Noriko

Chapitre 5 : Rencontre avec Luffy (4)

6101 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 04/06/2025 15:02

Les Chapeaux de Paille et Noriko s’étaient attablés à l’intérieur du Vogue Merry afin que la jeune femme puisse se restaurer avec un semblant de plat à peine comestible. Il n’y avait pas de cuisinier à bord et ils avaient fait ce qu’ils avaient pu. C’était la première fois depuis longtemps qu’elle mangeait quelque chose qui avait été préparé avec autant d’attention. Les larmes aux yeux, elle les remercia.


L’équipage la regardait en silence, imaginant sans doute l’enfer qu’elle avait traversé.


Si d’un point de vue extérieur, Noriko jouait la parfaite demoiselle en détresse qui venait d’être secourue, elle cogitait intérieurement pour se sortir de ce nouveau pétrin.


L’île était toujours hors d’atteinte : jouer l’innocente était donc la meilleure chose qu’elle pouvait faire.


Elle savait qu’elle allait devoir répondre à certaines questions et se demandait inlassablement si elle pouvait leur faire confiance ou non.


Ne baisse pas ta garde.


Ils savaient forcément qui elle était, maintenant qu’ils connaissaient son vrai prénom. S’ils avaient réellement eu l’intention de l’aider au début, nul doute qu’ils avaient changé d’avis en découvrant sa véritable identité.


Si Noriko avait rencontré des pirates plus coriaces qu'eux, elle reconnaissait qu’ils étaient malins. Ils se risquaient à lui donner des forces en la nourrissant, dans l’unique but de ne pas éveiller ses soupçons, ne craignant même pas qu’elle s’en prenne à eux si elle était amenée à se défendre.


En temps normal, elle aurait refusé d’avaler quoique ce soit venant d’inconnus mais le capitaine avait dévoré trois assiettes avant elle, ce qui l’avait convaincue que rien n’avait été mis dans son plat.


Ils n’avaient certainement pas besoin de l’affaiblir pour la maîtriser.


Luffy et Zoro avaient su démontrer leur puissance, s’ils décidaient d’utiliser la manière forte, elle ne ferait jamais le poids contre eux ; sans compter que l’un d’eux possédait le pouvoir d’un Fruit du Démon.


Elle fut sortie de ses pensées en se rendant compte que tout le monde la regardait et, confuse, baissa la tête.


— Merci de m’avoir sauvée, souffla-t-elle sans savoir quoi dire d’autre.


— T’inquiète pas, c’était pas grand-chose, lui dit Luffy avec un immense sourire. Mais dis-moi, pourquoi nous avoir menti sur ton nom ? C’est joli Noriko. Je parie que tes amis t’appellent tous Nori !


— Ça paraît évident, lui dit Zoro, elle est recherchée par la Marine.

Noriko se rembrunit et resserra sa fourchette jusqu’à faire blanchir ses jointures.


— Vous êtes des pirates, lâcha-t-elle froidement. Je pouvais pas vous faire confiance, je suis désolée.


— On est peut-être des pirates, mais pas des chasseurs de prime.


— C’est toi qui dis ça ? lui lança Usopp.


— Je faisais ça pour manger moi, je me moquais bien des primes de ceux que j’attrapais. Je n’ai jamais demandé à être appelé le chasseur de pirates.


— Tu es un chasseur de prime ? s’inquiéta aussitôt Noriko qui ne comprenait plus rien.


— Ancien chasseur de primes... Et il était très fort, surenchérit Nami, le meilleur d’East Blue.


— C’est vrai, c’est même pour ça que j’ai voulu le rencontrer, parce qu’on le disait fort, précisa fièrement Luffy.


— C’est pas le sujet ! s’énerva Zoro. Je savais bien que je t’avais déjà vue quelque part, dit-il à l’intention de Noriko. Même si je t’avais reconnue tout de suite, je t’aurais quand même aidée. Je me fiche de savoir ce que tu as fait. Quelle que soit ton histoire, on ne te jugera pas, mais ne nous prend pas pour des imbéciles et arrête de nous mentir.


La jeune femme à la chevelure blanche réfléchissait à toute vitesse en tentant de contrôler son rythme cardiaque. Si elle avait entendu parler d’East Blue de par sa réputation comme étant la moins dangereuse de toutes les mers réunies, elle ne connaissait rien des îles qui la composaient et encore moins des personnes qu’elle pouvait y rencontrer.


