La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 34 : Profanation

1423 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 27/04/2026 20:19

Le dragon bleu se rua sur lui.


Inuyasha planta ses pieds dans la terre et leva Tessaiga à deux mains.


Le vent se leva autour de la lame, brutal, chargé d'énergie lumineuse. Les lignes de faille apparurent une fraction de seconde devant lui, tremblantes, prises dans la lumière azurée qui dévorait déjà l’espace.


— Kaze no—


Il n’eut pas le temps d’achever.


L’attaque de Mayoiga s’abattit.


La lumière bleue engloutit le sous-bois.


Le choc arracha les racines, lacéra la terre en longues griffures et brisa les troncs sur son passage. Tessaiga résista un instant, énorme entre les mains d’Inuyasha, puis le souffle le traversa comme une vague de pierre.


Ses pieds quittèrent le sol.


Il fut projeté en arrière, heurta un rocher avec violence et retomba lourdement dans la poussière.


— Inuyasha !


La voix de Kagome déchira le fracas.


Elle venait d’apparaître entre les arbres, haletante, l’arc serré dans une main. Myōga s’agrippait à son épaule, livide.


La poussière retombait lentement.


Inuyasha gisait au sol, son haori rouge déchiré, le souffle court. Sa main chercha Tessaiga à tâtons.


Elle n’y trouva rien.


Plus loin, la lame était retombée dans l’herbe, revenue à sa forme rouillée.


Kagome sentit son sang se glacer.


— Non…


Inuyasha tenta de se redresser sur un coude. Son bras céda presque aussitôt.


— Tch…


Mayoiga avançait déjà, Tōkijin en main, encore parcourue de reflets bleus. Son épaule saignait, mais son regard ne quittait plus Inuyasha.


Il n’y avait plus d’épreuve dans sa démarche.


Plus de question.


Seulement la décision d’aller jusqu’au bout.


Kagome encocha une flèche.


— N’approche pas !


Mayoiga ne tourna même pas la tête.


Kagome tendit la corde.

Puis elle sentit soudain son épaule devenir légère.

Elle baissa les yeux une fraction de seconde.

Myōga venait de bondir.


La petite voix du vieux yōkai s’éleva devant Mayoiga.


— Mayoiga-sama…


La daiyōkai s’arrêta à quelques pas d’Inuyasha.


Tessaiga gisait trop loin.


Inuyasha leva les yeux vers elle, les dents serrées, trop blessé pour se relever à temps.


Mayoiga le regarda.


— Inu no Taishō... s’est trompé.


Alors seulement Tōkijin se leva.


La pointe de la lame capta le dernier éclat bleu qui flottait encore dans l’air.


— Mayoiga-sama ! Arrêtez !


Mayoiga abaissa lentement les yeux vers Myōga. 


— La Mayoiga que j’ai connue honorait profondément Inu no Taishō. Je sais que sa mort vous a dévastée… mais votre douleur vous aveugle-t-elle au point de vouloir tuer son fils ?


La lame demeura suspendue.

Le vieux yōkai poursuivit :


— Il a choisi de mourir pour cet enfant. Et vous… vous voudriez rendre ce choix vain ?


Mayoiga ne bougea pas.


Ses doigts demeuraient refermés sur Tōkijin. 


Puis quelque chose passa dans son regard.


Pas de remords. Pas de douceur.


Plutôt une absence soudaine, comme si la pensée qui avait porté son geste venait de rencontrer un vide.


Le choix de son maître...


La pointe de Tōkijin trembla imperceptiblement.


Mayoiga baissa les yeux vers Myōga.


Le vieux yōkai était minuscule devant elle. Il tremblait encore, mais il ne s’était pas écarté.


Il n’ajouta rien.


Il n’en eut pas besoin.


La lame descendit de quelques pouces.


Ce ne fut pas un renoncement.

Seulement la perte brusque d’une certitude.

Comme si le bras qui portait Tōkijin ne savait plus exactement au nom de quoi il devait frapper.


Kagome retint son souffle.

Inuyasha, au sol, serra les dents.


L’air changea.


Myōga se figea. Ses yeux s’agrandirent.


— Non…


Une voix tomba derrière Mayoiga.


— Assez.


Elle reconnut cette présence avant de se retourner.


Trop tard.


Une main se referma sur sa gorge.

L’instant d’après, ses pieds quittèrent le sol.


Sesshōmaru la souleva d’un seul mouvement, sans effort visible, comme si son poids n’existait pas.


Kagome poussa un cri étouffé.


— Sesshōmaru !


Il ne la regarda pas.


Il ne regarda pas davantage Inuyasha.


