MIRACULOUS : Les liens du néant
🐾 POV Adrien
Le manoir n’avait jamais autant ressemblé à un refuge. Kagami avait fait un aller-retour chez elle pour récupérer quelques affaires : elle comptait rester quelques jours, le temps qu’il faudrait.
Mon cousin, lui, avait déjà tout ce qu’il fallait ici.
Après quelques instants de réflexion dans ma chambre — et un Plagg ronchonnant son envie de fromage — je descendis pour céder à ses caprices. Il me suivit tel un hystérique en manque.
Nathalie s’était enfermée dans son bureau.
Je retrouvai Félix installé dans le salon, compulsant de vieux dossiers comme s’il traquait un fantôme. Kagami, dans un coin, notait des pensées au fil de l’eau, droite et calme.
Et moi, je tournais en rond, le carnet rose de ma Lady dans les mains. J’avais peur de l’ouvrir, peur de prendre d’autres coups.
Depuis la nuit dernière, nous parlions en toute franchise. Pour la première fois, je n’avais plus besoin de jouer. Ni de me taire.
Eux savaient. Eux comprenaient.
Je pensai à Nathalie. À ces instants où, sans comprendre pourquoi, je sentais encore ma volonté tenir bon. Son visage me revint, fatigué, et cette image : son doigt portant l’une des alliances, sa main posée sur mon épaule… et soudain, ce fil invisible qui me reliait à moi-même.
— C’est elle qui t’a laissé de l’air, dit Félix, comme s’il avait entendu mes pensées.
Je levai les yeux.
— …Nathalie ?
— Elle a porté pour toi une part du poids, répondit-il sobrement. Ça n’efface rien… mais ça t’a permis de rester toi.
Kagami referma son carnet.
— Même dans la cage, tu n’étais pas seul, Adrien.
Je déglutis. Les mots me brûlaient la gorge. Je caressai la couverture du carnet dans mes mains.
Depuis combien de temps le savait-elle ?
Était-ce à cause de mon père qu’elle n’avait rien dit ?
Comment avait-elle pu tenir avec tous ces secrets ?
Je fermai les yeux et des flashs remontèrent : nos conversations sous l’alcôve du jardin, quand elle me passait les alliances et me rendait maître de mon destin sans que je le sache. Quand je la voyais en Ladybug, incapable de me raconter ce qui s’était passé. Quand elle me prenait dans ses bras pendant mes moments de doute…
Ses bras me manquaient.
Son sourire me manquait.
Sa voix me manquait.
Depuis sa disparition, je me sentais tellement vide. Et là, c’était comme si je découvrais les profondeurs de son âme à travers ce carnet. Elle qui savait, avait quand même décidé de me faire confiance en me confiant son yo-yo — alors que je pouvais devenir une marionnette…
Même si je lui en voulais…
L’idée de la perdre m’était insupportable. Je me frottai les cheveux nerveusement.
C’était une évidence : j’avais besoin d’elle.
Comment Chat Noir pourrait-il survivre sans sa Lady ?
Je soupirai.
— Et pourtant… malgré tout ça… j’ai l’impression de ne tenir que grâce à elle.
— Elle ? demanda Félix.
— Marinette. Ladybug. Peu importe le nom. Elle est devenue… mon ancre, ma raison d’être.
Un silence respectueux se posa. Félix hocha la tête, grave. Kagami esquissa un sourire tendre.
Je me décidai enfin à ouvrir ce journal qui me poignardait à chaque lecture.
À une page marquée, mes yeux tombèrent sur ces phrases :
« Le jour où la grand-mère d’Adrien a été akumatisée, l’objet corrompu fut les alliances de ses parents. Quand j’ai vu l’énergie se lier à elles, j’ai eu un doute terrible. Et si, en purifiant le papillon, je détruisais aussi ce qui maintient Adrien en vie ? Ma main a tremblé. J’ai failli échouer. Puis j’ai choisi de croire en lui… et en nous. »
Le texte trembla devant mes yeux. Un nœud me serra la poitrine.
— Alors… elle a vraiment vécu avec cette peur. Et elle n’en a rien montré…
Je tournai quelques pages, jusqu’à une autre confession :
« Si un jour je devais céder ma place de Gardienne, la magie m’effacerait une grande partie de mes souvenirs. Peut-être même… tout ce que nous avons partagé. Je n’ai pas le droit d’y penser. Parce qu’oublier Chat Noir… ce serait m’oublier moi-même. »
Je refermai le carnet d’un geste hésitant, comme si le simple toucher me brûlait.