Ceux qui l’entouraient avaient l’air sincères en disant ne pas savoir qui elle était, mais ils restaient des pirates et potentiellement de bons menteurs : elle devait rester sur ses positions défensives.


— Je vous suis redevable de m’avoir aidée, mais c’est tout. Je ne peux rien vous dire de plus.


— Noriko, l’interpella Nami avec un sourire rassurant. Je sais que c’est difficile de faire confiance aux gens et je me doute que tu as peur ; mais si ta prime nous intéressait, on aurait aussi embarqué l’autre gars avec son lasso pour vous livrer tous les deux, tu crois pas ?


Noriko fut forcée d’admettre qu’elle avait raison. Était-ce là une ruse pour la mettre en confiance, afin de mieux la maîtriser par la suite ?


— Vous… Vous n’allez vraiment pas me livrer ?


— On sait même pas qui tu es, rigola Luffy.


— Il a raison, rajouta Usopp, on sait même pas pourquoi tu es recherchée.


— Plus une personne est considérée comme dangereuse, plus la prime est élevée. C’est ce qu’a toujours fait la Marine, n’est-ce pas ? lui demanda Zoro d’un air méfiant.


— Si Noriko était dangereuse, je pense qu’elle se serait défendue toute seule, argumenta Usopp.


— Alors, hein, dis, qu’est-ce que tu as fait ? s’enquit Luffy, un grand sourire aux lèvres. Toi aussi, t’es une pirate ? T’es une pirate cachée ? D’où tu viens si tu ne vis pas sur cette île ?


— Quoi ? Non ! Non, je suis pas une pirate, je… je viens d’une île sur Grand Line.


Il y eut un long silence.


— Hein !? Grand Line ? La mer de tous les dangers !? Trop cool ! s’extasia Luffy avec des étoiles dans les yeux. Ça veut dire que tu y as déjà navigué ?


— Euh… Oui. Mais, vous n’y êtes jamais allés ?


— Bah non, on est pirates depuis même pas une semaine, s’enjoua fièrement le jeune capitaine.


La bouche de Noriko s’ouvrit toute seule lorsqu’elle comprit. Des pirates débutants, mais surtout inexpérimentés. Voilà pourquoi ils prétendaient tout ignorer à son sujet. Ils avaient probablement passé leur vie sur une seule et même île avant de décider du jour au lendemain de prendre le large dans le but de faire de Luffy le futur Roi des Pirates.


Des amateurs.


Devait-elle leur dire que le monde ne ferait qu’une bouchée d’eux ? Ils avaient pourtant terrassé Kenshi et ses hommes sans aucune difficulté et Zoro avait pour prétention d’être le plus grand chasseur de primes de cette mer. Leur niveau n’était pas à prendre à la légère.


— Comment t’as atterri ici ? demanda curieusement Luffy, ce qui la sortit de ses pensées.


— Par pur hasard, lâcha-t-elle, il y a eu une énorme tempête qui nous a fait dévier sur East Blue. Le navire n’a pas eu de dégâts alors Kenshi a voulu prévenir la Marine pour toucher ma prime au plus vite et j’ai profité de notre escale pour m’enfuir.


— Ça veut dire que ce Kenshi était assez fort pour naviguer sur Grand Line, songea Usopp. Depuis combien de temps étais-tu en cavale avant ça ? J’imagine que fuir la Marine ne devait pas être de tout repos.


Noriko déglutit avec difficulté tant sa gorge était sèche. Non. Ils mentaient, ils ne pouvaient pas être aussi ignorants.


— C’est un peu plus compliqué, avoua-t-elle. Je ne fuyais pas seulement la Marine, mais également les pirates, les chasseurs de primes et toute personne voyant une opportunité de gagner de l’argent.


— Pour 50 millions de Berrys ? demanda Zoro, dubitatif. Ne le prends pas mal, qu’on te poursuive sur East Blue pour une somme pareille, je peux comprendre… mais Grand Line ? Pourquoi tous ces gens s’en prendraient-ils à toi ?


Si Noriko avait pu transpirer, elle aurait certainement senti des perles de sueur couler le long de son échine.


— Disons que mon oncle a fait jouer ses relations. C’est une personne… très influente.


— Ton oncle ? questionna Usopp.


— Oui, c’est un homme très fort.


— Pourquoi ne pas retourner auprès de lui alors ? Il pourrait te protéger, suggéra Nami. On peut t’escorter si c’est sur notre chemin.


