Une Dernière Bataille

Chapitre 13 : Appel à la Guerre - Seconde Partie

10718 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 20/04/2024 09:32

13 février 1995

Norvège, Asgard, extrême nord de la Province Est, Forteresse Torden

 

Le disque solaire était en passe de disparaître derrière les montagnes, embrasant l’horizon d’un orange rougeâtre vif et chaleureux, que dénotait le vicieux vent qui s’ingéniait à s’infiltrer par le moindre espace laissé entre les vêtements. Par chance, le blizzard qui soufflait la veille s’était arrêté un peu avant le milieu de la journée. Du haut d’une butte, Byakko observait la vallée en contrebas. La communauté installée au centre de la dépression, elle aussi, donnait l’impression avoir été recouverte d’un voile sanglant, prélude à ce qui allait se produire. Le jeune homme ferma les yeux, inspira à fond l’air frais et le relâcha lentement. Des plis soucieux barraient son front. Mis au courant par Holdyrr, il savait désormais que des Chevaliers d’Athéna se trouvaient à Asgard. De même qu’une poignée de guerriers de Poséidon, aussi étrange que cela puisse paraître. Avaient-ils connaissance de ce qui se passait ici ? Très probablement pas. Que pouvaient-ils accomplir à ce stade-là ? Rien de concret.

Seulement, si les divinités unissaient leurs forces, elles risquaient de devenir une puissance avec laquelle il allait falloir compter. D’autant que les chances que les serviteurs de Tsukuyomi soient également de la partie augmentaient de jour en jour, il en était persuadé. A cet instant, deux questions occupaient le devant de la scène dans son esprit. En premier lieu, est-ce que la souveraine d’Asgard octroierait suffisamment de crédibilité aux Chevaliers pour faire front commun avec eux ? La trahison du dénommé Gorahk n’avait certainement pas eu une influence positive sur sa vision de ceux qui l’entouraient. Enfin, demeurait le cas des envoyés du frère de Susanoo. Tenteraient-ils de contacter les serviteurs du Sanctuaire, ou bien continueraient-ils de faire cavaliers seuls ? De nombreuses possibilités pouvaient être engendrées à partir de telles interrogations. Néanmoins, ses renseignements à ce sujet étant des plus disparates, Byakko préféra revenir à des préoccupations plus proches de lui, ses yeux d’émeraude s’attardant sur la vallée.


Le traître à la couronne avait franchi les portes de la forteresse, très tôt le matin même. Il était impossible pour l’un des éveillés au cosmos de s’y rendre et la grande majorité des soldats ne semblaient pas avoir l’intellect nécessaire à ce type d’opération. Le but de cette dernière consistait à réunir suffisamment d’informations, afin de découvrir si un hypothétique objet était censé s’y cacher ou pas et s’emparer de la place forte. Un programme fort simple, mais trop coûteux en vies humaines pour le Tigre Immaculé de l’Ouest. De son point de vue, il s’agissait d’une entreprise nécessitant l’intervention d’une seule personne. Celle-ci se serait introduite à la faveur de la nuit et, discrètement, aurait subtilisé la cible en question. Cependant, ce n’était pas ainsi que Loki voyait les choses. Effectivement, cette manière de procéder, tant qu’elle lui permettait d’obtenir ce qu’il convoitait, convenait au dieu, sauf qu’elle omettait un détail important ; la chute de la garnison. L’éventuelle discussion à ce sujet avait été close avant même de commencer d’après Holdyrr. Ils n’avaient d’autre choix que de s’approprier les lieux.

Une brise balaya ses cheveux, transportant le son familier de bottes écrasant la neige dans un crissement. Il attendit que leur propriétaire s’arrête à sa hauteur. Jetant un coup d’œil à sa droite, Byakko reconnut Holdyrr. Le vieux guerrier portait une armure aux allures moyenâgeuse. Bien qu’indéniablement faite de métal, la protection possédait un fort écho minéral. Semblable à de la lave durcie, les gantelets présentaient un réseau veineux donnant l’impression de pouvoir s’embraser à tout instant. Similaires, les jambières couvraient les tibias jusqu’aux genoux. Pareilles à des pics déchiquetés, de massives épaulières surmontaient un plastron qui s’affinait en descendant vers le bas-ventre, laissant les côtes à découvert, pour former un semblant de jupe articulée. De cette dernière cascadait un assemblage de mailles sombres – ornements qui se retrouvaient juste sous les rotules. Le casque, tenu au creux d’un bras, était orné de pointes hérissées. Une fine bande de métal jouait le rôle d’un nasal, tandis que ce qui aurait pu s’apparenter à des coulures de plomb en fusion, suivaient les angles de la mâchoire. Une cape de fourrure complétait le tableau. De part ses formes agressives et sa couleur, l’armure aurait dû dégager une aura d’effroi, propre à glacer le sang. Pourtant, Byakko n’arrivait pas à éprouver un tel sentiment quand il regardait l’homme qui la portait. Holdyrr était une personne appréciable sur bien des points et le Gardien Céleste aimait discuter avec lui. C’était comme s’entretenir avec un vieux sage possédant la façon de penser d’un combattant ; franche et directe. Et apparemment, sans qu’il puisse toutefois s’avancer, la réciproque semblait vraie.

- Il sera bientôt temps, annonça le Fléau.

Une sorte de résignation muette transparaissait dans ses mots.

- J’en suis conscient, répondit le Tigre Immaculé de l’Ouest.

- Si nous neutralisons leurs commandants le plus vite possible, tout se terminera en peu de temps.

- Espérons-le.

- Pourquoi donc ? intervint une voix depuis longtemps abhorrée. Il doit y avoir des adversaires puissants là-bas. Impossible qu’il n’y ait pas de résistance. Et tu sais parfaitement que c’est ce que je préfère, Byakko. Infliger la douleur et la recevoir en retour, n’est-ce pas ce qu’il y a de plus excitant ?

L’expression de Holdyrr se durcit à mesure que Suzaku venait vers eux, dévisageant d’un air peu amène l’Oiseau Vermillon du Sud. Il ne le connaissait que depuis peu, mais qu’il s’agît des teintes cinabrine et fuligineuse de son caparaçon de ses plumes, de son physique, ou de ses paroles, de toute son essence émanait un sordide sentiment. De celui qui permettait de classer ce genre de personnages parmi les êtres les plus abjects. Par moments, il lui rappelait même l’un de ses propres compagnons lorsqu’il lisait l’éclair de la folie derrière ses prunelles fauves.

- Qu’est-ce qui t’a poussé à grimper jusqu’ici Suzaku ? l’interrogea Byakko.

- Palabrer avec mes compagnons, admirer le paysage. (L’homme au teint blafard les observa tour à tour en quête d’une réaction.) Toutefois, vous n’êtes franchement pas de joyeuse compagnie, lâcha-t-il visiblement peiné.

Il se détourna d’eux et redescendit le sentier sinueux qui donnait accès au promontoire. Quand il ne ressentit plus sa présence, le Fléau demanda :

- Comment peux-tu le supporter ?

- Je n’y parviens pas. Mais je ne peux aller au-delà du fait de m’opposer verbalement à lui. Ce serait une trahison envers mon seigneur.

- Hum, je comprends. Je ne comprends même que trop bien. L’existence est faite de compromis et cela n’en rend les choses que plus difficiles.

Il se mit à contempler le ciel désormais parsemé d’étoiles scintillantes.

