Beauxbâtons - 4 énigmes et un enterrement

Chapitre 17 : Sortilège 17 : la rentrée

10525 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 11/10/2026 13:55

La bataille du Portugal s’acheva par le rétablissement de la lumière face aux ténèbres imposées par Alveira. La libération s’accompagna d’une remise en route des services et des institutions. Pour y parvenir dans les meilleurs délais, Maria Dos Santos fut contrainte de s’en remettre à son personnel. Sa détention lui avait coûté du sang et des larmes. Isabel da Oliveira lui conseilla de diriger depuis le lit de l’infirmerie du ministère. Il n’y avait aucun déshonneur dans cette concession et la santé de la dirigeante était essentielle.

Roger, de son plein gré, resta plusieurs jours pour reconnecter les cheminées et traiter l’afflux de demandes d’abonnement, signes de la confiance restaurée dans le gouvernement sorcier. Avec Isabel, ils en profitèrent pour initier Umbelina à l’enchantement des Portoloins, lui déroulant la procédure, les exigences administratives lorsque les artefacts agissaient entre deux nations différentes. Ils en produisirent assez pour mailler le territoire et relier les dix cités majeures du pays.

L’une des principales décisions de Maria fut de nommer Victoria Ribeiro, mère de Linda entrant en 4ᵉ année de l’Académie, juge en charge de la justice de la communauté. Considérée comme modérée, Victoria était une figure de la magistrature spécialisée dans les conflits commerciaux. Elle avait le talent indispensable pour endosser ce nouveau rôle. Maria la laissait libre de s’adjoindre un greffier ou une greffière. Son premier travail consisterait à établir les responsabilités individuelles et collectives des participants au putsch, à leur notifier les chefs d’accusation et à instruire leur procès. Les prévenus devraient se choisir un avocat, étranger, ou se représenter eux-mêmes.

Umbelina pressa la Ministre d’inclure un article dans la loi interdisant le suprémacisme. Le plus haut personnage de l’État préféra l’inscription de l’égalité, sans distinction de race, d’origine, de croyance ou de pouvoir face à la loi. En dépit des tortures, des privations subies pendant son incarcération, parfois sous les yeux d’Umbelina, pour découvrir où Dornier se terrait, où se trouvait le stock de Gallions du Ministère – il n’y avait pas de banque au Portugal –, déplacé au cours de sa mandature, Maria voulait traiter chaque concitoyen sur un pied d’égalité. La jeune apprentie estimait illusoire d’espérer du respect de la part des extrémistes supporters d’Alveira. La femme espérait le plébiscite des Portugais et souhaitait mettre son poste dans la balance, au cours d’un scrutin à venir.

Convaincre Umbelina du bien-fondé de ses décisions ne fut pas le plus ardu. Faire revenir Hercule d’Orgeix pour l’honorer à sa juste valeur, comme tous les combattants, fut une mission bien plus complexe. Le Belge se contentait de répéter, par carré magique interposé, qu’il avait accompli son devoir en libérant son amie et un compatriote valeureux. Maria estimait que son acte, engagé, avait plus d’importance qu’il ne lui en accordait.

Louis Delplanque, sur place pour soigner les blessés, évoqua une rumeur selon laquelle le Belge possédait la meilleure baguette pour soulager toutes sortes de maux. Avec cet outil, il était en mesure de rectifier les conséquences durables de sorts noirs reçus par des élèves et le personnel lors du combat. La ministre usa de cet argument pour obtenir un retour-éclair du garçon réfugié à Paris. L’agence W était assiégée par des hordes de journalistes venus de toute l’Europe. Ils reprenaient le portrait du Belge, publié dans Magia Impressa, accompagné du titre tronquant la réalité : « Hercule Van Betavende dompte un dragon et libère le Portugal ! »

Il hésitait à repartir au Portugal mais tremblait devant la horde assoiffée d’exclusivité. Son salut vint de Guillaume de Franjac. Le commandant des Aurors français se présenta à l’agence pour le convier à l’autopsie de José Alveira, à la morgue de Bonpied. Bien que la victime soit portugaise et qu’elle ait perdu la vie à l’étranger, l’autopsie ne pouvait être menée que par l’un des deux légicomages en poste en Europe. À l’arrivée du garçon, Dessuture s’y colla. Durant son analyse, De Franjac interrogea Hercule sur les circonstances du décès. Raymond pondit son rapport en moins d’une heure et demanda si ses conclusions coïncidaient avec le récit précis du meilleur témoin. Les faits étaient en parfaite adéquation. Alveira était mort d’asphyxie. L’électrisation ayant cuit ses tissus était survenue post-mortem. L’émiettement de son squelette était dû à une chute d’au moins cinquante mètres.