Bon sang…


Pourquoi fallait-il qu’ils soient aussi attentionnés envers elle ? Ils l’avaient sauvée mais n’avaient pas non plus besoin de la mettre en sécurité.


Qu’ils la ramènent à terre pour la laisser partir ou qu’ils l’embarquent pour la livrer, mais qu’ils se décident !


Elle se força à rester calme. S’ils voulaient sa prime, sa priorité était d’abord de les dissuader de la ramener chez lui.


À l’instar de Kenshi, une fois qu’ils élaboreraient leur plan pour contacter la Marine sans se faire attraper eux-mêmes, elle en profiterait pour prendre la fuite.


Sa décision de leur faire peur lui redonna un peu d’assurance.


— C’est justement de chez lui que je me suis enfuie… Je devais avoir treize ans la première fois.


— Hein !? Et il a prévenu la Marine juste pour ça !? Mais c’est qui, ce type ? cria Usopp.


— Il doit être sacrément balèze, dit Luffy avec admiration.


— La première fois ? interrogea Nami.


— Oui… Des chasseurs de prime m’avaient déjà ramenée à lui après trois ans de fuite, alors j’ai attendu quelques mois le temps qu’il se calme et j’ai de nouveau fugué.


— Je comprends plus rien, bougonna Luffy en penchant la tête sur le côté.


— Mais si tu t’es déjà faite capturée, ça veut dire que tu avais déjà une prime ? continua la navigatrice.


— Oui, elle… elle a doublé la deuxième fois que je me suis enfuie.


— Doublé !? Ton oncle doit avoir beaucoup d’argent s’il avait déjà versé une première somme, dit Usopp.


— À vrai dire, il n’a jamais payé ceux qui m’avaient ramenée, songea-t-elle d’un air mystérieux avant de croiser les bras. Et puis, c’est la Marine qui est censée donner la prime, pas lui.


— Pourquoi ? Que s’est-il passé ?


— Ils ne pensaient qu’à l’argent, alors, ils ont eu l’idée de m’amener directement à mon oncle parce qu’il leur avait faussement promis de décupler la récompense. Mais... il... il les a tués.


Un nouveau silence s’abattit.


— Il a remarqué que j’avais des traces de coup sur mon visage, poursuivit Noriko. Ils ont eu le malheur de lui expliquer que c’était la seule façon pour que je me tienne tranquille.


Elle baissa la tête, luttant contre un mauvais souvenir, puis frictionna lentement ses bras tout en effleurant les bleus qu’elle portait.


Son dos la tiraillait suite à une blessure en cours de cicatrisation. Kenshi avait également fait en sorte qu’elle se tienne tranquille. Il l’avait battue, affamée même, l’affaiblissant pour qu’elle n’ait plus la force pour riposter.


— Ça l’a rendu fou de rage, reprit-elle d’une voix lasse, alors il les a tous tués. S’il y avait eu le moindre survivant, plus personne n’aurait osé me poursuivre à travers les mers si je devais m’enfuir à nouveau, et ce n’était pas son but.


Bien que sa dernière phrase ne fût que pure invention, elle songea ironiquement au fait qu’une part de vérité s’y cachait.


— Il savait que tu t’enfuirais de nouveau ? demanda Usopp en fronçant ses sourcils.


— Il devait s’en douter, oui.


— Tu dis qu’ils t’ont ramenée à ton oncle et non à la Marine, intervint Zoro, combien de fois t’es-tu fait capturer exactement ?


— Kenshi est le deuxième à avoir réussi : c’est pour ça qu’il ne pouvait pas faire couler votre bateau, il n’aurait pas pris le risque de me tuer. En revanche, je n’ai jamais compté ceux qui ont manqué d’y arriver, précisa-t-elle d’un air gêné.


— Je comprends mieux ta méfiance envers nous, dit Nami, mais si ton but est nous menacer en le faisant intervenir, sache que c’est inutile. On t’a pas sauvée pour te faire du mal.


Un froid s’installa parmi le petit groupe, plus personne n’osa parler et Noriko se sentit mal à l’aise d’en être à l’origine. Elle avait dit la vérité : il les tuerait s’ils s’en prenaient à elle. Mais avait-il été nécessaire de les menacer ouvertement ? Ils avaient l’air sincèrement blessés qu’elle puisse penser que c’est ce qui se passerait.


Méritaient-ils vraiment sa haine ?


Si elle ne faisait confiance à personne et qu’elle n’hésitait jamais à faire passer sa survie avant tout, elle n’avait cependant jamais pu se résigner à être foncièrement mauvaise envers des innocents.


