Sold Out Soul

Chapitre 8 : LA MAIN DANS LE SAC

Chapitre final

3889 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 08/03/2026 18:27

Miaoukine arriva enfin au lieu de rendez-vous que Bond lui avait indiqué.

Alice, sa compagne de route improvisée, était toujours à ses côtés.

Le hall des loges ressemblait davantage à un petit salon qu’à une entrée fonctionnelle. Des canapés couraient le long des murs, sobrement agrémentés de reproductions de peintres contemporains. Quelques tables basses complétaient cet aménagement, plus utilitaire qu’esthétique.

Aria jeta un œil vers le couloir qui desservait les loges, en enfilade.

— Mais où est-il ? se demanda-t-elle. Et si ce n’était qu’une nouvelle entourloupe pour me fausser compagnie ? Il en serait bien capable…

— Ton ami n’est pas là ? demanda Alice.

La seconde d’après, un fracas violent les fit sursauter.

Une porte venait d’exploser, projetant un homme à travers le couloir. Il s’écrasa contre le mur opposé dans un déluge de bois et de plâtre.

— Si, si… Il est bien là, répondit Aria, sarcastique.

Instantanément, elle repensa à la phrase de Bond : « C’est trop long à t’expliquer… »

Elle s’élança dans le couloir. James, sonné, tentait de se redresser, vacillant.

Un colosse sortit de la loge, repoussant du pied les débris de la porte. Il tenait un large sabre dans sa main droite. Il avançait vers 007 avec une lenteur calculée, presque cérémonielle.

— Hé ! Vous, là-bas ! cria Aria.

Le géant s’arrêta. Il tourna lentement la tête vers elle. Son regard était aussi tranchant que sa lame.

Une femme apparut à son tour sur le seuil. Crâne rasé, tenue immaculée. Elle ne dit rien, ne regarda personne. Elle s’éloigna dans le corridor, une petite valise métallique à la main.

Le colosse hésita, puis tourna les talons et la suivit, abandonnant sa proie avec regret.

Aria se précipita vers Bond, toujours à genoux, une main contre le mur pour garder l’équilibre.

— Ça va, James ?

— On ne peut mieux, répondit-il en se relevant difficilement.

— Les aléas du porte-à-porte…

Elle jeta un regard vers ce qu’il restait du bâti. L’intérieur de la pièce la figea net.

— Tu m’expliques ? Ou c’est encore trop long ?

— Je dois les rattraper, lança Bond, reprenant peu à peu ses esprits.

— Appelle la CIA. Demande Félix Leiter de ma part. Et surtout… ne t’approche pas de Clark. Il est sûrement porteur de la variole. Ou d’une autre saloperie qui intéresse Kan.

— Et tu crois que j’ai le numéro de la CIA dans mon répertoire ? répliqua Aria, sèche.

Bond, toujours appuyé contre le mur, sortit son téléphone. Il le déverrouilla et le lança.

Aria le rattrapa de justesse.

— Leiter. CIA. Tu y arriveras ? lança-t-il, déjà en train de s’éloigner, boitillant, le souffle court, mais déterminé.

Aria ouvrit le répertoire. F. Leiter. Facile. Elle appuya. La tonalité n’eut pas le temps de retentir une seconde fois.

— James ? dit une voix enjouée. Quel bon vent t’emmène ?

— Monsieur Leiter, ici le major Aria Miaoukine du FSB. Écoutez-moi bien attentivement.


Bond avait rapidement retrouvé l’usage de tous ses moyens.

À présent, il s’engageait dans une succession de couloirs secondaires, labyrinthiques, pour la plupart déserts. Il courait sans réfléchir, suivant l’instinct brut de quelqu’un qui sait comment fuir… parce qu’il sait comment on s’enfuit.

Toujours sans contact visuel avec ceux qu’il poursuivait, il avançait sans précaution, sacrifiant la discrétion au profit de la vitesse. Il ouvrit une dernière porte, une issue de secours qui le séparait encore de l’extérieur du centre des conférences.

