La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 33 : La colère de Tōkijin

2473 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 26/04/2026 11:36

Le sentier grimpait entre les rochers, étroit et accidenté.


Sango avançait, une main sur le guidon du vélo rose de Kagome.


Devant elle, Miroku ouvrait la marche, son bâton aux anneaux serré dans sa main.


Accroché à son col, Myōga se cramponnait nerveusement, ses petits yeux fouillant les sous-bois comme s’ils cherchaient déjà une menace invisible.


Plus bas sur le sentier, Kirara suivait sous sa grande forme, silencieuse.


— Si Ginta a fait tout ce chemin, dit Sango, la blessure de Kōga doit être grave.


Miroku ne ralentit pas.


— Oui. Kōga n’appellerait pas à l’aide pour une simple blessure.


Myōga se redressa brusquement.


— Inuyasha et Kagome auraient dû rester avec nous, geignit-il. Nous ignorons encore ce qui a attaqué ce jeune chef loup. Il était imprudent de nous séparer.


Sango lui jeta un regard en biais.


— Tu veux dire : imprudent pour toi.


Myōga se tassa aussitôt contre l’épaule du moine.


— Cela ne rend pas mon raisonnement moins juste.


Le vent glissa entre les pins.


Puis un bourdonnement s’éleva.


Miroku s’immobilisa.


Des saimyōshō glissaient entre les pins.


Myōga blêmit.


— Naraku…


Miroku plissa les yeux.


D’autres sons montèrent bientôt au-delà des pins, des hurlements de loups, trop rauques, trop tendus pour être des appels de chasse.


Sango qui avait déjà laissé le vélo, bondit sur un bloc de pierre pour mieux voir.


Son visage se ferma aussitôt.


— Là-bas.


Miroku suivit son regard.


Sur le flanc opposé de la montagne, une masse obscure progressait vers la grotte.


Les créatures escaladaient les rochers, s’agrippaient aux racines, se heurtaient dans une agitation grouillante, presque sans forme.


Une marée vivante convergeant vers la tanière des loups.


— Ils encerclent le repaire, dit Sango.


Miroku porta une main à son rosaire.


Mais déjà les saimyōshō tourbillonnaient plus bas, entre eux et la pente, comme un barrage vivant.


Il serra les dents.


Impossible d’ouvrir le Kazaana avec ces insectes.


Il tourna légèrement la tête.


— Maître Myōga, savez-vous si—


Il s’interrompit.


Son épaule était vide.


Sango regarda un instant le col désert du moine, puis lâcha avec un soupir :


— Il s’est enfui.


Miroku inclina à peine la tête.


— Avec une rapidité remarquable.


Un grondement éclata derrière eux.


Sango pivota d’un mouvement sec.


Trois créatures difformes jaillirent du couvert des arbres, les crocs découverts.


Kirara bondit avant même que Sango n’ait saisi son arme.


Elle percuta la première créature de plein fouet et l’envoya s’écraser contre la paroi rocheuse. La seconde tenta de se faufiler sous elle, et déjà d’autres silhouettes coulaient entre les troncs.


— Kirara !


Sango arracha Hiraikotsu à son dos.


Le boomerang géant fendit l’air dans un sifflement lourd.


Il frappa deux yōkai de front, les projeta contre les rochers dans un craquement brutal, puis revint tournoyer vers sa main.


Une brèche s’ouvrit.


Et se referma presque aussitôt.


D’autres créatures grimpaient par les talus, rampaient entre les racines, surgissaient des broussailles.


Le sentier semblait vivant de formes hostiles.


Miroku fit pivoter son bâton entre ses mains.


Les anneaux tintèrent sèchement.


Un son mince, presque fragile au milieu du tumulte.


Mais son regard, lui, s’était durci.


---


Mayoiga avançait entre les pins sans suivre le sentier.


La pente montait vers le repaire des loups, mais ni les cris ni le tumulte du combat ne guidaient ses pas.


Elle suivait une odeur.

Celle d’Inuyasha.


Par instants elle s’arrêtait à peine, corrigeait sa direction.


