L'étrange anneau du Roi Isildur
Ville basse
Quartier Est.
Dans la petite chambre rouge écarlate. Le temps c'est arrêté. Rohena, la prostituée Haradrim, a fait signe à Anarin de se taire. Du doigt, elle montre les murs, comme pour indiquer qu'eux aussi ont des oreilles. Elle le tire vers la petite commode à côté du lit. Elle en sort une boîte de maquillage. Elle trempe son index et se met à écrire au mur.
“Je connais le rôdeur du Harad.”
Anarin était décontenancé, mais il ne put s'empêcher un petit sourire. Il se rapprochait du but. Rohena en remit une couche.
“Tu n'es pas le premier à me poser cette question...”
Il écarquilla les yeux et déglutit un grand coup.
Pisse de Dragon ! Quelqu'un m'a devancé.
Rohena écrivit alors une dernière phrase, avant de tout effacer avec un chiffon.
“Je te dirais qui il est, si tu me fais sortir d'ici”
Notre petit cordonnier dut s'asseoir pour digérer toutes ces informations. Les Valars étaient de son côté, mais ils ne se gênaient pas pour agrémenter les roues de sa fortune de quelques batons. Il tenta de garder la tête froide.
Une évasion ? Après tout, j’ai bien réussi une infiltration dans la ville haute. Une exfiltration ne devrait pas être plus difficile.
La belle Haradrim, voyant Anarin cogiter, lui apporta quelques précisions. De la main, elle mima une épée et le chiffre quatre. Toujours avec ses mains: en haut, fenêtre, sortir.
- Quatre gardes ? Une sortie en haut ? Ça m'a l'air faisable. Il me faut un pl...
Avant même de finir sa phrase il s'interrompa lui même. D'un geste de la tête, il acquiesça en direction Rohena.
Va pour une exfiltration.
Rohena attrapa une petite bourse qu'elle attacha à sa taille. Elle respirait fort. Ses yeux trahissait une excitation mêlée d'angoisse.
Anarin observa autour de lui et se saisit d'une carafe d'eau qui traînait. Il l'a vida entièrement au sol. D'une voix confiante, il s'exclama.
Attends moi ici la gueuse ! Je vais chercher de l'eau.
Il quitta la pièce. Rohena dut attendre deux petites minutes, qui passèrent pour une éternité. Le jeune gondorien rentra dans la chambre, la carafe pleine, et le sourire aux lèvres. Il planta son regard dans celui de la belle Haradrim, puis de sa main, il commença un décompte. Cinq, quatre, trois, deux ,un...
Soudain, la voix de Burek retentit dans toute la maison.
- Hééé regardez, je peux faire enflammer mes pets !!
Anarin attrapa Rohena par le bras.
- Vite ! c'est maintenant.
Les deux filèrent commes des souris. Une fois sorti de la chambre, elle prit les devants.
- L'escalier au fond du couloir, c'est par la !
Le premier garde n'y vit que du feu, trop occupé à empêcher Burek de baisser son pantalon.
Dame Téowyn hurlait comme une folle.
- Comment ôse tu profaner mon établissement, Personne n'enflamme ses pets dans ma demeure ! misérable crottin de gueux consanguin !
En haut de l'escalier, le deuxième garde les bouscula sans même leur prêter attention, ils se pressaient pour aller prêter main forte à sa patronne.
Ils traversèrent un dédale de petits salons jusqu'à un autre escalier. Le troisième étage semblait désert. Les deux fugitifs s'engoufrèrent. Il fallait longer un étroit couloir, pour accéder au dernier étage. Pensant toucher au but ils tombèrent sur un mur.
- Fiente d'orc ! C'est un cul de sac.
Il faut faire demi tour, on s'est trompé de couloir...
Alors qu'ils revenaient sur leurs pas, des bruits de bottes venaient dans leur direction.
La jugitive, prise de panique, murmura
- C'est le troisième garde !
Derrière eux il n'y avait aucune issue, le garde arrivait par devant.
- On est foutu..
Juste avant que le garde ne soit en vue, Anarin fut brusquement projeté au sol. Rohena venait de le faire tomber par terre, elle lui attrapa les cheveux violemment et lui ordonna
À quatre pattes vaux rien ! Obéis à ta maîtresse.
Anarin était hagar, dépassé par la soudaine tournure des événements. Le garde voyant la scène parut lui aussi dérouté. Rohena en rajouta une couche.
- Voila comme ça ! Gentils le petit warg. Maintenant, fais ouaf ouaf !
Elle lui colla une gigantesque claque sur les fesses. Quand le garde fut à leur hauteur, il s'en alla à une petite remontrance
- Hep ! Heuu.. Les couloirs sont interdit normalement..
Rohena le fusilla du regard et d'une voix basse, le rabroua séchement
- Demande du client, c'est la règle, si t'es pas content, débrouille toi avec dame Téowyn.
Passé la stupeur, Anarin se plia enfin au jeu.
