La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 40 : Sans prise

1990 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 13/05/2026 00:21

La nuit avait fini par descendre sur la forêt.


Mayoiga avait regagné la lisière, de nouveau vêtue.


Sesshōmaru demeurait en retrait.


Il avait retrouvé son immobilité première, cette distance presque souveraine qui ne donnait rien à lire. Rien, dans sa posture, ne trahissait ce qui venait d’avoir lieu.


Rien, sinon son regard.


Ses yeux suivaient encore la ligne défaite de ses cheveux, le mouvement lent de ses doigts lorsqu’elle réajusta le tissu contre elle, puis la tension revenue dans ses épaules.


Quelque chose en elle cherchait à reprendre sa forme ancienne : la ligne nette, la froideur intacte, ce lieu intérieur où rien ne débordait jamais.


Cela ne revint pas entièrement.


Elle tourna légèrement la tête vers lui.


— Je pars.


Sesshōmaru la regarda sans surprise.

Il ne demanda pas où.

Il ne demanda pas pourquoi.


— Je ne te retiens pas.


Mayoiga soutint son regard un instant.


— Les Hyōnekozoku ne tarderont pas à agir.


— Je sais.


Le silence revint entre eux.

Mayoiga détourna les yeux vers l’obscurité.


— Naraku saura que je suis venue.


Le regard de Sesshōmaru se refroidit à peine.


— Qu’il le sache.


Il n’y avait pas de bravade dans sa voix.

Seulement un mépris si calme qu’il rendait le nom de Naraku presque inutile.


Mayoiga resta immobile.


Sesshōmaru ne s’était pas approché. Il ne cherchait pas à la retenir dans l’espace laissé entre eux. Pourtant, sa présence demeurait là, stable, coupante, impossible à confondre avec une absence.

Sa voix retomba :


— Ne lui cède plus rien.


— Ce n’est pas à toi de me le rappeler.


— C'est vrai.


La réponse fut immédiate.


Mayoiga resta silencieuse.

Le yōki blanc se forma autour d’elle, pâle entre les troncs.

Ni l’un ni l’autre ne détourna le regard.


Puis elle disparut.


La forêt retrouva son silence.


Sesshōmaru resta encore un moment immobile, les yeux fixés sur l’endroit où sa présence s’était effacée.


Puis il se détourna.

Et prit la direction de Mizukawa.


---


La pluie commença doucement sur le jardin.


De fines gouttes glissèrent entre les feuilles et vinrent assombrir la terre non loin de la hutte de Kaede.


Accroupie près des herbes médicinales, Sango continuait de travailler sans relever la tête. Ses doigts écartaient les tiges humides avec précision, séparant les feuilles encore utilisables de celles que les insectes avaient rongées.


L'odeur de la pluie mêlée aux plantes lui rappelait le village des exterminateurs.


Les réserves suspendues sous les toits.


La voix de son père.


Kohaku courant entre les maisons avec un rire trop bruyant.


Son geste ralentit.


Une ombre apparut soudain au-dessus d'elle.


Les gouttes cessèrent de tomber sur ses mains.


Sango leva les yeux.


Miroku était là, tenant au-dessus d'elle le parapluie rose de Kagome.


- Vous allez finir trempée, Sango.


Elle l'observa un instant.


- Et toi ?


- Un moine doit savoir faire preuve d'abnégation. Surtout lorsqu'une femme aussi charmante risque d'attraper froid sous ses yeux.


Sango le fixa encore une seconde, puis retourna à ses herbes.


- Tu dis ça à toutes les femmes que tu croises.


- Seulement à celles qui continuent de travailler sous la pluie alors qu'elles ont déjà assez fait pour la journée.


Un très léger sourire passa malgré elle sur les lèvres de Sango.


Miroku le vit, mais ne s'en vanta pas.


Le silence revint, seulement troublé par le bruit régulier de la pluie contre le parapluie.


- Kaede-sama a préparé le repas, reprit-il plus doucement. Tu devrais rentrer.


- J'avais presque fini.


Miroku s'accroupit près d'elle, tenant toujours le parapluie avec une maladresse appliquée.


- Tu travailles depuis ce matin.


Sango baissa les yeux vers son panier.


- Quand je reste sans rien faire, je pense trop.


