Shameless: Beautiful Disaster

Chapitre 3 : Une dette, ça se paie

1805 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 09/10/2026 23:48

Musique conseillée : Misery Business — Paramore

(https://www.youtube.com/watch?v=aCyGvGEtOwc)


Il y a une règle non écrite dans le South Side : ne faites confiance à personne qui vous promet quelque chose gratuitement.

Une deuxième règle : si cette personne s’appelle Gallagher, vérifiez vos poches après son départ.

Et Kaylin Park allait apprendre ces deux leçons le même soir.


18 H 42 — MAISON DES GALLAGHER

— QUI A MANGÉ MA PART DE PIZZA ?

La voix de Fiona résonna dans toute la maison.

Dans la cuisine, Carl s’immobilisa, une part de pizza à moitié enfournée dans la bouche.

Ian ferma lentement les yeux.

— Carl…

— Quoi ?

— Dis-moi que tu n’as pas mangé sa pizza.

Carl avala.

— Je peux te dire ce que tu veux.

— Tu es mort.

— C’est une réaction un peu excessive pour du fromage.

Fiona apparut dans l’encadrement de la porte.

— Carl Gallagher.

— Techniquement, il restait les croûtes, tenta-t-il.

— DEHORS !

Carl attrapa sa veste et fila vers la porte.

Ian soupira.

— Un jour, il va apprendre.

— J’ai entendu ! cria Carl depuis le trottoir.

— C’était le but !

Ian récupéra son téléphone. Il devait aller acheter quelques provisions, mais il n’avait aucune envie de sortir après cette journée interminable.

Puis quelqu’un frappa à la porte.

Il ouvrit.

Kaylin se tenait sur le seuil, accompagnée d’Ara. Elle tenait une feuille de papier froissée.

— Bonsoir, Gallagher.

Ian la regarda avec méfiance.

— Qu’est-ce que tu veux ?

— Toujours aussi accueillant. Tu devrais vendre des formations.

Elle lui tendit la feuille.

— Le propriétaire vient de m’envoyer un message. Il prétend que la fuite était de notre faute et qu’il va retenir une partie de la caution.

Ian fronça les sourcils.

— Il plaisante ?

— J’aimerais bien.

Il parcourut le message.

Plus il avançait, plus son expression se durcissait.

— C’est n’importe quoi. Le raccord était complètement pourri.

Kaylin croisa les bras.

— Je le sais. Tu l’as réparé.

— Exactement.

— Donc, tu pourrais lui expliquer ?

Ian releva la tête.

— Pourquoi moi ?

— Parce que tu as vu le problème de tes propres yeux.

— Et tu ne peux pas lui écrire toi-même ?

— Je l’ai déjà fait. Il m’a répondu que je devrais arrêter de chercher des excuses.

Ian lui rendit son téléphone.

— Ton propriétaire est un abruti.

— Enfin une chose sur laquelle nous sommes d’accord.

Un bref silence.

Ara les observa tour à tour.

— Vous voyez ? Vous avez déjà un point commun.

— Ne commence pas, répondit Kaylin.

Ian désigna la feuille.

— Je peux t’écrire un message expliquant ce que j’ai constaté. Mais je ne vais pas me battre avec ton propriétaire.

— Je ne t’ai pas demandé de te battre.

— Avec toi, on ne sait jamais.

Kaylin lui adressa un sourire sans chaleur.

— Très drôle.

Ian récupéra son téléphone et rédigea quelques lignes décrivant l’état du raccord et la fuite. Il précisa qu’il avait effectué une réparation d’urgence et que le problème semblait provenir d’une installation défectueuse.

Puis il lui montra le message.

Kaylin le lut attentivement.

— C’est bien.

— Merci.

— Tu pourrais ajouter que je suis une locataire exemplaire ?

— Je pourrais aussi ajouter que tu es modeste.

— N’abuse pas de ma gentillesse, Gallagher.

Il envoya le message avant qu’elle puisse ajouter quoi que ce soit.

— Voilà.