— Tu veux lire le compte-rendu, Van Betavende ?

— C’est inutile, Docteur.

De Franjac se mordit les lèvres et grimaça, gêné pour déballer le fond de sa pensée. L’adolescent abrégea la torture.

— Je sais ce que vous pensez. Umbelina a franchi la ligne. Sans user d’un impardonnable mais son arsenal et sa puissance l’en dispensent.

De Franjac opina.

— Elle n’était plus elle-même, c’est ça ? Alveira l’a poussée à bout.

— Au moment de porter le coup de grâce, nous avons toujours le choix. Depuis quelques mois, le discours de mon amie se durcit, se radicalise. Sa haine du suprémacisme, son désir de l’oblitérer à tout prix, lui font tenir des propos qui me déplaisent. Mon aversion pour ces immondes défenseurs du Sang-Pur est totale, mais nous ne pouvons pas nous comporter comme eux. Nous devons les combattre et traduire leurs crimes en justice. Nous devons accepter les jugements rendus, même s’ils sont imparfaits ou qu’ils obéissent à des règles incomplètes.

— Ce qu’elle a fait, relève du Portugal. Si le ministère ne porte pas l’affaire en justice, son action n’aura aucune conséquence. Mais…

— … elle a franchi la ligne. Dimanche, une noirceur s’est manifestée en elle.

— Un Obscurus ?

— Elle est trop âgée. C’est d’une autre nature.

— Veille sur elle, Hercule. Du mieux que tu pourras.

— Je ferai preuve de vigilance, Commandant.

L’affaire en resta là. Chacun eut la sensation que le dossier ne serait pas refermé.

Deux jours avant la reprise des cours, Hercule accepta de retourner au Portugal. La ministre, partiellement remise, organisa une réception officielle sous l’ambassade de Grande-Bretagne. Elle remit un document dûment estampillé faisant d’Hercule un citoyen du Portugal. Cette marque distinctive le toucha plus que tout. Quand Maria tint ensuite à récompenser le garçon au nom des combattants, le Belge suggéra qu’elle fasse un don substantiel à l’OWL. Umbelina approuva sans retenue, se fustigeant même de ne pas y avoir songé avant. Maria commit ensuite une demande cauchemardesque aux yeux de l’invité : improviser un discours.

Les joues et les oreilles écarlates, il s’approcha de l’estrade faisant face à l’assistance. Au comble du désespoir, il supplia Umbelina de le rejoindre. Elle acquiesça. Il fit appel à ses connaissances en portugais et bafouilla :

— Euh… Je… Je n’ai pas l’habitude… de m’exprimer en public. C’est… enfin… Quand… le Gerbera est né, lors de ma première année à l’Académie, nous étions quatre. Umbelina est l’un des piliers du quatrième ordre. Le plus puissant, le plus solide dont on puisse rêver. C’est aussi une personne animée d’un courage incroyable, de témérité et de convictions. Personne n’a plus soif de justice qu’elle. Comme dans tous les groupes, dans toutes les familles, il y a parfois des désaccords. C’est la vie. Il est normal de défendre ses idées, ses croyances, ses choix. Cela s’exerce dans le dialogue, le respect. Quand un danger mortel menace la famille, toutes les dissensions sont écartées et l’amitié prévaut. Umbelina est mon amie. Je serai toujours là pour lui offrir mon aide, ma façon de penser, mon cœur pour éclairer son chemin qui, je suis sûr, sera pavé de succès. Je n’abandonnerai jamais mes amis. Jamais.

Il entendit la Portugaise renifler, incapable de retenir son émotion. Il se tourna et l’étreignit. Des applaudissements nourris saluèrent les effusions et scellèrent l’amitié belgo-portugaise. Günther s’approcha de la ministre lors de l’apéritif qui suivit et demanda à s’entretenir avec elle, en privé.

— À quel sujet, monsieur Dornier ?

— J’ai trouvé une astuce légale pour que mon entreprise, reliée au Tunnel de Transportation, ne devienne pas une extension de la RATP et par conséquent, un territoire français.

