Kaʻohana koko a me kaʻohana o ka naʻau

Chapitre 56 : Une histoire de White

2548 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 14/12/2025 21:09

Le grincement faillit faire sursauter Kelley, mais elle garda contenance et releva la tête vers les mêmes hommes que la veille. Vu qu’il faisait sombre dans la pièce, elle ne savait pas exactement depuis combien de temps elle était là, mais c’était sûrement le matin d’après ce qu’elle pouvait estimer. Elle n’avait pas vraiment dormi, trop occupée à chercher comment se sortir de là. Son mal de crâne et sa blessure à la tête s’étaient relativement calmés, mais ses côtes la faisaient toujours souffrir, aggravées par le maintien de la position assise sur la chaise en bois. Elle avait également la bouche pâteuse, tant la soif se faisait ressentir davantage que la faim.

— Alors, la nuit vous a-t-elle porté conseil ? demanda de sa voix suave l’homme qui semblait être le chef de l’opération.

Kelley opina, et décida de jouer carte sur table, tout en cherchant encore à gagner un maximum de temps.

— J’ai réfléchi à ce nom de dossier. leur annonça-t-elle. D’ailleurs, je suis sûre que vous en avez d’autres à me demander, n’est-ce pas ?

L’homme parut satisfait et fit un signe à l’un de ses acolytes, qui proposa un verre d’eau à Kelley. Elle ne se fit pas prier et but à petites gorgées le verre tenu par l’homme.

— Vous voyez, si vous faites des efforts, nous en faisons également. lui dit le chef avant de faire un signe de tête pour que les autres reculent, tout en s’asseyant comme la veille. Effectivement, nous avons besoin des informations du dossier Joygold également.

Kelley hocha la tête et réfléchit. L’homme attendit quelques minutes mais finit par perdre patience. Ses épais sourcils sombres se rapprochèrent, creusant des rides marquées au-dessus de son épais nez. Sa mâchoire se crispa et ses lèvres pincées disparurent furtivement dans son épaisse barbe.

— Avez-vous les informations ? Ou va-t-il falloir que je vous les prenne de force ? demanda-t-il avec une politesse qui tranchait avec la voix vibrante de menace.

— Non. répondit-elle tout simplement.

— Non ? répéta l’homme d’un air presque hébété.

Kelley vit l’homme qu’elle avait menacé la veille se grandir et afficher un rictus mauvais sur son visage buriné. Ses yeux semblèrent s’illuminer de joie et de désir, et il commença à tapoter sur son arme, laissant transpirer son impatience.

— Non, je n’ai pas vos informations. lâcha Kelley, après avoir inspiré discrètement une bouffée d’air pour se donner du courage.

L’homme se leva soudainement, son visage crispé et menaçant, ses yeux devenus de petites billes noires écrasées sous ses énormes sourcils. Il poussa la chaise d’un geste brusque et se tourna vers le tireur pour lui parler dans leur langue. Puis il se rapprocha de la sortie, suivi par un de ses acolytes.

— Attendez ! les rappela Kelley d’une voix autoritaire.

Le chef se retourna, mais son visage ne s’était pas relâché, il était toujours contrarié par sa réponse.

— Vous savez qui je suis ? lui demanda-t-elle.

L’homme étouffa un rire.

— C’est une menace ?

— Non, juste une question. répondit Kelley avec une moue. Quand je menace, c’est limpide, je ne fais pas de menace sous-entendue. Je vous demande si vous savez vraiment qui vous avez kidnappée ou si vous avez pris la première personne venue que vous avez croisée sur la route pour la base de Pearl.

La réplique cinglante de Kelley déstabilisa quelque peu l’homme, qui hocha la tête comme pour donner de l’importance à ce qu’elle venait de dire.

— Oui, nous savons qui vous êtes… Commandant White. annonça-t-il d’un air presque solennel.

— Commandant White des Forces Spéciales. précisa Kelley. Et les dossiers que vous me demandez… ces dossiers militaires… Je pense qu’ils concernent des opérations menées par des unités de NAVY Seals, et non par des unités des Forces Spéciales !

Cette fois-ci, l’homme parut troublé, et ses yeux roulèrent alors qu’il réfléchissait.

— Je n’ai pas les informations car je n’ai jamais entendu parler de ces dossiers. reprit Kelley.

— Mensonges ! s’exclama le tireur en lui assénant soudainement une droite, faisant tomber la chaise au sol.

Le coup lui coupa la respiration quelques secondes et raviva la douleur qui envahit à nouveau sa tête. Encore sonnée, elle entendit le chef interpeller le tireur, et il lui fallut quelques secondes pour retrouver ses esprits alors que sa pommette gauche la faisait souffrir. On releva la chaise et le chef revint se placer devant elle.

