La dernière disciple d'Inu no Taishō
Kagura avançait entre les troncs, sans se presser.
Les arbres étaient serrés. Leurs racines tordues disparaissaient sous une épaisse couche de feuilles mortes.
Elle tenait son éventail fermé dans une main. Ses cheveux relevés dégageaient sa nuque et son visage, immobile, presque absent.
Ce genre de mission ne lui plaisait pas.
Pas parce qu'elle était difficile. Parce qu'elle manquait de clarté.
Naraku n'avait rien expliqué.
Il avait envoyé Mayoiga vers Sesshōmaru... puis il l'avait envoyée, elle, ici.
Son regard glissa sur les arbres sans vraiment les voir.
Naraku voulait donc bien Tōkijin.
Une lame née d'une partie de lui, entre les mains de Sesshōmaru... oui. Cela avait du sens.
Elle s'arrêta.
Les arbres s'écartaient brusquement, ouvrant une clairière irrégulière. Le sol restait couvert de feuilles mortes, mais l'espace, en son centre, était nu. Comme si rien n'y avait poussé depuis longtemps.
Au milieu, une vieille souche s'enfonçait profondément dans la terre.
Le bois n'avait plus rien de mort. Des fissures noires parcouraient toute sa surface. De petits insectes sombres entraient et sortaient sans fin des crevasses, comme si quelque chose respirait à l'intérieur.
Plus bas, dans le cœur creusé, la matière remuait d'elle-même.
Kagura observa la masse grouillante un instant, sans dégoût visible.
- C'est donc toi, Utsurobane...
Elle inclina à peine la tête.
- Ou ce qu'il en reste.
Le bourdonnement changea aussitôt. Plus dense. Plus serré.
Une voix s'éleva de la souche, sifflante, râpeuse, sans origine précise.
- Tu sais donc à qui tu t'adresses.
Kagura ne releva pas.
- J'ai une mission pour toi.
Le bois frissonna. Quelque chose se contracta dans la cavité. Un œil humide apparut un instant entre les insectes, puis disparut.
- Je ne suis pas quelqu'un à qui l'on donne des ordres.
La voix était usée, mais pas faible. L'hostilité y restait entière.
Kagura laissa échapper un souffle bref.
- Tant mieux. Je ne suis pas venue t'en donner.
Elle fit un pas.
- Je te propose un marché.
Le bourdonnement ralentit.
- Un marché...
La méfiance dominait désormais.
- Tu récupères une épée pour moi, dit Kagura, et je te rends un corps.
Un silence tomba.
Les insectes continuaient de remuer, mais plus lentement. Plus tendus.
- Tu crois pouvoir faire cela ?
Kagura fixa l'ombre de la souche.
- Oui.
Utsurobane eut un ricanement sec.
- Non. Tu ne le peux pas.
Kagura ne répondit pas. Elle leva simplement la main et écarta lentement les doigts.
Un éclat rosé apparut.
Le changement fut immédiat.
Le bourdonnement se brisa, puis reprit avec violence. Des insectes jaillirent des fissures et se ruèrent vers sa main, nombreux, rapides, mais tous s'arrêtèrent à quelques centimètres de sa peau, bloqués par une limite invisible.
Dans la cavité, l'œil réapparut.
Plus grand. Fixe.
- Un fragment de la Perle... souffla la voix, déformée par l'avidité. Donne-le-moi !
Kagura referma lentement les doigts.
La lumière disparut.
Les insectes retombèrent en un grouillement nerveux.
- Le marché.
Le silence qui suivit fut réel.
Même les insectes semblaient suspendus.
- Que veux-tu ? finit par dire la voix, plus basse.
- Une épée.
Utsurobane ne répondit pas immédiatement.
Dans la souche, quelque chose remua encore, lourdement. Comme si l'idée d'un corps avait réveillé une faim trop ancienne.
Kagura n'ajouta rien.
Elle savait qu'elle n'avait plus besoin de convaincre.
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La prairie s'étendait à perte de vue, baignée de lumière.
Ah-Un se tenait un peu en retrait, paisible. Ses deux têtes se baissaient tour à tour pour brouter, puis se relevaient lentement, attentives sans agitation.
À la lisière, là où les arbres reprenaient, un tronc coupé reposait à moitié dans l'ombre.
Rin s'était accroupie près du bois, observant attentivement les petits champignons qui poussaient à sa base.
- Oh...
Elle en détacha un avec précaution et le posa à côté d'elle, puis un second, qu'elle garda dans la main.
Ah-Un releva lentement la tête derrière elle. Ses deux regards suivirent le mouvement, sans intervenir.
Rin passa la main sous le tronc pour en attraper un autre.
Il eut un petit bruit sec.
- Ah !
Elle retira aussitôt la main.
Un gros coléoptère sombre venait de se dégager du dessous du bois, ses mandibules encore entrouvertes. Il resta un instant immobile, puis disparut sous les feuilles.
Rin regarda son doigt.