— Vraiment ? Comment ?

— Leur règlement stipule que leur zone d’influence cesse à la surface, exception faite d’antériorité comme c’est le cas au ministère.

— Oui.

— Non loin de Badajoz, en territoire portugais, j’ai aménagé une grosse roche que les Moldus croient tombée du ciel. Elle est creuse. Le tunnel reliant le système de Transportation à mon entreprise passe à l’intérieur. Au revoir la France, bienvenue au Portugal.

— Astucieux !

— Imaginez le même principe sur le quai de Lisbonne. Une porte. Vous la traversez et elle débouche en surface, dans un sas installé dans une zone désaffectée ou même à côté de l’entrée principale. Là, il y a un autre portail du genre qui vous ramène dans votre quartier magique, jouxtant le quai, fermé par une cloison… de verre qui permet de voir les échoppes.

— Oh ! s’extasia Maria. C’est…

— La solution de contournement. Les Français devront s’incliner.

Ils éclatèrent de rire, attirant l’attention, suscitant une vague de spéculations.

Hercule se tenait devant les trois pans de mur occupés par les anomalies, dans une posture figée, les yeux rivés sur les parois. Sigrid entra dans l’armoire à extension, sans faire un bruit. Le garçon mémorisait la position de chaque indice et les liens de couleurs précises entre plusieurs éléments. Il agita sa baguette et constitua une file indienne dans un ordre préétabli. Un à un, les dossiers, les parchemins, les coupures de presse sorcières ou moldues, les fils de coton s’insérèrent dans l’un des rangements de sa valisette.

— L’agence change d’adresse, commenta sa partenaire.

— Il est temps de replonger dans les études. J’espère que nous aurons quelques cas à traiter au cours de l’année. J’ignore toujours comment confronter le cheveu trouvé sur une scène de crime, à Londres, avec ceux collectés et transmis par Eugénie. Je dois pouvoir les comparer comme je le fais avec le sang, mais je bute sur la bonne formulation.

— Ils n’ont justement peut-être rien de commun ?

— Je teste tous mes sortilèges sur mes propres cheveux.

— Et si chaque cheveu était unique ?

— Ce serait catastrophique pour la police sorcière scientifique dont je veux initier tous les fondements.

— Ah… Dans la malle, j’ai réussi à loger les dossiers traités cet été, l’encours anglais, la boîte aux lettres à disparaître et son homologue pour les formulaires.

— Pas de nouvelle affaire ?

— Non. Par contre, tu as reçu une lettre un peu épaisse.

Elle lui tendit l’enveloppe de papier, plutôt inhabituelle. Elle portait le sceau du ministère sis à Bruxelles. Il décacheta le pli et en retira un livret cartonné accompagné d’une lettre. Le courrier émanait du ministre de la Magie, Edmund Van Den Broecke. Il le parcourut et fut saisi d’une vive émotion. Il ouvrit le document : c’était un passeport belge, délivré par Albert Iᵉʳ, le roi des Belges, en personne. Edmund s’était débrouillé pour lui obtenir un sésame qui lui permettrait, à l’avenir, d’intervenir à l’étranger, dans le monde moldu comme dans le monde sorcier. En effet, en prononçant Magica Reversum, le document se transformait en son pendant magique, avec photographie animée et un tampon de cire qui bouillonnait avant de relâcher un drapeau noir, jaune et rouge frappé d’un lion.

— La consécration ! s’exclama Sigrid.

— Je remercierai le ministre. J’y songe : il vous faudrait des papiers, Sigrid.

— Sigrid Vlaamel n’existe pas puisque je ne suis jamais née. Euh… Bon, que reste-t-il à emballer ?

— Je me charge des indices collectés. Il y en a peu. Le mobilier reste en place.

— Même les coffres que tu as ramenés de Bruges ?

— Quelques-uns. J’ai lancé des Reducto sur quatre d’entre eux. Je les veux avec moi, pour personnaliser un brin ma chambre sans utiliser les dotations du Sondeur. J’emmène les effets de Waldo.

— Au fait ! Merci pour le duplicata de la photo de Bruges. Je ne perds plus connaissance à cause de l’Obscurus. Mieux : le cliché me donne du baume au cœur.

— Vous avez de la chance, lâcha Hercule par inadvertance.

