La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 12 : Ce qui lui revient

1617 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 09/04/2026 21:45

Le village avait retrouvé son calme.


Ils s'étaient arrêtés près d'une clôture de bois qui marquait la limite des rizières. Les champs, encore humides, ondulaient sous une brise légère.


Plus loin, la lisière de la forêt demeurait sombre.

Adossé à un poteau, le moine Miroku observait les entailles laissées sur les arbres, les bras croisés dans ses manches, le regard calme et attentif.


Un peu à l'écart, perché sur une pierre plate, Myōga, la petite puce yōkai au visage ridé, scrutait la scène sans bouger.

Assis dans l'herbe, Inuyasha jetait de temps à autre un regard irrité vers le chemin par lequel Kagome s'était éloignée.


Miroku rompit le silence.


- Ces traces... elles partent dans toutes les directions. C'est peu commun.


Inuyasha claqua la langue.

- Tch.


Il baissa les yeux vers sa manche tachée de sang.

Après un court instant, il reprit :


- Elle frappe une fois.


Il accompagna ses mots d'un geste vague.


- Après ça, ça ricoche partout. Les arbres, le sol... ça revient sous d'autres angles.


Myōga releva brusquement la tête.


- Un seul trait... qui se réfléchit ?


- Bleuté. Et ça coupe net.


Le petit yōkai se figea.


- Et... elle ressemblait à quoi ?


Inuyasha leva les yeux vers lui, agacé.


- Pourquoi ?


Myōga ne répondit pas.

Inuyasha détourna la tête.


- Son odeur était pas nette. Mélangée.


Sa main se crispa légèrement dans l'herbe.


- Mais... elle bougeait comme Sesshōmaru.


Il grimaça presque aussitôt, les sourcils froncés.


- Le même genre de présence. Ça m'a foutu un sale pressentiment...


Le silence changea.

Myōga baissa lentement les yeux.


- ...


Miroku tourna enfin le regard vers lui.


- Cela vous évoque quelqu'un.


La puce resta immobile une seconde de plus, puis releva la tête.


- Oui.


Sa voix s'était faite plus grave.

Myōga inspira légèrement.


- Jadis, au service du grand Inu no Taishō, il y avait une disciple. Une daiyōkai déjà puissante... et d'un talent que peu contestaient.


Le vent fit frissonner les rizières.


- Elle se nommait Mayoiga.


Inuyasha releva légèrement la tête.


- Une disciple de mon père ?


Myōga acquiesça.


- Oui. Pas une vassale ordinaire. Il lui avait permis de rester auprès de lui pour apprendre.


Miroku inclina légèrement la tête.


- Ce n'était donc pas n'importe qui.


- Non. Il ne gardait près de lui que ceux qu'il jugeait dignes d'être façonnés.


Un léger grondement échappa à Inuyasha.

Myōga baissa un peu la tête.


- Je l'ai connue. Elle était fière. Exigeante. Et surtout... profondément attachée au grand Inu no Taishō.


Il marqua une pause.


- Elle ne cherchait pas seulement à devenir plus forte. Elle voulait comprendre ce qu'il était.


Le vent passa dans l'herbe.


- Puis vint son dernier combat... et le choix qu'il fit.


Sa voix se fit plus basse.


- Lorsqu'il donna sa vie pour sauver une humaine...


Inuyasha ne releva pas la tête.

Sa mâchoire se crispa légèrement.

Myōga reprit :


- Beaucoup ne l'ont pas compris.


Il joignit légèrement ses pattes.


- Mais chez elle... c'était autre chose.


Le vent glissa entre les herbes.


- Elle a cherché à comprendre. J'en suis certain. Mais ce choix contredisait tout ce qu'elle pensait avoir appris de lui.


Sa voix se fit plus distante.


- Après cela... elle n'était plus la même.


Inuyasha expira sèchement.


- Tch.


- Ça expliquerait pourquoi elle me regarde comme ça.


Miroku tourna légèrement la tête.


- Elle vous a dit quelque chose ?


Inuyasha haussa une épaule.


- Que Tessaiga ne devait pas être à moi.


Myōga ferma les yeux un instant.


- Alors c'est bien elle...


Il rouvrit les yeux.


- Elle n'aurait jamais accepté que Tessaiga revienne à un hanyō.


Sa voix se fit plus ferme.


- Elle n'aurait pas vu en vous un successeur... seulement la trace d'un choix qu'elle n'a jamais su accepter.


Il marqua une courte pause.


- À ses yeux, cette lame aurait dû revenir à celui qu'elle reconnaissait comme son véritable héritier...


Il eut une courte pause.


- Le seigneur Sesshōmaru.


Un souffle passa entre les herbes.

Inuyasha claqua la langue.


- Évidemment.


Miroku reporta son regard vers la lisière.


- Vous en parlez comme si elle était morte.


- C'est bien ce que je croyais, répondit Myōga.


Il leva lentement la tête.


- Elle est tombée il y a cinquante ans. C'est ce que l'on disait alors.


Sa voix se fit plus prudente.