Ils l’avaient sauvée, quitte à se faire un ennemi mortel. Et désormais, ils étaient prévenus qu’ils risquaient de s’attirer les foudres de son oncle s’ils l’empêchaient de partir.


Elle pinça ses lèvres. Si c’était pratique de jouer la carte du parent vengeur, encore faudrait-il que ce dernier sache où elle se trouve et qu’il daigne vouloir intervenir.


Devant d’abord savoir si elle était toujours en danger avant de conclure quoique ce soit, elle esquissa un petit sourire pour détendre l’atmosphère.


— Mais il m’arrive de tomber sur de bonnes personnes ! J’ai rencontré un garçon qui m’a aidée il y a quelques mois. J’avais enfin trouvé refuge sur une île et j’avais même ma propre maison ; des pirates m’avaient attaquée et c’est lui qui m’a sauvée ; puis il a dû repartir de son côté. Plus tard, Kenshi et ses hommes sont arrivés et m’ont emmenée.


— Tu voudrais retourner là-bas ? demanda gentiment Nami. Si tu sais où c’est, on pourrait…


— C’est inutile, coupa Noriko en secouant subtilement la tête, tout est détruit maintenant, je n’ai plus rien.


Elle détourna les yeux, préférant ne pas s’attarder sur les images qui défilaient dans son esprit.


— Qu’est-ce que tu vas faire alors ? demanda Usopp.


Noriko fut surprise par cette question, mais afficha rapidement un sourire gêné. Le moment était venu de s’éclipser et de faire tomber leurs masques.


— Oh, je vais rester sur cette île pour le moment, puis je vivrai au jour le jour, comme je l’ai toujours fait.


— Pourquoi tu restes pas avec nous ? lâcha soudainement Luffy.


Elle sourit intérieurement. Le capitaine lui faisait comprendre qu’il ne la laissait pas partir.


— Pour parcourir les mers ? rétorqua-t-elle sans le prendre au sérieux. C’est tentant, mais je peux pas. J’ai un but dans ma vie et c’est justement pour ça que j’ai fugué.


— Tu as un rêve, toi aussi ? J’espère que tu ne veux pas être Roi des Pirates, prévint Luffy en plissant ses yeux d’un air menaçant.


— Non, le rassura-t-elle en balayant l’air de sa main, j’aimerais seulement retrouver mon père.


— Ton père ?


— Oui. Je sais juste qu’il porte le même collier et le même tatouage que moi. Oh, il a aussi une cicatrice et…


Elle se tut immédiatement en serrant ses poings, se rendant compte qu’elle parlait avec trop de facilité.


Décidément, ces gens-là la mettaient dangereusement en confiance.


— Eh bah. T’es mal barrée, si tu veux mon avis, lâcha le capitaine comme si de rien n’était.


— Luffy ! s’énerva Nami en le frappant. Depuis quand tu décourages les autres pour leurs rêves !?


— Aïe ! Mais non, mais je disais juste que ça allait être difficile pour elle ! se défendit-il en se frottant la tête.


— Tu veux bien nous montrer ton collier ? se risqua Usopp. Peut-être qu’on l’a déjà vu.


Bien qu’il soit peu probable que son père se trouve sur East Blue, Noriko acquiesça en plongeant la main dans le col de son pull. Elle en ressortit une magnifique croix en argent – pas plus grande que son pouce – suspendue à une chaîne faite du même métal.


— C’est mon plus beau trésor, dit-elle en souriant sincèrement pour la première fois.


Tente le tout pour le tout, ils vont forcément se trahir.


Elle releva également sa manche gauche, révélant ainsi un bandage sur son avant-bras et entreprit de le défaire. Une fois sa tâche accomplie, elle leur montra l’intérieur de son bras. Une fine croix y était tatouée.


— C’est le symbole qu’utilise ma famille, leur expliqua-t-elle en scrutant leurs réactions. Je les cache pour pas qu’on me reconnaisse, même si cela rend mes recherches encore plus compliquées. Ça vous dit quelque chose ? demanda-t-elle pleine d’entrain.


Tous hochèrent négativement la tête avec désolation.


— Zoro ? Peut-être que tu l’as déjà vu ?


— Non. Désolé.


— Ce n’est pas grave, souffla-t-elle avec un faible sourire. Je sais qu’un jour, j’y arriverai.


— Pourquoi Zoro l’aurait-il vu ? questionna Nami.