Kaylin récupéra son téléphone.

— Merci.

Cette fois, elle le pensait sincèrement.

Ian hocha simplement la tête.

— De rien.

Elle fit demi-tour.

— Et, Park ?

Elle se retourna.

— Quoi ?

— Ne paie pas de réparations supplémentaires sans demander un justificatif.

Kaylin le regarda, surprise par ce conseil inattendu.

— D’accord. Je m’en souviendrai.

— Parfait.

— Tu vois ? Tu peux être utile quand tu veux.

— Et toi, tu peux être supportable quand tu veux.

Le visage de Kaylin se ferma immédiatement.

— Retire ce que tu viens de dire.

Ian esquissa un sourire.

— Non.

— Gallagher !

Il referma la porte sous ses protestations.

Derrière lui, Fiona secoua la tête.

— Tu es vraiment pénible.

— Je sais.

— Je ne parlais pas de Carl.

— Moi non plus.


19 H 16 — DEVANT L’ÉPICERIE DU QUARTIER

Vingt minutes plus tard, Ian sortit de l’épicerie avec un sac de provisions.

Il n’avait fait que quelques mètres lorsqu’il entendit une voix familière.

— C’est une blague.

Il s’arrêta.

Kaylin se tenait devant un distributeur automatique, les bras croisés. Ara était à côté d’elle, occupée à examiner une bouteille d’eau.

— Qu’est-ce qui se passe encore ? demanda Ian.

Kaylin se retourna.

— Rien.

Ara leva la bouteille.

— Elle a perdu son argent dans la machine.

— Je n’ai pas perdu mon argent. Cette machine me l’a volé.

Ian regarda l’appareil.

Puis Kaylin.

— Tu as essayé de récupérer ta pièce ?

— Évidemment.

— Et ?

— J’ai failli lui donner un coup de pied.

Ian soupira et posa son sac par terre.

— Recule.

Kaylin le dévisagea.

— Pardon ?

— Recule, Park.

— Je sais encore lire un distributeur.

— Et pourtant, tu es en train de perdre contre lui.

Ara éclata de rire.

Kaylin lui lança un regard meurtrier avant de s’écarter.

Ian examina la machine, tapota doucement le côté, puis actionna le mécanisme de récupération.

La pièce tomba dans le compartiment.

Il la ramassa et la tendit à Kaylin.

— Voilà.

Kaylin récupéra sa monnaie.

— Tu viens de passer cinq minutes à me regarder lutter avec une machine pour finalement résoudre le problème en dix secondes ?

— J’aime prendre mon temps.

— Tu es insupportable.

— Tu l’as déjà dit.

— Je le répéterai.

Ian récupéra son sac.

— Bonne soirée, Park.

— Attends.

Il se retourna, déjà agacé.

— Quoi encore ?

Kaylin désigna son sac de courses.

— Tu vas où ?

— Chez moi.

— Tu pourrais nous montrer où se trouve le supermarché le moins cher du quartier ?

Ian cligna des yeux.

— Tu vis ici depuis hier.

— Bravo, tu sais compter.

— Et tu ne sais toujours pas où faire tes courses ?

— J’ai passé la moitié de la journée à essayer d’empêcher mon appartement de se transformer en piscine.

Ara leva la main.

— Je confirme.

Ian regarda les deux jeunes femmes, puis son sac.

Il aurait pu refuser.

Il aurait dû refuser.

Mais il savait que les petits commerces du quartier vendaient certains produits à des prix exorbitants, et que le supermarché discount se trouvait à quelques rues de là.

— Suivez-moi.

Kaylin le dévisagea avec suspicion.

— C’est tout ?

— Tu voulais un discours ?

— Non.

— Alors avance.

Ara se pencha vers Kaylin tandis qu’Ian prenait de l’avance.

— Il est gentil, finalement.

— Ne répète jamais ça.

— Pourquoi ?

— Parce que je refuse de lui donner raison.


