La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 39 : D'eux-mêmes

2351 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 08/05/2026 15:02

Tōran revint au corps à corps.


La lance de glace fendit l'air.


Mayoiga s'effaça d'un demi-pas, puis frappa l'arme de ses griffes. Une lumière bleue éclata.


La glace se fendit, puis vola en fragments entre elles.


Tōran recula.


Mayoiga avança.


Le sang glissait déjà le long du bras de la panthère ; une entaille sombre marquait sa hanche.


Autour d'elles, les dernières lignes bleues mouraient contre les troncs lacérés.


Alors Tōran comprit.


Le sous-bois ne lui appartenait plus.


Elle abandonna les arbres et rejoignit la rivière.


Mayoiga la suivit.


D'un geste, Tōran fit surgir un mur de glace du courant.


La ligne bleue de Mayoiga le frappa, ricocha sur la surface gelée, puis revint vers elle à toute vitesse.


Mayoiga inclina à peine la tête.


La lumière passa près de sa joue et éventra un arbre plus loin dans un craquement brutal.


Une fissure traversa aussitôt le mur de glace, puis s'étendit lentement sur toute sa surface.


Derrière la transparence brisée, le regard de Tōran avait changé.

La rage y demeurait, mais une inquiétude plus nette venait d'y entrer.


Alors, dans le sous-bois derrière elles, quelque chose remua.


D'abord un froissement discret dans l'ombre, puis le glissement humide de tiges rampant entre les racines. Des lianes sombres s'enroulèrent autour des troncs avant de bondir vers Mayoiga.


Elle les sentit avant même de se retourner.


Son bras fendit l'air.


Une lumière bleue traversa les plantes en plein élan. Les tiges sectionnées retombèrent lourdement sur la terre humide, encore agitées de spasmes.


Shūnran apparut alors entre les arbres.


Ses cheveux roux et son kimono vert pâle tranchaient avec les lianes obscures qui ondulaient autour d'elle.


Mayoiga leva la main.


Une ligne bleue fendit l'air.


Shūnran l'évita, mais le trait frappa un tronc et revint sous un angle brisé.


Elle n'eut pas le temps de se protéger.


La lumière traversa son buste.


Son souffle se coupa net.


- Shūnran !


Le cri de Tōran fendit la rivière.


Le mur de glace éclata.


Tōran courut à toute vitesse vers Mayoiga, une nouvelle lance déjà formée dans sa main.


La rivière explosa derrière la panthère.


Des dizaines de pics de glace jaillirent du courant et traversèrent la rive.


Mayoiga bondit de côté.


L'un lacéra son bras.


Un autre se planta sous sa clavicule.


Le choc la fit reculer d'un pas.


La glace resta fichée dans sa chair, rougie à sa base.


Cela suffit.


Tōran passa devant elle et atteignit Shūnran.


- Pourquoi es-tu venue ?


Shūnran serra les dents.


- On m'a dit que tu étais en danger.


Le regard de Tōran tomba sur la faible lumière filtrant entre ses doigts.

Elle comprit qu'elle tenait un fragment de la Perle.


- Idiote...


Sa voix se durcit.


- Tu aurais dû le laisser au camp.


- Et te laisser mourir ici ?


- Donne-le-moi.


- Tōran...


- Donne-le-moi.


Les doigts de Shūnran s'ouvrirent.


Tōran prit le fragment.


La lumière froide passa dans sa paume.


Mayoiga observa le geste sans bouger.


Ce n'était pas de l'avidité.


C'était une volonté de protéger qui ne savait faire qu'une chose : reprendre le danger sur elle, puis se rejeter dans la guerre.


Tōran se redressa.


- Tu vas payer pour ça.


Elle bondit de nouveau.


Mayoiga esquiva.


Cette fois, elle ne riposta pas.


Son regard s'était arrêté sur le fragment serré dans la paume de Tōran, puis sur Shūnran, encore vacillante derrière elle.


Le bourdonnement des saimyōshō revint à sa mémoire.


Chaque combat.

Chaque corps abattu.

Chaque fragment exposé.


Naraku n'avait pas besoin de vaincre lui-même.


Il suffisait que les autres s'entre-déchirent pour lui ouvrir la voie.


La lance revint vers sa gorge.


Mayoiga recula encore.


- Tu fuis maintenant ?


Elle ne répondit pas.


Tōran attaqua de nouveau.


Mayoiga esquiva sans riposter, puis se détourna brusquement et s'élança entre les arbres.


- Reviens !


Tōran bondit pour la poursuivre.


Une lumière blanche jaillit autour de Mayoiga.


Le yōki pâle enveloppa sa silhouette, se resserra, puis disparut entre les troncs.


Le silence retomba sur la rivière.


Tōran resta immobile, la lance encore levée.


Puis un bruit sourd derrière elle la fit se retourner.


Shūnran venait de tomber à genoux dans l'herbe humide, une main pressée contre sa blessure.


---


Le sentier forestier longeait une pente rocheuse envahie de broussailles.