J’ai du mal à l’admettre, mais la tension qui s’installe avant une bataille à venir a toujours eu le don de me griser, reconnut-il. Est-ce que cela fait de moi quelqu’un d’aussi méprisable que lui ?

- Je dois finir de préparer l’assaut. On se revoit plus tard ?

- Bien entendu, confirma Byakko.

Percevant le départ du Fléau, le jeune homme reporta son attention sur leur future "proie". Il dégagea l’un de ses bras dissimulés sous son manteau et le leva devant lui. Une lueur blanche parmi laquelle flottaient librement des éclats de jade l’environna, alors qu’il concentrait son cosmos. Les flux immatériels convergèrent autour du bracelet d’argent serti de pierres vertes qu’il portait au poignet et un tourbillon l’environna, grossissant jusqu’à l’envelopper entièrement. Lorsqu’il se dissipa, Byakko en émergea revêtu de sa Yoroi couleur d’adamantine. Un indéniable côté oriental transparaissait dans la conception de l’armure. Suivant les courbes de son buste, le plastron paraissait constitué de plusieurs lamelles, figurant autant de courants aériens, qui s’élevaient pour former un col, mais laissant la gorge exposée. La ceinture était composée de plusieurs parties ovales. D’apparences différentes, l’épaulière droite évoquait un unique morceau de métal de forme allongée, tandis que la gauche représentait une tête de tigre aux yeux smaragdins. Quoique simples, les gantelets ainsi que les jambières – ces dernières s’apparentant davantage à des bottes que des sune-ate –, comportaient de fines ciselures sur leur surface. Le casque quant à lui, épousait la moitié avant de la tête, protégeant les joues sur les côtés et le crâne sur le dessus. En guise de parure, il était surmonté d’excroissances métalliques rappelant à la fois des crocs de félin et de courtes lames courbées. Sa dextre se posa machinalement sur la poignée du sabre dont le fourreau était fixé en travers de ses reins.

- Puisqu’il faut y aller, laissa-t-il échapper alors que ses pas le menaient vers ses compagnons de bataille.

 

Gorahk précédait l’adolescent tenant la chandelle destinée à éclairer leur chemin. D’une démarche assurée, celui-ci le conduisait vers l’une des chambres réservées aux invités. Parvenu à destination, il introduisit son hôte dans la pièce, lui souhaita bonne nuit, puis referma la porte en partant. Seul, l’ancien chef de la garde prit place sur l’une des massives chaises à sa disposition. Il se servit une généreuse rasade d’alcool à l’aide de la bouteille trônant à sa portée. Son regard se perdit au cœur du verre qu’il tenait, laissant ses pensées dériver. Il était arrivé le matin même, peu après minuit, quémandant un refuge pour s’abriter des intempéries. La tempête avait en outre été une aubaine parfaite. En effet, que serait venu faire le chef de la garde de la reine aussi loin de la capitale et tout seul ? Alors qu’un voyageur parfaitement ordinaire surpris par le mauvais temps n’avait pas à justifier sa présence. A cette fin, Gorahk s’était d’ailleurs teint les cheveux et inventé une autre identité. Ainsi, il avait pu pénétrer à l’intérieur de la célèbre communauté où se déroulait la formation de la majorité des gens du royaume à la maîtrise du pouvoir des dieux. L’endroit comptait une population assez importante étant donné sa taille, bien que très peu fissent partie de l’élite guerrière, la plupart étant des civils assignés aux tâches basiques et le reste constituant la garnison. Ses souvenirs remontèrent un peu plus loin dans le passé, le ramenant à sa conversation avec Holdyrr.


Ayant finalement commandé un plat chaud, Gorahk avait eu toutes les peines du monde à l’entamer, sa première bouchée étant resté coincée dans sa gorge à l’annonce du nom du commanditaire du vieux guerrier. Loki, le Mage des Mensonges, le Changeur de Formes. Le rire nerveux s’apprêtant à franchir ses lèvres s’était figé en apercevant le visage de son vis-à-vis, dépourvu de la plus petite once de plaisanterie. A demi hébété, il avait écouté le récit de Holdyrr sur la rupture des sceaux retenant l’influence du dieu grâce à l’intervention des serviteurs d’une divinité étrangère. Ceux-là mêmes qu’il côtoyait à ce jour. En échange de ce coup de main, Loki devait récupérer quelque chose pour le compte de son créancier. Et cela nécessitait la levée d’une armée dans le but de réaliser ce projet. Holdyrr lui révéla que le réveil de la déité avait permis à ses guerriers attitrés, les Fléaux d’Utgard, de prendre possession de leurs armures. De plus, les candidats propices à rejoindre sa cohorte s’étaient irrésistiblement sentis attirés vers lui. C’était ainsi que ses forces avaient commencé à croître, mais il en fallait davantage. Loki s’était donc servi de ses pouvoirs afin d’explorer les pensées profondes de diverses personnes durant leur sommeil. « Au final, j’ai bien été manipulé », avait renchérit Gorahk à ce moment. Allégation que Holdyrr avait réfutée en lui indiquant que la divinité n’avait fait que stimuler les ambitions personnelles de ces personnes et leur prodiguer quelques conseils. Tôt ou tard, elles seraient passées à l’acte. Pris séparément, ces éléments pouvaient sembler abracadabrantesques, mais mis ensemble, il apparaissait définitivement que l’histoire était tout ce qu’il y avait de plus crédible. Du moins, c’était la seule manière d’expliquer ce qu’il faisait ici. Ça et le fait qu’il risquait certainement les pires tourments dans le cas contraire. Holdyrr n’avait rien dit à ce sujet, mais il suffisait de connaître un tant soit peu la mythologie pour le deviner. Autant essayer de remplir sa part.

D’ici peut-être une dizaine de minutes, l’assaut sera donné et un déluge de feu s’abattra sur cet endroit, songea-t-il en regarda l’astre lunaire, qu’un nuage venait de masquer.

Gorahk réfléchit encore quelques instants, mettant bout à bout les éléments glanés au cours de la journée. Apparemment, les visiteurs pouvaient investir la quasi-totalité des lieux sans en être vivement écartés, en-dehors d’une minorité de salles. Et parmi celles-ci, il y en avait une qui requérait la présence d’un trio de cerbères. Sans être devin, l’ancien chef de la garde avait compris que ce qu’il devait chercher se trouvait là. Il ne lui restait donc plus qu’à ouvrir les portes principales dès que l’attaque aurait débuté. Ensuite, il se dirigerait directement vers sa cible afin d’éviter que les occupants ne la déplacent ou ne la cachent pendant la confusion créée par l’assaut. Ce fut à ce moment précis qu’il entendit les premiers cris d’alarme déchirer la quiétude nocturne.

- L’aube sera rouge, prédit-il avant de vider son verre d’une traite, sentant la chaleur du breuvage se répandre dans sa gorge, puis son estomac.

Finalement, il se leva et sortit de la chambre en arborant l’air le plus affolé qu’il puisse imaginer.

