La dernière disciple d'Inu no Taishō
Mayoiga faiblit.
La douleur, jusque-là contenue, remonta d'un coup depuis ses côtes et lui coupa le souffle.
Ses jambes cédèrent.
Elle tomba à genoux.
Le choc fut sourd, absorbé par la terre humide. L'air resta bloqué dans sa poitrine, et le monde vacilla un instant autour d'elle.
Le sang avait déjà traversé le tissu à son flanc. L'entaille, profonde, s'ouvrait sous les côtes ; une chaleur épaisse s'en échappait, irrégulière. Chaque respiration tirait davantage sur la chair.
Sesshōmaru ne s'attarda pas.
Son regard s'était déjà détourné.
Rin.
Il rengaina dans le même mouvement, sans ralentir, puis repartit vers la clairière.
Mayoiga serra les dents.
Elle refusa de rester à terre.
Sa main trouva le tronc le plus proche. Elle s'y agrippa, força, et parvint à se redresser. Son corps suivit avec retard, tremblant, instable.
Le sang glissa le long de ses hanches, alourdissant le tissu de son kimono.
Elle resta un instant debout, appuyée contre l'écorce.
Puis cela revint.
Sans transition.
Son corps se figea.
D'un seul coup.
Elle tenta de forcer.
Rien.
Pas un muscle.
Cette immobilité, elle la reconnut.
La même.
Celle qui la saisissait sans avertissement, sans lutte possible.
Comme si son propre corps cessait, un instant, de lui appartenir.
Elle leva les yeux vers la direction qu'avait prise Sesshōmaru.
Il avait déjà disparu.
Elle resta là.
Debout, appuyée contre l'arbre.
Incapable de le suivre.
Son regard demeura fixé à l'endroit où il s'était effacé.
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Kagura attendait, dissimulée derrière un arbre.
Peu à peu, le silence était revenu dans la forêt. Les derniers échos du combat s'étaient éteints. Plus rien ne trahissait ce qui venait de s'y jouer.
Elle attendit encore.
Puis, Sesshōmaru reparut.
Il avançait sans hâte, sans trouble visible. Rien, dans sa démarche, ne laissait place au combat qui venait d'avoir lieu. Seule une fine griffure marquait sa joue.
Rin sortit derrière lui.
Elle marchait à quelques pas, revenue à elle-même sans comprendre, le regard glissant d'un point à l'autre.
Ils franchirent la lisière.
Ah-Un les attendait dans la prairie, immobile.
À sa vue, Rin accéléra légèrement.
- Ah-Un...
Sa voix était simple, sans inquiétude.
Jaken, qui tournait encore près de la lisière en brandissant son bâton, les aperçut et accourut aussitôt.
- Sesshōmaru-sama ! Je le savais, cette forêt grouille de créatures répugnantes, et cette humaine...
Il s'interrompit en voyant Rin suivre, indemne.
- ...Rin ? Tu n'as rien ?
Rin secoua la tête.
- Non. J'ai marché... puis Sesshōmaru-sama est venu.
Jaken se redressa aussitôt, soulagé, presque exalté.
- Évidemment ! Sesshōmaru-sama ne laisserait jamais..
- Jaken.
Le nom tomba sèchement.
Jaken se figea. Son bâton retomba contre sa jambe.
Sesshōmaru ne s'était pas arrêté.
Il passa devant lui sans un regard.
- Nous partons.
Ce n'était ni un ordre, ni une explication.
Seulement une décision déjà close.
Jaken s'inclina aussitôt.
- Oui, Sesshōmaru-sama !
Rin rejoignit Ah-Un, posa brièvement la main contre l'un de ses cous, puis revint sans hésiter dans le sillage de Sesshōmaru.
Elle le suivait, simplement.
À l'écart, Kagura observa encore un instant l'enfant.
Puis son regard glissa vers la taille de Sesshōmaru.
Tōkijin n'était plus là.
Kagura n'eut pas besoin de voir davantage.
Elle détourna les yeux.
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Elle revint à elle lentement, le regard fixé sur les planches sombres du plafond.
Mayoiga ne bougea pas.
La douleur était là, profonde, installée dans ses côtes.
Mais ce ne fut pas elle qui s'imposa d'abord.
Ce fut lui.
Sesshōmaru.
Pas celui de la clairière.
D'abord, celui de la prairie.
Elle se revit se retourner, le voir à quelques pas, immobile, comme s'il avait toujours été là.
Elle pensa à son visage. À la netteté de ses traits.
Au croissant pâle sur son front.
Puis à son regard.
Elle s'arrêta sur ce souvenir.
Son regard, ou ce qu'elle avait cru y voir.
Quelque chose s'était desserré en elle à cet instant. C'était le plus difficile à admettre. Le plus humiliant peut-être.
De l'espoir.
Le mot, même en pensée, lui fut insupportable.
Et pourtant, il était juste.
Un moment seulement, elle avait cru retrouver un axe.
Quelque chose que Naraku n'avait pas atteint.
Une présence qui lui avait rappelé son maître, tel qu'il était avant sa chute.
Une force entière, qui ne négociait pas, qui ne cédait rien.
Sa poitrine se serra. La douleur de ses côtes s'y mêla, plus vive.
L'image bascula.
La clairière lui revint avec une netteté trop crue : la lumière froide, l'enfant immobile, le piège refermé.
Puis Sesshōmaru de nouveau, mais tourné contre elle. La joue entaillée d'une griffure rouge. Le regard fermé, plus dur qu'elle ne l'avait jamais vu.
Il n'y avait eu dans ses mouvements ni trouble, ni hésitation, lorsqu'il avait tiré Tōkijin contre elle.
Seulement une décision.
La lame lui revint avec une précision brutale. Le premier coup, évité de justesse. Le second, qui avait frappé ses côtes. Puis les autres.
La douleur pulsa, comme si son corps s'en souvenait encore.
Mais ce ne fut pas la blessure qui serra sa poitrine.
Ce fut son choix.
Il l'avait frappée pour protéger l'humaine...
Alors seulement elle tourna légèrement la tête et les vit.
Le kimono violet aux motifs circulaires clairs était plié avec soin, posé à quelques pas sur le bois nu. À côté de lui reposait l'épée.
Tōkijin.
Un instant, elle resta immobile...
Rien n'avait été laissé au hasard.
Ni l'ordre de la pièce.
Ni ce qu'elle devait voir en premier.
Ni ce que cette disposition devait lui apprendre.
Ses doigts se crispèrent lentement sur le drap.
Il avait cédé l'épée.
La pensée traversa son esprit sans bruit, avec une froideur plus dure encore que la colère.
Il l'avait fait.
Naraku avait gagné.
Le silence de la chambre pesa davantage.
Alors, sous cette évidence, autre chose remonta.
Pas la colère.
Pas même l'humiliation.
Elle se sentit seule.
Seule avec ce qu'elle avait cru voir.
Seule avec ce qu'elle avait voulu croire en le retrouvant.
Ce sur quoi elle s'était tenue venait de céder.
Mayoiga baissa les yeux vers le drap qui la recouvrait encore.
Sous le tissu, la douleur changeait déjà. Quelque chose se contracta brutalement sous sa peau ; le drap se souleva par à-coups, puis retomba. La chair se refermait trop vite avec cette hâte aveugle et monstrueuse qui réparait sans douceur, comme si son corps n'était qu'une matière à remettre d'aplomb.
Elle resta immobile à l'écouter.
À sentir son corps guérir pendant que, autour d'elle, rien ne se desserrait.