Les Psychonautes dans la B(o)u(c)lle Temporelle

Chapitre 4 : Briser la boucle

4468 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour il y a 22 jours

Ne recevant pas de réponse, le patriarche des Aquato entra complètement dans le petit espace, se faufilant jusqu’à la couchette minuscule où reposait son fils cadet et s’y asseyant doucement, posant une main inquiète sur lui :

- Fils ? Tu es malade ?

- …Papa ?

- Ah, tu es réveillé Razputin ! rit doucement le père avec un sourire soulagé en aidant son fils à se redresser. Ta mère commençait à se demander si tu avais décidé de sauter l’entraînement !

L’enfant hocha distraitement la tête, encore plongé dans les images irréelles et bizarres qui l’avaient assailli des lustres-euh non, des secondes auparavant. Augustus remarqua rapidement l’air absent de son fils et posa une main sur son épaule, sourcils froncés :

- Razputin ? Il y a un problème ?

Le garçon regarda encore un instant le vide, avant de secouer la tête comme pour dire non ; ou pour se réveiller, peut-être.

- Non, pas exactement… fit-il en portant une main à la tête pour tenter de remettre de l’ordre dans son esprit.

Son père fronça encore plus les sourcils, son instinct paternel (et aussi probablement psychique) lui soufflant que quelque chose était louche alors qu’il se penchait vers son fils, le regardant gentiment dans les yeux :

- Tout va bien ? Tu es malade ?

- Non, non, je vais bien papa ! Promis ! C’est juste…

Raz croisa le regard doux de son père, et pendant un instant il sembla hésiter à poursuivre ou passer à autre chose ; mais la chaleur rassurante des iris violet de son parent le calma, et il finit par baisser les yeux, ses doigts triturant le bord de sa couette.

- …Je crois que j’ai fait un mauvais rêve…

Augustus eut un geste de compréhension, et s’asseyant un peu plus confortablement sur le lit aux côtés de son fils, il glissa sa main sur son bras :

- Oh… Tu as eu peur, c’est ça ?

- Hmm, pas vraiment ? fit Razputin en se grattant la nuque, indécis. C’est plus que… c’était surtout bizarre et un peu inquiétant ? Je suis pas sûr d’avoir vraiment compris ce qu’il se passait, marmonna-t-il après avoir visiblement débattu de s’il expliquait ou pas, y’avait beaucoup d’images qui filaient à toute vitesse et c’était très flou, et parfois c’était comme si tout s’arrêtait d’un coup genre "photo" ou quelque chose, tu vois ?

Son père considéra ses dires un instant, puis se retourna vers lui :

- Et qu’est-ce qui t’inquiétait dans tout ça ?

- Euh… c’est parce que même si je saisissait pas tout, j’avais l’impression assez nette que y’avait quelque chose qui se passait mal. Comme si dans un sens, je voyais des images floues et que je savais quand même que c’était des catastrophes même si j’y comprenais rien, expliqua l’enfant tandis que l’adulte fronçait soudainement les sourcils. Enfin, je voyais quand même des trucs nets, mais… c’était très bref, et c’était noy-embrouillé dans le reste, alors je sais pas…

Un silence se fit, alors que fils comme père semblait méditer ces paroles ; puis Razputin fronça doucement les sourcils, contemplant la couverture entre ses mains, et murmura :

- Je suis pas sûr, mais je crois avoir vu plein de trucs, comme… Une dispute avec Norm-une collègue psychonaute, l'agent Mentallis avec un gadget, une réunion d’urgence au Centre Névralgique, une machine très grande, une trappe d’Otto-Route verrouillée, un combat de Tir Psy, et une… explosion d’arc-en-ciel, souffla-t-il enfin en écarquillant doucement les yeux.