 

De l’autre côté de l’enceinte, la force de frappe constituée par les différentes escouades était sur le point de fondre sur les fortifications. Parmi elles, Holdyrr ne comptait que des hommes ordinaires. Nul mage des runes ou créature aux obscures origines ne se trouvait dans les rangs des assiégeants, ce qui n’allait pas rendre la tâche aisée. Non qu’elle fût particulièrement ardue, puisque leurs effectifs comprenaient au moins trois fois plus de guerriers. Néanmoins, leurs adversaires avaient pour eux l’abri des murs et des écritures sacrées gravées sur les pierres. Ainsi, une offensive magique se verrait stoppée, tandis qu’un coup cosmique serait amoindri dans son impact. Dans le cas présent, c’était le second point énoncé qui comptait. Briser les défenses à grands renforts d’attaques puissantes nécessiterait du temps et des efforts. De plus, au cœur du bastion, des individus entraînés au cosmos – au mieux, un cinquième de la population – à divers degrés auraient vite fait de pulvériser les soldats depuis les remparts. C’était la raison pour laquelle il fallait pénétrer à l’intérieur le plus rapidement possible. Sinon, même pour des êtres comme eux, le nombre risquait de les condamner.

La noirceur nocturne avait en partie dissimulé leur approche, même si le manteau blanc sur lequel ils se déplaçaient leur donnait l’aspect d’une marée sombre voulant éroder les fondations de la communauté. Sur les cent derniers mètres, les hommes porteurs d’échelles se mirent à courir. Une pluie de flèches s’envola à leur rencontre, transformant leurs cris de guerre en râles de souffrance. Certains ayant tout de même la présence d’esprit de lâcher leur charge et saisir leurs boucliers, gagnant un sursis. Un duo de petites catapultes entra en action, bombardant les remparts à un rythme constant, créant des brèches par ci, broyant quelques assiégés par là. Un bélier, mobile grâce à des dizaines de paires de bras, entama également son travail de sape, au moment où les échelles se dressaient contre les murs. Aussitôt, les guerriers se ruèrent dessus, se bousculant dans leur hâte à vouloir se battre et conquérir. Nombreux d’entre eux périrent, envoyés s’écraser sur leurs compagnons, avant d’être parvenus au bout du parcours. Quelques-uns réussirent à prendre pied sur les remparts et commencèrent à batailler pour conserver leurs positions. De temps à autre, Holdyrr projetait une décharge de cosmos pour soutenir leurs efforts ou les exhortait à montrer encore plus d’ardeur. Soudain, une explosion de faible ampleur se produisit au milieu d’une des mêlées. Des membres sans propriétaires voltigèrent l’espace d’une minute, traçant des arabesques sanglantes, avant d’atterrir de part et d’autre des fortifications. Bientôt, des actions similaires se déroulèrent à divers endroits. Des élèves prenaient la place des défenseurs tombés et ils ne faisaient qu’une bouchée de leurs ennemis.

- Dépêchez-vous, Gorahk, l’enjoignit Holdyrr.

 

Lorsque cette prière lui fut adressée, l’ancien chef de la garde était encore en train de déambuler dans les couloirs du bastion. L’ordre ayant été donné de conduire femmes et enfants dans une réserve et qu’ils s’y barricadent, il croisait un flot de gens en proie à la panique. Bien qu’avec difficulté, il était parvenu là où il se tenait désormais, assistant à l’affrontement entre les puissances en présence, les narines emplies de l’odeur cuivrée du sang. Telles les dents de la mâchoire brisée d’Ymir, pavés et débris jonchaient la cour, au milieu des corps inanimés. A la clarté des braseros, il observait la lutte faire rage au-dessus du sol et se surprit à se demander si les troupes massées devant la forteresse avaient finalement une chance de l’emporter. Après tout, la défense semblait être gérée d’une main de fer par les professeurs. Il secoua la tête. Bien sûr qu’elles allaient gagner, puisqu’il leur ouvrirait les portes d’ici peu. Il espérait seulement que dans leur hâte à s’emparer des lieux, les soldats ne l’attaqueraient pas.

- Hé, l’apostropha quelqu’un, qu’est-ce que vous faites là ?

S’arrachant à ses pensées, Gorahk considéra celui qui venait de lui parler. Il s’agissait d’un jeune homme d’une vingtaine d’années. Un de ses yeux était fermé à cause d’une plaie au front.

- Je … Je cherchais une arme pour me défendre. Je veux combattre à vos côtés.

- C’est très louable de votre part, reconnut l’inconnu. Je m’appelle Thors. Tenez, prenez cette lame, j’en ai une autre.

De fait, la poignée d’une seconde épée dépassait d’une de ses épaules.

- Merci, dit Gorahk.

- Venez avec moi, il faut rejoindre la porte principale.

- Je vous suis.

Enjambant les obstacles, ils couvrirent la distance au pas de course, croisant d’autres individus eux-mêmes affairés à filer en tout sens. Ils grimpèrent quatre à quatre les marches et débouchèrent dans une pièce située au-dessus des lourds panneaux règlementant l’accès à la forteresse. Un tandem de mécanismes à la taille imposante occupait chacun des côtés.

- De quoi s’agit-il ? demanda Gorahk en désignant celui de droite.

- C’est le système contrôlant l’ouverture et la fermeture des portes. Mais il est déjà engagé. Il nous faut utiliser celui-ci pour enclencher la herse marquée de runes. Avec ça, leur bélier aura beau s’escrimer, il n’y a aucun risque qu’il leur ouvre un passage. Pouvez-vous m’aider à …

La fin de sa phrase se termina dans un gargouillis alors que trente centimètres d’acier dépassaient de sa poitrine. Gorahk dégagea sa lame d’un geste nonchalant et laissa le corps s’affaisser. Sans s’émouvoir davantage du meurtre perpétré, il entreprit de se mettre au travail. Cependant, à peine avait-il posé ses mains sur le dispositif qu’une ombre mouvante, créée par une torche, s’avança dans son dos. Il s’écarta aussitôt, esquivant le coup d’épée d’un Thors chancelant.

Aurais-je manqué le point vital ? s’interrogea Gorahk.

- Espèce de traître, tu veux offrir ce lieu à ces barbares !

- Et on peut dire que tu m’as légèrement retardé dans cette tâche. Toutefois, dans moins d’une minute, tu seras mort. Il ne restera alors plus qu’à reprendre là où je m’étais arrêté.

Le jeune homme cracha du sang.

- C’est … vrai. Seulement …

Brandissant son arme, Thors l’inséra entre deux engrenages. Puis, il actionna le mécanisme et rapidement une plainte métallique s’éleva comme les rouages se tordaient autour de l’intrus.

- Misérable ! Tu vas me le payer !

Il n’avait pas fait trois pas que Thors s’effondrait, le sourire aux lèvres. Contemplant le cadavre avec un air proche de la folie sur le visage, Gorahk dut inspirer un grand coup pour calmer ses nerfs.

- On dirait qu’il ne reste plus que la manière forte.

Redescendant les escaliers, il revint dans la cour. Trop occupés à gérer les éventuelles brèches dans la ligne de front, les assiégés ne prêtèrent nullement attention à l’homme qui se plaçait face aux robustes portes bardés de fer.

Cela risque de faire plus mal que la dernière fois, songea-t-il.

A nouveau, Gorahk ôta le gant qui recouvrait sa main droite et leva le bras. Il agit pareillement et une sphère incandescente quitta sa paume. Un bruit sourd retentit lorsque le bois fut heurté par la boule de feu, se fissurant sous l’impact et expulsant des échardes noircies. Plusieurs visages se tournèrent vers lui, sans réellement comprendre ce qu’ils voyaient. Une seconde, puis une troisième salve durent venir à la rencontre de l’obstacle pour qu’ils réagissent.

- Arrêtez-le !

- Trop tard, lâcha Gorahk entre ses dents serrées à cause de la souffrance, son front ruisselant de sueur.