Entre les troncs serrés, la lumière verte de la fin d'après-midi glissait sur les pierres humides.


Sesshōmaru avançait sans ralentir.

Rin marchait près d'Ah-Un tandis que Jaken suivait en serrant son Nintōjō contre lui.


Soudain, Rin s'arrêta.


- Jaken-sama... regardez.


Près du bord de la pente, quelques baies sombres pendaient entre les racines.


Avant même que Jaken ne proteste, Rin posa le pied sur la terre humide.


Le sol céda aussitôt.


Un caillou dévala la pente.


Rin bascula.


Sesshōmaru la rattrapa avant sa chute.

Sa main se referma sèchement sur son bras tandis que plusieurs pierres disparaissaient dans le ravin plus bas.


- Sois plus attentive.


Rin baissa aussitôt la tête.


- Oui.


Jaken accourut en gesticulant.


- Petite imprudente ! Pour quelques baies ridicules, tu as encore obligé Sesshōmaru-sama à intervenir ! Si-


- Jaken.


Le petit yōkai se figea net.


- O-Oui, Sesshōmaru-sama !


Sesshōmaru regardait déjà les arbres.


- Reste avec Rin.


Jaken se redressa immédiatement.


- Bien entendu ! Je veillerai personnellement sur elle !


Sesshōmaru ne répondit pas.


Il s'éloigna entre les troncs, sa silhouette blanche disparaissant peu à peu dans l'épaisseur de la forêt.


Rin le suivit du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse presque entièrement.


Puis elle revint près d'Ah-Un.


Jaken renifla bruyamment.


- Hmph... Voilà ce qui arrive quand on pense avec son ventre.


Rin eut un petit sourire désolé.


La distance se creusa peu à peu entre eux et Sesshōmaru.


Bientôt, même la voix de Jaken ne fut plus qu'un bruit étouffé derrière les arbres.


La lumière diminuait entre les troncs.


Les ombres s'allongeaient sur le sentier.


Puis une odeur traversa l'air du soir.


Sesshōmaru s'arrêta.


Une lueur pâle se forma entre les troncs. Le yōki blanc se replia lentement sur lui-même, puis Mayoiga apparut à quelques pas.


Sesshōmaru ne bougea pas.


Son regard glissa sur elle avec une lenteur froide.


Ses cheveux noirs retombaient autour de son visage, moins ordonnés qu'à l'ordinaire.


Son kimono violet portait de nouvelles coupures. Le tissu s'était ouvert par endroits, laissant paraître la pâleur de sa peau.


Sous sa clavicule, une blessure fraîche assombrissait encore l'étoffe.


Pourtant, elle se tenait droite.


Sesshōmaru reconnut cela avant tout le reste.


Il n'y eut dans son regard ni surprise, ni accueil, seulement cette attention glacée qui précédait parfois la mise à mort.


— Je t’ai laissée vivre.


Sa voix était basse.


— Ne m’oblige pas à revenir sur ce choix.


Mayoiga ne baissa pas les yeux.


— Si tu dois me tuer, fais-le après m’avoir entendue.


Un silence passa.


— Les Hyōnekozoku marchent de nouveau vers l’Ouest.


Sesshōmaru ne bougea pas.


— Ils réunissent les fragments de la Perle. Ils veulent ramener leur roi.


Le nom n’eut pas besoin d’être prononcé.


— Tōran m’a attaquée pour prendre celui que je porte. Une autre est venue ensuite.


— Elles vivent encore ?


— Oui.


Une seconde passa.


— Elles t’ont échappé.


— Non.


La réponse tomba aussitôt.


— Je les ai laissées vivre.


Le silence changea légèrement.


— Les tuer aurait exposé leurs fragments. Naraku peut les récupérer à travers moi.


Le vent passa dans les branches.


— Il n’a pas besoin que j’obéisse. Il lui suffit que je frappe.


Sesshōmaru resta silencieux.

Cette fois, il écoutait réellement.


— Ils ne veulent pas seulement reprendre leur guerre. Tōran a parlé d’une dette laissée par Inu no Taishō à ses fils.


À ce nom, l’air sembla se resserrer.


— Ils viendront pour Inuyasha. Pour toi.


Elle hésita un instant.


— Peut-être même pour l’enfant humaine que tu protèges.


— Tu la nommes pour me faire agir.


— Non.


La réponse fut immédiate.


— Je la nomme parce que je sais qu’elle compte pour toi.


Sesshōmaru ne répondit pas.


— Je ne viens pas demander ton aide.


— Alors pourquoi venir ?


— Parce que cette guerre concerne l’Ouest.


Son regard resta fixé dans le sien.


— Je n’y prendrai pas part. Pas cette fois.


Sa voix baissa légèrement.


— Je ne laisserai plus Naraku m’utiliser en se servant du nom d’Inu no Taishō.


— Tu as donc entendu mon jugement.


— J’ai entendu ta colère.


Un silence plus froid tomba.


— Et j’ai eu tort d’attaquer Inuyasha pour Tessaiga.