La vision du Gerbera initial, complété des parents Van Betavende, instillait de la mélancolie dans le cœur de son ami. Était-ce à cause du décès de Louis ? Ou bien la cause était-elle ailleurs, dans l’absence d’une petite frisée expatriée en Grande-Bretagne ? Elle n’osa pas le questionner. Elle souligna juste que la horde de journalistes campait toujours dans la rue pour obtenir une interview exclusive.

— Ne me parlez pas de ce cauchemar ! Après mon laïus arraché par la ministre de la Magie portugaise, j’ai été incapable d’avaler quoi que ce soit, tellement mes intestins étaient mis à mal. Vous imaginez ? 1/6ᵉ de la population se trouvait devant moi et attendait que je m’exprime. Dans une langue que je ne maîtrise pas. Il faudrait que je me mette à niveau. Je me note de le faire et de parler toutes les langues en usage à l’Académie ! C’est indispensable.

— C’est ton programme de l’année ? Travailler comme un forçat ?

— Je compte collectionner les notations OR+. Si Rosier et ses crétins ne m’envoient pas à l’infirmerie.

— Quand comptes-tu ouvrir ton cœur à Eugénie ?

— Ce n’est pas d’actualité. Je devrai vivre sans sa lumineuse présence.

La voix du garçon s’éteignit et ses yeux se troublèrent. Il murmura :

— Tout me manque, en elle.

— La concurrence va se mobiliser pour lui chiper la place.

— Quelle concurrence ?

— Je te cite, dans le désordre, les prétendantes : Laurine, Ysandre, Bianca. Au minimum. Dans les plus lointaines, Natalia. Et pourquoi pas Pénélope !

— Je ne les verrai pas. Je relèverai des défis pour occuper mon esprit.

— Lesquels ? Tu as mis sur pied la libération d’otages en dix jours. Quel défi te tiendra en haleine une année entière ?

— Le tableau de Pacôme. Je n’aurai de cesse de décoder et d’appliquer les centaines de sortilèges de soin. C’est l’œuvre d’une année. Je m’y suis engagé.

— Oh ! Cela durera un mois, deux au plus. Quoi d’autre ?

— Je veux résoudre le cas du professeur Céladon. Séraphin est la preuve vivante qu’aucune potion, aucune malédiction n’est éternelle. Deux sorciers ont juste réussi à rendre des potions durables. Inverser le sort ou le briser doit être possible.

— Hum… Moui… Cela t’occupera jusqu’à la fin de l’année. Et pour 1921 ?

— J’ai, en tête, deux autres énigmes. Elles ont trait au temps et à ses arcanes. Aussi, je ne les évoquerai pas pour ne pas influencer sur son déroulement.

— Bien ! Quatre énigmes.

— C’est bien assez, non ?

— Je le pense. Pour ma part, je n’en aurai qu’une à solutionner.

— Laquelle ?

— Qui va t’accompagner au bal de fin d’année ? Eugénie n’aura pas cet honneur.

— Je n’en ai aucune idée et, pour être sincère…

Il s’en moquait. Lorsqu’il sortit de l’armoire installée dans le bureau, les journalistes agglutinés à la fenêtre tapèrent aux carreaux et le supplièrent de répondre à leurs questions. Il lui vint une idée originale. Il quitta l’agence, se planta devant la horde, l’observa avec attention et déclama :

— Posez toutes vos questions. En rafales. Lorsque je lèverai le bras, je répondrai à la seule d’entre elles que je jugerai pertinente.

L’enquêteur eut droit à un bombardement digne des plus grands assauts de la guerre des tranchées, les journalistes criant plus fort les uns que les autres. La plupart des interrogations fusèrent en français, mais il y en eut en autrichien, en flamand, en anglais, en italien, en espagnol, en russe, en bulgare et en portugais. Il comptabilisa 109 questions en moins de deux minutes. Quand le feu nourri baissa en intensité, une jeune femme à la gouaille de Parisienne se lâcha enfin.

— Vous êtes intervenu au Portugal pour libérer un compatriote et sauver une amie. Si on ne peut acquérir la nationalité belge, comment devenir votre ami ?

Pénélope Chamfort, l’archiviste du Cri, libérée de son antre par Le Fur, était à l’origine de la question. Hercule leva le bras et répondit à l’effrontée, avec un brin de malice.

— On gagne mon amitié en faisant preuve d’intelligence, d’audace et de loyauté.