La lumière crue du jour l’aveugla un instant.

Il se retrouva sur un parking de service saturée de véhicules utilitaires et de camions de transport.

Un crissement de pneus déchira le silence.

Bond se retourna d’un coup.

Un SUV noir surgit et fonça droit sur lui.

En une fraction de seconde, il se jeta au sol. Le véhicule passa à quelques centimètres de lui, soulevant un nuage de poussière et de gravillons.

Bond roula sur le côté, se redressa, dégaina, trop tard. Le SUV était déjà loin.

Il n’avait pas vu les visages, mais il n’avait aucun doute sur l’identité des occupants.

Il resta un instant immobile, reprenant son souffle, évaluant ses options.

Très peu.

Au loin, une sirène retentit. De plus en plus proche.

Un véhicule de secours déboula sur le parking, gyrophare allumé. Il pila net à quelques mètres de lui.

Deux hommes en descendirent. L’un courut à l’arrière pour ouvrir les portes et déployer un brancard. L’autre s’approcha de Bond.

— On nous a signalé un homme inconscient !

— Dieu merci, vous êtes rapides, lança 007, essoufflé, enjoué.

— Dépêchez-vous. Il ne respire plus. On a tenté de le ranimer mais… Par ici ! dit-il d’un ton paniqué, en désignant l’issue de secours encore ouverte.

— Mike ! Dépêche-toi, on a un ACR ! (Arrêt-Cardio-Repiratoire), aboya le secouriste. Son collègue s’élança aussitôt, poussant le brancard chargé de matériel de réanimation. Les roues crissèrent sur le béton, accélérées par l’urgence.

Ils n’avaient pas encore franchi le seuil de la porte que, derrière eux, un moteur rugit. L’ambulance redémarra en trombe.

Les deux hommes se retournèrent, stupéfaits, impuissants.

Pendant ce temps, Bond était déjà au volant.

Ce n’était pas une Aston, ni une DB10, mais cette ambulance allait peut-être faire l’affaire. Moins de chevaux sous le capot, certes, mais elle avait autre chose : des gyrophares. Une sirène.

Un passe-droit sonore et lumineux, parfait pour fendre la jungle urbaine.

Il enclencha les gyrophares et la sirène qui allaient lui ouvrir un passage dans la circulation tel Moïse fendant la mer Rouge.



007, pied au plancher, filait à travers les voies de service, suivant les panneaux indiquant la sortie véhicules.

— Ça tire un peu dans les virages… mais plutôt maniable, pensa-t-il, presque surpris par la réactivité du véhicule.

L’odeur de gomme brûlée envahissait déjà l’habitacle.

Il n’avait qu’un avantage : la liberté de rouler à fond, sans les contraintes du code de la route.

Encore fallait-il savoir dans quelle direction partir.

À l’approche de la sortie, il relâcha la pédale. Coupa la sirène. Baissa la vitre.

Le gardien de la barrière s’était déjà levé, prêt à laisser passer l’ambulance en urgence.

Bond ralentit, le salua poliment.

— Bonjour, monsieur. Vous auriez vu passer un SUV noir, il y a quelques minutes ?

Le gardien, surpris, plissa les yeux. Il détailla cet homme en chemise blanche qui n’avait rien d’un ambulancier. Mais bon… on voit de tout, ici.

— Oui, j’ai vu un SUV noir. Une Lincoln Navigator. Y’a pas cinq minutes.

Véhicule diplomatique. Il a filé vers la Highway 85. Direction Downtown, à tous les coups.

— Vous êtes un homme précieux, monsieur, lança Bond en redémarrant.

Il réenclencha la sirène, remit les gyrophares, et enfonça l’accélérateur.

Malgré la densité de la circulation dans cette banlieue d’Atlanta à cette heure, les véhicules s’écartaient à son approche. Sirène hurlante, gyrophare en action, il filait à la vitesse maximale que permettait l’ambulance.

La Lincoln n’était plus très loin.