Les mots sortirent sans trembler.


— Mais je refuse que tu me condamnes encore comme si tu portais la voix de ton père.


Sesshōmaru ne répondit pas.


— Tu n’es pas Inu no Taishō.


Un silence passa.

Sesshōmaru parla enfin.


— Je n’ai jamais eu l’intention de le devenir.


Quelque chose changea alors dans l’expression de Mayoiga, très peu, mais assez pour que la dureté de ses traits se fissure un instant.


Le regard de Sesshōmaru descendit vers le sang sous sa clavicule.


— Tōran t’a blessée.


— La blessure ne durera pas.


Puis, après un court silence :


— Mon corps ne m’appartient plus assez pour cela.


Sesshōmaru releva les yeux vers elle.


— Tu parles de ton corps comme d’une chose étrangère.


— Il l’est devenu.


Le vent passa de nouveau dans les branches.


— Mais je suis venue ici de moi-même.


Sesshōmaru ne répondit pas.


Mayoiga détourna légèrement la tête.


— J’ai laissé les Hyōnekozoku près de la rivière, au sud de Mizukawa.


Son regard recroisa le sien un court instant.


— Tōran porte le fragment.


Elle recula d’un pas.


— Je t’ai dit ce que j’avais à dire. Le reste t’appartient.


Elle commença à s'éloigner.


Sesshōmaru ne la retint pas par la voix.


Son regard resta sur elle.


Puis il bougea.


L'instant d'après, il était devant elle.


Le mouvement n'avait presque rien déplacé autour de lui ; ni les branches, ni les feuilles. Seule la distance entre eux venait de disparaître.


Mayoiga s'immobilisa.


Pendant un instant, rien, dans ce silence, ne disait encore s'il l'avait rejointe pour l'arrêter, la repousser ou la frapper.


La lumière pâle de la forêt glissait sur le vêtement blanc de Sesshōmaru, sur les lignes mauves de son visage, sur l'argent immobile de ses cheveux.


Ses traits demeuraient parfaitement calmes.


Mayoiga ne recula pas.


La main de Sesshōmaru se leva vers elle.


Le geste ne disait pas encore ce qu'il serait.


Mayoiga sentit son corps se tendre.


Cette fois, la main ne se referma pas sur sa gorge.


Elle s’arrêta près de sa nuque.


Entre eux, le silence s'alourdit davantage.


Sesshōmaru ne la toucha pas tout de suite. Il attendit. Non par hésitation, mais comme s'il lui laissait encore la possibilité de rompre elle-même la distance.


Mayoiga soutint son regard.


Elle aurait pu reculer.


Elle ne le fit pas.


Ses doigts se levèrent à leur tour, lents, presque mesurés, puis se posèrent contre l'armure noire.


Alors seulement, Sesshōmaru réduisit la distance.


Le baiser fut net, sans douceur véritable, mais sans brutalité non plus.


Sa main se referma contre la nuque de Mayoiga avec une précision calme.


Elle se tendit davantage.

Ses doigts se crispèrent contre l’armure, et elle lui répondit avec la même retenue.


Sesshōmaru ne força rien.


Lorsqu'il rompit le baiser, ce ne fut pas pour rétablir la distance entre eux. Son visage descendit légèrement, et Mayoiga sentit son souffle contre son cou.


Puis, il se redressa.


Ses doigts quittèrent lentement sa nuque pour descendre vers le haut de son kimono.


Là encore, il marqua un arrêt.


Rien, dans ce mouvement, n’imposait la suite.


Mayoiga respira plus courtement.

Mais elle ne retira pas sa main de l’armure.


Alors Sesshōmaru saisit le bord du tissu.


Il le fit glisser lentement.


Le kimono violet s'ouvrit sur son épaule, puis sur son bras.


La peau pâle de Mayoiga apparut dans la lumière verte de la forêt.


Sesshōmaru reconnut les lignes bleues qui parcouraient son avant-bras, semblables à celles de son visage. Plus bas, le tissu déplacé découvrait d'autres marques, plus larges, qui longeaient ses côtes en suivant la ligne de son corps.


Son regard descendit sur les blessures, sur le sang encore sombre sous sa clavicule, puis revint aux marques bleues qui traversaient sa peau.


Il ne détourna pas les yeux.

Ni du yōki de Naraku incrusté en elle.

Ni de la part étrangère qui demeurait dans son corps.


Ce n'était ni de la pitié, ni une volonté de posséder. Seulement une attention calme et implacable.


Mayoiga aurait pu refermer le tissu.

Elle ne le fit pas.


Le vent remua les mèches noires contre sa joue.


La forêt demeurait silencieuse autour d'eux.


Puis la main de Sesshōmaru vint se poser à sa taille.


Le contact fit naître en Mayoiga une tension vive.


Ses doigts quittèrent l’armure et sa main passa dans le dos de Sesshōmaru pour le retenir.


Il l’embrassa de nouveau.


Cette fois, aucun des deux ne rétablit la distance.



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