Kaʻohana koko a me kaʻohana o ka naʻau
_Si j’ai accepté de vous voir, c’est uniquement parce qu’Adam Noshimori m’a un jour sorti d’une situation… disons difficile. leur annonça le yakuza qui se tenait devant eux.
Steve et Danny avaient rejoint Adam et son contact dans l’un des entrepôts vides appartenant à ce dernier.
— Écoutez, vos affaires, on s’en moque complètement aujourd’hui ! lui répliqua Steve, pressé d’en finir. Nous ne sommes pas là pour vous faire des ennuis.
— Adam m’a expliqué rapidement. Vous cherchez des nouveaux venus dans les trafics de l’île ?
— Nous cherchons des terroristes, ou des mercenaires travaillant pour des terroristes. lâcha Steve de but en blanc. Ils ont quelqu’un de chez nous, et nous devons les retrouver pour retrouver cette personne…
L’homme fit quelques pas ; soit il hésitait à leur dire ce qu’il savait, soit il réfléchissait à ce qu’il pouvait justement savoir.
— Je ne fais pas d’affaires avec des terroristes ! clama-t-il.
Steve se retint de lever les yeux au ciel, mais l’homme enchaîna :
— Je ne fais pas que des choses légales, mais je ne veux rien avoir à faire avec des fanatiques, quel que soit le genre ! continua-t-il. Néanmoins, il y a beaucoup de sociétés écrans qui utilisent les transports maritimes pour toutes sortes de trafics. Et il y a récemment plus de cargos en provenance du Moyen-Orient. Je mets un point d’honneur à surveiller mes rivaux potentiels. Je peux vous donner une liste de ces nouvelles sociétés.
— Et vous pensez que les hommes que l’on recherche travaillent pour l’une de ces entreprises ? demanda Danny.
— Je pense que s’ils sont venus avec des armes, et pour repartir avec quelqu’un, le bateau est le moyen le plus facile ! Après, je peux me tromper…
— Très bien, donnez-nous la liste, ça sera toujours ça. dit Steve.
— Cela va faire encore un grand nombre d’entreprises potentielles et un nombre de bateaux encore plus important ! Mais pour entrer sur l’île de manière illégale, c’est ce qu’il faut que vous regardiez. Je vais vous imprimer cette liste, mais que cela reste entre nous ! Je ne veux pas passer pour une balance auprès des autres… membres de ma branche !
Les trois amis se regardèrent et Adam fit un signe de tête pour signifier à son contact qu’il n’avait pas de souci à se faire. L’homme s’éloigna en direction d’un bureau, et Steve se tourna vers Adam.
— Merci !
— C’est normal. C’est même un peu décevant, j’espérais qu’il en sache plus… répondit Adam. Mais au moins il est au courant et, en plus de la liste, il va ouvrir l’œil et les oreilles !
Kono rentra dans le bureau de Jerry et trouva ce dernier et Elena penchés chacun sur un ordinateur, en pleine concentration. Ils levèrent les yeux vers elle et Jerry lui fit un signe.
— Vous avancez ? demanda Kono.
— Elena a pu sortir des dossiers de compagnies ayant des liens avec des cellules terroristes, et je suis en train d’essayer d’avoir accès aux comptes de certaines d’entre elles… Mais c’est compliqué.
— Le problème, c’est que nous ne savons pas grand-chose des opérations concernées par ces dossiers. Sans le lieu de l’opé, c’est compliqué de savoir à quels groupes nous avons affaire. ajouta Elena en reportant son attention sur l’écran. Jack n’a pas réussi à avoir accès aux dossiers.
Kono fit une moue. Elle avait côtoyé l’agent de la CIA lors de leur mission à Paris et savait à quel point ce dernier était efficace et entêté. S’il n’avait pas réussi, c’est que ce n’était pas possible !
— Jo aura peut-être plus de chance. marmonna Kono. Steve m’a dit que le contact d’Adam leur avait fait une liste de compagnies maritimes qui seraient louches. Ils sont en chemin pour la ramener.
— Ça pourrait réduire notre liste ! dit Elena avant de se redresser soudainement. Ça y est ! J’ai une réponse d’une amie du FBI qui a croisé les dossiers d’opérations de Jo avec des mouvements de la CIA.
— Le FBI t’aide ? s’étonna Kono.
— Non, la CIA ne donne pas ce genre d’informations au FBI… répondit Elena avec un air entendu. Disons que mon amie n’est pas en train de travailler de manière… officielle !
Kono vint se poster derrière Elena pour regarder le résultat des recherches de son amie. Quelques dates et lieux étaient affichés.
— Ce ne sont que des suppositions. préféra préciser Elena. Mais avec ces informations, nous allons pouvoir affiner notre recherche.
Elena se remit à taper sur le clavier, absorbée par son objectif de trouver où pouvait se trouver Kelley.
Cela faisait plusieurs heures qu’Elena et Jerry reliaient les différentes données. Grâce à leurs recherches et à la liste que Steve et Danny avaient ramenée, le nombre de compagnies qu’ils avaient à vérifier diminuait. Elena était allée passer un coup de fil et revenait, perdue dans ses pensées, vers l’antre de Jerry, consciente que le nombre d’entreprises restait encore bien trop élevé. Ils n’avaient même pas d’idée précise sur quelle île avait pu leur servir de point d’ancrage, ni quel port parmi tous ceux de l’archipel.
Elena s’arrêta, ayant presque failli foncer dans Danny qui sortait du bureau de Jerry. Elle croisa son regard et une tension palpable s’installa entre eux. Elle finit par jouer nerveusement avec son téléphone dans ses mains.
