La dernière disciple d'Inu no Taishō
La cloison de papier était entrouverte.
Mayoiga n'était pas encore entrée.
Elle observait.
À travers la trame pâle, la silhouette de Naraku se découpait, droite, immobile. Une lame reposait dans sa main, tenue sans effort, comme un prolongement de son bras.
- Entre.
Il n'éleva pas la voix.
Mayoiga fit glisser la cloison et entra.
Naraku ne se retourna pas.
Son kimono était défait, le haut attaché sur ses hanches. La lumière de la bougie soulignait la tension de son dos.
Puis elle la vit.
Au centre de ses omoplates, une cicatrice venait d'apparaître.
Elle ne restait pas en place.
Elle glissait sous la peau, lentement, comme si la chair refusait de la fixer.
Les lignes pâles se déformaient, se repliaient, hésitaient.
Puis, peu à peu, la cicatrice reprit une forme que Mayoiga connaissait.
Celle d'Onigumo.
Son regard s'y fixa.
Le silence changea
Naraku inclina légèrement la tête, comme s'il avait perçu cet arrêt.
Puis il se retourna.
Il ne chercha pas à se couvrir.
Son regard passa sur elle, froid, précis, et s'attarda sur sa silhouette.
- Alors, tu l'as revu.
Les mot tombèrent doucement.
- Le fils de ton maître.
Il marqua un très léger temps, ses yeux toujours fixés sur elle.
- As-tu reconnu en lui l'héritier que tu admirais ?
Mayoiga ne détourna pas le regard.
- Sesshōmaru reste plus puissant que ce que l'amas qui te compose ne pourra jamais devenir.
Un silence suivit.
Naraku répondit sans élever la voix :
- Puissant, et pourtant...
Il fit un pas.
- Il m'a suffi d'une enfant pour le désarmer.
Naraku avança encore, lentement, comme si la distance entre eux n'avait jamais eu vocation à se maintenir.
Il s'arrêta près d'elle.
Trop près.
La ligne de ses épaules, la proximité de son torse réduisaient l'espace à presque rien.
Mayoiga ne recula pas.
Mais son corps, lui, se souvint.
De l'arrêt.
De l'impossibilité de répondre face au Kaze no Kizu.
De cet instant où sa volonté n'avait plus suffi.
En tanta de ne rien laisser paraître.
Naraku ne la quitta pas des yeux.
Il n'avança pas davantage.
Il n'en avait pas besoin.
Son attention glissa vers la garde de l'épée.
Ses doigts s'élevèrent, effleurant à peine le fourreau, puis suivirent lentement la ligne du métal.
- Tōkijin est à toi, Mayoiga.
Un silence s'installa.
Ses yeux revinrent aux siens.
- Voyons jusqu'où elle te mènera.
L'instant resta suspendu.
Puis Naraku se détourna et s'éloigna.
Mayoiga ne bougea pas immédiatement.
Sa respiration ne retrouva pas tout de suite son rythme.
Ses doigts se refermèrent contre sa paume, plus fermement qu'elle ne l'aurait voulu.
Puis elle se détourna à son tour, et sortit.
Kagura se tenait dans les hauteurs, immobile entre les branches.
Le mouvement attira son regard.
Mayoiga traversa la cour.
Kagura suivit sa trajectoire des yeux.
La daiyōkai franchit la limite du domaine.
La barrière ne réagit pas.
Pas la moindre résistance.
Sa silhouette se troubla, avalée par la distorsion de l'air.
Kagura resta immobile.
Ses doigts se refermèrent sur son éventail.
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Quelques toits de chaume disparaissaient entre les arbres, mangés peu à peu par la pente du sentier.
Devant eux, la forêt se refermait en une masse plus sombre.
Ils n'étaient pas partis sans motif.
Une jeune villageoise les avait arrêtés à la sortie du chemin, les mains encore tremblantes contre son tablier. Une entaille fine courait le long de son avant-bras.
- C'était un insecte, avait-elle soufflé. Mais... bien trop grand. Et il parlait.
Miroku s'était aussitôt approché d'elle avec cette gravité parfaitement dosée qu'il prenait en présence des jolies femmes. Son regard s'était arrêté sur la blessure, puis sur son visage.
- Quelle chose cruelle que d'oser blesser une personne aussi charmante.
Il avait pris sa main entre les siennes avec un sérieux impeccable.
- Soyez rassurée. Je me chargerai personnellement de ce yōkai.
La jeune femme avait rougi.
- Vraiment... ?
- Bien sûr, avait répondu Miroku sans hésiter. Mais avant cela...je dois vous poser une question. Accepteriez-vous de porter mon enfant ?
Le coup de Sango l'avait atteint à l'arrière du crâne avec une précision désormais bien rodée.
- MIROKU !