Son regard tomba sur les herbes trempées.


- Au village. À Kohaku...


Cette fois, Miroku ne répondit pas tout de suite.


Son expression perdit un peu de sa légèreté.


- Sango, dit-il plus bas, tu n'as pas besoin de faire comme si cette douleur n'existait pas.


Elle resta silencieuse.


Puis détourna légèrement le regard.


- Voilà enfin une parole raisonnable.


- J'en ai parfois.


- Très rarement.


- Mais toujours au moment où il faut.


Cette fois, elle eut presque un rire.


Miroku prit délicatement le panier.


- Allons. Rentrons avant que Kaede-sama ne nous force à boire l'une de ses décoctions contre le froid.


Sango releva les yeux.


- Il n'y a que toi qui ne les supportes pas.


Miroku se redressa avec gravité.


- Ces décoctions sont plus redoutables que bien des yōkai.


- Tu exagères.


- J'ai affronté des démons avec moins d'appréhension.


Sango souffla un vrai rire, bref, mais audible.


Ils reprirent ensemble le chemin de la hutte, serrés sous le parapluie trop étroit. L'épaule de Miroku recevait une partie de la pluie, mais il ne changea pas l'inclinaison.


Plus loin, au beau milieu du potager détrempé, le buffle à trois yeux de Tōtōsai arrachait tranquillement de jeunes pousses vertes.


Sango le regarda brièvement.


- Il mange les pousses de shiso de Kaede-sama.


- Celles qu'elle utilise pour ses décoctions ?


- On devrait l'arrêter, non ?


- Je pensais méditer sur la question.


- Tu veux dire ne rien faire.


- La méditation ressemble souvent à cela vue de l'extérieur.


Ils avancèrent encore quelques pas.


La hutte de Kaede apparaissait déjà entre les rideaux de pluie, chaude et lumineuse dans la grisaille.


Miroku reprit d'un ton presque sérieux :


- Tu sais, Sango... une femme comme toi mérite autre chose que des paroles maladroites. Une vie paisible, peut-être. Une maison sûre...


Il marqua une pause.


- Et, si elle le souhaite, plusieurs enfants robustes et-


Sa main libre eut un mouvement, presque malgré lui. Elle s'arrêta avant d'atteindre Sango.


La chasseuse ne tourna même pas la tête.


- N'y pense même pas.


Miroku baissa aussitôt sa main.


- Je n'y pensais déjà plus.


- Tu y as pensé.


- Et j'ai aussitôt regretté.


- Bien.


Elle lui prit presque le parapluie des mains pour le remettre droit.


Il n'eut pas le temps d'ajouter autre chose.


Shippō surgit entre les maisons, trempé jusqu'aux oreilles. Ses cheveux roux collaient à son front, et sa queue de renard traînait presque dans la boue. Il glissa, se rattrapa de justesse, puis courut vers eux.


- Sango ! Miroku !


Sango se redressa aussitôt.


- Shippō ?


Le petit kitsune s'arrêta devant eux, haletant, les mains crispées contre son vêtement détrempé.


- Kagome... Kagome a été enlevée !


Miroku se raidit.


- Quoi ?


- Elle sortait du puits ! Plusieurs yōkai sont arrivés ! J'ai rien pu faire !


Le visage de Sango se tendit aussitôt.


- Quels yōkai ?


La porte de la hutte s'ouvrit violemment.


- Kagome ?!


Inuyasha surgit sous la pluie avant même que Shippō ait le temps de répondre.


Ses yeux parcoururent aussitôt le village, tendus, féroces.


- Qu'est-ce qui s'est passé ?!


Shippō sursauta.

Le hanyō était déjà devant lui.


- QUI a pris Kagome ?!


Sa voix claqua si fort que Shippō recula.


- Des yōkai panthères, je crois...


Miroku échangea un regard rapide avec Sango.


Inuyasha huma l'air et bondit.


La boue éclata sous ses pieds tandis qu'il disparaissait déjà entre les arbres.


---


La pluie venait de cesser.


L'eau tombait encore des branches par gouttes irrégulières.


Mayoiga avançait seule.


Ses cheveux noirs, encore mouillés, collaient par endroits contre ses joues, sa nuque et le violet assombri de son kimono.