Réalisant ce qu’il venait de dire, l’enfant leva les yeux vers son père pour le rassurer et que c’était juste un mauvais rêve ; mais lorsqu’il posa ses jeunes iris verts sur lui, ce fut pour le voir quelque peu affaissé en arrière, fixant sombrement un point invisible dans la caravane. Augustus retira lentement sa main de son fils, la posant sur ses propres genoux en contemplant le vide un instant, avant de tourner son regard violet à présent concerné vers le jeune garçon, ses mots osant à peine quitter sa gorge :

- Razputin… Je ne peux pas l’affirmer avec précision, mais ce que tu me dis avoir vu dans ton rêve… J’en ai rêvé moi aussi.

Raz écarquilla lentement les yeux à cette déclaration, fixant sans ciller son père inquiet tout près de lui. Puis l’enfant baissa la tête, semblant chercher quelque explication dans son cerveau qui résoudrait cet étrange phénomène répétitif, alors que Augustus posait à nouveau une main sur ses genoux, avançant doucement :

- Tu crois que tu as pu involontairement me communiquer ton rêve par notre lien psychique, et c’est pour ça que…

- OH ATTENDS JE SAIS !

Sursautant à l’éclat de voix de son fils qui s’était brusquement redressé, yeux écarquillés et visage éclairé d’une soudaine épiphanie, Augustus resta un bref instant figé de stupeur, avant de devoir reculer lorsque le garçon jaillit littéralement des couvertures pour aller frénétiquement farfouiller sous son matelas. Ouvrant de grands yeux à cette réaction, l’adulte ne put cependant que fixer son enfant occupé à tirer des livrets de sous les draps, avant d’abandonner la couchette pour se tourner vers celle de Dion et de déplacer la planche de bois juste dessous puis fouiller dans la cache ainsi découverte. Il continua d’en sortir précipitamment des magazines et deux ou trois autres trucs (des objets des Psychonautes que Razputin conservait précieusement), avant de regarder directement dedans et d’encore partir farfouiller, cette fois sous la couchette de Mirtala, marmonnant des "Mais où que je l’ai mis ?" ou "Me dites pas qu’il a été jeté aussi !" exaspérés ou désespérés sous le regard confus de son père. Ce dernier se leva enfin du matelas pour s’approcher de son fils cadet, s’apprêtant à lui demander ce qu’il cherchait (ou faisait) lorsqu’il s’écria en se redressant d’un bond après avoir feuilleté quelques livrets :

- AH-HA ! Là, j’ai trouvé !

Disant ces mots, il brandit à son papa un des magazines (qu’Augustus reconnut comme étant ses précieuses Histoires Psychiques qu’il collectionnait depuis des années) qu’il avait tiré de la cachette, montrant tout spécifiquement une page ouverte où figurait un encadré en vagues marqué du symbole des Psychonautes ; l’adulte se pencha vers la feuille présentée, alors que son fils se rapprochait en tapotant du doigt le petit paragraphe en bas :

- Histoire Psychiques numéro 135, page 17 ! Première évocation et explication des pouvoirs Psy principalement passifs, et éclaircissement sur les idées reçues qui y sont liées !

Le patriarche fronça les sourcils, tenté de demander ce qu’il voulait dire par là avant de tomber sur le titre de l’encadré, "Précognition et pouvoirs prémonitoires" ; si le sujet le fit quelque peu se rétracter instinctivement, il jeta néanmoins un œil au reste de l’article, alors que son fils se mettait à ses côtés pour lire avec lui :

Les diseurs de bonne aventure et autres devins existent depuis l’aube de l’humanité ; mais s’il est effectivement possible que les psychiques puissent voir des évènement avant qu’ils ne se produisent, prédire précisément l’avenir est une capacité extrêmement rare, même chez les plus puissants et entraînés.

La précognition, ou capacité de pressentir le futur, est (si elle est présente) la plupart du temps de l’ordre du simple pressentiment ou impression ; la personne pourra par exemple sentir qu’une heureuse nouvelle est sur le point d’être annoncée, ou bien avoir la forte sensation de devoir se rendre à tel endroit ou d’effectuer telle action, sans réelle raison logique ; et souvent, il n’y a aucune précision sur ce qui serait sur le point de se passer en dehors de vagues impressions négatives ou positives.