Le moine s'était plié en deux dans un gémissement pendant qu'Inuyasha levait les yeux au ciel.
- Feh. Il changera jamais.
À présent, ils avançaient sous les arbres.
Inuyasha marchait en tête, les mains glissées dans ses manches rouges, le nez légèrement relevé.
Kagome suivait à sa gauche, une main près de son arc, attentive au moindre changement dans l'air. Miroku avait retrouvé sa contenance et refermait la marche.
La forêt n'avait rien de naturel.
Les racines tordues disparaissaient sous les feuilles en décomposition. Par endroits, le sol semblait remué de l'intérieur.
Inuyasha ralentit.
- Tch... C'est pas un seul démon. Je sens plusieurs présences...
Miroku promena son regard sur les branches basses.
Un frémissement traversa les feuilles mortes.
Kagome s'arrêta la première.
- Attendez...
Le sol se souleva. Un insecte noir jaillit d'un tas de feuilles. Puis un autre tomba d'un tronc creux. Puis trois encore surgirent des racines, des branches, de la terre elle-même.
Ils étaient énormes, gros comme des chiens, luisants d'une humidité malsaine. Leurs mandibules s'ouvraient et se refermaient avec un bruit de ciseaux.
En quelques secondes, la troupe fut encerclée.
Les insectes ne chargèrent pas tout de suite. Ils tournoyaient autour d'eux nerveux.
Puis leurs voix montèrent, grinçantes mais intelligibles.
- Je sens les fragments.
- Ils sont à nous.
- Donne-les !
Kagome porta instinctivement la main à son cou.
- Ils parlent de la Perle...
- Évidemment, grogna Inuyasha. Ces saletés ne veulent jamais autre chose.
L'essaim se resserra brusquement.
Miroku écarta légèrement son manteau.
- Reculez.
Il arracha le tissus qui recouvrait sa main droite.
- Kazaana !
Le vortex noir s'ouvrit aussitôt dans un souffle violent, arrachant à la fois les insectes et les feuilles mortes au sol. Les créatures furent rapidement happées ; leurs ailes battirent furieusement avant de disparaître dans le vent. En quelques secondes, une trentaine de formes sombres furent aspirées dans le tourbillon.
Inuyasha resta tourné vers l'avant, les oreilles droites.
- Y en a encore un.
Ils avancèrent.
Une clairière s'ouvrit devant eux. Le sol, maintenant vidé de toutes feuilles y était noir, tassé.
Au centre se dressait une vieille souche creuse. Des fissures noires couraient tout le long de sa surface.
Quelque chose remuait dans sa profondeur.
Kagome s'avança.
La voix râpeuse s'éleva de la souche.
- Je sens la perle...
Un œil apparut entre deux fissures, humide. Il se fixa sur Kagome.
- Tu es revenue...
Il y eu un silence.
- Non.
Le ton changea immédiatement.
- Ce n'est pas toi.
À l'intérieur de la souche, la matière s'agita avec violence. Des insectes se heurtèrent les uns aux autres, comme pris d'un même accès de rage.
- Celle qui maîtrisait le vent m'a montré un fragment. Elle m'a parlé d'un corps. Elle m'a parlé d'un marché.
Le bois craqua.
- Elle n'a pas tenu sa parole.
Les fissures s'ouvrirent davantage.
- Alors je prendrai moi-même ce qu'il me revient !
Kagome recula d'un pas.
- De quoi il parle... ?
Miroku ne la quitta pas des yeux.
- Peu importe. Il vise les fragments.
Une masse compacte d'insectes jaillit hors du bois, trop dense pour former un simple essaim, trop instable pour devenir un véritable corps.
La voix en sortit, plus forte cette fois.
- ILS SONT À MOI !
Elle fondit droit sur Kagome.
Inuyasha dégaina Tessaiga dans le même mouvement. La lame se transforma aussitôt, s'allongeant dans un éclat.
- Tu veux les prendre ? Essaie donc !
Tessaiga fendit l'air.
La déchirure d'énergie traversa la clairière dans un grondement brutal.
La masse d'insectes fut frappée de plein fouet. Elle éclata aussitôt, dispersée dans le souffle comme une poignée de cendres vivantes. La souche elle-même se fendit dans un craquement sec, puis s'effondra.
Le silence retomba d'un coup.
Inuyasha rengaina Tessaiga avec un reniflement agacé.
- Tch. Même pas un vrai combat.
Kagome resta immobile, la main toujours posée sur ses fragments.
- Il a parlé d'une femme qui maîtrise le vent.
Inuyasha tourna la tête vers les arbres autour de lui. Son expression s'était durcie.
- C'était sûrement Kagura.
Sa voix se fit plus sèche.
- Encore un sal coup de Naraku.
Le silence revint entre les cèdres.