— Si ce que vous dites est vrai, si vous n’avez pas les informations, vous n’êtes plus d’aucune utilité ! lui marmonna-t-il. Mais je ne vais pas vous croire si facilement !

Kelley fit une moue douloureuse en mobilisant sa mâchoire, avant de relever les yeux vers eux.

— Vous comme moi savons que j’ai été entraînée à résister à la torture. répondit-elle. Donc cela va durer longtemps.

— Mais tout le monde a un point de rupture. répliqua le chef, en relevant un sourcil.

— Oui, et je finirai sans doute par craquer. Et je vous donnerai des informations erronées. Vu que je ne connais pas celles que vous voulez, je dirai tout ce qui me passe par la tête. Et vous ne serez pas plus avancés.

L’argument sembla toucher l’homme, et la sincérité de Kelley le convainquit. Il finit par se redresser.

— Que proposez-vous ?

— Quelqu’un vous a parlé de ces dossiers car ils comptaient vous les vendre. devina Kelley. Mais vous n’avez plus de nouvelles, votre contact ne donne plus signe de vie. Vous avez donc décidé de récupérer les informations en kidnappant une des personnes dont on vous a divulgué le nom lors de vos échanges. Le chef d’unité lors des opérations menées par les Seals : le major White.

Kelley marqua une pause dans son explication, pour voir l’effet de son annonce sur les hommes. Puis elle reprit, toujours sur un ton explicatif, avec une voix claire et lente, alors même que sa gorge semblait nouée par le stress.

— Je ne suis commandant que depuis deux mois, je ne suis pas notée sur les dossiers secrets d’opérations si vous voulez mon avis ! Vous vous êtes trompés de White !

— Où voulez-vous en venir ?

Kelley se garda bien de leur avouer que la personne qui devait leur vendre ces secrets, c’est elle-même qui l’avait arrêtée, puisque c’était sans aucun doute l’une des taupes travaillant à la CIA, qu’elle avait fait tomber lors de son enquête à Langley.

— Utilisez-moi comme monnaie d’échange pour ces informations. Contactez le major White.

Le tireur, silencieux bien malgré lui jusqu’ici, reprit dans sa langue un flot de répliques contre elle. Le chef se leva et ils se disputèrent quelques minutes.

Même si Kelley semblait impassible, son cœur battait à toute vitesse. Elle avait décidé de jouer carte sur table, il fallait qu’elle parvienne à aiguiller son père sur la recherche à mener, et dire la vérité lui avait paru être la meilleure des solutions pour arriver au but.

La discussion houleuse des deux terroristes sembla diminuer et le tireur sortit d’un pas nerveux de la pièce. Le chef se tourna vers elle.

— Nous allons vérifier vos dires. Si vous m’avez menti, je laisserai notre expert s’occuper de vous. Si c’est la vérité… Espérons que votre vie soit plus importante que ses secrets !


Jo rentra dans le QG du 5.0 et Steve vit immédiatement à son allure qu’il était contrarié.

— J’ai du nouveau. intervint le major sans perdre de temps dans les banalités d’usage.

Toute l’équipe présente se rejoignit vers la table multimédia.

— J’ai reçu un appel. C’était la voix de Kelley, mais enregistrée comme pour un message. Cela a duré à peine une dizaine de secondes, et elle a dit : “Ils veulent les informations contenues dans les dossiers Welburne, Joygold, Joyargent et LiOne. Tu as 24h, ils te recontacteront.”

Steve regarda son mentor, interloqué par ce qu’il venait de dire.

— LiOne ? réfléchit-il. Ça me parle…

— Oui, c’était une opération menée par ton unité. Les autres, j’ignore si ce sont des opérations que j’ai menées, leurs noms ont sûrement été changés en passant chez les espions ! En fait… Kelley n’a rien à voir dans tout ça… c’est moi qu’ils visent !

Pendant quelques secondes, le silence envahit le QG, alors que Jo semblait accablé soudainement par les mots qu’il venait de prononcer.

— Peu importe ! Ce n’est pas le problème ! intervint Danny d’une voix forte et optimiste. Au moins on a une piste !

— Danny a raison, cela nous donne de quoi chercher ! Jo, tu as les informations qu’ils veulent ? demanda Steve. Au moins sur l’opération que tu connais ?

— Ce n’est pas si simple, tu le sais. Pour LiOne par exemple, nous avons mené cette opération. Mais ensuite c’est la CIA qui l’a récupérée. Et c’est eux qui savent où sont cachés les prisonniers faits lors de ces opérations, où se trouvent les choses de valeur, comme des œuvres d’art ou de l’or… ou encore qui sont les sources ayant conduit à ces opérations ! Les informations qu’ils veulent peuvent être tout cela ! Et je n’ai pas accès à ça !

— Alors il faut que l’on trouve un accès. asséna Steve. Jo, va les voir !

Jo souleva un sourcil.