19 H 39 — SUR LE CHEMIN DU RETOUR

Ils avaient acheté du pain, des pâtes, quelques conserves et suffisamment de nourriture pour tenir plusieurs jours.

Ian leur avait également expliqué quelles épiceries éviter, quels bus emprunter et pourquoi il ne fallait jamais laisser un vélo sans antivol dans cette partie du quartier.

Kaylin l’avait écouté malgré elle.

Il connaissait les rues, les habitants et les petites habitudes du South Side. Il ne parlait pas pour se vanter. Il donnait des informations pratiques, parfois avec un sarcasme agaçant, mais sans jamais leur faire sentir qu’elles étaient stupides de ne pas les connaître.

C’était… appréciable.

Elle refusait néanmoins de le dire à voix haute.

— Bon, déclara-t-elle, je reconnais que cette sortie était utile.

Ian tourna la tête vers elle.

— Tu viens de me faire un compliment ?

— N’exagère pas. C’était une observation.

— Bien sûr.

— Et ne prends pas la grosse tête.

— Trop tard.

Ara éclata de rire.

Ils arrivèrent devant leurs immeubles. Kaylin récupéra son sac, puis hésita.

— Ian ?

Il s’arrêta.

— Ouais ?

— Merci. Pour le message au propriétaire et pour les courses.

Ian haussa les épaules.

— Ce n’est rien.

— Ça m’a aidée.

Il sembla légèrement surpris par la sincérité de sa réponse.

Puis il acquiesça.

— Tant mieux.

Kaylin remonta les marches avec Ara.

Avant de rentrer, elle se retourna une dernière fois.

— Et je te rembourserai la prochaine fois si tu nous aides encore !

Ian fronça les sourcils.

— Tu ne me dois rien !

— Je préfère quand même !

— Fais comme tu veux !

— C’est exactement ce que je comptais faire !

La porte se referma.

Ian resta immobile quelques secondes, puis secoua la tête.

— Complètement folle.

De l’autre côté de la porte, Ara regarda Kaylin poser les courses sur la table.

— Tu sais que tu viens de le remercier sans l’insulter ?

Kaylin retira sa veste.

— J’ai dit merci. Je ne lui ai pas demandé en mariage.

Ara sourit.

— Pas encore.

— ARA !

Le rire d’Ara résonna dans l’appartement.

Chez les Gallagher, Carl venait justement de raconter à Fiona qu’Ian avait passé la soirée à accompagner leurs nouvelles voisines.

— Attends, dit Carl. Il a fait les courses avec elles ?

Fiona haussa les épaules.

— Et alors ?

Carl sourit lentement.

— Rien. C’est juste bizarre.

Dans sa chambre, Ian entendit son téléphone vibrer.

Un message inconnu venait d’apparaître.

Kaylin : Au fait, le propriétaire vient de répondre. Il va faire vérifier le raccord. Merci.

Ian fixa l’écran.

Puis répondit :

Ian : De rien. Et évite de casser d’autres machines.

La réponse arriva presque immédiatement.

Kaylin : Évite de donner des ordres aux gens et je verrai.

Ian sourit malgré lui.

Ian : Bonne nuit, Park.

Kaylin : Bonne nuit, Gallagher.

Il posa son téléphone.

Ils n’étaient pas amis.

Pas encore.

Mais, pour la première fois, leur conversation ne s’était pas terminée par une dispute.

Et c’était déjà une victoire.


FIN DU CHAPITRE 3

Deux messages échangés.

Un problème de plomberie presque réglé.

Une pièce récupérée.

Et une soirée qui, contre toute attente, ne s’était pas terminée en catastrophe.

Kaylin Park commençait à comprendre que tous les Gallagher n’étaient pas exactement comme elle l’avait imaginé.

Ian Gallagher, lui, commençait à comprendre que sa nouvelle voisine n’était pas uniquement une fille qui criait beaucoup.

Ils avaient encore énormément de choses à apprendre l’un sur l’autre.

Et ils n’étaient toujours pas prêts à l’admettre.

Prochaine étape : le South Side a encore quelques surprises en réserve.



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