Les manifestations les plus explicites, en dehors des quelques êtres capables de lire volontairement l’avenir, sont les célèbres "rêves prémonitoires" : mais ces songes restent pour la plupart difficiles à décrypter avec une précision exacte, autant de par la nature de ce pouvoir encore mystérieux que par celle volatile et absurde des rêves en général. Les personnes sujettes à ces dits "rêves prémonitoires" verront souvent des images ou des scènes claires ou floues, souvent sans réel contexte, et parfois même impossibles à comprendre. Il est possible d’en dégager un sens, mais il restera généralement aussi vague que les impressions et pressentiments décrits ci-dessus ; d’autant plus que les évènements vus ou pressentis semblent ne pas être complètement figés dans le marbre.

De manière générale, la précognition est un pouvoir extrêmement difficile à comprendre, même chez ceux le possédant, et la plupart d’entre eux se fient majoritairement à leur instinct lorsqu’il s’agit de comprendre et de réagir à leurs pressentiments.

Augustus cessa sa lecture, ignorant le reste du texte sur les psychiques célèbres pour leur précognition et les supposées méthodes pour déchiffrer les visions pour se tourner vers Razputin ; lui finissait de lire les dernières lignes comme pour chercher des informations lui manquant avant de lever à nouveau les yeux vers son père, son regard vert brillant de la même lueur qu’il avait lorsqu’il parlait des Psychonautes ou des psychiques en général :

- Je sais pas si c’est ça, papa, mais je crois que nos rêves sont peut-être des rêves prémonitoires ! C’est pas rare du tout chez les psychiques en fait, et c’est souvent possible que les membres d’une même famille en fassent, bon peut-être pas exactement en même temps d’accord, mais ça expliquerait pourquoi on aurait rêvé de la même chose !

Cette nouvelle eut comme l’effet d’un bombe sur le patriarche, qui se leva aussitôt pour se diriger vers la porte de la caravane en secouant incrédule la tête :

- Non, ça ne se peut pas, Razputin.

- Papa, je sais que c’est bizarre m-

- Je sais que tu as une bonne intention, mais c’est juste probablement toi qui a transmis ton rêve avec notre lien psychique sans faire exprès, et…

- Mais c’est l’explication la plus logique ! le coupa son fils en brandissant à nouveau le périodique. Y’a tout les signes d’un rêve prémonitoire et-

- JE NE VEUX PAS QUE ÇA SOIT VRAI RAZPUTIN ! hurla son père en se tournant violemment vers lui.

L’enfant sursauta au soudain cri de colère de l’adulte, reculant malgré lui en serrant le magazine contre son torse comme s’il craignait d’être frappé ; Augustus pâlit immédiatement en réalisant sa propre réaction et s’adoucit aussitôt, n’osant cependant pas croiser le regard déconcerté de son garçon. Ce dernier fronça les sourcils, s’approchant de son parent en demandant doucement :

- Papa… qu’est-ce que tu veux pas qui soit vrai ?

Le père regarda le sol encore un instant, avant de soupirer et de s’agenouiller au niveau de son fils en se tordant les mains :

- Fils… je crois avoir rêvé de la même chose que toi, mais j… j’ai vu… quelque chose d’autre après.

- …Qu’est-ce que tu as vu ?

- …Il y avait une image, une image très nette de… C’était vraiment bref, mais j’ai vu… J’ai vu une image d’un corps étendu au milieu de décombres, enfin je crois que c’était des décombres, mais j… Razputin, déclara Augustus en regardant cette fois son fils dans les yeux, c’était toi que je voyais gisant au sol.

Raz sentit une douche froide en comprenant pourquoi son père refusait désespérément que sa vision onirique n’ait aucun lien prémonitoire, et contempla le sol un instant en serrant un peu plus le magazine entre ses mains ; mais bientôt il releva les yeux vers son parent, et répondit avec assurance en posant une main sur son bras :

- Je comprends, papa ; mais ça veut pas dire que quelque chose de grave va forcément m’arriver.