Puis quelque chose changea.


L’odeur se rapprochait. Vite. Très vite.


Il venait vers elle.


Mayoiga s’immobilisa.

Ses doigts se refermèrent sur la garde.


Dans un souffle froid, Tōkijin quitta le fourreau.


L’air sembla se tendre.


Presque au même instant, Inuyasha jaillit entre les pins.


Il atterrit sur une pierre plate dans un froissement de poussière, Tessaiga déjà en main.


Son regard s’était durci avant même de reconnaître son adversaire.


Puis ses yeux tombèrent sur la lame de la daiyōkai.

Il se figea une fraction de seconde.


— Tōkijin…


Sa prise se resserra aussitôt sur Tessaiga.


— Qu’est-ce que tu fous avec l’épée de Sesshōmaru ?


Mayoiga ne répondit pas.

Elle l’observait.


Rien en lui ne rappelait la tenue d’Inu no Taishō.


Là où son maître demeurait droit et silencieux dans sa puissance, Inuyasha se tenait ramassé, le visage tiré par la colère.


Et pourtant Tessaiga s’était ouverte dans sa main.


— Montre-moi ce qu’il a choisi de sauver.


Inuyasha montra les crocs.


— C’est quoi ton problème ? J’suis pas là pour te prouver quoi que ce soit.


Tōkijin se leva.


L’air changea aussitôt.


La lame vibra, comme si le yōki enfermé dans son acier s’éveillait face à Tessaiga.


Inuyasha planta ses appuis.


Mayoiga attaqua la première.


Le choc éclata aussitôt.


Tōkijin heurta Tessaiga de plein fouet.


Inuyasha serra les dents.

Il la repoussa brutalement.


Elle revint sans rupture.


Deux, trois échanges fulgurants. Acier contre acier.


Une taille manqua Inuyasha de peu et éventra un pin derrière lui.


Il força soudain sur Tessaiga, prit l’ouverture et rabattit la lame contre le sol.


La pierre éclata.


Une onde jaune déchira la terre vers Mayoiga.


Elle s’effaça au dernier instant.


L’attaque pulvérisa deux pins dans un déluge d’éclats.


Il y eut un silence bref.


Puis Mayoiga abaissa légèrement Tōkijin et frappa le vide.


Des traits de pression jaillirent.


Inuyasha bondit.


Trop tard.


L’un lui ouvrit le bras.


Un second entailla son flanc.


Il planta Tessaiga devant lui.


Les impacts martelèrent l’acier en rafales sèches, le repoussant dans la terre.


Mayoiga avança avec ce calme terrible des êtres qui n’ont pas besoin de se hâter.


---


Kirara jaillit au-dessus des pins dans une traînée de flammes.


Sango était accroupie sur son dos, Hiraikotsu déjà en main ; derrière elle, Miroku se tenait à sa fourrure.


Le repaire des loups apparut.


L’entrée grouillait de yōkai que la meute contenait à grand-peine.


Sango lança Hiraikotsu sans attendre.


Le boomerang fendit l’air dans un grondement lourd et balaya l’ouverture, projetant plusieurs démons contre la pierre.


Kirara atterrit devant la grotte, tandis que Miroku sautait à terre.


Kagome surgit aussitôt de l’entrée, arc en main.


— Kōga est blessé. Il tient à peine debout.


Sango rattrapa Hiraikotsu.


— Où est Inuyasha ?


Un choc retentit au loin, suivi du craquement sec d’un tronc qui cédait. Kagome tourna aussitôt la tête vers les arbres.


— Il est parti seul. Il a senti Mayoiga.


Miroku se figea.


— La daiyōkai…


— Il l’a éloignée de la grotte. Si elle arrive jusque ici, les parois deviendront un piège.


Un nouveau grondement roula dans la forêt.

Kagome resserra sa prise sur son arc.


— Je vais le rejoindre.


Sango fit un pas.


— Je viens avec toi.


Kagome secoua la tête.


— Non. Restez ici. Si les démons entrent, Kōga et sa meute sont perdus.


