JoJo's Bizarre Adventure : Lost Baby

Chapitre 67 : Lake Shore Drive (Partie 5)

2607 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 11/06/2024 00:06




Ziggy : Job ! Est-ce que tu vas m’expliquer ce qu’il se passe ?!


Job : En arrivant dans la clairière, on est tombés sur une montagne de bouteilles en verre. On pensait naïvement qu’il s’agissait de déchets laissés par des touristes mais visiblement, leur présence n’était pas un hasard. Alors, ce poisson était un portail vers ton Stand ? 


La flaque d’encre avait peu à peu pris forme animale. Une gueule de loup surplombée de deux points rouges luisants lui servait de visage. Un filet de sang noir s’écoulait à l’intérieur de sa bouche évoquant presque une langue. Sous son menton, la noirceur d’un trou béant se mélangeait avec la couleur de sa peau liquide. La bête avait de longues griffes pour mieux lacérer, des yeux perçants pour mieux sonder et des dents pointues pour mieux dévorer ses victimes. Lorsqu’elle souhaitait articuler un mot, l’abomination se déformait encore davantage.


T.I.A.B : Pas du tout. Ce sont des exocets solaires, ils vivent dans cette forêt depuis plusieurs millénaires. Ils ne me servent pas, ils se contentent d’exaucer les souhaits. C’est leur unique tâche. Ils ont rendu vos amis heureux.


Job : Qu’est-ce que tu dis ? Tu les as manipulés et leur a fait oublier qui ils étaient ! Comment oses-tu dire que c’est les rendre heureux ?!


T.I.A.B : Ai-je vraiment fait cela ? Ce n’est pas très courtois de m’accuser ainsi… Après tout, l’exocet s’est contenté de répondre au vœu de la petite. Elle voulait une vie plus simple et le poisson a réalisé ce souhait. Leurs cœurs étaient emplis de doutes et leur nouvelle famille les a balayés. 


Ziggy : Il ment. Adam ne pourrait jamais abandonner son objectif pour adopter une petite vie tranquille. Il est beaucoup trop borné pour se laisser avoir par la facilité…


Job : Qu’est-ce que tu veux exactement ? Qu’est-ce qu’un monstre comme toi pourrait faire de mes compagnons ? Les manger ? 


T.I.A.B : Ne sois pas ridicule. En réalité, il y a plusieurs années, ma manieuse a aussi fait un souhait à l’exocet. Elle ne désire qu’une famille heureuse et tout ce que je fais est pour lui rendre service. Elle ne mérite pas ce qui lui est arrivé… tout ça pour dire que je suis disposé à faire un marché avec vous. Si vous laissez vos deux amis être les petits-enfants de Mathusalem, je suis prêt à vous laisser partir sans encombre.


Job observait la pièce d’un œil vif, cherchant un moyen de prendre l’avantage sur cet ennemi insondable. Vu qu’il semblait prêt à discuter avec lui, il devait gagner un maximum de temps.  


Job : Pourquoi tu nous racontes tout ça ? Tu pourrais juste sauter sur l’occasion et me tuer.


T.I.A.B : Je déteste la violence. Je n’y prends aucun plaisir. Tout ce que je veux, c’est rendre Mathusalem heureuse. C’est mon seul et unique objectif. Tu dois bien le comprendre en tant que Mystère. Toi aussi tu as quelqu’un à sauver, n’est-ce pas ?


Job : Comment es-tu au courant pour Michelle, sale monstre ?!


T.I.A.B : Tous les Mystères possèdent un objectif qui motivent leur existence. C’est la condition du pouvoir que nous a confié le Voyageur. Le tien est la volonté de sauver ta Michelle, celui de ce cher Tennessee était de sauver la mémoire de sa famille et le mien est de donner une famille heureuse à ma manieuse. Si on décide de trop s’en éloigner, on perd le Stand que nous a confié le Voyageur pour l’accomplir. 


Tout le sang de Job bouillonnait et lui ordonnait de fuir le plus loin possible mais son cœur écartelé par ses propres artères lui disait de résister et de sauver ses amis.


T.I.A.B : Mais ça ne doit pas vraiment t’importer, après tout… il n’y aucune chance que tu abandonnes ta raison d’être pour deux personnes que tu viens de rencontrer, n’est-ce pas ? 


Job sentait que le sang noir de la créature qui lui faisait face teintaient ses propres yeux. La couleur d’ébène inondait peu à peu ses pupilles jusqu’à recouvrir la moitié basse de son regard. Les rayons de son iris se couchaient dans l’horizon d’encre noire. L’obscurité traversait ses veines et transperçait le teint mat de sa peau, s'étendant sur son poings serré comme des racines de rage. 


T.I.A.B : Tu le vois bien… Ça ne sert à rien de lutter, ton sang te rappelle ton objectif…


Une vieille clé en fer forgé tomba du trou situé sous la gueule du loup. La nuit qui recouvrait son visage s’illumina d’un croissant moqueur.