— Parce qu’aux dernières nouvelles, mon père était un grand pirate, rétorqua-t-elle laconiquement, et vu que Zoro est un ancien chasseur de primes…


— Je n’étais pas chasseur de primes ! s’agaça ce dernier. Et puis d’abord, si ton père était pirate, rien ne dit qu’il l’est toujours. Et pourquoi je l’aurais arrêté, hein ? Si t’es de Grand Line, c’est qu’il doit y être aussi à l’heure qu’il est ; et rien ne dit que j’ai croisé sa route ou ne serait-ce son avis de recherche !


— D’accord, d’accord, je voulais pas t’énerver, balbutia-t-elle.


— Qu’en est-il de ton oncle, il peut pas t’aider ? demanda Nami pour changer de sujet.


Encore et toujours son oncle. Ne vivait-elle qu’à travers lui ?


— Il n’a jamais voulu en parler. Comme ma mère est morte à ma naissance, les seules informations que j’ai sur mon père, je les tiens de lui.


— Tu n’as pas l’air d’avoir eu une vie facile, dit Usopp.


— C’est dur parfois, mais c’est moi qui ai choisi de m’enfuir. Même si j’ignorais que j’allais déclencher des batailles de pirates, je ne regretterai jamais mon choix.


— Mais attends une minute ! cria Zoro en tapant du plat de la main sur la table. Personne ne trouve ça bizarre que la Marine ait accepté de mettre un avis de recherche aussi élevé pour la fugue d’une petite fille ?


— T’as rien écouté ou quoi, elle a dit que son oncle était influent. D’ailleurs, tiqua Usopp, ton oncle, il ne fait pas partie de la Marine au moins ?


— En réalité, tu avais raison sur un point Zoro, rebondit aussitôt Noriko pour éviter la question à laquelle ils avaient certainement la réponse, la Marine me considère bel et bien comme dangereuse.


— Ne me dis pas que tu es une tueuse professionnelle qui assassine les pirates quand ils s’y attendent le moins ? s’alarma Usopp en se levant d’un bond.


— Dis pas de bêtises, elle nous aurait déjà tous tués si c’était le cas, dit placidement Luffy.


— Comment peux-tu être aussi calme dans un moment pareil !?


— Usopp, tu ne crois pas qu’elle se serait débarrassée de ses poursuivants elle-même si ça avait été le cas ? soupira Nami avec lassitude.


— Ah ? Oui, c’est vrai, admit-il en se rasseyant.


— Tu as mangé un Fruit du Démon, pas vrai ?


La question de Zoro prit Noriko par surprise et lui fit faire volte-face vers lui, le cœur battant à tout rompre.


Il sait.


— Quand je t’ai sauvée, tu t’es affaiblie d’un coup et j’ai remarqué que tu avais les pieds dans l’eau à ce moment-là. Et quand tu t’es réveillée à bord, tu t’es inquiétée de la distance qui nous séparait de l’île. Si tu avais vraiment voulu nous sauver, tu n’aurais pas hésité à sauter à l’eau ; sauf que tu ne pouvais pas nager.


— Hein !? T’avais deviné tout ça, toi ? s’étonna Luffy avec de grands yeux.


— Je ne suis pas un abruti comme toi ! T’as pas remarqué qu’elle n’était même pas étonnée de voir que tu étais un homme caoutchouc ?


— Ah ? C’est vrai que d’habitude, les gens ont peur.


— Tu as raison Zoro, dit Noriko avec une lueur de défi dans les yeux. J’ai bien mangé un Fruit du Démon et c’est à cause de ces pouvoirs qu’on me considère comme dangereuse.


— Trop fort ! Et qu’est-ce que tu peux faire ?


Le moment de vérité. Ils ne pourraient pas rester indifférents en comprenant qui ils avaient en face d’eux.


— Je peux contrôler l’eau, confessa-t-elle avec prudence.


Sur ces mots, Noriko fit apparaître une bulle d’eau dans la paume de sa main et la fit léviter dans les airs pour finalement la laisser s’écraser au mur fait de bois. Elle fit ensuite un geste de la main et l’eau revint se placer sur sa paume avant de se résorber et de disparaître intégralement.


— GÉNIAL ! cria Luffy.


— Mais c’est quoi ce délire !? hurla Usopp.


Ils s’étaient tous deux levés d’un bond.


Noriko les imita aussitôt en faisant apparaître une nouvelle bulle dans sa main, prête à se défendre.