Il lança un énième projectile, mais n’attendit pas de savoir s’il s’avérerait suffisant. Il se détourna et courut en direction des bâtiments où se trouvait la deuxième étape de sa mission, sa main semblable à une branche racornie. Un terrible craquement résonna dans l’air, tandis que les défenseurs abandonnaient tout net la poursuite. Contraints par les évènements, ils se rassemblèrent pour faire face à la horde hurlante sur le point de les submerger.

 

Byakko fut l’un des premiers à porter le combat à l’intérieur des murs, s’élançant tel un éclair blanc et vert au cœur de la masse noire des guerriers. Une brusque vague de cosmos l’accueillit, le forçant à parer en catastrophe à l’aide du sien. Reculant de quelques pas, le Gardien Céleste jeta un regard à son agresseur. Ce dernier, un individu âgé d’une quarantaine d’années au menton orné d’un bouc gris acier, arborait une protection composée de plaques et de fourrures aux nuances dorées. Ses épaulières massives, ainsi que son casque évoquant une tête de sanglier, lui conféraient un aspect brutal. Le pouvoir couvrant de son armure ressemblait à celui du Chevalier de Bronze qu’il avait affronté par le passé, à ceci près qu’elle paraissait autrement plus résistante.

- Je suis Osgeir de Gullinbursti, un Servant, annonça-t-il fièrement.

- Et moi, Byakko, le Tigre Immaculé de l’Ouest, un Gardien Céleste.

- A première vue, vous avez l’air d’être un homme honnête. Pourquoi frayez-vous donc avec des personnages tels que Loki ? Il n’y aucun honneur à le servir.

- Je le sais, avoua-t-il, néanmoins, je reste fidèle aux directives que mon seigneur m’a donnés.

- Bien que je respecte un pareil dévouement, tout cela ne signifie rien pour moi, en-dehors du fait que vous vous en prenez à ceux que j’ai le devoir de former et de protéger. Aussi, il m’incombe de mettre fin à votre vie, confessa-t-il presque avec tristesse. Ne m’en veuillez pas.

Sans plus attendre, il généra un cosmos cuivré autour de son poing droit et le projeta sous la forme d’un rayon à l’encontre de Byakko. Se décalant au millimètre près pour l’éviter, celui-ci fonça sur Osgeir et tenta de lui porter un coup de pied sauté. Le quarantenaire sortit de la trajectoire, tandis que l’assaut manqué fracturait les pavés de la cour dans un bruit de tonnerre. Opposés, les deux adversaires se mirent à échanger une frénétique série d’attaques, leurs énergies déployées s’entrechoquant en créant de petits arcs électriques dans l’atmosphère. Un coup porté plus lourdement que les autres, engendra une aspiration de l’air et déstabilisa Byakko. Les réflexes du Gardien Céleste lui firent prendre appui au sol à l’aide de ses mains et poussant sur ses bras, il balança ses pieds vers le haut, telle une flèche ascendante. Sous l’effet du choc, la tête d’Osgeir fut rejetée en arrière, sa lèvre inférieure éclatant. Néanmoins, l’Asgardien eut là l’occasion d’attraper la jambe de son adversaire et, bandant ses muscles, l’envoya voler à plusieurs mètres pour finalement s’écraser contre un mur. La gravité reprenant ses droits, son corps chuta en entraînant le bris de caisses de bois empilés au-dessous. Assis et quelque peu sonné, la vision troublée de Byakko s’accommoda petit à petit jusqu’à lui révéler qu’Osgeir s’apprêtait à lui porter une puissante offensive. Son cosmos roussi s’amplifia pour prendre la forme d’une tête de sanglier aux naseaux frémissants.

Ånde Smie ! clama-t-il, les poings joints devant lui.

Une vague de chaleur à la pression écrasante s’abattit sur Byakko, ouvrant une tranchée et soulevant une poussière ardente sur son passage. Usant de son pouvoir afin d’accroître la vitesse de ses réactions, celui-ci empoigna son sabre et l’utilisa pour dévier la masse énergétique. Avec un grondement, cette dernière commença à changer de trajectoire pour aller pulvériser une charrette trois mètres plus à gauche. Lorsque les particules mises en suspension retombèrent, elles montrèrent un Byakko indemne, mais aux avant-bras fumants.

- Je me dois de te féliciter jeune homme, dit Osgeir, car il n’est pas aisé de résister à cet arcane.

Le Gardien Céleste se redressa, son arme tenue en position inversée, la lame suivant la ligne de son bras, pointe tournée vers le ciel nocturne. Il observa le Servant et se rendit compte qu’il lui rappelait Genbu par de nombreux aspects. Dans d’autres circonstances, ils auraient peut-être pu s’apprécier. Toutefois, étant donnée la grande force d’Osgeir, Byakko ne pouvait pas le laisser en vie. S’il ne le tuait pas, la bataille continuerait suffisamment longtemps pour que toute la garde soit décimée. Un mal pour un bien, en somme. De plus, il était évident que le quarantenaire l’empêcherait de s’esquiver. Il marcha donc droit dans sa direction, son cosmos blanc aux éclats de jade flamboyant sous la forme d’un halo autour de sa personne.

 

Holdyrr, pour sa part, s’était contenté de courir directement vers le bâtiment principal, écartant les rares obstacles qui s’étaient présentés d’un geste mesuré. La porte d’entrée fut brutalement enfoncée et à peine avait-il eu le temps d’apercevoir le combat de Byakko du coin de l’œil qu’il en franchissait le seuil. Remontant les couloirs, il cherchait une chose précise et il n’avait pas besoin de carte pour ça, car en pénétrant à l’intérieur des fortifications, un flot de souvenirs lui était revenu en mémoire. En effet, le Fléau avait étudié les secrets du cosmos dans cette forteresse au cours de sa prime jeunesse. Malheureusement, à l’époque, il était bagarreur et s’emportait facilement. Un accident malencontreux – en fait, un violent acharnement sur un partenaire d’entraînement dans le but de tester sa nouvelle puissance – l’avait poussé hors des murs de ce lieu alors qu’il n’avait pas terminé sa formation. A seize ans, Holdyrr avait alors dû apprendre ce qui lui manquait en autodidacte. Et il s’en était plutôt bien tiré au bout du compte, bien que ses expériences guerrières eussent été marquées par la douleur et le sang. En fin de compte, il avait changé au fil des années. Mais chaque dalle qu’il foulait, chaque pas qu’il faisait, le ramenait en arrière, vers un passé dont il aurait préféré se délester. Sous une pression grandissante, il tourna à droite, grimpa deux escaliers pour enfin aboutir à l’encadrement de la dernière porte. Il posa sa main dessus et comprit qu’elle n’était pas verrouillée. Poussant le battant, il libéra l’accès à ce qu’il savait être le bureau du dirigeant.

Une lourde table accompagnée d’un unique fauteuil revêtu de cuir craquelé, une commode et une petite bibliothèque ; voilà ce qui formait le décor austère, d’une fonction qui ne l’était pas moins. L’emplacement de chaque meuble était gravé dans son esprit, comme au fer rouge, étant donné le nombre de fois où il y avait été envoyé. Ses yeux brun vert n’eurent donc aucun mal à accrocher le dos de la personne qui se découpait devant la porte-fenêtre menant au balcon de pierre. C’était là l’élément déplacé. Celui qui n’avait rien à faire à cet emplacement. La silhouette se retourna et le souffle lui manqua l’espace d’un bref instant. Il l’avait tout de suite reconnu à son cosmos bien entendu, mais tant qu’il ne l’avait pas vu de ses propres yeux, il ne pouvait y croire entièrement.