— On sait tous que la CIA a des planques même ici ! lui lança Steve sur un air entendu. Danny, fais parvenir les infos à ton ami. Kono, tu vas éplucher les arrivées de toutes personnes venant du Moyen-Orient par les voies légales. L’opération LiOne concernait un groupe de dissidents qui étaient en train de se radicaliser au sud de l’Afghanistan, on peut commencer par orienter nos recherches avec cette information. Je vais aller chercher du côté des arrivées illégales avec Lou et Chin. Et Jo, avant de partir, passe voir Jerry pour qu’il synchronise ton téléphone afin d’essayer de trianguler leur prochain appel !

Toute l’équipe opina et se mit au travail. Steve était plein d’espoir devant cette nouvelle piste.


— Chin et Lou sont allés voir un contact à Kamekona. expliqua Steve à Danny alors qu’il venait de revenir au QG. Mais pour l’instant, tous ceux que nous sommes allés voir… cela n’a rien donné !

— Les criminels ne se vantent pas de faire rentrer des terroristes sur le territoire généralement. souleva Danny.

— Et je viens de raccrocher avec Jo. La CIA a clairement interdit l’accès aux dossiers. Ils sont classés top secret et ils n’ont même pas l’intention de juste nous dire de quoi il s’agit ! maugréa Steve.

— Jack n’est pas la CIA. dit Danny. Enfin si, mais il ne s’arrête pas à ça ! Il est encore dessus, il essaie d’avoir accès au dossier de son côté. Et Jo aura peut-être gain de cause, il ne va pas abandonner si facilement.

— Même sans savoir ce qu’il y a à l’intérieur exactement, il faut que nous arrivions à savoir de quoi il retourne, cela nous permettrait de trouver des pistes ! Pour l’instant nous n’avons que l’opération LiOne et ce que Jo et moi en savons… Mais je ne vois pas ce petit groupe dissident monter une opération de cette envergure ! Ils ont dû rejoindre quelque chose de plus grand !

— Pour des pistes, Adam vous a dégoté un rendez-vous avec une de ses connaissances. C’est un Yakuza donc prudence, mais Adam pense qu’il pourrait nous aider. intervint Kono, qui venait de raccrocher avec son mari. Il est au courant de pas mal de trafics et magouilles avec pas mal de monde, notamment avec le Moyen-Orient !

Steve hocha la tête, décidé à ne rien laisser au hasard. Il apprécia d’autant plus qu’Adam se mouille en retournant voir des anciens Yakuza, lui qui avait tourné le dos à tous ces gens et à cette vie-là pour Kono. Elle venait de lui demander un grand sacrifice, et même pour elle c’était une situation compliquée.

— Alors nous, on va voir ce gars. Pendant ce temps, Kono, essaie de voir avec Jerry s’il a avancé sur la recherche d’informations sur les opérations… pas par la voie… non officielle.

— Je crois que pour ça, je peux peut-être l’aider. annonça une voix derrière eux.

Kono releva la tête de son téléphone, tandis que Steve fronça les sourcils avant de se tourner lentement. Imité par Danny qui avait l’impression d’avoir mal entendu la voix, tant il ne s’attendait pas à cela.

— Jack m’a tout expliqué ! Je suis là pour vous aider !

— Elena ! s’exclama Steve en souriant, avant d’aller serrer sa sœur dans ses bras.

Danny regarda la scène, sans parvenir à réagir. Il n’en revenait pas de voir Elena sur le pas de la porte, comme si elle n’était jamais partie. Une foule de sentiments le traversait, et il dut se faire violence pour parvenir à bouger, et à lui dire bonjour de loin.

— Ton aide est la bienvenue. lui dit Steve. Je suis content que tu sois là.

— Elle est comme ma sœur, je ferai tout ce que je peux pour qu’on la retrouve ! D’ailleurs j’ai besoin de l’aide de Jerry, j’ai déjà quelques idées pour trouver des pistes.

— Il faut qu’on aille voir Adam là, mais… fais comme chez toi. lui répondit Steve avant de partir.

Danny lui emboîta le pas, toujours troublé. Il ne savait pas comment réagir à la réapparition soudaine d’Elena, de plus dans cette situation compliquée concernant Kelley.

— C’est bien que tu sois là. lui dit-il en passant près d’elle.

— Danny ! le retint Elena en pivotant vers lui.

Le lieutenant se retourna, et fut surpris de voir un air presque gêné sur le visage d’Elena. Elle ouvrit la bouche mais hésita avant de parler.

— Quand on aura ramené Kelley… ce serait bien que l’on discute. lui dit-elle dans un souffle.

Danny hocha la tête.

— Ramenons-la d’abord ! dit-il en s’éloignant, luttant contre l’envie de l’embrasser tellement elle lui avait manqué.

Mais également le cœur serré, car il lui en voulait d’avoir disparu si longtemps sans donner de nouvelles.

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