- Mais le rêve…

- La précognition c’est quelque chose de très difficile à déterminer précisément, ils le disent dans l’article ! répliqua doucement le garçon en montrant à nouveau la page d’Histoires Psychiques. Parfois les choses qu’on a prédites n’arrivent pas parce que justement on a pu faire quelque chose pour les éviter, ou on a mal interprété ce qu’on a vu… tu m’as juste vu allongé au milieu de débris, c’est ça ? Tu m’as pas vu blessé, ou qu’on m’attaquait, non ? fit l’enfant tandis que son père secouait lentement la tête un peu incertain. Ça peut juste vouloir dire que je vais tomber dans un endroit en ruines, ou que c’est quelque chose qui va arriver pendant le combat dont on a rêvé mais que je serai pas vraiment blessé, ou peut-être même juste que je suis allé m’allonger dans des débris ! Bon OK je vois pas vraiment pourquoi j’irai m’allonger dans des débris, mais ça reste possible ! Tant qu’on a pas de contexte, y’a rien qui prouve que ça va forcément m’arriver, papa. Et, ajouta-t-il en serrant un peu plus le bras de son père… Je te promets de faire très très attention à moi et de tout faire pour qu’il ne m’arrive rien. Promis.

Le patriarche contempla son fils dressé droit devant lui, ses iris verts brillant de résolution et un léger sourire rassurant sur ses traits juvéniles. Puis il s’autorisa un petit sourire en retour, serrant la main de son enfant sur son bras :

- Je te fais confiance, fils ; et je te fais aussi confiance pour ce qui est de la précognition.

- Hé hé… je suis pas aussi calé que ça sur ce sujet, papa, rit gêné le garçon en détournant le regard et se grattant la nuque… En parlant de ça, fit-il en fronçant les sourcils, on devrait aller voir un vrai expert de la précognition pour essayer de comprendre ces rêves qu’on a fait.

- Mais, tu n’avais pas dit que…

- Je sais juste ce que j’ai lu dans Histoires Psychiques et à la bibliothèque du Mégalobe, et il y a des agents spécialisés en précognition qui pourront mieux répondre ou comprendre ce qu’on a vu ; il vaut mieux qu’on aille ensemble au Mégalobe, juste pour être sûrs que rien ne dérape.

Augustus regarda son fils un instant, puis hocha la tête et se redressa, rejoignant le reste de la famille s’exerçant au dehors ou prenant le petit-déjeuner ; Raz le rejoignit bien vite, avant de se faire gronder par Donatella et de devoir retourner fissa dans la caravane ranger le bazar qu’il y avait mis en cherchant son précieux Numéro 135, et put enfin se préparer pour rejoindre le QG, non sans échanger un regard complice avec son père.

La journée serait longue ; mais il ne serait pas seul.


Raz se laissa porter par sa bulle de pensée dans le lévi-ascenseur, entraînant avec lui son père qu’il tenait par la main (et aussi par une petite poigne télékinétique juste au cas-où), et tout deux atterrirent avec souplesse dans l’Atrium alors que le garçon jetait machinalement un œil à la ronde pour repérer la moindre chose inhabituelle ; ce qui était un peu ironique, étant donné que la présence même de son parent (certes doté d’une carte "Visiteur") constituait un élément étrange dans le quotidien déjà étrange des Psychonautes. Augustus ne put s’empêcher de jeter à nouveau un regard alentour, impressionné par l’architecture du lieu et ignorant les regards circonspects que lui jetaient les agents :

- Alors c’est ici que tu travailles, fils ! C’est beaucoup plus spacieux que notre cher Aquatodôme, mais ça manque un peu de structures acrobatiques ! ajouta-t-il avec un sourire entendu.

- J’ai pas trop le temps de te faire visiter aujourd’hui, papa, s’excusa son garçon en le prenant à nouveau par la main.

