement.
— Le raccord du radiateur était défectueux. Je l’ai vu hier. Il y avait une fuite avant même que votre locataire touche à quoi que ce soit.
L’homme le regarda.
— Et vous êtes ?
— Quelqu’un qui connaît suffisamment la plomberie pour reconnaître une installation en mauvais état.
Kaylin tourna brièvement la tête vers Ian.
Il n’avait pas élevé la voix.
Il ne cherchait pas à impressionner qui que ce soit.
Il énonçait simplement les faits.
Le propriétaire soupira.
— Je vais envoyer quelqu’un vérifier.
— Quand ? demanda Kaylin.
— Dans les prochains jours.
— Quel jour ?
— Mademoiselle, je ne peux pas vous donner une date précise.
Kaylin inspira.
Ian posa une main sur la rambarde, comme pour lui rappeler silencieusement de ne pas exploser.
Elle le remarqua.
Et, contre toute attente, elle se calma.
— Très bien. Je veux une confirmation écrite de votre intervention et un état des réparations prévues. Si vous refusez, je vais me renseigner sur les démarches légales possibles.
Le propriétaire la dévisagea.
Puis marmonna quelque chose d’incompréhensible avant de refermer la porte.
Kaylin resta immobile.
— Je crois qu’il nous déteste.
Ian haussa les épaules.
— Il te détestait probablement avant même de te rencontrer.
Elle se tourna vers lui.
— Merci pour ton soutien.
— Je suis là pour ça.
Elle lui donna un petit coup d’épaule.
Il rit.
Et cette fois, Kaylin ne lui demanda pas de se taire.
8 H 24 — LE CHEMIN DU RETOUR
— Tu sais, déclara Kaylin, tu n’étais pas obligé de venir.
Ian glissa les mains dans ses poches.
— Je sais.
— Alors pourquoi tu l’as fait ?
Il réfléchit un instant.
— Parce que tu avais besoin d’aide.
La réponse était si simple qu’elle ne sut pas quoi répondre.
Elle s’attendait à une plaisanterie, à une remarque sarcastique ou à une nouvelle occasion de la taquiner.
Pas à ça.
— Ah.
Ian tourna la tête vers elle.
— C’est tout ?
— Quoi ?
— Tu ne vas pas me dire que je suis insupportable ?
Kaylin sourit.
— Oh, si. Tu es toujours insupportable.
— Je me disais aussi.
— Mais tu es un peu moins inutile que je le pensais.
Ian porta une main à sa poitrine.
— Je suis touché.
— Ne t’habitue pas aux compliments.
— Trop tard.
Elle secoua la tête.
Ils arrivèrent devant leurs immeubles.
Kaylin s’arrêta au pied des marches.
— Merci, Ian.
Il la regarda.
— De rien, Kaylin.
C’était la première fois qu’il prononçait son prénom sans sarcasme.
Elle le remarqua.
Lui aussi.
Un instant passa.
Puis Carl surgit de la maison voisine, un paquet de céréales à la main.
— ATTENDEZ. VOUS REVENez ENSEMBLE ?
Ian soupira.
— Carl, ne commence pas.
— Je pose une question !
Kaylin croisa les bras.
— Nous avons simplement parlé à mon propriétaire.
Carl regarda son frère.
Puis Kaylin.
Puis de nouveau son frère.
— Bien sûr.
— Carl.
— Je n’ai rien dit !
— Tu allais le faire.
— Je suis innocent.
Kaylin éclata de rire.
Ian la regarda, surpris.
Elle reprit rapidement son sérieux.
— Bon. Je vais rentrer avant que vous me rendiez tous fous.
Elle remonta les marches.
À la porte, elle se retourna une dernière fois.
— À plus tard, Gallagher.
Ian esquissa un sourire.
— À plus tard, Park.
Elle disparut à l’intérieur.
Carl attendit quelques secondes avant de se tourner vers son frère.
— Tu l’aimes bien.
Ian lui lança un regard noir.
— Je la connais à peine.
— Ce n’est pas une réponse.
— Carl.
— D’accord, d’accord.
Carl prit une poignée de céréales.
— Mais si tu finis par l’épouser, je veux être témoin.
Ian lui arracha le paquet des mains.
— Va te faire voir.
Carl éclata de rire.
— Je prends ça pour un oui !
Ian rentra dans la maison en marmonnant.
Il n’aimait pas Kaylin Park.
Elle était bruyante, têtue, susceptible et incapable de laisser passer une occasion de lui répondre.
Mais, pour la première fois, il se surprit à espérer qu’elle ne rencontrerait pas trop de problèmes dans ce quartier.
Il secoua la tête.
Ridicule.
Il ne la connaissait presque pas.
Et pourtant, quelque chose lui disait que cette fille allait finir par bouleverser son quotidien.
Pas nécessairement pour le meilleur.
Mais certainement pas pour le pire.
FIN DU CHAPITRE 4
Kaylin avait demandé de l’aide.
Ian avait accepté.
Ils s’étaient rendus ensemble chez son propriétaire, avaient défendu leurs arguments et étaient rentrés sans se disputer sérieusement.
Ils n’étaient pas amis.
Mais ils commençaient à découvrir qu’ils pouvaient compter l’un sur l’autre dans certaines circonstances.
Pour deux personnes qui avaient juré de ne jamais se supporter, c’était déjà beaucoup.
Et le South Side n’avait pas fini de les réunir.