Miroku se plaça près de Sango, bâton levé.


— Nous tiendrons l’entrée.


Sango hocha la tête, le regard inquiet.


— Va. Mais sois prudente.


Kagome acquiesça et s’élança entre les pins, guidée par les échos du combat et les traces ouvertes dans la terre.


Elle n’avait pas fait dix pas qu’un poids minuscule atterrit sur son épaule.


— Kagome-sama ! Attendez-moi !


Myōga s’agrippa à son col.


Kagome ne ralentit pas.


— Myoga !


Il huma l’air.


— Oui… c’est bien elle.


Kagome tourna brièvement la tête.


— Mayoiga ?


— Oui.


Un choc sourd secoua de nouveau la forêt. Myōga se crispa sur son épaule.


— Ces deux-là n’auraient jamais dû croiser le fer…


Kagome allongea sa foulée.


— Tu as peur pour Inuyasha ?


Myōga garda le silence un instant.

Puis, répondit, plus bas :


— Pour eux deux.


Kagome lui jeta un bref regard.

Le vieux yōkai fixait les arbres devant eux, le visage grave.


Un nouveau grondement traversa la forêt.

Sans un mot, Kagome accéléra encore.


---


Le large sentier s’enfonçait sous les arbres.


Sesshōmaru avançait en tête, silencieux.


Derrière lui, Ah-Un suivait d’un pas lent, ses deux têtes balayant la forêt. Rin était assise sur son dos, les mains posées contre son encolure.


Un peu plus bas, Jaken trottinait en serrant son bâton contre lui.


Il leva les yeux vers son maître.


— Sesshōmaru-sama… je me faisais une réflexion d’ordre stratégique.


Aucune réponse ne vint.


Jaken y vit un encouragement.


— Depuis la perte de Tōkijin, peut-être serait-il judicieux d’envisager la création d’une nouvelle épée.


Il redressa fièrement le menton.


— Bien sûr, non que vous en ayez besoin ! Votre puissance transcende les armes ! Mais si jamais ce misérable Inuyasha venait encore brandir Tessaiga sous votre noble nez—


Il s’interrompit net.


Son visage se décomposa.


— Enfin… je ne veux pas dire que Tessaiga représente une menace !


Il agita les mains avec panique.


— Ni que ce hanyō puisse rivaliser avec vous ! Ni que vous ayez besoin d’une épée ! Je voulais seulement dire que… que…


Il blêmit davantage.


Rin pencha légèrement la tête.


— Jaken-sama, dit-elle doucement. Tu devrais arrêter de parler.


Jaken se raidit.


— Petite insolente ! Ne—


Sesshōmaru s’arrêta.


Jaken se figea.


Le silence tomba d’un seul coup.


Même les feuilles semblèrent retenir leur bruissement.


Sesshōmaru tourna légèrement la tête.


Jaken déglutit.


— S-Sesshōmaru-sama… je vous assure que jamais je n’oserais comparer votre force à celle d’Inuyasha…


La main de Sesshōmaru se leva.


Jaken poussa un cri et se recroquevilla sur lui-même.


— Grâce ! Épargnez votre humble serviteur !


Un trait lumineux fendit l’air au-dessus de lui.


Quelque chose tomba des branches.


Un saimyōshō, tranché net en deux.


Jaken resta bouche ouverte.


— Un… un insecte de Naraku ?


Un bourdonnement surgit derrière lui.


Jaken fit volte-face en hurlant et brandit son bâton.


— Misérable vermine !


La tête de femme en bois cracha une flamme.


Le saimyōshō s’embrasa, puis s’écrasa, noirci, parmi les feuilles mortes.


Rin se pencha avec admiration.


— Jaken-sama, tu l’as eu.


Jaken gonfla aussitôt la poitrine.


— Évidemment ! Un insecte pareil n’avait aucune chance contre moi !


Puis, plus bas, en jetant un regard prudent vers Sesshōmaru :


— …même si Sesshōmaru-sama l’avait vu avant moi.


Sesshōmaru ne répondit pas.