Son regard demeurait fixé sur Mayoiga, immobile, glacé, sans la moindre trace d’emportement.


Mayoiga resta suspendue au-dessus du sol, la gorge prise dans sa main.


Elle aurait pu lever la lame. Elle aurait pu frapper.


Mais ses doigts se desserrèrent avant même que le geste ne naisse.


Tōkijin glissa de sa main.


La lame tomba dans les feuilles avec un son mat.


Personne ne bougea.


Le regard de Mayoiga rencontra celui de Sesshōmaru.


Et, dans cette immobilité, quelque chose de plus terrible qu’un combat se joua.


Il ne venait pas l’affronter.


Il venait la condamner.


Les doigts de Sesshōmaru se resserrèrent autour de sa gorge.


Son visage de Mayoiga demeura fermé, presque intact.


— Sesshōmaru, arrêtez !


La voix de Kagome fendit enfin le silence.


— Elle avait baissé son épée !


Elle n'obtint aucune réponse.


Même Inuyasha, à demi relevé sur un coude, resta immobile.


Sesshōmaru ne détourna pas les yeux.


Suspendue dans sa main, Mayoiga ne luttait toujours pas. Ses cheveux noirs retombaient autour de son visage pâle ; quelques mèches collaient à ses joues rayées, salies de sang et de poussière.


Ses traits demeuraient fermés, presque intacts.


Seul son regard trahissait la fissure.


Ni défi. Ni supplication.

Quelque chose de plus nu.


Comme si elle se tenait devant son jugement. Et acceptait sa sentence.


Le silence entre eux prit un poids presque insoutenable.


Puis les doigts de Sesshōmaru se desserrèrent.


Pas brusquement.


Comme une décision inversée.


Il relâcha sa gorge sans baisser la main.


Mayoiga chuta à genoux, puis resta assise dans les feuilles, le souffle coupé.


Elle ne se releva pas.


Ne porta même pas la main à sa gorge.


Ne chercha pas Tōkijin.


La lame gisait à quelques pas, silencieuse parmi les feuilles mortes.


Sesshōmaru resta debout devant elle.


Dominant.


Ils se regardèrent sans un mot.


Dans ce silence, Kagome eut l’impression que quelque chose passait entre eux qu’elle ne pouvait pas atteindre : une ancienne dette, un jugement, peut-être le reste d’un monde dont Inu no Taishō avait été le centre.


Myōga n’osait respirer.


Kagome non plus.


Même Inuyasha se tut.


Puis Sesshōmaru parla, très bas.


— Ne profane plus son choix.


Mayoiga ne répondit pas.

Son regard se détourna.


Puis une lueur blanche s’éleva autour d’elle.


Fine d’abord, presque une buée, puis plus dense.


Le yōki pâle enveloppa sa silhouette. 


La lumière se resserra.


Et Mayoiga disparut.


Le vide qu’elle laissa sembla agrandir le silence.


Longtemps, personne ne parla.


Puis Sesshōmaru baissa enfin les yeux.


Tōkijin gisait dans les feuilles.


Il se pencha, puis referma la main sur la lame.


Un instant, il la contempla sans rien dire.


Puis la passa à sa ceinture.


Le geste fut lent.


Précis.


Presque cérémoniel.


Inuyasha s’était redressé sur un coude.


Il grimaça, et cracha un peu de sang.


Puis, avec cette maladresse brusque qui lui appartenait :


— …Sesshōmaru.


Il n'obtint pas même un regard.


Il serra les dents, comme irrité d’avoir commencé.


— Tch. Je…


Le mot sembla lui coûter davantage qu’une blessure.


— …merci.


Le silence parut se durcir.


Kagome retint son souffle.


Myōga cligna des yeux.


Sesshōmaru tourna légèrement la tête, pas assez pour vraiment lui faire face.


Son profil demeura froid.


— Ne te méprends pas.


Sa voix tomba sans colère.


— Je ne suis pas venu sauver ta vie.


Il y eut un court silence.


— Si tu dois mourir, ce ne sera pas par une erreur née d’une profanation.


Ses yeux glissèrent vers Tessaiga au sol, puis revinrent à Inuyasha.


— Un jour, je te tuerai moi-même.


La phrase tomba sans colère, comme une évidence ancienne.


Inuyasha eut un rictus fatigué.


— Keh… t’as pas changé.


Mais quelque chose, malgré lui, dans sa voix avait perdu son agressivité.


Sesshōmaru ne répondit pas.


Son regard se porta un instant vers l’endroit où Mayoiga avait disparu.


Presque rien ne traversa son visage, pourtant quelque chose en lui s’était refermé.


Puis une lueur pâle l’enveloppa.


Et il disparut entre les arbres.


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