- Brand…, lâcha-t-il.

D’un âge similaire, l’homme possédait des cheveux blonds parsemés de veines d’argent lui arrivant aux épaules et une moustache en croc lui conférait un air sévère. Son œil gauche était d’un bleu intense, tandis que le droit présentait une teinte laiteuse, à cause de la cicatrice ayant tracé son sillon en plein milieu. Ce n’était d’ailleurs pas la seule disgrâce physique qui l’accablait. La moitié supérieure d’une oreille lui manquait et son nez à l’aspect tordu avait très certainement dû être brisé à plusieurs reprises sans que la guérison parvienne à effacer les ravages subis. Des tares qu’il devait à Holdyrr.

- Brand de Gjallahorn désormais, le corrigea ce dernier.

Illustrant parfaitement son titre, il portait une protection, un Gave se souvint Holdyrr, aux diverses nuances blanches dont les formes ne pouvaient être assimilés qu’au célèbre lur du dieu Heimdall.

- Et tu sembles avoir également fait du chemin depuis notre dernière entrevue, constata-t-il en rivant son regard borgne dans celui du Fléau.

- C’est donc toi qui as été désigné pour succéder à l’Ancien, fit remarquer Holdyrr.

Ils se parlaient nonchalamment, pareils à deux amis se retrouvant après une longue séparation, toutefois, la pièce était gorgée d’une atmosphère tendue.

- En effet, j’ai eu cet honneur il y a de cela six ans. (Un court silence s’imposa entre eux, seulement ponctué par les cris et les explosions qui éclataient en contrebas). Je ne t’ai jamais vraiment apprécié. Il faut avouer que tu ne m’y as pas vraiment aidé, précisa-t-il en levant son visage meurtri à l’adresse du Fléau. Mais je ne pensais pas que tu tomberais si bas, Holdyrr. Quelles récompenses Loki t’a-t-il fait miroiter ? Des richesses ? Une place dans le monde ravagé qu’il est en passe de créer ? Oui, cela te conviendrait mieux, vivre au milieu de tous ces carnages ! cracha-t-il d’un ton dégoulinant de mépris.

- Tu n’as aucune idée des raisons qui me poussent à faire ça, Brand, répondit simplement la cible de ces attaques verbales. Si seulement tu …

- Non, le coupa-t-il. Tu es mon ennemi et celui de cette nation. Je n’ai pas l’envie ou même la patience d’écouter ce que tu as à dire. Je suis Brand de Gjallahorn et en tant que Servant, je me dois de t’exécuter.

Il le salua d’un geste annonciateur du duel qui allait les opposer.

- Je suis Holdyrr, le Fléau de Surt, annonça-t-il en respectant le même rituel.

 

Alors que Suzaku achevait de trancher un homme en deux d’un puissant coup de taille, une vive secousse ébranla la structure.

- Eh, apparemment, il y en a qui ont l’air de bien s’amuser là-haut, fit-il en levant son regard fauve vers la voûte. Le vieil Holdyrr et Byakko se sont accaparés les seuls éléments intéressants du lot.

Non pas que ceux qui se soient dressés face à lui aient été lamentables, loin de là. Néanmoins, il s’agissait pour la majorité d’élèves n’ayant pas encore terminé leur formation ou l’ayant à peine achevée. Ils n’avaient donc représenté aucun défi pour l’Oiseau Vermillon du Sud, bien qu’il dût leur concéder deux légères blessures, à la joue et au bras ; triste résultat pour lequel ils avaient dû se mettre à une vingtaine. L’assaut combiné avait en revanche laissé son kimono en lambeaux, dénudant son torse. Ensuite, tout n’avait plus été que râles de douleur et corps en flammes tressautant. Certes, il avait été diverti, mais pas autant que s’il avait eu l’orbe noir en sa possession – malheureusement ce dernier était au Japon entre les mains du seigneur Susanoo. Avec cet objet, ses perceptions étaient décuplées. Et le plaisir qu’il retirait en entendant les flots de sang s’écouler en de mélodieux torrents ou en sentant l’inimitable fumet des chairs calcinées envahir ses narines, était incomparable. D’un autre côté, les combats s’avéraient beaucoup plus courts tant il le fortifiait. Ainsi deux extrêmes se créaient, un ravissement fugace mais intense et une joie plus étendue mais incapable d’atteindre le niveau de l’autre. Suzaku réfléchissait encore à un moyen de résoudre ce dilemme cornélien lorsqu’il perçut des bruits étouffés depuis le fond du couloir où il se trouvait.

- Il en reste donc, devina-t-il, ses lèvres désormais dépourvues de leur ancienne coloration noire s’étirant en un sourire.

 

Sa dextre pressée contre son torse, Gorahk avançait selon l’itinéraire mental qu’il avait conçu lors de sa visite des lieux.

Deux fois de plus à gauche et j’y serais, songea-t-il.

Il s’obligeait à penser à son parcours afin d’éviter d’accorder trop de place à son membre meurtri. Ses réflexions dérivant, Gorahk se mit à s’interroger sur le secret caché au cœur de la forteresse. Lorsque Holdyrr l’avait questionné sur la véracité de la rumeur selon laquelle cet endroit renfermait un trésor, tout ce qu’il avait pu lui répéter se cantonnait à des bribes de souvenirs. A savoir que le roi, bien avant sa mort orchestrée par l’ancien chef de la garde, s’était effectivement abandonné à évoquer ce qui se trouvait là-bas, sans jamais en révéler la nature exacte. En l’occurrence, Gorahk soupçonnait que le monarque lui-même ne connaissait pas la réponse à cette question. Encore que ce dernier point de détail n’ait plus vraiment d’importance puisque la vérité lui apparaîtrait bien assez vite. Sa véritable préoccupation actuelle consistait à établir une stratégie pour pouvoir s’accommoder du trio de cerbères. Il pourrait tenter de les faire partir en évoquant l’âpreté des combats au-dehors, soulignant ainsi que leur présence ici n’était plus nécessaire. Néanmoins, de ce qu’il avait pu en voir, c’était plutôt le genre d’hommes à d’abord respecter les ordres, puis réfléchir ensuite. La confrontation lui apparaissait alors comme l’unique voie possible. Et avec une seule main valide armée d’une épée, il risquait de ne pas faire long feu.

Gorahk n’avait toujours pas de plan précis lorsqu’il franchit le dernier tournant, dévoilant par la même sa présence aux gardes. Tels des automates, ils se placèrent aussitôt dans une position agressive. Heureusement, la suite des évènements choisit pour lui la destinée de ses trois adversaires. Dans un grondement impérieux, le plafond explosa au-dessus d’eux, les ensevelissant sous plusieurs tonnes de gravats et de cette blessure béante se déversa un ardent torrent. Sitôt qu’il se dissipa, un corps chuta au milieu des débris et la silhouette de Holdyrr le suivit de près, atterrissant lourdement, le bras gauche pendant le long de son flanc. L’autre se releva et, avant même de remarquer ses affreuses cicatrices, le traître à la couronne vit qu’il était dans un état aussi piteux que le Fléau. Sa peau couverte de nombreuses brûlures et sa respiration sifflante indiquaient qu’il lui restait certainement peu de temps à vivre. Soudain, l’atmosphère sembla vibrer et Gorahk ressentit une forte pression s’exercer sur lui. L’inconnu et Holdyrr se défièrent du regard et la suite de l’action fut bien trop rapide pour ses yeux.