- Oui maîtresse ! Ouaf ouaf ! Je suis un vilain petit warg qui fait sa promenade dans les couloirs. Ouaf ouaf !
Rohena, tira son nouvel esclave par les cheveux, et continua sa route l’air de rien. Le garde se gratta la tête, la mine ahurit. Après réflexion, il passa son chemin.
Le danger passé, Anarin se releva tout penaud, il lança un coup d’oeil à sa complice comme s'il s'attendait à une petite excuse de principe pour l'avoir traîné par au sol comme un toutou, elle n'en fit rien...
Bravé la dernière marche, les deux intrus pénetrèrent dans le grenier. Sous les combles, une fenêtre donnait sur les toits.
- C'est gagné !
Rohena ne partageai pas son enthousiasme.
- On a pas croisé le quatrième garde... Où est ce qu'il peut être ?
- Quelle importance !? Allons-y, sortons.
Fenêtre était un bien grand mot. Se faufiler à travers la petite lucarne fut plus éprouvant que prévu. Rohena passa la première. Anarin suiva. La moitié du corps était déjà passé quand il sentit quelque chose derrière lui.
- Le garde ! Il est sur moi !
Le garde l'avait saisis jusqu'à la taille et le tirait de toute ses forces. Anarin s'agrippa aux tuiles pour resister.
- Lache moi ! Étron de Morgoth !
Le garde était trop fort, il prenait le dessus. Au moment où il se sentait lâcher prise, Rohena se pencha sur lui. Elle sortit de sa besace une petite lame, elle la serra dans sa main et dirigea son bras vers le jeune gondorien en difficulté.
Mince elle va me tuer cette folle ! Maintenant qu'elle est dehors, Elle veut se débarrasser de moi ?!
- Aaaarrgh !
La lame venait de se planter en plein dans la gorge du garde. Rohena lui commanda d'une voix grave et impérieuse.
- Lache prise ou je t’égorge.
Il lacha prise immédiatement.
Anarin prit une grande inspiration. Ouf.. Malgré les apparences, la sueur qui coulait en abondance sur son front ne laissait pas de doute sur la frayeur qu'il venait de se payer. Il se fendit timidement
- Heuu merci...
- Vite, ne trainons pas !
Les deux évadés, decampèrent à travers les toits de Minas Tirith. Une fois descendu sur la terre ferme. Anarin rapella Rohena à sa parole.
- J'ai fait ma part, tu es dehors. Maintenant à toi de faire la tienne.
- Je te dirais ce que tu veux savoir, mais une fois à l'abri seulement. Dame Téowyn m'a payé cher tu sais, elle me fera chercher.
- Tu as un endroit où aller ? Une maison ?
- Non, le bordel est ma maison...
- Bon allons chez moi. Mais je te préviens, chez moi, c'est comme qui dirait... assez sommaire.
- Tu as un chez toi, c'est déjà un grand luxe. Et ton ami qui enflamme ses pet ?
- Burek !? Oh ne t'en fais pas pour lui. Il se débrouillera. Il sait où j'habite, il nous rejoindra tôt ou tard.
Ville basse
Quartier Nord.
Dans cette partie de la ville, Il n'est pas question de rue mais de ruelles. Les maisons de pierres ne sont pas saillantes, mais croulantes. L'odeur ne laisse aucune illusion sur l’état des égouts. Au croisement d'un passage, une étroite maison s'étire en hauteur. Au vu de la façade, elle n'a pas été rafistolé depuis un certain temps. Au dessus de la porte d'entrée, un petit écrito renseigne:
"Foyer des jeunes artisans orphelins du Gondor
Par la grâce de sa regrettée Majesté Elendil "
Anarin était, en effet, comme la moitié des jeunes hommes et femmes du Gondor, orphelin de guerre. Bien que la dernière Alliance fut une victoire, elle n'en a pas moins laissé un goût amère. Le peuple tout entier s'est réjouit de la chute de Sauron, mais le prix à payer fut lourd. Son père était simple soldat. Alors pour compensation, il n’eut qu’une petite chambrette humide et une rudimentaire formation en cordonnerie.
Ils entrèrent à l'intérieur. Immédiatement tous les regards se posèrent sur la belle Haradrim. S'ils voulaient une entrée discrète, s'était raté. On voyait bien des filles entrer et sortir de temps à autre. Mais pas des filles comme Rohéna.
- Hé venez voir ce qu'Anarin à ramené !
- La ferme Enarion !
D'abord irité, il commença à apprécier le pouvoir d'attention que lui conférait sa réfugiée. Une petite expression de fierté se dessinait sur son visage. Ses camarades de chambres, eux, étaient verts de jalousie. Plutôt que d'aller directement dans sa chambrette, il fit faire un petit tour du propriétaire à Rohena.
Tu vois, ici c'est le garde-manger... Sur l'étagère du haut on met les pommes de terres, par contre les carottes, on les mets dans le cagibi derrière.
