La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 17 : Le regard de Kagura

1159 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 13/04/2026 13:44

Dans un pièce reculée du château, Naraku était de nouveau assis à même le sol.

Vêtu d'un kimono sombre, parcouru de motifs jaunes discrets, il restait parfaitement immobile.


Kagura se tenait en retrait.

Elle n'avait pas parlé. Il ne l'avait pas regardée.


Le silence s'étira.

Puis Naraku dit, sans lever les yeux :


- Va voir Mayoiga. Et dis-moi ce qu'elle choisit de faire.


Sa voix était douce.

Kagura inclina légèrement la tête.


- Bien.


Elle se détourna.


Le château s'étirait en couloirs silencieux. Sous ses pas, le bois ne rendait presque aucun son. La lumière filtrait à peine à travers les cloisons.


Lui dire ce qu'elle choisit.


Un sourire amer parcouru ses lèvres.

Comme si ce qui l'intéressait n'était pas justement cet instant précis où le choix d'un autre cessait de lui appartenir.


En avançant, Kagura songea brièvement que Naraku aimait cela : qu'on constate à quel point les volontés finissaient par plier sous son emprise.

Sa puissance ne lui suffisait pas tant qu'elle restait invisible ; il lui fallait des témoins devant qui l'exposer. Et cette fois, le témoin, c'était elle.


Arrivée devant la porte, elle marqua un bref arrêt, puis la fit glisser.

Mayoiga était assise sur la natte.


Son kimono bleu, ouvert au flanc, gardait la trace de l'attaque. La chair s'était refermée, mais le tissu déchiré suffisait encore à dire la violence du coup.


Devant elle, sur le bois nu, reposaient côte à côte Tōkijin et le kimono plié.


Mayoiga ne bougeait pas.

Elle les regardait avec une fixité si tendue qu'on aurait dit qu'elle attendait d'eux une réponse.


Kagura entra enfin.

Elle s'arrêta à quelques pas de la natte et suivit, elle aussi, la direction de ce regard.


- Joli arrangement, dit-elle.


Mayoiga ne tourna pas la tête.

Ses yeux restaient posés sur l'épée.

Kagura la considéra un instant, puis ajouta d'un ton plus léger qu'il ne l'était vraiment :


- Alors ? Tu commences à comprendre qui est Naraku ?


Cette fois, Mayoiga répondit.


- Il n'a rien eu besoin de faire. À cause de cette humaine, Sesshōmaru n'a même pas cherché à garder Tōkijin.


Ce n'était ni une plainte ni une colère.

Seulement une conclusion.

Kagura observa son profil.


- Je vous ai vus avant la forêt, dit-elle. Vous marchiez ensemble. Vous vous connaissiez ?


Mayoiga releva enfin les yeux.


- Oui.


Un silence passa.


- Mais le daiyōkai que j'ai revu là-bas n'avait rien à voir avec celui que j'ai connu autrefois, reprit-elle. Jamais il n'aurait accepté d'être retenu ainsi par une humaine.


Le mot "retenu" demeura suspendu entre elles.


- Il aurait pu vaincre Naraku.


Kagura inclina légèrement la tête.


- Vraiment ?


- S'il n'avait pas cette faiblesse.


Kagura ne répondit pas tout de suite.

Son regard glissa un instant vers Tōkijin, puis revint sur Mayoiga.


- Il a laissé une épée, dit-elle enfin. C'est tout.


Mayoiga ne cilla pas.


- Naraku n'a plus qu'à utiliser cette humaine, et il aura bien plus.


Kagura fit jouer son éventail dans sa main. Puis, se détourna, comme si le sujet l'ennuyait déjà.


- Tu devrais te changer, ta tenue ne ressemble plus à rien.


Mayoiga ne répondit pas.

Kagura quitta la pièce.


Elle traversa l'aile du château sans se presser, puis prit appui sur la rambarde d'un balcon et s'éleva d'un mouvement souple jusqu'à la branche épaisse d'un arbre qui dominait les toits.

De là, elle voyait la porte.


Kagura s'y installa sans bruit, l'éventail fermé contre sa cuisse.

Et elle attendit.


Ses pensées revinrent à Sesshōmaru.

Lorsqu'il était sorti du bois, il n'avait rien eu d'un être vaincu à ses yeux.


Oui, il avait laissé l'épée derrière lui.

Mais cette perte ne l'avait pas diminué.

Elle n'avait rien entamé de sa présence.

Il n'avait ni hésité, ni marchandé, ni regardé en arrière. Il avait seulement continué d'avancer, comme si l'essentiel n'avait jamais résidé dans cette lame.


Kagura revit Rin derrière lui, intacte, déjà revenue à sa place auprès d'Ah-Un. Puis le ton avec lequel il avait réduit Jaken au silence.

Non.

Ce n'était pas l'attitude d'un être qui venait de céder.

C'était celle d'un être qui avait choisi.

Choisi d'abandonner l'épée.

Choisi de préserver Rin.


Kagura laissa cette pensée se fixer.

Mayoiga appelait cela une faiblesse.

Mais ce qu'elle avait vu, elle, c'était autre chose.


Non pas une puissance amoindrie.

Une puissance assez entière pour perdre sans se perdre. Une puissance capable de se plier à une décision sans rien céder d'elle-même.


Sous elle, la porte glissa.

Mayoiga sortit.


Elle portait le kimono violet. Tōkijin était accroché à sa ceinture.


Elle ne fit que quelques pas avant de s'arrêter près de la clôture. Une main posée sur le bois, le dos droit, elle demeura immobile.

Kagura l'observa longuement.


Oui, Naraku avait obtenu l'épée.

Mais ce n'était pas là sa victoire la plus nette.

Il avait obtenu davantage.


Il avait poussé Mayoiga à agir selon une logique qu'elle croyait encore sienne. Il lui avait laissé la sensation de choisir, alors qu'elle suivait déjà le chemin qu'il avait tracé pour elle.


Le regard de Kagura se détacha d'elle et glissa au-delà des murs, vers la ligne sombre des montagnes.

Alors la phrase de Mayoiga lui revint.


Il aurait pu vaincre Naraku.


Sesshōmaru n'avait jamais vraiment eu de raison de poursuivre Naraku. Jusqu'ici, Naraku n'était pour lui qu'une nuisance parmi d'autres, un obstacle à écarter, jamais un véritable ennemi.

Mais cette fois, c'était différent.


Naraku n'avait pas seulement pris Tōkijin.

Il avait touché à Rin.

Et en touchant à Rin, il avait peut-être franchi la seule limite qui comptait réellement.


Kagura sentit la pensée se refermer en elle, nette, presque froide.


Naraku croyait avoir gagné une épée.

Mais ne venait-il pas surtout de donner à Sesshōmaru une raison de se tourner enfin contre lui ?


Alors l'idée prit forme.

Peut-être n'avait-elle plus qu'à faire en sorte que Sesshōmaru regarde dans cette direction.


Kagura resta immobile.

Le vent passa entre les branches, soulevant quelques mèches noires et faisant frissonner les plumes dans sa chevelure.


Depuis sa naissance, son cœur n'avait jamais été le sien.

Et tant que Naraku existerait, elle ne serait rien d'autre qu'une chose qu'il pouvait faire taire à tout instant.


Elle le savait.

Elle l'avait toujours su.

Et jusque-là, cela avait suffi.


Mais quelque chose venait de changer.


Une nouvelle possibilité venait d'apparaître. Dangereuse, mais difficile à ignorer.


Trahir Naraku.


Il n'y avait pas encore de plan.

Pas même une décision.


Seulement cette pensée.


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