T.I.A.B : Prends cette clé. Elle te permettra de quitter la bouteille. Laisse tes deux amis être heureux et retourne au chevet de ta chère et tendre. C’est la seule manière pour que personne ne soit blessé, tu ne penses pas ?


La bête se retourna et commença à se diriger lentement vers la cuisine. Chaque fois que sa patte touchait le sol, le parquet craquait et un trou béant de liquide noire perçait le sol. Après quelques pas, elle s’arrêta et une gerbe de sang noir éclaboussa le mur. La vieille clé dépassait de son front et laissait tomber, goutte à goutte, des perles noires depuis son extrémité.


Job : Alors c’est pour ça que la vieille avait le sang rouge… Tout le noir sert à te constituer, sporco cane. 


T.I.A.B : C-comment as-tu pu trahir l’objectif que le Voyageur t’a confié ?! Comment peux-tu me lancer ta seule porte de sortie au visage comme tu viens de le faire !  


À travers le téléphone, on entendait Ziggy éclater de joie de voir que son dernier interlocuteur n'avait pas totalement perdu la raison. 


Ziggy : Là, je reconnais bien le légendaire Chef d’Orchestre, impossible de lui faire perdre ses moyens !


Les griffes sanglantes du loup rayaient le sol de rage. En se retournant, il vit Job, les deux pieds enfoncés dans le sol et les deux yeux fixés vers le plafond. D’une main, il fermait le bouton du bas de sa veste et, de l’autre, il ajustait son col comme si la bête devant lui n’existait pas. L’ancien Chef d’Orchestre craqua son cou comme un boxeur prêt à frapper. Toute l’obscurité de ses yeux avait disparu comme si le charme du Voyageur s’était dissipé et que sa détermination avait pris le dessus.


Job : Je ne l’ai pas abandonné mais je sais que Michelle n’accepterait pas que je la sauve en abandonnant Shizuka et Adam derrière moi. Maintenant, je vais débarrasser cette vieille femme et son hôtel du chien errant qui vit ici !


T.I.A.B : Très bien, je ne voulais pas qu’on en arrive là. Je pensais que ça serait différent avec toi… mais visiblement, tu es aussi banal et inintéressant que tous les autres. J’ai trouvé deux enfants formidables et ta banalité est… elle est odieuse ! 


Le visage du monstre se déforma en poussant un cri à glacer le sang tandis que tous les poils de son dos se dressaient et formaient des centaines de visages hurlant l’unisson. A ce moment précis, les murmures qu’avait déjà entendu Job devinrent assourdissants et sonnèrent comme une centaine de complaintes et d’appels à l’aide.


Job : Les autres…? Alors toutes ces voix, ce sont -


Avant qu’il puisse finir sa phrase, un des placards de la cuisine s’ouvra dans un fracas incroyable et un blizzard de verres s’abattit sur Job. Il les repoussa avec sa main pour se protéger, laissant ses phalanges en sang et les projectiles exploser contre le mur.


T.I.A.B : De toute façon… je ne pouvais pas te laisser en vie. Quand j’ai essayé de te tuer hier soir, la fille a senti que tu étais en train de mourir avec son don. Tu aurais risqué de réveiller les souvenirs de toi dans leur coeur…


La créature de pétrole fondit sur lui comme une marée noire, se déchirant au point de ne devenir plus qu’un condensé de rage informe aux griffes de Croque-Mitaine. Juste avant la confrontation, Job regarda son clavier dont les crocs blancs et la mâchoire noire rappelaient la bête qui lui faisait face. Il appuya sur une des touches et les verres se reformèrent et explosèrent à nouveau mais cette fois-ci, Job entendit un son presque inaudible, même pour lui, comme un concert de lamentations. Les éclats de glace surprirent T.I.A.B et le traversèrent de part en part. Son Stand apparut et frappa le haut de la tête du monstre, la faisant violemment percuter le plancher. 

Un flot de sang noir jaillit des narines de fortune de la masse sombre et, au même moment, un léget filet de sang coula du nez de la vieille femme étalée sur le sol. Cette diversion laissa tout juste le temps à Job de courir vers la salle à manger, percutant les meubles au passage, faisant choir souvenirs et cadres par la même occasion. Job se mit à crier dans le téléphone subtilisé à Adam. 


Job : Stardust, trouve-moi vite un plan de cet endroit !


Ziggy : Une carte ?! Mais comment veux-tu que je trouve ça pour un hôtel construit il y a au moins 200 ans ?!


Job : J’en sais rien mais débrouille-toi parce que sans ça, il y a aucune chance qu’on sorte tous les trois de cette bouteille ! 


Le loup noir se releva et s’approcha lentement. Ses pas lugubres contre le sol rythmaient la respiration de Job. 