Le sang martelait ses tempes. Se sachant incapable de riposter bien longtemps mais devant à tout prix se rapprocher de l’île, elle fronça ses sourcils, concentrant son esprit dans ce qui allait suivre.


— Un pouvoir de type Logia, constata Zoro en posant une main sur le manche d’un de ses sabres, prêt à combattre.


— Mais qu’est-ce que… balbutia Nami en comprenant que la situation allait dégénérer.


— Tu dois être sacrément balèze ! lui dit Luffy.


Il s’approcha dangereusement d’elle en levant un poing.


Son corps affaibli par les sévices subis par Kenshi et ses hommes, Noriko sentit ses jambes la trahir et fléchirent sous le coup de la peur d’être frappée.


Son menton trembla et tout se déroula en une fraction de seconde. L’image de son ennemi battu par Luffy passa dans son esprit ; et au moment où la main du jeune homme s’approcha, elle fit disparaître son projectile, ne pouvant que fermer les yeux, terrorisée d’être face à plus fort qu’elle.


— Tu sais faire quoi d’autre ? Tu peux contrôler la mer ? C’est pour ça que tu as refusé le verre d’eau quand tu as repris connaissance ? Tu sais te battre ? Si je te touche, je perds mes pouvoirs ? Tu peux respirer sous l’eau, vu que tu es faite d’eau ? Tu peux contrôler la pluie ?


Noriko cligna plusieurs fois des yeux. Face à elle, tenant ses mains en les tournant et les retournant pour comprendre où était passé la bulle d’eau, se trouvait Luffy, les yeux brillant d’excitation.


— Mais pourquoi tu ne t’es pas défendue ? lui demanda Nami en se penchant à son tour, personne ne serait capable d’affronter un torrent d’eau lancé à pleine vitesse par exemple !


Ils ignorent vraiment qui je suis ?


La jeune femme resta muette, leur réaction inattendue la prenant de court. Elle jeta un œil au bretteur qui avait relâché son sabre, sans pour autant la quitter du regard.

Luffy et Usopp se chamaillaient entre eux pour tenter de capter son attention, tandis que Nami les incitait à se calmer.


— Vous allez finir par lui faire peur !


— Toi ! C’est décidé, je te veux dans mon équipage, t’es super forte en vrai ! clama Luffy en pointant Noriko du doigt.


Ce garçon est fou.


— Tu vas arrêter avec ça, s’emporta Usopp, tu peux pas décider ça à la légère !


— C’est pas à la légère. Elle n’a nulle part où aller, et elle n’a pas encore répondu à ma question.


— Qu… quelle question, déjà ? rétorqua la jeune femme en retombant lentement sur son siège, confuse.


— Est-ce que tes amis t’appellent Nori ?


— Eh bien, je…


— Nori ! À partir de maintenant, toi et moi, nous sommes amis, et je t’appellerai Nori !


— Je suis pas sûre d’aimer ce nom…


— Allez, Nori ! Viens avec nous !


Noriko se pinça l’arête du nez. La situation lui échappait, elle n’avait absolument pas prévu qu’ils réagiraient de manière aussi enjouée en découvrant son pouvoir ; et voilà que Luffy lui proposait de rejoindre son équipage. N’avait-il réellement aucune notion du danger ?


Elle soupira longuement. Désormais sûre qu’ils n’étaient pas une menace, elle leur devait au moins de satisfaire leur curiosité.


— Si je me suis pas défendue, c’est parce que j’en suis incapable, lâcha-t-elle. Ces pouvoirs peuvent être puissants : créer des tsunamis, raser des îles ; l’eau est un élément destructeur. Voilà pourquoi la Marine me considère comme dangereuse. Imaginez si je déferlais une vague géante sur leur Quartier Général ? Non, mais ça ne risque pas d’arriver, rassura-t-elle vivement en voyant leurs regards surpris. Chaque Fruit du Démon est unique, il aurait été trop facile de me repérer en me voyant contrôler l’eau. Pour rester discrète, j’ai… j’ai tout simplement arrêté de m’en servir. Je les ai trop longtemps refoulés et c’est pour ça que je ne les maîtrise pas.


Elle prenait le temps de chercher ses mots tout en se remémorant les innombrables questions de Luffy.


— Je peux pas contrôler la mer, ni même les rivières, la pluie ou autre, seulement l’eau que je crée moi-même. Si un utilisateur de Fruit du Démon me touche, il… Non, il ne perd pas ses pouvoirs, je reste humaine avant tout.