Entraînant doucement son parent vers l’Aile des Agents, il essaya d’ignorer les remarques des psychonautes les moins agréables et autres "Ces agents juniors qui amènent leur familles sans autorisation", et se tourna vers son père :

- J’ai une réunion au Centre Névralgique ce matin, fit-il en désignant la porte centrale, et seuls les agents peuvent y rentrer ; mais je peux demander à Milla, Sasha ou le coach de nous aider pour trouver un agent spécialiste en précognition ! Ah tiens, en parlant de ça…

Tandis qu’il avançait dans le couloir des agents, le jeune psychonaute avait remarqué une silhouette familière et colorée venant en sens inverse et accélérant le pas à leur vue ; et peu après, l’agent Vodella les salua tout deux chaleureusement :

- Bonjour Milla !

- Bonjour, trésor ! Et bonjour Mr. Aquato, fit-elle d’un amical hochement de tête. Vous venez rendre visite à votre fils ?

- Et bien… pas vraiment, répondit Augustus avec une expression plus sombre.

- Je sais qu’on a une réunion obligatoire avec Forsythe, intervint Raz en s’avançant, mais je crois qu’on a une affaire un peu urgente ; papa et moi, on a fait des rêves bizarres cette nuit, probablement du genre prémonitoire.

La jeune femme haussant brièvement les sourcils à cette nouvelle, mais se reprit très vite et se tourna vers eux, attentive tandis que le jeune agent continuait :

- Je suis pas vraiment sûr que c’était ça, mais on aurait besoin de l’aide d’un agent spécialiste en précognition pour essayer de comprendre tout ça au plus vite.

- Bien sûr, trésor. Je contacte l’agent Zehoset, il devrait pouvoir régler ça.

- Je ne voudrais pas insister, intervint doucement Augustus, mais je voudrais être sûr de savoir si ce dont j’ai rêvé pourrait se réaliser ou non.

Disant ces mots, sa main quitta celle de son fils pour se poser sur son épaule en un geste concerné ; Milla ne perdit pas une miette de cet échange, et ses yeux s’écarquillèrent en comprenant avant qu’elle ne lève un regard inquiet vers le parent :

- Vous avez vu quelque chose qui…?

- Je n’en sais, confia le père en resserrant sa main sur son enfant. J’espère que ce n’était rien, mais…

L’adulte n’osa pas finir sa phrase, se contentant de regarder son fils avec une profonde inquiétude dans ses yeux violets ; Raz posa aussitôt sa main sur celle de son parent, lui transmettant une pensée rassurante dans le même temps avec un sourire. Cela parut le rassurer quelque peu, alors que Milla observait un instant la scène avec tendresse avant de reprendre son appel une main à la tempe, déclarant après quelques instants :

- Zehoset est disponible, il arrive bientôt ; vous pouvez l’attendre dans ma chambre de méditation, vous y serez plus confortable. J’ai prévenu Hollis, Raz, elle t’autorise à rester avec ton père le temps que l’agent arrive, ajouta-t-elle avec un sourire.

L’agent Aquato hocha la tête tout en assurant qu’il viendrait à la réunion au plus vite, avant que Milla ne prenne congé pour rejoindre le Centre Névralgique ; Raz entraîna à nouveau son père dans le couloir de l’Aile des Agents, se permettant de ralentir un peu pour le laisser observer les lieux et l’aquarium au passage, avant de pénétrer dans la pièce circulaire et colorée de l’agent Vodello. Augustus émit un son de contemplation en découvrant les lieux, un sourcil haussé en admiration :

- Et bien ! Tout les psychonautes ont un bureau aussi grand que ça ?

- Plutôt les meilleurs de tous ou ceux qui ont un poste important, si j’ai bien compris, corrigea son fils en s’asseyant sur le canapé de l’espace inférieur. J’ai visité que ceux de Milla, Sasha et du coach, en plus de ceux des Grand chef et Chef en second.

- Ça veut dire que tu en as un toi aussi, alors ?

- Papa, je suis encore qu’un agent psychonaute junior !

