MIRACULOUS : Les liens du néant

Chapitre 15 : Vérités partagées

1438 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 09/10/2025 20:48

🐾 POV Adrien


Je montai les escaliers deux à deux, le cœur battant trop vite. À chaque retour, mes pas me ramenaient au même endroit. Mon esprit embrumé ne parvenait à se concentrer que lorsque j’étais auprès d’elle — alors même qu’elle était la cause de mes tourments.

Je poussai la porte avec précaution.


Marinette reposait là, fragile et belle, le souffle régulier, l’aura pâle palpitant comme une veilleuse.

Sur la table de nuit, le carnet rose à pois attendait, fermé — mais je n’avais pas besoin de l’ouvrir pour sentir ses mots me serrer la poitrine.


— Alors c’est vrai, fit une voix calme.


Je sursautai. Félix était assis sur une chaise près du lit, les doigts croisés, la posture d’un veilleur… ou d’un juge. Dans son calme habituel, vêtu en costume noir et gris, il planta ses yeux verts dans les miens.


— Tu as lu ses mots, dit-il sans agressivité en pointant le journal. Elle a eu un sacré culot de le faire par écrit… Elle a écrit ce que toi tu refuses d’admettre.

Je serrai la mâchoire.


— Qu’est-ce que tu fais ici ?


Il haussa à peine les épaules.


— Ce que personne n’ose faire : regarder la vérité en face.


Son menton désigna le carnet rose à pois noir.


— « Son existence dépend de deux alliances… » Ce sont ses mots, non ?


Je sentis le sol basculer sous mes pieds.


— Tu n’as pas… tu n’as pas lu…

— Je n’en ai pas besoin, coupa-t-il, sobre. Marinette a une fâcheuse manie d’écrire tout ce qui lui arrive, et toi tu portes ses phrases comme une plaie ouverte. Ça s’entend à ta respiration, ça se voit à tes mains tremblantes.


Je baissai la tête, furieux contre moi-même d’être un livre ouvert face à mon cousin anglais.

Il se redressa et s’approcha calmement.


— Adrien… tu n’es pas obligé d’encaisser ça seul.


Je m’agrippai au montant du lit, tentant de retenir ma frustration.


— Tu ne sais rien de… de ce que je suis.


Félix eut un sourire sans joie.


— Justement si.


Il sortit son téléphone, envoya un bref message, puis le rangea.


— Kagami arrive.


Je clignai des yeux, incrédule.


— Quoi ? Mais pourquoi… ?


Il posa enfin la vérité entre nous, nette :


— Parce qu’elle est comme moi. Comme toi.


Je n’eus plus de voix. Dans le silence, le souffle de Marinette rythmait ma panique.



La poignée tourna. Kagami entra, droite comme une lame, les yeux sombres mais doux. Vêtue d’un simple jogging bleu, elle s’approcha lentement. Elle s’arrêta au pied du lit, salua Marinette d’un regard respectueux, puis se tourna vers moi.


— Adrien.


Mon prénom dans sa bouche était comme une bouée qu’elle me lançait. Je me redressai malgré le vertige. J’étais complètement perdu… Quel était leur rapport à tout cela ?


— Pourquoi… je… je ne comprends pas…


Kagami s’avança d’un pas, sans me quitter des yeux.


— Parce que tu t’effondres et que personne ne t’a appris comment tenir debout avec cette vérité.


Félix resta en retrait, bras croisés. Il fit jouer entre ses doigts le Miraculous du Paon qu’il gardait, comme un signe précurseur de ce qu’il allait annoncer. Après un silence qui me parut une éternité, sa voix tomba, franche :


— Nous sommes des Senti-êtres, Adrien.


Le mot claqua. Mes doigts se crispèrent sur le drap. Kagami posa sa main sur mon épaule, pressante mais réconfortante.


— Des êtres créés par la magie, reprit-elle, dont l’existence a été liée à des objets. Pour toi… deux alliances.


Je secouai la tête, une brûlure dans la gorge. D’un coup, je pris conscience des chevalières qu’ils portaient : Félix celle de son père, Kagami celle de la famille Tsurugi… Je frissonnai. Comment avais-je pu être si aveugle sur moi-même ?


— Alors tout… tout ce que je suis… n’est qu’un mensonge ?

— Non, dit Kagami aussitôt. Ton origine a été choisie par d’autres. Tes choix, eux, sont à toi. Ta joie, ta douleur, ton amitié, ton amour… réels.