Bond, non sans ironie, se demanda pourquoi Q n’avait jamais songé à équiper ses Aston Martin d’une sirène et d’un gyrophare. Certes, la discrétion aurait pris un coup, mais dans certaines missions, cela aurait été un gain de temps inestimable.

L’info donnée par le garde-barrière le laissait perplexe.

Un véhicule diplomatique. Étrange, certes. Mais plausible. Presque logique, vu le contexte.

Difficile — voire impossible — d’intercepter un véhicule d’ambassade sans déclencher un incident international. Et encore plus lorsqu’il s’agit d’un pays membre des BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud.

Bond ne croyait pas pour autant à une implication officielle du gouvernement indien. Mais…

— Plus c’est gros, plus ça passe, conclut-il.

Il roulait depuis ce qui lui semblait être une éternité, doublant des files à l’arrêt, longeant les accotements, sans le moindre signe du SUV.

— Mais où est-il passé ? pesta 007.

Un grésillement sortit de la radio embarquée.

— Brad ? Tu as pris en charge ton client ? Il est stable ? Tu es attendu au Grady Hospital.

Après une brève hésitation, Bond appuya sur le micro.

— Ici James Bond, services secrets britanniques. J’ai… temporairement emprunté le véhicule de Brad. Remerciez-le de ma part. Et évitez-lui un retour en taxi, envoyez une autre ambulance au CDC. Rien d’urgent.

Silence.

Puis, après quelques secondes, une nouvelle voix, plus grave :

— Ici Perkins, chef de la police d’Atlanta. Je vous mets en relation avec Monsieur Leiter.

Au bout de quelques secondes, une nouvelle voix. Un sourire dans le ton.

— James ! Il existe des façons moins dramatiques de donner de tes nouvelles. Cartes postales. WhatsApp…

— Salut, Félix.

— J’ai parlé à ta copine du FSB. Tu as des copines au FSB, maintenant ? Elle a l’air charmante.

— Je confirme, répondit Bond, le regard toujours rivé sur la route.

— Ce qu’elle m’a raconté m’a surpris. Mais bon, rien d’étonnant quand tu es dans le coin. Je suis en liaison avec notre antenne à Atlanta. Ils envoient une unité bio-sécurité et toute la cavalerie. Tu me fais un point de situation ? Je suis bien assis.

Bond résuma sans s’attarder.

Une loge éventrée. Une main tranchée. Un garde Sikh armé d’un sabre. Une femme rasée tenant une valise réfrigérée. Et lui, au volant d’une ambulance volée, sur la Highway 85, à la poursuite d’un véhicule de l’ambassade indienne.

— Comment je peux t’aider ? demanda simplement Félix.

— J’ai perdu leur trace. Inutile de te demander si tu peux tracer un véhicule diplomatique ?

— Oui, c’est inutile. Du moins… pas assez vite pour t’être utile.

Mais ils pourraient rejoindre le consulat en centre-ville ? Tu veux que je te guide ?

— Peu probable. Je pense qu’ils essaient de quitter le pays. Soit l’aéroport international, soit un vol privé. Tu peux checker les plans de vol déclarés ?

Affrètement au nom de Kan ou de l’ambassade.

— Donne-moi cinq minutes.

En moins de temps que prévu. Félix revint.

— Bien vu, James. Jet privé, propriété de « Hope-Medicals ». Plan de vol : Atlanta — Longyearbyen — Calcutta. Départ de l’aéroport DeKalb–Peachtree.

Il marqua une pause.

— Tu roules dans le mauvais sens, mon vieux.

— Bon sang ! grogna Bond en frappant le volant du plat de la main.

— Hé, l’Anglais ! T’as perdu ton flegme ?

Bond serra les dents.

— On ne peut pas les arrêter, mais on peut les ralentir, ajouta Leiter.

— La police routière américaine est douée pour ça. Je passe un appel à Perkins. Reste en ligne… j’ai une idée.

Une atmosphère feutrée régnait dans l’habitacle confiné de la Lincoln Navigator diplomatique.

Tout évoquait le calme.

Tout… sauf le conducteur.