Rohena joua le jeu sans vraiment comprendre. Elle acquiesçait d'un air faussement niait.
- Ah oui les pommes de terres sont bien rangées...
Quand il fut assuré que tous ses congénères avait bien vu la somptueuse femme Haradrim à ses côtés, il cria assez fort pour que tout le monde entende.
- Allons dans ma chambre ! C'est la deuxième porte en partant de la gauche !
La pièce était minuscule, un matelas sommaire était posé sur des cagettes en bois. Dans le coin, Une pile de babioles et de vêtements montait jusqu'au plafond, car même une armoire eut été trop luxueux. Il y avait quand même une petite table et une grosse malette qui faisait office de canapé. Une fenêtre aux carreaux parsemés de trous clouait le spectacle. Au moins la lumière du soleil rentrait, ça donnait presque un charme à ce todis.
- Tu peux te cacher ici aussi longtemps que tu veux ! Personne ne viendra te chercher dans cette partie de la ville. Il y a des gens qui trainent dans les parages, que même les hommes de dames Téowyn n'ont pas envie de croiser. Mais avant, dit moi tout ce que tu sais sur le Rodeûr du Harad
Rohena s'assit sur ce qui ressemblait à un lit.
- Tous les reniés du sud connaissent son nom. Les reniés sont ceux qui, comme moi, ont fui les terres du Harad pour vivre chez les hommes des Valars. En pays Haradrim nos noms sont maudits, et nos familles sont persécutées. La mort de Sauron n'a pas altéré leur soumition à Morgoth, bien au contraire. Le rôdeur que tu cherche est le seul homme capable d'assurer la protection de nos familles restées là bas. Bien sûr, cette protection se paye au prix fort. D'abord on vent tout ce qu'on possède. Et quand ce n'est plus suffisant, on se vend soi même...
Bien qu'il fut touché par son histoire, Anarin ne voulait pas perdre de vue son objectif. Ce qui l’intérèsse, c'est ses 10 000 pièces d'or.
- Et tu sais où on peut le trouver ?
C'est dur, il est très méfiant. Il n'est pas comme les autres rôdeurs. Il ne traîne pas dans les auberges mal famés de la ville. On ne traite pas directement avec lui. Il faut passer par des intermédiaires. Moi, le seul que je connaisse, c'est un garde. Il surveille la tour d'alarme de la ville. C'est par lui que je passe.
Le jeune gondorien avait du mal à cacher sa joie.
La prime est donc belle est bien vraie.
Il sauta de la valise sur laquelle il était assis. Il fouilla son tas d'encombres, et en sortit son précieux parchemin. Il le manipulait avec une précaution largement exagérée, comme s'il tenait un verre de crystal. Quand Rohena le vut, elle sursauta.
- Oh ! J'ai déjà vu ce parchemin !
Anarin faillit se tordre le coup.
- Hein !? Ce parchemin la ? Impossible !
- C'est la prime de 10 000 pièces d'or sur l'anneau Roi n'est-ce pas ?
Il fit un air bête quelque secondes, puis baissa la tête.
- Oui... Comment le sais-tu ?
- Je te l'ai dit, tu n'es pas la première personne à me parler de ce rôdeur. L’autre aussi avait ce parchemin...
- Mortecouille ! Il y a peut être plusieurs parchemins similaires qui circulent. À quoi il ressemblait cet homme ?
- Tu devrais le savoir.
Il fronça les sourcils, sans comprendre.
C'est l'homme que toute la ville à regardé mourir sur la place du marché...
À ces paroles, Anarin déglutit un grand coup. Un petit frisson lui traversa l'intestin. La scène lui revint soudain en tête. Il sentit l'odeur, entendit les cris. Tout ce temps, il avait oublié le pauvre malheureux. Hors, dans sa quête de fortune, il s'exposait au même sort. Il tenta de se rassurer.
- Je ne suis pas aussi fou. Je ne vais pas me jeter sur le Roi, je trouverai un autre moyen. Plus malin, plus subtil...
Un problème de poids demeurait pourtant. Jusqu'à présent, il n'était question que de la partie facile du plan. Le travail sérieux restait à faire. Voler le Roi Isildur en personne ! C'est autre chose que s'infiltrer dans un hospice pour veteran ou délivrer une prostituée d'une maison de charme.
Rohena observait l'aspirant chasseur de prime, l'air amusé. Un petit cordonnier ambulant en train de préparer le vol de l'homme le plus puissant de la terre du milieu. Voilà qui n'est pas banale.
CRASHH !!
La fenêtre de la chambre éclata en mille morceaux. Une pierre atterrit au beau mileu de la pièce.
Cuistre de purin ! Qui est l’imbécile...
Regarde ! Il y a une note sur le cailloux.
Anarin se pencha et déroula le petit bout de papier.
“Je sais ce que tu cherches,
demain soir, auberge du Poney Boiteux”