 

Brand n’avait pas encore esquissé le moindre mouvement que le poing droit de Holdyrr se détendit à l’instar d’un ressort.

Brennende Slag !

Aussi naturellement qu’il respirait, le Fléau de Surt engendra une friction dans l’air à la manière de deux silex s’entrechoquant et créa une étincelle qui enflamma l’oxygène autour de la salve énergétique. Le résultat se mua en une boule de feu de la taille d’un melon. Franchissant la distance qui séparait les protagonistes en l’espace d’un battement de cil, celle-ci vint percuter Brand à hauteur de la poitrine, le projetant contre les portes qui se brisèrent sous le brutal assaut.

 

A travers les ténèbres de la pièce, Gorahk, resté paralysé durant toute la scène, distingua la forme luisante d’un bijou.

C’est ma chance, pensa-t-il.

Bondissant par-dessus l’homme gisant sur les débris de bois, il s’engouffra dans la salle.

 

Sans prêter la moindre attention à Gorahk, Holdyrr s’approcha de son vieux camarade. Une mousse rosâtre s’échappait de sa bouche, et son œil intact était fermé, néanmoins, il ne semblait pas amer de sa défaite.

- Tu as changé, souffla Brand.

- Je suis désolé …, commença le Fléau de Surt.

- Pourquoi ? demanda son vieux compagnon d’une voix hachée. Nous sommes … ennemis. C’est un … résultat normal … dans ce genre … de situation.

- Pour la douleur que j’ai pu te causer par le passé, précisa-t-il.

Le Servant acquiesça.

- Quoi qu’il en soit … tu t’es engagé … sur une voie périlleuse … que je ne peux pas … cautionner. Ce que tu souhaites … n’est pas dépourvu … de bonnes intentions. Seulement … as-tu idée du nombre de vies … que cela va coûter.

- J’en ai conscience.

- Alors … tu sais que ta tâche … ne sera pas aisée.

Le cosmos de Brand jusqu’ici réduit à des cendres rougeoyantes se raviva en un brasier d’une telle ampleur que Holdyrr en vint à douter de son trépas proche.

- Qu’est-ce … ?

Krig Anrop !

Une onde sonore, pareille au bruit d’un millier de vagues se brisant sur les récifs, jaillit à la fois de l’enveloppe charnelle du Servant et de son armure, comme s’ils entraient en résonance.

 

Lorsque le souffle énergétique le toucha dans le dos, Gorahk trébucha. Il ne comprenait pas ce qui venait de se produire, à part que ce qui emplissait ses tympans était sur le point de réduire son cerveau en bouillie. Les mains plaquées sur les oreilles, en un vain espoir d’endiguer ce qui le torturait, il leva la tête. Devant lui, sur un piédestal, reposait un collier constitué de perles, ou peut-être étaient-ce des pierres polies ; dans cette noirceur, il ne voyait rien. Brusquement, le bijou se mit à luire d’un éclat irréel en écho à l’appel délivré par Brand. Il lévita quelques instants, puis transperça le plafond à la vitesse de l’éclair, laissant Gorahk abasourdi.

 

A l’extérieur de l’édifice, le duel entre Byakko et Osgeir était en passe de tourner court. En effet, les combattants étaient harassés et, à l’image de leurs porteurs, leurs protections témoignaient d’un état similaire à la vue de leurs fissures respectives. Et bien que Byakko n’ait peut-être pas autant d’expérience que son adversaire, il devinait aisément que leur prochain échange serait le dernier. A l’unisson, ils déployèrent leurs cosmos et chargèrent.

Osgeir lança une volée de coups que le Gardien Céleste para avec plus ou moins d’aisance. Esquivant un direct, il bloqua le bras du quarantenaire et lui asséna un uppercut qui fit mouche. Seulement, Osgeir, dont la tête avait été projetée vers l’arrière, contre-attaqua aussitôt en se servant de son crâne comme d’une massue. Surpris, Byakko encaissa l’offensive, le casque ennemi enfonçant le sien pour finir par lui écorcher le front. Avec un cri de douleur, il recula en titubant, à demi aveuglé. Profitant de cette occasion, Osgeir joignit les mains au-dessus de lui, son aura s’accroissant dangereusement.

Gullbryllup S…

Ce fut à cet instant précis que l’appel déclenché par Brand le toucha de plein fouet, stoppant son mouvement. Inconsciemment, il détourna les yeux de son rival pour regarder en direction du bâtiment, d’où venait de jaillir une colonne de lumière qui transperça les cieux étoilés. Distrait, il ne vit pas Byakko qui ressemblait son cosmos afin de manipuler les flux aériens. Brandissant son bras, paume vers l’avant, doigts repliés, le Tigre Immaculé de l’Ouest utilisa l’attaque employée des années auparavant contre la femme Chevalier au Sanctuaire. Sauf que cette fois-ci, il le fit à pleine puissance.

Kirisaku Shippu !

Compressé, le vent ainsi créé devint plus tranchant que la plus aiguisée des lames. Osgeir tenta de croiser ses avant-bras en un vain bouclier, mais il s’y était pris trop tard. Le violent courant acéré lacéra le métal et mordit dans la chair là où elle n’était pas protégée, provoquant de profondes entailles qui se révèleraient mortelles à brève échéance. Le sang s’écoula à flot des plaies, reflétant la lueur orangée des braseros disposés dans la cour de la forteresse, lui donnant l’aspect du fer en fusion. Lentement, le corps tailladé d’Osgeir vacilla. Il commença par courber l’échine pour finalement se retrouver face contre terre, rendant son ultime soupir. Exhalaison que Byakko relâcha également, mais de soulagement, la blancheur de sa Yoroi entachée par le fluide carmin.

Sans cette négligence de sa part, c’est moi qui serait mort à ses pieds, songea le jeune homme. Je ne suis pas du genre à croire à la chance dans un combat, cependant, il me faut bien reconnaître que cette fois ...

Haletant, il observa la colonne étincelante qui lui avait permis de remporter la victoire et s’interrogea sur son origine. Petit à petit, il constata qu’un point brillait fortement au point le plus élevé. Subitement, celui-ci explosa en provoquant un énorme flash visible à plusieurs kilomètres à la ronde, éblouissant l’ensemble des personnes présentes en ces lieux. Se remettant de ce à quoi il venait d’assister, Byakko se rendit compte que les bruits de la bataille lui revenaient aux oreilles avec davantage de force. Amer, il constata qu’elle n’était pas finie. Son sabre l’attendait à quelques pas de là, fiché dans un morceau de bois. A regret il s’en saisit, prêt à retourner au combat quand il aperçut Holdyrr depuis l’unique balcon de l’édifice.

- Hommes de Torden ! clama celui-ci. Votre chef, Brand de Gjallahorn, est mort ! Voici sa tête ! (Tenu à bout de bras, il brandit son macabre trophée, avant de le lâcher.) Il était le plus puissant d’entre vous et pourtant il n’a pas su obtenir la victoire ! Soumettez-vous, et vous et vos familles serez épargnées ! Je vous en fais la promesse en mon nom !

Tous les individus se tournèrent vers le Fléau de Surt, son appel à déposer les armes, agissant à la manière d’une brise dissipant les brumes abrutissantes de la fureur guerrière. Les troupes de Loki poussèrent des clameurs triomphantes, tandis que les vaincus demeurèrent fébriles, s’entreregardant. Que devaient-ils faire ? Mourir les uns après les autres, entraînant leurs épouses, leurs enfants ainsi que d’autres innocents dans la tombe ? Ou sauver ce qui pouvait encore l’être ? Le choix leur parut durer une éternité, bien qu’en réalité, il ne s’écoula qu’une minute tout au plus. Un à un, ils s’inclinèrent face à l’alternative de Holdyrr. Satisfait, ce dernier observa les chefs d’escouade de l’armée les rassembler à l’écart. Ensuite, il emprunta les escaliers pour revenir aux étages inférieurs. Une fois dans la cour, il retrouva Byakko.