Un géant au crâne à demi rasé tenait le volant. Sur le siège passager, un sabre reposait dans un fourreau en argent ciselé.

À l’arrière, l’assistante du docteur Kan — Shakti — pianotait sur son téléphone.

À ses côtés, une valise métallique, discrète et sinistre.

Elle écrivait un message :

« Nous arriverons dans 15 minutes. Vous pouvez allumer les moteurs. »

Soudain, le véhicule freina brutalement. Shakti releva la tête.

— Que se passe-t-il, Raja ?

— Un ralentissement, Shakti. Une voiture en panne… ou un accident, répondit le Sikh, sa voix aussi grave que sa carrure.

— Ne m’appelle plus par mon prénom !…

         … Impur que tu es !

Elle se redressa, le regard acéré.

— Je suis une Kshatriya maintenant. La caste des guerriers…

… Tu ne comprends donc jamais ?

Le colosse garda le silence un instant. Puis desserra lentement la mâchoire.

— Pardon… Vénérable. Cela ne se reproduira plus.

Elle s’approcha, posa une main sur la partie nue de son crâne.

— Tu sais que tu seras toujours comme un grand frère. Tu m’as vue grandir. Tu m’as protégée toute ma vie… mais tu connais la règle.

— Oui, Vénérable, répondit-il, apaisé.

Elle se replongea dans son téléphone et tapa un nouveau message :

« Ralentissement. Incident sur la route. Retard indéterminé. Nous faisons au plus vite. »

Une réponse ne tarda pas :

« Il ne peut y avoir d’ombre sur ton chemin sans lumière. K. »

Shakti esquissa un sourire discret.

Le SUV diplomatique était désormais quasiment à l’arrêt, englué dans un flot compact de véhicules. Aucun échappatoire. Il faudrait attendre que l’embouteillage se résorbe.

Au loin, une épaisse fumée noire s’élevait dans le ciel. Les premiers véhicules de police apparurent dans la file de droite, condamnant les voies de circulation une à une. Les conducteurs furent contraints de se rabattre à gauche.

De six voies, il n’en restait plus que deux. L’entonnoir avait provoqué un chaos urbain qui mettrait à l’épreuve les nerfs les plus solides.

Le Sikh commença à bouillir. Il marmonnait en panjabi, des jurons à peine audibles.

Shakti, sans lever les yeux :

— Calme-toi, Singh.

Le ton était doux. Presque maternel.

— Le temps n’est pas notre ennemi. Ils ne peuvent rien contre nous.

Nous sommes sous la protection de Kali. Et d’une couverture diplomatique.

Après près d’une heure de progression au pas, la Lincoln atteignit enfin l’épicentre du ralentissement.

Des véhicules de police. Des ambulances. Un camion de pompiers.

Une voiture au capot ouvert, d’où s’échappait une épaisse fumée noire.

Deux pompiers arrosaient le moteur avec des extincteurs à poudre. Scène banale. Loin de toute suspicion.

Le SUV ne ralentit pas. À peine dépassé l’obstacle, il reprit de la vitesse.

À hauteur du capot, un policier murmura dans son talkie :

— Ils viennent de passer.

Puis, d’un coup de pied, il dégagea le fumigène dissimulé sous le moteur.

Il referma le capot. Remonta dans son véhicule.

Contact. Démarrage.

La Lincoln Navigator atteignit enfin sa destination : l’aéroport DeKalb–Peachtree.

C’est de là que l’avion de Hope-Medicals allait les exfiltrer — eux, et leur morbide cargaison.

Ils se présentèrent à l’entrée des hangars de l’aviation privée. Le gardien, sans un mot, ouvrit la longue barrière coulissante.

— Hangar numéro 3, lança-t-il au passage.

Le SUV s’engagea dans une allée bordée d’imposants bâtiments en tôle.

Le troisième avait ses portes grandes ouvertes.

Ils pénétrèrent à l’intérieur et stoppèrent au pied d’un majestueux Gulfstream G700. Le biréacteur arborait fièrement les couleurs de Hope-Medicals, et sur son flanc brillait une fleur de jasmin — le logo de la compagnie.