T.I.A.B : Tu ne peux pas t’échapper. Ici, le temps ne s’écoule pas. La même journée parfaite s’écoule à l’infini dans un sablier sans fond. J’ai créé un havre de paix où tout le monde peut être heureux. Pas de guerre, pas de tragédie, pas de mort. Un monde idyllique protégé de l’horreur de l’extérieur par un bouclier de verre. 

 

Job : Tu crois vraiment pouvoir sauver qui que ce soit en les gardant prisonniers ?! Tu ne peux pas empêcher “demain” de se produire. Solo Dio può !


La demi-lune réapparut sur le visage de la créature. 


T.I.A.B : Mais, ici, demain n’est pas un autre jour. Il semblerait que… cette gamine a beaucoup trop d’influence sur toi… le puissant Chef d’Orchestre se met à être aussi mielleux qu’un enfant…


Malgré la provocation de son adversaire, Job avait réussi à reprendre son calme habituel. Son titre de “Chef d’Orchestre” n’était pas usurpé : malgré les imprévus et la maladresse des musiciens, ses ordres étaient aussi précis qu’une baguette fendant l’air. Ses états d’âme et ses émotions semblaient suivre le même rythme que ses doigts sur le clavier.


Job : Si j’essaye de le percer ou de le trancher, ça n’a aucun effet mais lorsque je frappe… il reste sonné quelques instants. Son corps réagit comme la fécule de maïs.


Un fluide non-newtonien est un fluide dont la viscosité varie en fonction des contraintes qu’on lui applique contrairement à la loi de viscosité de Newton. L’exemple le plus connu est celui de la fécule de maïs qui, lorsqu’elle est mélangée avec de l’eau, devient une substance aux propriétés physiques particulières : quand on la manipule, elle a un aspect liquide mais lorsqu’on lui fait subir un choc, elle devient instantanément rigide. 


Ziggy : OK, j’ai trouvé un plan… La galère que c’était de trouver ! J’ai du fouiller les archives de la ville, j’ai trouvé un article et-


Job : C’est bien ce que je pensais…


Job continua à reculer plus profondément dans la salle à manger pendant que le loup brisait le silence de ses pas lourds. Le manieur de Check The Rhythm frappa de son Stand et brisa le plancher dans un nuage de plâtre et une pluie d’échardes. 


Job : La chaudière est juste au-dessus. J’ai juste à me propulser là-haut pour la trafiquer. Je vais faire sauter ce manoir, on va voir si son sang noir est ignifuge !


Il sourit et appuya sur le “DO#” de son écharpe noire et blanche. Son corps commença à décoller du sol quand une mâchoire se ferma sur son bras. Comment le loup l’avait rattrapé ? Il donna des coups de poing dans le corps de la bête pour lui faire lâcher prise mais ses phalanges ne rencontrèrent que la froideur de l’air. Son agresseur n’était qu’une tête de renard et son corps n’était qu’une planche de bois. 


Job : Quoi ?! Comment ce trophée de chasse peut bouger ?!


Une voix émergea de l’animal décapité étouffé par le bras dans lequel il mordait. 


Renard : Désolé, frérot… Il a juré de me redonner mon corps si je t’empêchais de sauver tes amis… tu sais, moi aussi… j’ai une famille dehors !


Ziggy : Tout va bien ?! T’as réussi à monter ?! J’ai entendu une voix, quelqu’un d’autre était piégé dans ce manoir ?!


Job : Oui et visiblement, ce n’était pas le seul. 


Autour de lui, les autres trophées commençaient à se décrocher du mur et à ramper. Job tentait de garder son calme mais il n’arrivait pas à chasser l’animal qui lui lacérait le bras. Une de ses mains commençait à trembler mais l’autre restait étrangement statique. Il la regarda et s’en suivit un long silence.


Ziggy : Dis quelque chose par pitié !


Job resta silencieux en regardant sa main immobile maintenant faite de bois. 





Nom du Stand : Time in a Bottle(タイム・イン・アー・ボトル) 

Nom du manieur : Time in a Bottle / Mathusalem McLean


“Time in a Bottle” se caractérise par une masse de sang noir qui vit dans le corps de son manieur l’essentiel du temps mais peut en sortir quand il le souhaite par une entaille dans son abdomen. Le liquide prend la forme d’un large loup noir insensible à tous les objets tranchants mais sensibles aux armes contondantes. 

Le Stand peut transporter des objets et des personnes dans une bouteille de verre à condition qu’elle se trouve à quelques mètres. Une fois dans la bouteille, le temps ne s’écoule plus et le jour d’arrivée des nouveaux hôtes se répète à l’infini.

Toute blessure permet au Stand de transformer la cible en un objet inanimé qui restera dans la bouteille. Plus la victime est blessée gravement et à de multiples endroits, plus la transformation sera rapide. L’objet garde sa conscience mais ses actions peuvent être contrôlées par le Stand.



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