Pour s’assurer de ses dires, Luffy lui tâta plusieurs fois le bras du bout de l’index avant de se prendre un coup de coude de la part de Nami.


— Si t’es un Logia, pourquoi je te passe pas au travers ?


Noriko leva brièvement ses sourcils.


— Je l’ignore, mais je suppose que c’est à force d’avoir rejeté mon pouvoir.


— C’est possible, ça ? demanda Usopp.


La jeune femme haussa les épaules en guise de réponse. C’était vrai, elle n’en savait rien.


— Je suis maudite moi aussi, je coule comme une ancre et je perds mes pouvoirs si je tombe à l’eau, donc non, je peux pas respirer si je suis engloutie. Et si j’ai refusé le verre d’eau, c’est parce que je n’ai jamais soif. Je suis faite d’eau, mon corps peut pas être déshydraté, alors… boire n’est pas un besoin vital pour moi.


— Trop cool, coupa Luffy, si tu viens avec nous, on n’aura plus besoin de faire des réserves d’eau.


— Non, corrigea-t-elle aussitôt, si tu tentes de boire l’eau que je crée, tu auras la sensation d’avaler du vide, tu ne seras jamais hydraté.


Voyant son air déçu, elle tenta de se trouver une utilité malgré tout.


— Mais étrangement, j’ai quand même la possibilité d’arroser les plantes.


Ils la regardèrent d’un air surpris, se demandant sans doute ce qu’ils pourraient faire de cette information.


Noriko pinça les lèvres en se sentant idiote.


Elle devait pourtant se ressaisir. S’ils étaient tous très gentils, elle ne pouvait pas rester, sa seule présence à bord les mettait en danger. Elle les remercia une nouvelle fois pour le repas et se leva.


— Pour répondre à ta dernière question, Luffy, conclut-elle, je n’ai pas d’amis, alors tu peux m’appeler comme tu veux.


Le jeune homme au chapeau de paille lui administra un regard surpris tandis qu’elle détournait le sien.


— Je… Je sais que je vous en demande beaucoup, mais… Pourriez-vous me ramener à terre, s’il vous plaît ?


Nami lui sourit.


— Si le vent est favorable, alors…


— Non. Je refuse.


Tous regardèrent le capitaine, dont les yeux pétillaient de malice.


— Tu nous fais quoi, là ? s’agaça Zoro.


— Je veux qu’elle reste, ce serait trop cool d’avoir un autre Fruit du Démon dans l’équipage !


Noriko était sûre d’elle : Luffy était inconscient.


— Tu lui proposes de venir uniquement pour ça !? s’énervèrent Nami et Usopp.


— Eh, Nori ? l’interpella Luffy sans se soucier des remarques des autres. Je suis sûr que tu deviendras sacrément balèze et qu’un jour, tu n’auras plus besoin de cacher qui tu es.


La jeune femme à la chevelure blanche serra son collier à travers son pull.


— Je te promets que toi et moi, nous serons toujours amis. Puis les autres aussi, hein, les gars ?


— Ça dépendra d’elle, souffla Zoro avec franchise. Pour le moment, je lui fais pas confiance.


— Si tu viens avec nous, je t’apprendrai à te battre, lui dit fièrement Usopp qui s’était déjà rangé à l’avis de son capitaine.


— Et moi, à naviguer, lui dit Nami qui comprit sans doute que son avis n’importait pas.


— Heu… Je sais déjà naviguer même si j’admets avoir été impressionnée avec ton histoire des nuages.


— Eh bien, je t’apprendrai !


Noriko n’avait même pas le temps de répondre.


— Ton père était pirate, pas vrai ? questionna Luffy en levant un index comme s’il démontrait une logique implacable. Alors, il faut que tu sois pirate toi aussi. Tu pourras faire tes recherches plus facilement en parcourant le monde avec nous. De toute façon, tu es déjà recherchée par la Marine, alors qu’est-ce que tu risques ? Et si un pirate tente de te toucher, tu as ma parole que je te protègerai.


La jeune femme croyait rêver, ce n’était pas possible d’être aussi inconscient.


— Vous vous rendez compte ma seule présence ici vous met tous en danger ? pesta-t-elle.


— Si t’es dans notre équipage et qu’on te traite bien, je suppose que ton oncle ne nous fera rien, supposa Usopp d’une voix aiguë qui trahissait son angoisse.