Un employé de l’aéroport s’approcha du véhicule. Casquette enfoncée, Ray-Ban Aviator. Rien d’anormal.

Le Sikh coupa le moteur et descendit seul. Il jeta la carte de contact de la Lincoln à l’homme en bleu :

— Tu sais quoi faire ?

— Oui, répondit l’employé, laconique.

Le colosse ouvrit la portière passager et récupéra le sabre dans son fourreau argenté.

L’employé contourna la voiture, ouvrit la portière arrière, se pencha vers la passagère et, en désignant la valise :

— Puis-je vous débarrasser de cela, Madame ?

L’assistante de Kan leva les yeux… puis se figea.

Sous le déguisement sommaire, elle reconnut l’homme qu’elle avait déjà croisé deux fois.

Et cette fois, il tenait un Walther PPK pointé droit sur elle.

— Ne bougez plus, dit 007.

Il attrapa la valise, recula de deux pas, et tourna son arme vers le Sikh, qui venait tout juste de comprendre la situation.

Il tenait toujours le sabre par le fourreau, sans l’avoir encore fixé à sa ceinture.

Bond fit un petit signe de tête, accompagné d’un « Ttt… » sec, l’invitant à ne pas faire de bêtise.

Mais un coup de feu éclata depuis la porte du jet.

Par réflexe, Bond se jeta au sol et roula sur le côté. En une fraction de seconde, il localisa le tireur sur le seuil de l’avion et riposta, sans le toucher.

Ce fut suffisant.

Le Sikh profita de ces deux secondes d’inattention. Il lança son fourreau comme un boomerang.

L’arme heurta violemment Bond à la tête. Il chancela et s’effondra en arrière. Son pistolet glissa au loin.

Mais il tenait toujours la valise.

Le géant ne lui laissa pas le temps de réagir. Il se jeta sur lui, planta son pied sur l’avant-bras de 007 pour l’obliger à lâcher prise.

Bond, toujours au sol, redressa le buste et décocha un crochet du droit en plein dans sa mâchoire.

Le colosse ne broncha pas. Impassible. Inébranlable.

En réponse, le Sikh écrasa violemment son genou sur l’épaule de Bond.

La douleur explosa dans tout son bras. 007 grimaça, mais ne cria pas.

Il tenta encore quelques coups, au visage, avec sa main libre. Sans effet. Le géant semblait fait d’acier.

La pression sur son nerf brachial devint insupportable. Ses doigts s’ouvrirent. Il lâcha la valise.

Mais avant que le Sikh ne puisse s’en emparer, deux véhicules entrèrent dans le hangar, sirène à deux tons brièvement activée.

Le premier portait les couleurs du Customs and Border Protection.

Le second ressemblait curieusement… à la voiture dont le moteur avait brûlé sur la Highway 85.

Deux agents des douanes descendirent du premier véhicule.

— Qu’est-ce que c’est que ce foutoir ?! cria le premier, main sur la crosse de son Colt.

— Va contrôler l’avion, je m’occupe de ces deux-là.

Son collègue hocha la tête et monta à bord.

L’agent s’approcha des deux hommes qui venaient de se relever.

— À quoi vous jouez, les gars ? grogna-t-il, les yeux rivés sur la valise.

— À qui appartient ce truc ?

Bond répondit sans broncher, le regard droit :

— Elle est à moi, monsieur. Matériel de check-up technique. Rien de sensible.

Le Sikh ne le contredit pas.

— Bien. Vous avez terminé votre inspection ?

— Tout est en ordre. Vol approuvé, répondit Bond.

L’agent des douanes se tourna vers le colosse :

— Vous ! Montez à bord. Je ne veux plus vous voir.

Le Sikh, furieux, lança un dernier regard noir à 007, puis se dirigea vers le jet.

L’assistante de Kan descendit discrètement du SUV et monta à bord, sans un mot, sans un regard pour son garde du corps.

Quelques secondes plus tard, le deuxième agent redescendit de l’avion.

— Tout est conforme.