Le sentier longeait un petit autel abandonné.


Une statue bouddhiste se tenait là, à demi mangée par la mousse, les traits effacés par le temps. Des offrandes anciennes, noircies par la pluie, reposaient encore à ses pieds.


Mayoiga ralentit à peine.


Puis son corps s'arrêta.


Pas par choix.


Ses muscles se fermèrent avant même qu'elle comprenne ce qui venait de changer dans l'air.


Ses doigts ne répondirent plus.


Derrière elle, une présence apparut.


Elle ne le vit pas d'abord. Elle perçut seulement l'odeur de la pluie troublée par le miasme, puis cette voix basse, qui sembla venir tout près de son épaule.


- Tu es retournée vers Sesshōmaru malgré ce qu'il t'a fait.


- Ne parle pas de lui.


Mayoiga ne tourna pas la tête.


Elle ne le pouvait pas.


Naraku se tenait derrière elle, vêtu de son kimono bleu sombre.


La statue couverte de mousse demeurait devant eux, impassible, les yeux effacés tournés vers le vide.


- Je dois reconnaître que je ne m'y attendais pas, reprit-il. Je croyais que tu voulais lui retirer le droit de te condamner.


Mayoiga garda le visage tourné vers le sentier. Ses traits s'étaient durcis.


- C'est ce que j'ai fait.


- Non. Tu es retournée chercher son regard.


- Relâche-moi.


- J'aurais dû comprendre...


Sa voix descendit légèrement.


- Il est naturel de revenir vers ce qui nous est familier lorsqu'on commence à vaciller.


Le regard de Mayoiga se durcit brutalement.


- Je t'interdis de-


Les mots se formèrent avec netteté dans sa pensée, mais elle ne parvint pas à terminer sa phrase.


Alors seulement, elle comprit que Naraku ne retenait pas seulement ses mouvements.


Il avait aussi posé sa volonté sur sa voix.


Il poursuivit.


- La même lignée que ton maître. Le même sang...


Plus rien ne troubla l'air pendant un instant.


Naraku demeurait derrière elle, silencieux.


Puis quelque chose se déploya.


Six pattes sombres jaillirent lentement de son dos, longues, articulées, luisantes sous la faible lumière.


Mayoiga les vit dans le bord de son regard.


Elles s'ouvrirent autour d'elle, sans la toucher d'abord. Puis leurs pointes se tournèrent toutes vers le même endroit.


Le fragment dans son buste.


Naraku ne parla pas.


Les pattes se rapprochèrent de la lueur enfouie sous sa chair.


Puis elles s'arrêtèrent soudainement.


L'air vibra.


Pendant une fraction de seconde, le visage de Naraku se durcit.


Puis cela s'effaça.


Son expression s'adoucit de nouveau, sans sourire.


Les pattes insectoïdes demeurèrent immobiles un instant encore, suspendues autour de Mayoiga comme une menace qui refusait de s'avouer inachevée.


Puis elles se replièrent lentement dans l'ombre de son dos.


Naraku baissa légèrement la tête.


- Même maintenant, je ne peux me résoudre à te perdre.


Sa voix resta calme.

Parfaitement tenue.


Alors seulement, ses bras humains passèrent autour d'elle.


Le geste était lent, contenu, d'une douceur trop exacte pour être innocente.


Ses mains se posèrent sur ses épaules, puis se refermèrent juste assez pour rappeler à son corps immobile qu'il était encore là ; derrière elle, autour d'elle, plus proche encore que la menace qu'il venait de retirer.


Naraku inclina le visage vers sa nuque.

Sa joue vint se poser contre ses cheveux humides.


Puis il demeura ainsi, l'enlaçant.


Son regard resta perdu au-delà des arbres, immobile, traversé par une pensée qu'il ne formulait pas.


Mayoiga, figée par son pouvoir, ne pouvait que tourner les yeux vers lui.


Elle ne comprenait pas encore.


Pas entièrement.


Elle ne vit que le calme revenu, la proximité imposée, et cette phrase presque douce qui avait sonné moins comme un aveu que comme une chaîne.


Ils restèrent ainsi.


Naraku dans son dos.

Ses bras autour d'elle.

Son visage près de sa nuque.


Et entre eux, invisible, le fragment toujours là.



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