— Mais c’est pas lui le problème, il sait même pas où je suis ! craqua Noriko qui ne supportait plus que tout soit ramené lui. Je vous parle de la Marine, des chasseurs de primes, des…


— Faut que t’ailles sur Grand Line, non ? coupa Nami en affichant un sourire forcé pour contrer toutes les menaces qui pesaient sur eux. Fais la route avec nous, t’auras tout le temps de réfléchir à sa proposition.


— Mais c’est tout réfléchi, insista Luffy en croisant ses bras, elle nous accompagne, je l’ai engagée. D’ailleurs, je décrète officiellement refuser de retourner sur cette île : c’est moi le capitaine, je décide.


— De toute façon, il va pas te lâcher, bougonna Zoro en roulant des yeux, ça faciliterait la vie de tout le monde que tu acceptes.


L’esprit embrouillé, Noriko tentait de comprendre comment elle en était arrivée là. Nami avait raison sur un point : elle devait retourner sur Grand Line. Faire la route avec eux lui ferait gagner un temps précieux, mais seraient-ils à la hauteur ? Si elle se joignait à eux, cela signifiait mettre sa sécurité entre leurs mains, tout en leur attirant les foudres de tous ceux qui la recherchaient.


Ils s’étaient déjà battus pour elle alors qu’il ne la connaissait pas, nul doute qu’ils recommenceraient si elle rejoignait officiellement leur groupe.


De son côté, il lui faudrait devenir plus courageuse, elle ne pourrait pas rester les bras croisés en cas d’attaque. S’ils devenaient de réels amis, elle devait s’engager à tout faire pour les protéger.


Noriko les regarda un à un tandis qu’ils débattaient sur l’itinéraire à prendre et soupira de lassitude. Tous étaient déjà passés à autre chose, considérant certainement qu’elle faisait déjà partie de la bande malgré son absence de réponse.


Luffy avait battu Kenshi en un seul coup alors que ce dernier était redoutable. Quant à Zoro, il était le meilleur bretteur de tout East Blue compte tenu de sa technique à trois sabres qu’il semblait grandement maîtriser. Concernant Nami, elle avait l’air dotée de capacités hors norme concernant la navigation et Usopp promettait d’être un tireur d’élite hors pair selon lui-même.


Peut-être avaient-ils, tous ensemble, un infime espoir de rejoindre la mer de tous les dangers.


Le pari était risqué, mais en valait la peine. Les personnes de confiance étaient ne couraient pas les rues et Noriko ne pouvait pas perdre de temps sur East Blue. En dehors de son père qu’elle souhaitait rencontrer, il y avait surtout une autre personne qu’elle espérait rapidement revoir.


— J’accepte.


Les mains sur les hanches, elle avait parlé malgré elle et se maudissait déjà pour cette décision. Le nez froncé et les lèvres pincés, elle pestait intérieurement lorsqu’elle sentit tous yeux de ses futurs compagnons se braquer sur elle.


Elle leva la tête, ancra son regard dans celui qu’elle considérerait comme son capitaine et ajouta d’un air déterminé :


— Monkey D. Luffy, j’accepte de faire partie de ton équipage, jusqu’à nouvel ordre.


— Ouais, hurla Luffy, j’ai un nouveau membre dans mon équipage ! Allez, fêtons ça ! Trinquons à notre nouvelle amie : Nori !


Il ne leur en fallut pas plus pour ouvrir un tonneau de bière et rapidement, tous se retrouvèrent avec une chope en main.


Enfin, pour la première fois après des mois de solitude, après que sa maison eut été détruite, après qu’elle ait été emmenée de force de son île, Noriko sentit son cœur s’alléger.


Elle n’avait pas mentionné l’identité de son oncle, mais ses nouveaux compagnons semblaient s’en moquer car aucun d’entre eux ne lui avait posé la question.


Elle coula un regard vers le hublot et observa la mer. Comment réagiraient-ils au moment voulu ? Elle tenta de chasser l’appréhension qui s’installait déjà dans le creux de son estomac. L’heure n’était pas aux révélations. L’homme qui l’avait élevée était loin sur Grand Line, elle ne risquait pas de le croiser de sitôt.


Luffy la sortit de ses pensées en la secouant par l’épaule pour lui montrer qu’il s’était enfoncé des baguettes dans la bouche et qu’il ressemblait désormais à un morse.


La bouche de Noriko s’ouvrit de surprise, et, bien que sur ses gardes, elle ne put s’empêcher de rire aux éclats.

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