Son amusement cessa dès qu’il eut placé sa réplique. Il baissa son bras et s’escamota, provoquant la déception des reporters. Pénélope jubila. Avec ces quelques mots, elle décrochait la timbale.

En cette matinée du 16 septembre, la salle de réunion de l’Académie faisait le plein de professeurs. C’était la pré-rentrée, le temps des surprises de dernière minute, de la distribution des emplois du temps définitifs et le moment de communiquer les consignes importantes. Agathe insistait sur la vigilance de chacun et entendait traquer le moindre écart de conduite des élèves. Elle ne cachait pas son désir d’accélérer le grand nettoyage par le vide entrepris l’année passée et entériné dans le recrutement par le Sondeur.

Cette année avait un goût spécial avec le retour inespéré de Jean Racine. Son entrée fut saluée par l’assemblée debout, applaudissant, entraînée par Wilfried, survolté. En préambule, le professeur livra quelques mots sur son état de santé.

— Je vais bien. Je suis apte à enseigner les sciences. Par contre, je ne peux pas assurer l’astronomie.

— Qu’as-tu vécu, Jean ? s’inquiéta Claire dont aucune prophétie n’avait concerné son complice.

— Aborder ce sujet est délicat. Je vais faire comme en classe et illustrer mon propos avec une image qui parlera à tout le monde. Disons que tu disposes d’une Pensine. Tu recueilles un souvenir. Ta première prophétie, par exemple.

— D’accord.

— La durée de ton souvenir est de… quinze minutes. Tu ignores juste que la Pensine est défectueuse. Tu plonges la tête. Au lieu de revoir ta pensée une fois, tu la revois à l’infini. Tu es actrice de ce fragment. Tu agis pour en modifier le déroulement, l’issue mais au terme du délai, tout recommence au début. Avec la souffrance physique, la brûlure inhérente à la manifestation de ta divination.

— Oh…

L’assistance était crispée et partageait la souffrance du sorcier.

— Quand tu as vécu 100 fois la même scène, sans pouvoir y mettre un terme, ton moral s’écroule. 200, tu ne vois plus d’issue. 300, tu songes à abréger le souvenir par une mort violente, en te supprimant de l’équation, si je puis dire. Mais tout revient quand même au début. Éternellement. Quand tu parviens, au bout d’un nombre incalculable de cycles, à te libérer, tu espères être tiré d’affaire. Mais non. Ce que tu as vécu dans la Pensine se superpose soudain à ta réalité. Une cacophonie sensorielle qui ne t’épargne rien. Tu perds la raison. Quand la superposition infernale cesse enfin, tu trembles à chaque seconde à l’idée que ton esprit revive ce calvaire, d’un coup.

— Par Flamel… C’est…

— Cauchemardesque. Je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi.

— Afez-fous des zéquelles, Chean ?

— Oui, Ursula. Je ne supporte plus l’enfermement. C’est pire si cela se produit dans un lieu exigu. À l’Académie, le laboratoire de potions me sera interdit. Même restriction pour la nouvelle cave de la serre. J’ai essayé l’observatoire et je me suis senti mal. Je ne peux tout de même pas faire cours dehors. C’est la raison pour laquelle je m’installe à l’Académie. Impossible d’emprunter le Tunnel de Transportation. Le carrosse de l’école ne sera possible qu’à la condition que je le conduise ou que j’ai le nez à la fenêtre.

Agathe fit signe à Jean de ne pas s’étaler davantage et prit le relais.

— Jean, vous avez lu le descriptif du nouveau cours ? Pensez-vous y parvenir ?

— Oui, Agathe. C’est pile dans mes cordes, comme disent les Moldus. Merci, Wilfried, pour cette excellente idée. Dune, j’imagine qu’il y a des élèves talentueux qui se sont manifestés en Arts Magiques. L’inventivité sera un plus indéniable. J’ai hâte de voir la réaction des étudiants. Enfin, pas celle de Rosier et ses copains, qui dénigreront, cela va sans dire. L’inconnue, c’est le nombre total d’élèves. Un groupe devrait faire 10 à 15 personnes, pas plus. Sinon, c’est contre-productif.

— Les options n’ont pas vocation à perturber l’emploi du temps de base. Elles sont d’ailleurs programmées en fin de journée. Rien n’empêche de scinder en deux groupes et de les mettre en concurrence.