Félix vint se placer à côté d’elle, son ombre coupant la lumière.


— On nous a fabriqués, oui. On a tenté de nous contrôler, oui. Mais regarde-nous. Je respire à ma cadence. Elle avance à la sienne. Et toi… tu as déjà commencé à vivre selon la tienne. Tu l’as prouvé mille fois.


Je fixai Marinette, bouleversé. Pourquoi ? Comment ? Je n’arrivais pas à comprendre. Je tendis une main tremblante vers la sienne, sans réussir à la toucher.

Le souvenir de sa voix dans le yo-yo me traversa :


« Je n’ai confiance qu’en toi. »


— Elle… elle savait.


Kagami hocha la tête.


— Oui. Et elle a choisi de t’aimer en connaissance de cause. C’est sa façon de rompre la chaîne qui t'entourait.


Je déglutis avec peine.


— Et mon père…

— Nous savons, répondit Félix, le regard devenu tranchant. Gabriel. Monarch. Les vœux, les mensonges, la cage dorée. Tu n’as plus à les porter pour lui.


Le silence s’installa. Au-dehors, un souffle de vent fit craquer la vieille charpente. Ici, tout semblait immobile : Marinette, le carnet, mes peurs.


— Comment… comment vous avez fait ? demandai-je d’une voix brisée. Pour vivre avec ça sans… sans vous haïr.


Kagami eut un sourire ténu.


— J’ai commencé par me haïr, justement. Puis j’ai appris à me choisir. À poser des limites. À transformer la honte en décision. Ce que je suis ne m’empêche pas de devenir qui je veux.


Félix eut un léger rire, plus triste qu’ironique.


— Moi, j’ai brûlé quelques ponts. Mauvaise méthode, efficace sur le moment. Mais j’ai fini par comprendre que la vraie liberté, ce n’est pas l’absence d’anneau. C’est la maîtrise de ce qu’on décide d’en faire.


Il me regarda en face.


— Et toi, tu as déjà cette maîtrise. Tu protèges. Tu pardonnes. Tu avances. Tu souffres… vrai. Rien de tout ça n’est un mirage.


Mes yeux piquèrent. Je m’essuyai du revers de la main, incapable de masquer les larmes.


— J’ai peur d’être… vide. De n’être que… ça.


Kagami s’avança, me pressant un peu plus l’épaule.


— Tu n’es pas vide. Tu es plein de liens. Nathalie. Marinette. Tes amis. Nous.


Je glissai ma paume sur sa main, surpris par sa chaleur — simple, humaine.

Félix effleura du doigt le bord du carnet.


— Elle a vraiment du culot. Je ne pensais pas que ça se passerait ainsi… Mais elle t’a laissé des clés. Pas pour t’enfermer. Pour t’ouvrir. Utilise-les à ton rythme. Et si le monde tente encore de t’écrire… réécris-le.


Je ris à travers un sanglot.


— Tu parles comme si c’était facile.

— Pas facile, impossible, corrigea-t-il. Mais on le fait quand même.


Je respirai plus profondément. Le poids ne disparaissait pas, mais il devenait… portable. Je regardai Marinette. Ses cils frémirent imperceptiblement — peut-être un reste de rêve, peut-être une réponse à notre présence.

Je finis par vraiment saisir la main de ma Lady, la pressant doucement. J’avais mille questions, mais je restai figé sur une seule certitude : Marinette avait porté tout cela… sans jamais en dire un mot…


— Merci, soufflai-je. À tous les deux.


Kagami pressa mes doigts.


— On reste. Aussi longtemps qu’il faudra.


Félix hocha la tête.


— Jusqu’à ce que tu n’aies plus besoin qu’on te dise qui tu es.


Je pris le carnet, le posai entre mes mains comme on reçoit un serment.


— Je vais la ramener. Et je vais me ramener avec elle.


Un silence d’accord scella nos trois ombres autour du lit.




📖 POV global



Dans la pénombre, l’aura pâle de Marinette vacilla, comme un cœur répondant à l’appel. Autour d’elle, Adrien, Félix et Kagami formaient un cercle fragile mais uni : trois vérités partagées, trois existences brisées par la magie mais soudées par leurs choix. La fuite n’était plus possible. La prochaine étape serait d’utiliser cette vérité pour la sauver… et se sauver eux-mêmes.


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