Une légère marque rouge apparaissait à peine.
- Jaken-sama...
Jaken, un peu plus loin, tourna la tête avec irritation.
- Qu'est-ce qu'il y a encore ?
Rin leva légèrement la main.
- Je crois que quelque chose m'a pincée.
Jaken s'approcha en traînant les pieds, jeta un regard rapide à son doigt.
- Hmph.
Il se redressa aussitôt.
- Ce n'est rien. Juste un insecte.
Rin observa encore un instant la marque, puis hocha la tête.
- D'accord...
Jaken détourna déjà le regard.
- Fais attention où tu mets les mains.
Rin ramassa les champignons qu'elle avait posés, les rassemblant soigneusement contre elle avant de se relever.
- Oui.
Ah-Un souffla doucement derrière eux.
Un instant passa.
Le vent glissa dans l'herbe.
Un peu plus loin, la prairie s'étendait sous la même lumière claire.
Mayoiga avançait encore lorsqu'elle sentit quelque chose changer.
Elle n'entendit aucun pas.
Mais elle reconnut la présence.
Elle s'arrêta.
Puis se retourna.
Sesshōmaru se tenait à quelques pas, immobile.
La lumière glissait sur son armure noire. La fourrure à son épaule retombait sans désordre. Rien, dans sa posture, ne suggérait un effort. Il était simplement là.
Son regard s'était déjà posé sur elle.
Il la reconnut immédiatement.
Son attention passa d'abord sur son bras découvert. La manche manquait entièrement d'un côté, et la peau apparaissait de l'épaule jusqu'au poignet. Les trois lignes bleutées qui marquaient son avant-bras ressortaient nettement sur cette nudité soudaine.
Puis vint l'odeur.
Naraku.
Elle ne recouvrait pas la sienne. Elle s'y mêlait.
C'était pire.
Le regard de Sesshōmaru se durcit légèrement.
Mayoiga, elle, resta un instant sans rien dire.
Quelque chose en elle se relâcha.
Pas sa vigilance. Pas sa lucidité.
Mais cette tension constante, présente depuis son réveil, céda d'un seul coup, comme si sa seule présence suffisait à rétablir un équilibre perdu.
- Sesshōmaru.
Il la regarda encore une seconde.
- Tu vis de nouveau, alors même que je t'ai vu mourir.
Il constatait.
- Oui.
Ses yeux s'arrêtèrent brièvement sur son épaule nue, puis revinrent à son visage.
- Tu sens Naraku.
Les doigts de Mayoiga se refermèrent légèrement.
- Il m'a ramenée.
- Hm.
Ce n'était ni une réponse, ni une approbation.
Seulement une prise en compte.
Mayoiga l'observa.
Il ne demandait rien. Il ne cherchait pas à comprendre davantage. Et malgré cela, sa présence continuait à produire en elle un effet absurde. Elle ne se sentait pas sauvée. Mais elle cessait, un peu, de se sentir seule.
- Il s'est servi de mes os... et d'un fragment de la perle de Shikon.
Elle allait poursuivre quand une autre sensation l'atteignit.
Quelque chose de démoniaque, contenu, qui ne venait pas de lui et qui pourtant l'accompagnait.
Son regard descendit jusqu'à la garde.
Elle se figea.
Sesshōmaru la regardait toujours, sans bouger.
Mayoiga ne quittait plus l'arme des yeux.
Son regard remonta lentement vers lui.
Cette fois, elle ne parvint pas à masquer ce qui passa sur son visage.
- Qu'est-ce que c'est ?
Sesshōmaru ne baissa pas les yeux vers l'épée.
- Tōkijin.
Il marqua une brève pause.
- Une lame que j'ai fait forger.
- Tu t'es servi d'un morceau de Naraku.
Ce n'était pas une question.
- Oui.
Elle inspira à peine.
- Et tu la portes... sans rien remettre en question.
Le regard de Sesshōmaru se durcit davantage.
- Ce que je fais ne te regarde pas.
Sa voix était tombée plus bas. Plus froide.
Mayoiga ne détourna pas les yeux.
La tension ne retomba pas.
Elle se resserra encore.
Puis la voix de Jaken monta brusquement depuis la lisière :
- Sesshōmaru-sama !
Jaken surgit entre les herbes, haletant. À peine arrivé, il s'inclina brusquement, presque trop bas, son bâton serré contre lui.
- Je... je vous demande pardon !
Sa voix tremblait, précipitée.
- Il y a un problème !
Sesshōmaru ne se tourna pas immédiatement.
- Parle.
Jaken déglutit.
- Rin...
Le nom suffit.
Le regard de Sesshōmaru changea.
Jaken reprit précipitamment :
- Elle ne répond plus ! Elle est partie comme si elle ne m'entendait pas..
Il ne le laissa pas finir.
Sesshōmaru s'était déjà détourné.
Il partit sans un mot.
Jaken se précipita à sa suite.
Mayoiga resta une seconde immobile.
Puis les suivit.