- Ton adversaire à l’air de ne pas y être allé de main morte, dit-il en voyant les blessures du Gardien Céleste.

- La réciproque est vraie, répondit Byakko. (Holdyrr acquiesça.) Mais je suis fier de les avoir reçues, car elles sont le fruit d’un homme honorable.

- Ils l’étaient tous.

- Ah, c’est un plaisir de vous savoir toujours en vie, déclara une voix grave.

Se retournant, ils découvrirent la haute silhouette de Siholt, le Fléau de Jörmungand. Et ce qu’ils captèrent en premier furent ses yeux dignes d’un ciel d’hiver, enfoncés au milieu d’un casque évoquant la gueule d’un serpent pourvu d’une crinière d’algues ; rôle joué par des mailles. D’une couleur hésitant entre le vert marin et le bronze, sa protection comportait également de larges épaulières ressemblant à de la peau tendue entre de longues épines. Le haut de son buste était enserré dans un carcan d’écailles et d’os, telle une seconde cage thoracique superposée à la sienne. Son ventre était recouvert de squames plus petites qui descendaient jusqu’à une épaisse ceinture de cuir maintenant les plaques qui protégeaient ses hanches. Des gantelets et des jambières à l’allure tout autant ophidienne achevait la description de cet accoutrement.

Siholt gloussa.

- Je considère comme injuste que vous soyez tombés sur les plus forts. Les gringalets à qui j’ai eu affaire ne risquaient pas de m’infliger ne serait-ce qu’un millième des blessures que vous avez reçues.

Et il se mit à rire de plus belle. Holdyrr secoua la tête, impuissant. Pour le vieux guerrier, Siholt lui renvoyait l’image de ce qu’il avait été dans sa jeunesse avec son air bravache et son amour des conflits. Du moins lui semblait-il que le jeune Fléau était davantage engoncé dans ses travers.

Tout à coup, des cris d’indignation et d’horreur fusèrent depuis la zone où les soldats de Torden avaient été cantonnés. Pris d’un pressentiment malsain, Byakko bouscula ceux qui lui obstruaient la vue. Son regard émeraude croisa alors celui fauve de Suzaku. L’Oiseau Vermillon du Sud venait également de sortir par l’une des ailes du bâtiment, traînant quelque chose derrière lui. Les sourcils de Byakko se froncèrent, avant de se hausser sous le coup de la surprise. De sa poigne caparaçonnée, Suzaku emprisonnait solidement la chevelure d’une enfant. Et si ses yeux vitreux ne suffisaient pas à établir son trépas, le fait que seul son buste – pourvu d’un unique bras – soit présent ne laissait plus place au doute. Tandis qu’il se rapprochait de ses alliés, des hurlements de colère s’élevaient dans son sillage, et il parut enfin remarquer le poids qu’il transportait. Il le leva à hauteur du visage et brutalement des flammes charbonneuses l’enveloppèrent, consumant peau, chair et os en une fraction de seconde. Bientôt, il ne resta plus que le crâne encore fumant dans son poing.

- Ah, en dehors des femmes, ce sont les enfants que je préfère, asséna-t-il d’un ton tranquille.

Il resserra sa prise et des cendres s’en échappèrent pour se mêler à la boue sanglante qu’était devenue la cour de la forteresse.

- Qu’est-ce qui t’a pris, Suzaku !? s’exclama le Tigre Immaculé de l’Ouest en l’agrippant par sa Yoroi.

- Allons Byakko, j’essaie simplement de faire mon travail en éliminant la garnison de cet endroit.

- Il s’agissait de civils ! Ils ne représentaient aucune menace ! Tu n’es qu’un …

Une main se posa sur l’avant-bras qui empoignait Suzaku.

- Inutile de s’emporter, fit Siholt à l’adresse de Byakko, ce qui est fait est fait. De toute manière, tout ceci était prévu à l’origine. Bien que j’aurais préféré qu’ils soient regroupés avec les autres. Je n’aime pas devoir m’y reprendre à deux fois. (Il jeta un coup d’œil aux restes du crâne, puis à Suzaku, et ne put s’empêcher d’éprouver un vague frisson primitif devant le plaisir que ce dernier affichait.) Opter pour quelque chose de plus radical et s’en occuper d’un seul coup correspond davantage à ma philosophie.

- Attends, Siholt ! intervint Holdyrr. Il n’a jamais été question de tuer tout le monde. Je leur ai d’ailleurs promis la vie sauve s’ils se rendaient.

- On n’a pas dû entendre la même chose alors, répliqua le Fléau de Jörmungand. (Il parut réfléchir l’espace d’une seconde.) Ah c’est vrai ! Tu es parti le premier dès que le seigneur Loki a eu finit d’exposer son plan. Au moment où j’étais sur le point d’en faire autant, il m’a retenu pour me préciser qu’il ne voulait aucun survivant à l’issue de l’attaque.

- Ce n’est pas possible. J’ai prêté serment !

- Je ne crois pas qu’ils s’en formaliseront plus que ça. (Il capta l’attention de Byakko.) Tu devrais le lâcher maintenant. Inutile d’avoir des dissensions entre alliés. Et puis, au final, cela m’arrange bien puisque que la volonté de notre seigneur est satisfaite.

Aigri, le jeune homme retira sa main comme s’il s’était brûlé. Il suintait de Suzaku une folie délétère qui l’empoisonnait jusqu’à l’écoeurement. Avec Siholt dans les parages, il ne paraissait pas judicieux de laisser ce ressentiment prendre vie de manière physique. Pour couronner le tout, sa mission semblait loin d’être terminée puisqu’aucun élément n’indiquait que l’artefact avait été découvert.

Comme s’il lisait dans ses pensées, le Fléau de Jörmungand demanda :

- En parlant de nos objectifs, le mystérieux objet a-t-il été mis à jour ?

A ce moment précis, Gorahk s’avança vers eux, son bras droit toujours aussi noir, en écharpe.

- Non, révéla-t-il, nous n’avons pas pu récupérer le collier.

- Le collier ?

- Oui. Il a disparu, aspiré par la colonne de lumière. Je crois que c’est l’œuvre du commandant de Torden.

- C’est vrai, confirma Holdyrr. Il a vraisemblablement déclenché le processus à l’aide de son ultime arcane. Ce devait être un genre de sécurité au cas où ce qui s’est produit aujourd’hui arriverait.

- Et je parie qu’il est impossible de connaître la direction qu’il a prise, n’est-ce pas ?

- Pas dans l’immédiat.

Le jeune homme à la haute stature fit la moue.

- Le seigneur Loki verra au moins l’une de ses exigences assouvies.