— Steve tient le choc ? demanda-t-elle à Danny.
Danny la scruta. Il avait une impression étrange. Une part de son esprit n’était centrée que sur Kelley et sa recherche, mais une autre part était uniquement tournée vers les questions concernant Elena. L’envie de lui demander pourquoi elle était restée silencieuse si longtemps, l’envie de lui dire combien il s’était inquiété pour elle. Mais aussi l’envie de la prendre dans ses bras, de l’embrasser, de se retrouver à nouveau proche d’elle…
Le lieutenant dut se faire violence pour chasser les souvenirs qui remontaient en lui avec tout un raz-de-marée de sentiments divers qui le traversaient.
— Il est solide, il ne lâchera rien tant qu’on n’aura pas retrouvé Kelley. répondit Danny.
Si sa voix se voulait neutre, il voulait aussi la rassurer, car il savait combien elle et Kelley étaient proches.
— Aucun de nous ! renchérit Elena avec un sourire plein de conviction. Et puis Kelley n’est pas du genre à attendre sagement que l’on vienne la tirer d’un mauvais pas, elle fera tout pour s’en sortir de son côté ! Ils ne savent pas à qui ils se sont attaqués !
Danny sourit. En à peine quelques mots, Elena avait de nouveau captivé son attention et, comme lors de leur rencontre — pourtant totalement incongrue — la conversation se lançait le plus naturellement du monde entre eux.
Elena ouvrit la bouche, son visage un peu plus sérieux, mais sans que cela ne durcisse ses traits. Pourtant, elle se ravisa et jeta un coup d’œil derrière Danny où Jerry lui faisait signe.
— Jerry… il a du nouveau. dit-elle, avec comme une pointe de regret dans la voix, avant de se redresser soudainement. Il faut qu’on avance ! On a encore une aiguille à trouver dans un champ de bottes de foin !
Danny la regarda, un peu décontenancé, mais reprit leur objectif en tête.
— En tout cas, tes nombreux contacts dans les agences fédérales sont un vrai atout ! observa-t-il.
— Oui… c’est l’un des avantages de mon métier… murmura-t-elle, avant de passer à côté de Danny pour rejoindre Jerry devant son écran.
Steve jeta un coup d’œil vers Chin dans son bureau, en train d’appeler des contacts, tandis que Kono était partie avec Adam essayer d’avoir d’autres informations auprès de ses anciennes connaissances. Danny épluchait le dossier qu’ils avaient réuni. Pourtant, si leur liste s’affinait, elle restait bien trop importante et incertaine.
Le commandant perdit soudainement son sang-froid et frappa d’un geste brusque son bureau, envoyant promener ce qui s’y trouvait. Expirant un grand coup, il se baissa pour ramasser ses affaires et les reposer avec lenteur, s’efforçant de retrouver un tant soit peu de calme.
Il se releva et son regard croisa des yeux bleus qui le sondaient derrière sa porte en verre. Jo White poussa la porte doucement pour rentrer dans la pièce.
Quelqu’un connaissant peu le major White aurait pu croire qu’il gérait la situation avec calme et détachement. En temps normal, sa nervosité et son inquiétude presque invisibles auraient tout de même été décelées par Steve, qui le connaissait véritablement très bien. Mais à ce moment-là, ce dernier était lui-même trop préoccupé pour parvenir à lire son mentor et remarquer son état d’inquiétude.
— Jo ! Dis-moi que tu as les dossiers ! lui demanda Steve, avec espoir.
Le vieux soldat secoua la tête, le visage fermé.
— Ils ne veulent pas…
— On ne veut pas divulguer les informations qu’ils contiennent ! le coupa Steve, la voix vibrante. Mais les étudier pour savoir exactement où chercher ! Qui chercher ! On n’avance pas, Jo ! Il nous faut ces dossiers !
— Je sais, Steve. Mais ils ont peur que l’on finisse par s’en servir.
— Oui ! S’il le faut, cela peut permettre de leur tendre un piège ! Pour récupérer Kelley !
Steve avait encore haussé la voix. De l’autre côté, Danny avait cessé de travailler pour s’approcher du bureau de son coéquipier. Il croisa le regard de Chin, qui lui fit un hochement de tête entendu avant de se remettre à son téléphone.
— Comment peux-tu rester sans rien faire ! Retourne voir tes contacts à la CIA ! Menace-les, frappe-les, dévoile leurs secrets ! Mais aide-moi ! cria Steve, la colère et l’impuissance lui brûlant le corps.
Danny s’arrêta à la porte du bureau, observant les deux Seals se toiser.
— Steve, je comprends, je suis aussi inquiet. C’est ma fille !
— Moi, c’est la femme que j’aime. Et s’il faut que je brûle tous les bureaux de la CIA pour la sortir de là… je vais le faire ! répondit Steve, décidé.
Le commandant sortit en trombe du bureau, attrapant au passage les dossiers que Danny examinait, et disparut dans les couloirs du bâtiment.
Danny échangea un regard avec Jo. Un grand silence s’était abattu dans le QG du 5.0.
— Il va le faire. finit par dire Danny. Alors trouvez quelque chose avant qu’il ne se transforme en machine de guerre ! C’est la CIA qui l’a mise là, ils doivent savoir comment l’en sortir !
Laissant Jo White derrière lui, Danny partit en courant pour rattraper son ami.
— Je vais tenter d’empêcher Steve de tuer tous les agents de la CIA qu’il connaît ! lança-t-il à Chin en passant.