- Mais tu es bien l’un des meilleurs psychonautes après tout ce que tu as déjà accompli, non ? renchérit Augustus, un étincelle de fierté dans les yeux.

- Oh, t’exagère, papa, bredouilla son fils en se grattant la nuque, Sasha et Milla ont fait beaucoup plus que moi…

- Mais pas aussi tôt que toi, fiston !

Raz ne put retenir le sourire gêné en réponse à celui fier de son père, mais il ne put poursuivre qu’un raclement de gorge se fit entendre. Tout deux se tournèrent vers l’entrée de la pièce pour voir un psychonaute au teint lavande et aux cheveux blonds impeccablement peignés sur son front légèrement dégarni s’y tenant, un élégant costard et nœud papillon en lieu et place de son uniforme de terrain. L’agent les observa un bref instant chacun, leur demandant très poliment :

- Mr Aquato ?

Les deux membres de la famille mirent un instant à décider comment comprendre sa phrase, avant que Raz ne pointe vers son père en demandant à son tour :

- Agent Zehoset, c’est ça ?

- Affirmatif ; j’ai été appelé par Mlle l’agent Vodello pour une suspicion de rêve précognitif, urgent si je ne m’abuse.

- C’est moi que vous cherchez alors, je pense, répondit Augustus en se redressant une main levée.

- Parfait. Si vous voulez bien me suivre dans mon bureau pour procéder au décryptage…

Le patriarche tourna un regard incertain vers son fils ; ce dernier le remarqua et sourit avec encouragement, espérant que ça parvienne à le rassurer.

Ne t’en fais pas, personne va farfouiller dans ta tête sans te demander la permission avant ! Tout va bien se passer, lui dit-il par télépathie, son regard vert brillant d’assurance.

Ce n’est pas ce qui m’inquiète le plus, mais… merci, fils.

L’enfant fronça les sourcils à cette réponse, alors que l’adulte rejoignait l’agent Zehoset qui tournait lentement les talons pour se rendre à leur destination ; mais Augustus s’arrêta un instant, se tourna vers son fils cadet, et d’une voix dont la crainte n’égalait que l’inquiétude aimante de son regard violet posé sur lui déclara, presque implorant :

- Fait bien attention à toi, Razputin.

Raz écarquilla les yeux à sa supplique, comprenant d’autant plus pourquoi il disait ça, et son regard s’adoucit en compréhension tandis qu’il hochait la tête avec détermination :

- C’est promis, papa. On se voit tout à l’heure.

Son père sourit enfin légèrement en retour, avant qu’il ne tourne définitivement les talons et ne suive l’agent Zehoset, laissant malgré son inquiétude croissante son cher fils seul derrière lui. Ce dernier resta là encore un instant, avant de sauter de son siège et de se dépêcher de rejoindre la salle de réunion où il était attendu, bien décidé à autant remplir sa mission du jour que tenir sa parole et tout faire pour que la vision de son papa ne se réalise jamais.


À peine quelques heures plus tard, Raz ne put s’empêcher de repenser un peu amèrement à sa promesse tandis qu’il levait la main vers l’intrus du laboratoire, invoquant son pouvoir en une puissante gerbe multicolore juste avant qu’une détonation infernale ne-

- AAH !

Raz rouvrit brusquement les yeux, iris vert malachite brillant de peur et corps instinctivement recroquevillé sous la vieille couette qu’il serrait contre lui, sentant son cœur battre encore à toute vitesse dans sa poitrine. Rien ne le fit bouger en dehors du léger tremblement de ses membres, pas même l’odeur alléchante du petit-déjeuner ni les appels répétés au dehors de la caravane ; et finalement, la rauque mais chaleureuse voix de son père brisa enfin la bulle de son rêve éveillé tandis qu’Augustus entrait dans la roulotte de famille, son regard soucieux se posant immédiatement sur son enfant prit dans les rets du brutal retour à la réalité :

- Razputin ? Tout va bien fils ?

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