Abandonnant ses compagnons d’armes, il marcha en direction de la masse de prisonniers fulminants que ses séides avaient de plus en plus de mal à contenir. Il s’arrêta à une distance d’environ dix mètres et fit exploser son cosmos aux lueurs aigue-marine, mettant en suspension les nombreux gravats près de ses pieds. L’aura s’accrut autour de ses bras musclés, qu’il avait laissés pendre le long de ses flancs, paumes ouvertes. Une sorte de fumée verte s’en dégagea, glissant paresseusement jusqu’au sol. Toutefois, au lieu de s’y répandre, tel le voile de brume visible à la surface d’un plan d’eau lors de très froides matinées, elle y creusa un trou. Encore que ce n’était pas le terme qui convenait le mieux. En effet, la pierre était davantage rongée que forée. Siholt remonta ses bras devant lui et cria :

- Ceux qui ne s’écartent pas assez vite s’en mordront les doigts ! Sur Damper !

Il n’attendit pas pour s’assurer que son injonction avait été exécutée. D’ailleurs, cela valut à quelques-uns de ses hommes d’être touchés par sa technique, mais il ne s’en émut pas outre mesure. Ils les avaient prévenus que s’ils traînassaient, ils engageaient leurs vies dans la balance. Qu’ils prennent leurs responsabilités.

Fluctuant, l’étrange gaz fila droit sur les condamnés, qui tentèrent pour certains de dresser une barrière énergétique pour se protéger. La fumée pénétra leur faible défense, puis leur peau et leurs voies respiratoires. Tandis qu’une partie vomissait du sang en convulsant, d’autres voyaient leurs membres être corrodés. Leurs chairs glissèrent sur leurs os et se répandirent par terre avec un bruit humide et spongieux. Mis ainsi à nu, leur squelette ne tarda pas à subir un traitement similaire, se transformant en une bouillie blanchâtre qui se mêla aux restes dissous de viscères. A la fin, il ne resta plus qu’une immense et putride mare sanguinolente. Satisfait du résultat, Siholt fit refluer son cosmos et l’air fut à nouveau respirable. Du moins, ne fut-il plus mortel. Car l’image du répugnant spectacle combiné à l’odeur envahissante de la pourriture créa un mélange propice à révulser le plus endurci des guerriers. En outre, nombre d’entre eux furent pris d’une quinte de toux qui s’acheva sur la restitution du contenu de leur estomac.

Même si le soleil avait daigné éclairer de ses rayons ce tableau morbide, il lui aurait été impossible de faire disparaître la sensation glacée qui s’était emparée des êtres de Byakko et Holdyrr. Pour l’un, cette scène le désignait comme un parjure, incapable de respecter la parole donnée. Pour l’autre, elle symbolisait le début d’une longue série de morts dans le but de contenter son seigneur, avec laquelle il devrait vivre jusqu’à la fin de ses jours. Songeant à Genbu et Seiryû, il fut heureux qu’ils n’aient pas eu à participé à cette bataille – encore qu’un tel terme soit difficilement applicable à ce qui venait de se produire. Néanmoins, il ne nourrissait guère d’espoirs quant au fait qu’eux aussi connaîtraient leurs lots de combats dans les années à venir. Car oui, Byakko estimait que ce conflit ne se résoudrait pas en l’espace de quelques mois. Et il espéra, sans trop y croire, que les futurs affrontements ne se termineraient pas de cette manière.

 

19 février 1995

Norvège, Asgard, Province Centrale, Völkengard

 

Le jour poignait à peine à l’horizon, que la reine Ylva s’était vu tirée de son lit par l’un des gardes postés devant sa chambre. S’excusant bien bas de sa conduite, l’homme argua que l’urgence de la situation ne lui avait pas laissé d’alternative. Apprêtée, la tête encore quelque peu alourdie par le sommeil, mais les idées claires, la souveraine prit place sur le trône. Une minute plus tard, elle regardait les portes se refermer derrière le messager qui venait d’entrer. D’une démarche nerveuse, trahissant par la même l’urgence de transmettre ses renseignements, il traversa la salle pour s’agenouiller face à la souveraine d’Asgard. Ils étaient seuls.

- Votre Majesté, dit-il, un corbeau nous as été dépêché depuis la province Est. Ses ailes sont porteuses de sombres nouvelles.

- Parle, l’enjoignit-elle, je t’écoute.

- Un dramatique évènement s’est produit à la forteresse Torden. D’après les premiers dires recueillis, le bastion a été le théâtre d’ignobles actes qui ont conduit à l’anéantissement complet de sa population. Ceux qui s’y sont rendus ont en revanche été dans l’impossibilité d’établir l’identité des assiégeants. La seule chose dont ils soient certains, c’est que ces derniers étaient plus nombreux que les défenseurs et que les portes ont été enfoncées de l’intérieur. Soit par la main d’un ennemi qui aurait franchi les murailles, soit par un traître au sein de la garnison. La deuxième hypothèse leur semble toutefois plus plausible.

La Blanche Dame accueillit la nouvelle sans sourciller.

- Est-ce tout ?

- Non. Aux dires de quelques individus habitants dans un rayon de dix kilomètres autour de la forteresse, une gigantesque colonne de lumière est apparue au cours de la nuit de l’attaque, soit il y a six jours. Toujours selon eux, celle-ci a brillé durant une ou deux minutes tout au plus, puis plusieurs traits étincelants en ont jaillis. Le nombre varie entre cinq et sept, mais en dehors de ça, les versions concordent.

- Bien, tu peux disposer.

- Merci, votre Majesté.

L’homme se releva et sortit de la pièce, d’un pas plus léger qu’à son arrivée, soulagé de s’être délesté de son pesant fardeau. Etant à nouveau l’unique personne présente dans la salle du trône, la reine recentra ses pensées sur les propos tenus par Sosia, au cours de ce qui venait finalement de se révéler être la nuit même de l’attaque. La Haute Prêtresse d’Odin avait alors avoué sentir l’émergence d’un sentiment de malaise au plus profond de son âme, synonyme d’un grand malheur. Et elle ne s’était pas trompée. Cependant, quel était l’auteur de ce désastre ? Qui pouvait réunir suffisamment de troupes pour réaliser l’exploit de conquérir la forteresse Torden, où étaient formés les meilleurs combattants du royaume ? A moins d’une coalition, il ne pouvait s’agir de l’œuvre isolée d’un des autres seigneurs qui désiraient sa mort – il était inimaginable pour elle qu’il en aille autrement –, ou de Gorahk. Pourtant, même ainsi, l’idée qu’une telle alliance pût réussir ne suffisait pas à la convaincre. Une force supplémentaire devait agir dans l’ombre. Bien plus féroce et machiavélique que tout ce qu’auraient pu engendré ses adversaires susnommés, et c’était cette perspective qui faisait frémir la Blanche Dame.

- Un nouveau danger vient de voir le jour et il menace de plonger l’intégralité d’Asgard dans la belligérance, réalisa-t-elle. Je crois qu’il est plus que temps de commencer à m’intéresser à ceux qui m’ont sauvé la vie plutôt qu’à ceux qui veulent me l’ôter.

 



Lur :

Instrument de musique à vent scandinave. C'est une sorte de trompe plus ou moins droite utilisée à des fins guerrières et servant à rassembler les troupes ainsi qu'à effrayer l'ennemi. Il servait aussi lors des funérailles.

Gave :

Terme signifiant "don" en norvégien. Nom donné aux armures des serviteurs des dieux scandinaves.

Servant :

Titre donné aux défenseurs des terres asgardiennes. Equivalent du terme Chevalier, Marina, Spectre, ...

 

Ånde Smie :

Souffle de la Forge


Brennende Slag :

Frappe Ignée


Krig Anrop :

Appel à la Guerre


Kirisaku Shippu :

Bourrasque Lacérante


Gullbryllup Støttennene :

Boutoirs Dorés



Sur Damper :

Vapeurs Acides

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