— Et moi, je n’ai rien vu…
🦊 POV Alya
La sonnette fendit le calme.
Nathalie ouvrit ; j’étais déjà sur le pas de la porte, le cœur au bord des lèvres. Il fallait que je sache.
— Alya ? Adrien, surpris, apparut au fond.
Je saluai rapidement sa tutrice avant de m’approcher d’un pas suspicieux du blond.
— Épargne-moi la version “chez de la famille”, répondis-je, droite. Tu sais quelque chose. Et si tu ne me le dis pas, je trouverai ce que tu caches, seule.
Il resta figé, puis ses épaules s’affaissèrent doucement. J’aperçus Kagami et Félix qui venaient d’apparaître au pas d’une porte. Je questionnai Adrien du regard. Il finit par soupirer.
— Viens.
La montée de l’escalier me parut plus longue que jamais. Adrien poussa une porte avec une infinie précaution.
Marinette reposait là. Une aura blanche enveloppait sa peau comme une veilleuse.
Je portai une main à ma bouche.
— Marinette…
Adrien parla bas :
— Elle se bat. De l’autre côté. Personne ne peut y aller… sauf moi, parfois.
Je m’approchai, les yeux humides.
— Tu aurais pu me le dire. J’aurais… j’aurais veillé avec toi.
— Elle voulait nous protéger, souffla-t-il. Comme toujours.
Je pris la main de mon amie.
— Je suis là, Mari. Je ne bouge pas.
🐾 POV Adrien
Je décidai de laisser les deux amies seules. Alya n’avait pas l’air surprise par la lueur entourant Marinette. Mais elle avait besoin de temps pour assimiler l’état de notre amie.
Dans ma chambre, je fis apparaître Plagg. Une idée fulminait dans ma tête — un plan à la Ladybug. Cette pensée m’arracha un sourire triste.
— Dis-moi franchement. Si je laisse une des alliances à Marinette, est-ce que je dérègle tout ? Est-ce que ça pourrait me permettre de la retrouver plus facilement ?
Plagg fit une moue dramatique.
— Tu aimes vraiment les idées qui font transpirer les vieux kwamis, minou.
— Plagg…
Il roula des yeux, puis céda :
— Tant que les deux alliances restent liées à ta volonté, le lien ne casse pas. Tu crées un pont, pas une rupture. Mais si tu te mets à douter… ça peut grincer.
— Alors ça peut marcher, murmurai-je.
— Ça marchera si ton intention est claire, grogna-t-il, plus doux qu’il n’y paraissait. Et souviens-toi : ces liens-là… on ne les défait pas d’un claquement de doigts.
Je repartis avec l’alliance dans la paume, le cœur tambour. Alya s’écarta, m’interrogeant du regard.
Je m’assis près de Marinette. Un instant, je restai immobile — comme si la moindre maladresse pouvait briser le sort fragile qui nous unissait.
— Tu n’es pas seule, chuchotai-je.
Avec une lenteur presque solennelle, je glissai l’alliance à son doigt.
🐞 POV Marinette
Quelque chose chauffa contre ma peau. Je baissai les yeux : une bague venait d’apparaître à ma main, fine, familière. Une aura bienveillante s’étira autour de moi, comme deux bras qui m’enveloppaient.
Le sol cessa de tanguer. Le bruit s’éloigna.
Je respirai. Pour la première fois, vraiment.
Je fermai les yeux et me concentrai, comme Tikki me l’avait appris tant de fois : inspirer, compter, expirer.
Au loin, une étincelle rouge cligna.
— …Tikki ?
Une chaleur répondit, timide mais réelle.
Je ne souris qu’à moitié. Mes peurs étaient toujours là — mais quelque chose, désormais, me tenait. Mon esprit commençait à se désembrumer.
📖 POV global
Dans le monde réel, l’alliance au doigt de Marinette scintilla d’une lueur douce.
Dans le Néant, sa respiration se calma, et tout près d’elle, une petite lumière rouge pulsa en écho.
Un pont venait d’être créé — fragile, mais réel.