— Bonne idée !

— Ce sera passionnant, comme la nouveauté imaginée par nos médicomages.

— Contrairement à mon annonce dans la presse, Alfred va très bien. Alphonse sera parmi nous pour renforcer l’équipe soignante et faire face à la réforme Picaillou. Il déchargera Ambroisine.

— Merci, commenta l’intéressée. C’est du provisoire. J’espère tenir encore une centaine d’années, plaisanta la professeure de potions.

Le rire suivant sa boutade se transforma en toux sèche. A 113 ans, elle n’était plus au sommet de sa forme. Elle s’empara d’un large mouchoir en coton blanc et l’appliqua sur sa bouche. Sa quinte terminée, elle s’excusa pour l’interruption. La couleur carmine de son expectoration lui causa de l’effroi. Elle soupira par saccades et replia le mouchoir en silence.

— Agathe, nous vous remercions pour vos efforts d’aménagement, tant pour les conditions d’exercice que pour les travaux réalisés, avoua le jeune professeur d’histoire de la magie. La serre a subi une grande évolution mais l’infirmerie, si j’ose utiliser ce terme, c’est la révolution ! Vous aviez tout prévu ?

— Voir sera bientôt incontournable. Il y va de la survie de l’Académie. Il est trop tôt pour vous présenter un autre projet. Sachez juste que le centre de soins, c’est une goutte d’eau dans la destinée de notre Académie. Bien… À présent, j’attends vos remarques sur les emplois du temps.

L’assemblée les avait décortiqués et ne pipait pas un mot.

— Quoi ? Serais-je parvenue à la perfection ? Aucune objection ?

— Euh…

— Ah ! Georges… Je vous écoute.

— Rien à voir avec les emplois du temps. Séraphin fait des merveilles en cuisine. J’aimerais juste avoir un second jeune apprenti. Le petit peut tomber malade, se blesser au Quidditch. Ce serait bien si…

— Sorcier ou non, l’apprenti ?

— Aucune importance. Les plus grands de la cuisine sont moldus. Pourquoi ?

— Disons que j’ai un candidat potentiel et atypique.

— Les originaux rigoureux, c’est ce que je recherche.

— Parfait.

L’heure du repas sonna et le personnel se retrouva dans le restaurant pour partager de délicieuses volailles farcies, accompagnées de légumes venus des terres de Philippe, allant et venant à sa guise à l’aide d’une cafetière Portoloin. Les viandes étaient nappées d’une sauce avec les premiers cèpes de la saison.

Un détail avait fait son apparition à la table des enseignants : leurs prénoms et leurs noms flottaient derrière le dossier de leurs chaises, tracés en lettres de feu bleu.

— Qui a eu cette idée ? demanda Jean. Est-ce la vôtre, Agathe ?

— Pas du tout.

Elle fit un tour de table du personnel. Philippe tenta de faire croire qu’il était l’auteur de cette prouesse, grâce à une révélation sorcière tardive. Personne ne le prit au sérieux.

— Mais qui, alors ? La logique voudrait que ce soit…

— … le Sondeur, affirma Agathe. Il nous a attribué des places précises.

— Et si… commença Max en tirant la chaise de Dune.

Il écopa d’une décharge électrique très dissuasive.

— Ouille ! Mais pourquoi ?

— Le Sondeur a ses raisons que la raison ignore. Acceptons le placement, ordonna la directrice.

Jean se retrouva placé entre Claire, son amie de l’époque Sigma et Dune, enseignant les Arts Magiques. Il trouva de la bienveillance auprès de la première et une source d’informations précieuses dans la seconde. Madame Dunne lui apprit que plusieurs élèves s’étaient illustrés avec des créations originales. Adèle Fenouillas, Jo Alonzo – élève de CHASSE Enchant’Arts –, Sigrid Vlaamel, très douée avec la manipulation du métal et Hercule, concepteur de la combinaison d’exploration et créateur de baguettes. Elle fondait aussi des espoirs sur la jeune Sidonie Delacour, lauréate d’astronomie, bouillonnante d’idées.

Elvira, placée entre Sébastien et Dune, se mêla de la conversation et ajouta un nom à la liste.

— Il y a une jeune élève qui entre en première année. Emma Bréguet.

Jean déglutit et répéta :

— Bréguet ? Vous… êtes… sûre ?