Son regard s’était déjà détourné et fixait un point au-delà des arbres.


Une autre odeur venait de traverser l’air.


Du sang.

Celui d’Inuyasha.

…et pas seulement.


Ses yeux se plissèrent.


Ce n’était presque rien. Un infime durcissement de son visage.


Mais Jaken le vit.


Et toute sa fierté s’effondra aussitôt.


— Sesshōmaru-sama… ?


La voix de Sesshōmaru tomba, froide et calme.


— Jaken.


— Oui !


— Protège Rin. Ne bougez pas d’ici.


Jaken s’inclina si vite qu’il manqua basculer en avant.


— Bien sûr ! Naturellement ! Personne ne passera tant que Jaken veille !


Rin ne dit rien.


Elle observait Sesshōmaru.


Quelque chose venait de se fermer autour de lui. Une froideur plus dense que le silence, plus tranchante que l’air de la forêt.


L’instant suivant, une lueur pâle l’enveloppa.


Son corps sembla se dissoudre dans cette clarté, puis disparut entre les arbres en une traînée lumineuse.


Jaken resta pétrifié.


— S-Sesshōmaru-sama !


Ah-Un gronda doucement.


Rin fixait encore l’endroit où il avait disparu.


— Jaken-sama.


— Quoi ?


— Il avait l’air en colère.


Jaken ouvrit la bouche pour protester.


Puis la referma.


Son regard glissa vers les arbres, là où la lumière de Sesshōmaru s’était évanouie.


Quand il parla, sa voix était presque un murmure.


— ...Ce n’est pas bon.


---


Autour d’eux, les pins portaient de longues entailles nettes ; la roche fendue exhalait encore la poussière des impacts.


Le souffle d’Inuyasha était devenu plus lourd.


Son vêtement rouge était ouvert en plusieurs endroits, traversé d’entailles où le sang assombrissait le tissu.


Une coupure longeait sa joue, une autre son flanc, et son bras blessé tremblait presque imperceptiblement sous le poids de Tessaiga.


Mais il tenait toujours.


Face à lui, la manche de Mayoiga était fendue à l’épaule. Le sang avait noirci le violet du tissu et coulait le long de son bras, sans qu’elle y prête la moindre attention.


Son maintien demeurait droit.


Leurs lames croisées grinçaient l’une contre l’autre.


Dans l’éclat de Tessaiga, un souvenir frappa Mayoiga.


La fourrure blanche dans le vent.

La main d’Inu no Taishō refermée sur cette même garde.


Son maître portait cette lame avec la souveraineté d’une force immobile.


Inuyasha, lui, la brandissait comme une bête acculée qui montre les crocs.


Rien n’aurait dû les rapprocher.


Et pourtant, dans ces cheveux blancs battus par le souffle du choc, dans ces yeux d’or fixés sur elle sans plier.


Une ressemblance affleura, brève, insupportable.


Comme si quelque chose de son maître survivait là, défiguré.


— Pourquoi te l’a-t-il laissée ?


— J’en sais rien. J’ai pas à te donner une raison.


Une fêlure passa dans le regard de Mayoiga.


— Il y a si peu de lui en toi… et pourtant il t’a choisi.


Inuyasha montra les crocs.


— T’es vraiment restée coincée là-dessus.


Mayoiga rompit le contact des lames et recula d’un bond.


Tōkijin s’abaissa.


Cette fois, l’air ne vibra pas ; il se contracta.


Une lumière bleue courut le long de la lame, d’abord mince, presque contenue. Puis elle enfla brutalement, avalant la pénombre entre les arbres.


Les troncs, les pierres, la poussière en suspension : tout prit une teinte d’azur.


Inuyasha resserra sa prise sur Tessaiga.


Le yōki se vrilla au-dessus de Tōkijin, prenant l’apparence fugitive d’un dragon bleu.


Les cheveux noirs de Mayoiga se soulevèrent autour de son visage.


Son épaule saignait encore, mais elle ne sembla même plus le sentir.


Ce n’était plus seulement du jugement dans son regard.


C’était une colère nue.



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