La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 7 : Ryukotsusei

1117 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 07/04/2026 21:54

La vallée portait les marques d'un affrontement récent : un pan de falaise fendu, plusieurs arbres arrachés, et de longs sillons gravés dans la pierre nue. Des traces laissées par un combat violent mais encore dérisoires au regard de ce que deux daiyōkai pourraient déchaîner.


Au milieu des rochers, Mayoiga inspira brusquement.

L’air pénétra dans ses poumons comme une brûlure.


Elle resta un instant immobile, le regard perdu dans le ciel pâle suspendu entre les falaises.


Puis les sensations revinrent, lentement, une à une.

La dureté de la pierre sous son dos.

L’odeur métallique du sang.

La lourdeur inhabituelle dans ses membres.


Elle prit appui sur le sol et se redressa.


Son regard se fixa aussitôt sur une silhouette, un peu plus loin.


Debout sur un bloc de pierre, Inu no Taishō l’observait en silence. Le vent soulevait ses longs cheveux argentés et faisait onduler la grande fourrure blanche posée sur son épaule.


Il n’avait pas bougé.

Comme s’il avait attendu.

Mayoiga resta un moment à le regarder, sans chercher à se lever davantage.


— Maître…


Le grand yōkai tourna légèrement la tête vers elle.

Ses yeux dorés se posèrent sur son visage, puis glissèrent brièvement vers la garde de Tenseiga, à sa hanche.

Mayoiga suivit son regard.

Elle comprit.


— Vous m’avez ramenée.


Inu no Taishō ne répondit pas immédiatement.

Le vent passa entre eux, soulevant la poussière et les herbes sèches.

Puis il dit simplement :


— Tu t’es battue seule.


Mayoiga détourna légèrement les yeux.


— Je pensais pouvoir le vaincre.


Un silence passa.


— Tu te trompais.


Elle releva les yeux vers lui.

Le grand yōkai descendit lentement du rocher et poursuivit :


— Tu as attaqué un daiyōkai sur son propre territoire.


Mayoiga observa autour d'elle les traces de son combat.

Les rochers fracturés. Les sillons creusés dans la pierre. Les marques profondes laissées par les griffes de sa forme de louve.


— Il détruit ces terres. Quelqu'un devait l'arrêter.


Inu no Taishō resta silencieux un instant, puis répondit calmement :


— Ce n'est pas pour cela que tu l'as attaqué.


Ses yeux dorés restaient posés sur elle.


— Tu cherchais un adversaire.


Le vent fit frissonner les herbes sèches.


— Tu n'aurais pas dû.


Mayoiga leva les yeux vers lui.

Et malgré elle, cette admiration familière remonta.

Ce calme souverain qui semblait l'entourer comme une évidence. Il y avait dans sa présence quelque chose de profondément rassurant, une force immense, mais jamais brutale.

Mais une irritation sourde se mêlait désormais à ce respect.


— Autrefois...


Elle hésita à peine.


— vous auriez été là avant moi.


Le vent souleva les mèches sombres de ses cheveux.


— Ces derniers temps, vous disparaissez souvent.


Le regard d'Inu no Taishō se porta vers les montagnes lointaines. Vers les terres où vivaient les humains.

Il ne répondit pas. Mayoiga suivit brièvement son regard.

Elle comprenait.

Ou croyait comprendre.


— Vous avez changé, reprit-elle d'un ton plus froid.


Un silence passa.

Puis le grand yōkai répondit simplement :


— C'est vrai.


Elle fronça légèrement les sourcils.

Mais avant qu'elle ne puisse répondre, un grondement profond traversa la vallée.


La roche vibra sous leurs pieds.

Tous deux levèrent les yeux.


Entre les falaises, une ombre gigantesque se redressait lentement.

Le long corps serpentin de Ryūkotsusei glissa hors de l'ombre.

Ses écailles sombres raclaient la pierre dans un bruit lourd. Sa silhouette immense ondulait entre les falaises comme une montagne vivante.

Les yeux du masque humanoïde qui lui servait de visage balayèrent la vallée.

Puis ils se fixèrent sur la silhouette argentée dressée sur la crête.


Le dragon resta immobile un instant. Puis un sourire lent étira les lèvres du masque.


— Enfin...


Sa voix sortit de ce visage monstrueux comme un grondement profond.


— Voici donc celui que l'on appelle le grand Inu no Taishō.


Le vent souleva la longue fourrure blanche sur l'épaule du daiyōkai.

Il ne bougea pas.


— Ta protégée s'est montrée courageuse. Peu de démons osent m'attaquer seuls.


Le regard du masque glissa vers Mayoiga. Puis ses yeux revinrent vers Inu no Taishō.


— Mais elle n'était pas digne de moi.


Le dragon se redressa lentement, déployant toute l'ampleur de son corps entre les falaises. La vallée sembla rétrécir autour de lui.


— Toi, en revanche...tu pourrais être un adversaire intéressant.


Inu no Taishō resta silencieux.

Puis il répondit simplement :


— Ce combat n'est pas nécessaire.


Les yeux du dragon se rétrécirent.


— Pas nécessaire...


Un rire grave roula dans sa poitrine.


— Tu refuses donc de te battre contre moi ? As-tu peur de m'affronter ?


Le grand yōkai ne changea pas de posture. Le regard d'Inu no Taishō resta calme.


— Je ne suis pas comme toi.


Le vent souleva ses cheveux argentés.


— Je ne combats pas pour prouver ma puissance. Je combats seulement lorsque quelque chose doit être protégé.


Les mots tombèrent simplement.

Sans défi. Sans colère.

Mais dans les yeux de Ryūkotsusei, quelque chose changea.

Une lueur plus sombre. Plus froide.

Le dragon resta immobile un moment.


Puis il éclata d'un rire terrible.


— Protégé...


Sa tête colossale pivota lentement.

Son regard glissa vers les vallées lointaines.

Vers les terres humaines. Vers les villages qui fumaient doucement au pied des montagnes.


Le vent sembla se glacer.


— Je vois...


Ses crocs apparurent dans un sourire chargé de haine.


— Si ta fierté ne suffit pas à te faire combattre...


Ses yeux brûlèrent.


— alors je détruirai ce que tu refuses de voir brûler.


La montagne trembla sous le mouvement de son corps.


— Je ravagerai ces terres... je réduirai ces villages en cendres...


Le vent hurla entre les falaises.


— et je verrai combien de temps tu resteras immobile.


Un silence lourd tomba sur la vallée.

Puis quelque chose changea.


Les doigts d'Inu no Taishō se refermèrent lentement sur la garde de son épée.

Le métal de Tessaiga glissa hors du fourreau dans un bruit clair.

La lame massive refléta un instant la lumière du ciel.

Les yeux du dragon brillèrent.


Un sourire féroce étira son visage masqué.


— Enfin !


— Tu ne me laisses plus le choix.


Le dragon rugit.

Son corps gigantesque bondit à travers la vallée.


Et lorsque les deux daiyōkai entrèrent en collision la montagne entière trembla.


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