- Et pourtant... si la yōkai que vous avez rencontrée avait bien sa technique... et cette obsession pour Tessaiga...


Il y eut un léger silence.


- Alors il se pourrait qu'elle ait été ramenée.


Le vent passa entre les pieux de la clôture.

Un battement d'ailes troubla brièvement l'air, presque étouffé.


Inuyasha releva légèrement la tête, le regard accroché un instant à la lisière.

Rien ne bougeait.


Les rizières ondulaient lentement.

Un bourdonnement passa pourtant, très haut, entre les branches sombres.


--


Dans l'ombre d'une pièce close, la surface d'un miroir retenait encore l'image tremblée des rizières.

Kanna se tenait immobile, de l'autre côté.


Face à elle, Naraku observait.

Sans un mot.


L'image vacilla, puis se dissipa lentement, avalée par la surface sombre.

Le silence revint.

Naraku ne détourna pas immédiatement le regard.


Sesshōmaru...


Le nom traversa simplement sa pensée.


Le seul héritier qu'elle reconnaît.


Son regard s'abaissa légèrement, comme s'il suivait déjà un enchaînement invisible.

Puis il se redressa, presque imperceptiblement.


À l'extérieur, le vent glissait contre les cloisons de bois.

Naraku n'observait plus le miroir.

Ce qu'il avait à en tirer était déjà acquis.


---


La conscience lui revint lentement.

Mayoiga ouvrit les yeux sur le plafond de bois, immobile au-dessus d'elle. Elle resta allongée un instant, puis son regard descendit vers son épaule.


La manche de son vêtement avait été tranchée net par le Kaze no Kizu. Le tissu pendait, fendu jusqu'au haut du bras, laissant sa peau à découvert. La blessure était encore là, ouverte.

Elle la fixa.


Puis, sans transition, la chair se déforma.

Une excroissance sombre gonfla sur son épaule, épaisse, visqueuse. Elle pulsa brièvement. Un bruit humide accompagna le mouvement.

Ses doigts se crispèrent contre la natte.

Puis tout se résorba.


La peau redevint lisse.

La blessure avait disparu.


Elle resta un instant immobile, puis détourna les yeux.

Un kimono violet était plié près d'elle, décoré de cercles enchevêtrés parfaitement tracés.

Elle le regarda sans bouger.

Puis elle se redressa.


Le mouvement tira sur le tissu abîmé. Lorsqu'elle se leva, la déchirure céda d'elle-même, la manche glissa le long de son bras et tomba.


Sa peau apparut entièrement, de l'épaule jusqu'au poignet. Trois larges lignes bleutées parallèles parcouraient son avant-bras, dans le même tracé que celles de ses joues.


Elle baissa légèrement le regard vers le kimono plié. Elle ne le porterait pas.

Elle passa devant sans le toucher et s'engagea dans les couloirs du château.


Sa tenue n'avait plus tout à fait la même prestance. La dignité demeurait, mais plus l'évidence de sa maîtrise.

Elle traversa les derniers couloirs sans ralentir.


Quand elle atteignit la pièce ouverte, Naraku était déjà là, assis au sol près de la fenêtre. Kagura se tenait en retrait.

Mayoiga s'arrêta, puis s'avança.

Naraku ne se retourna pas immédiatement.


- Tu as échoué. Tu es revenue sans arme.


Mayoiga soutint son profil du regard.


- Je n'ai pas échoué. Tu ne m'as pas laissée aller au bout.


- Tu n'aurais pas gagné.


La phrase tomba sèche, sans détour.

Naraku reprit :


- Et je ne t'avais pas demandé de prendre Tessaiga.


Mayoiga ne répondit pas.


- Le forgeron que tu as rencontré devait te fabriquer une arme. Une demande de ton ancien maître.


Les doigts de Mayoiga se crispèrent légèrement.


- Je voulais seulement voir s'il te la remettrait de son plein gré.


Son regard, toujours fixé sur lui, se durcit.

Pas contre lui.

Contre ce qu'il venait de dire.

Il en savait trop.

Naraku poursuivit.


- Il ne l'a pas fait.


Il détourna déjà les yeux vers l'extérieur.


- Mais, il existe une autre épée.


Kagura, en retrait, ne bougea pas, mais son attention se fixa.


- Forgée par un élève de ce yōkai... à partir de l'une de mes créations. Une lame née de ce qui m'appartient n'a rien à faire entre d'autres mains.


Il marqua une pause, à peine perceptible.


- Elle devrait me revenir.


Mayoiga resta immobile.


- Rapporte-moi Tōkijin.


Kagura ne bougea pas.

Mais le nom resta suspendu.


Tōkijin...

L'épée de Sesshōmaru.


Son regard glissa brièvement vers Mayoiga, puis revint sur Naraku.


Sans arme... elle n'a aucune chance.

Alors pourquoi...


Naraku n'avait pas bougé.

Comme si la réponse n'avait jamais eu besoin d'être posée.


Kagura plissa légèrement les yeux.

Quelque chose ne collait pas.

Et c'était précisément pour ça que tout était déjà décidé.


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