Bond haussa un sourcil. Surpris. Méfiant.

Le Sikh avait posé le pied sur la première marche de l’escalier du jet lorsque 007 l’interpella :

— Hé, toi ! Tu n’oublies rien ?

Le colosse se retourna… juste à temps pour attraper au vol le sabre que Bond venait de lui lancer.

— Attention, ça coupe, dit 007 avec un sourire en coin.

— Tu y goûteras un jour, grogna l’homme en serrant la garde de son arme.

Puis il monta à bord, et claqua la porte du jet.

Le Gulfstream se mit aussitôt à rouler, lentement d’abord, puis en accélérant vers la piste, dans le souffle des deux réacteurs déjà hurlants.

Avant que l’appareil ne disparaisse du hangar, Bond aperçut une silhouette derrière un hublot.

Une femme.

Elle le fixa quelques secondes.

Puis lui fit un signe de la main. Ambigu. Ni moqueur, ni complice. Juste… un signe.

Et l’avion s’éloigna.

— C’est vous, l’Anglais ? demanda l’homme qui descendait du second véhicule.

— Vous êtes un ami de Félix ? répondit 007.

— Un collègue d’Atlanta, fit l’homme en lui tendant un téléphone. Leiter veut vous parler.

Bond attrapa l’appareil et, dans le même mouvement, lui confia la valise.

— Elle doit terriblement manquer à son propriétaire…

— Félix ? dit-il dans le combiné.

— James ! Alors, tu as aimé mon plan ? lança Leiter, enjoué.

— Tu as parfois de bonnes idées… il faut le reconnaître, répondit 007, moqueur.

— Tu les as laissés s’envoler, je suppose que tu as une autre idée derrière la tête ?

— On ne peut rien te cacher… Disons plutôt que ta copine du FSB m’a soufflé un plan. Et elle a été très… persuasive.

— Elle est pleine de ressources, admit Bond, un sourire dans la voix.

Félix reprit.

Il expliqua qu’il avait tenu le major Miaoukine informée du déroulement de l’opération. Et lorsque le nom de Longyearbyen avait été mentionné dans le plan de vol du jet de Hope-Medicals, elle avait immédiatement réagi.

— Ça m’avait interpellé aussi, dit Bond.

— Étrange escale pour rejoindre Calcutta.

— Longyearbyen, c’est la porte d’entrée du Spitzberg, au nord du cercle polaire.

Ta copine pense que Kan — ou son équipe — va s’y rendre.

Bond fronça les sourcils. Il était sceptique.

Sans preuves concrètes, cela ressemblait davantage à une intuition de médium qu’à une piste solide.

Mais Leiter enchaîna aussitôt, comme s’il avait anticipé ses doutes.

— Elle t’expliquera mieux que moi : une réserve mondiale de graines, des entrepôts souterrains dans le permafrost… et peut-être d’autres choses bien planquées.

À mon avis, elle en sait plus qu’elle ne veut le dire.

— Et les gars du siège ? demanda Bond.

— Ils veulent suivre la piste. Pas l’interrompre. Observer jusqu’au bout.

Et ça tombe bien : ta copine est en route pour te rejoindre.

Un de nos avions va vous emmener là-bas. Décision conjointe avec ton patron. M est au courant.

007 se redressa légèrement. Il sentit l’ironie dans la voix de Félix avant même qu’elle ne tombe.

— Eh bien, si c’est une décision du commandement…

— Avale ta fierté, l’Anglais. Une femme peut aussi conduire la danse.

Un jour, ce sera toi qu’on conservera dans une vitrine au Spitzberg à côté des mammouths.

Bond esquissa un sourire, amer.

Miaoukine n’avait pas perdu son temps. Et il devait admettre qu’elle avait peut-être vu juste.

Aurait-il eu tort de vouloir la garder à l’écart ?

Peut-être.

Mais il n’était pas pour autant prêt à faire équipe.

Il connaissait trop bien les conséquences.

Trop de coéquipiers… laissés derrière lui.


Laisser un commentaire ?