— Oui. Pourquoi ? Elle est là-bas, avec Wilfried et les enfants de l’OWL. La petite brune sage.

Jean se tut, refusant de révéler l’origine de son trouble. Ce nom ressortait dès qu’il était question du temps. Dune nota sa gêne et lui demanda :

— Vous êtes au courant des aventures portugaises de nos élèves ?

— Impossible de rater l’information.

— Jacques Boulanger a utilisé la combinaison créée par le Gerbera. J’espère que les élèves la ramèneront. Je n’ai vu de près que la première mouture, en tissu étanchéifié. Depuis, elle a été repensée en métal. Je suis curieuse de savoir jusqu’à quel point elle a été améliorée.

— J’avoue être intrigué. C’est mon côté scientifique qui désire toujours démonter un mécanisme pour déterminer son fonctionnement et s’émerveiller. Je rêve d’une création prodigieuse, en classe, utile au monde sorcier. Comme cette nouvelle poudre nettoyante, achetée chez Gentil. Vous connaissez, mesdames ?

— Le Tergeo ! s’exclama Claire. Mon préféré, c’est celui au jasmin. Dommage qu’il n’existe pas à la cardamome ! C’est si ! Je vais m’en servir en classe. À la fin de la journée, je mets toutes mes tasses à thé et à marc de café dans une bassine, une pincée de Tergeo et hop, plus une saleté ! Quel gain de temps !

— Après mon voyage Paris-Toulouse en train, pendant 14 heures, je ne sentais pas la rose. Une pincée et c’est un pur bonheur ! J’ai un faible pour le lilas, tout nouveau. Une sacrée trouvaille !

— Ce sera une vraie lutte, entre vos matières ! s’amusa Claire. Lequel des deux verra une création aboutir à un succès commercial ?

— C’est moi, assura Dune.

— L’idée et la réalisation viendront de mon cours, répliqua Jean. C’est l’essence même de l’option. Tu n’as pas eu une prophétie en ce sens, Claire ?

— Au début de l’été, une phrase est apparue sur ma jambe gauche. Elle ne dévoile pas l’identité du gagnant, mais elle donne une indication qui pourrait coller avec vos enseignements.

— Allez ! Dévoile-nous les termes sibyllins.

— Elle disait : « La lumière s’additionne, les bénéfices se partagent. » 1

— Hum… La première partie me semble limpide. La lumière s’additionne. C’est la vérité. Tu places un Feu Éternel dans une pièce de dix mètres carrés et tu obtiens un éclairage donné. Tu en mets deux et c’est plus lumineux. L’optique, qui est la science étudiant la lumière et son interaction avec la matière, nous dit qu’à la croisée des faisceaux lumineux, la luminosité est l’addition des deux.

— Et « les bénéfices se partagent », poursuivit Dune, ils feraient suite à une découverte en lien avec la lumière ?

— Il semblerait, concéda Jean. Intéressant…

Cet ultime adjectif amusa Dune. Elle parierait sa baguette que son collègue orienterait certaines recherches de ses inventeurs en herbe. Peu importait ! Elle avait réussi à lui faire oublier la fillette brune aux yeux ambre, au regard inquiet et au mutisme persistant. Wilfried avait arraché l’enfant à la section psychiatrique de l’hôpital Salud y Varita, 2 en Espagne, où sa famille l’avait transférée quelques jours avant la rentrée.

Chaque année, au 16 septembre, la station de Bourg-Enchanteur était noire de monde. L’Académie n’ouvrait la grille nord qu’aux sorciers vivant dans les parages. Le module de Transportation de 30 places était le moyen de déplacement à privilégier. Les parents accompagnaient les plus jeunes sorciers jusqu’au quai 23, leur prodiguaient moult conseils, mises en garde et leur accordaient une ultime étreinte, ne les revoyant pas avant les vacances de Noël. Ensuite, les plus âgés guidaient les nouvelles recrues et les tiens tissés dans le sous-sol se prolongeaient parfois pour toute la vie.

Gerbera formait un groupe compact auquel il ne manquait qu’Eugénie et Jacques, celui-ci venant par transplanage au portail de l’Académie, en compagnie des Delacour. Jo Alonzo, rayonnant, se tenait aux côtés de sa princesse stratosphérique. Peu à peu, les électrons libres s’agglutinèrent autour du noyau de l’ordre blanc. Les Belges et les Portugais, reconnaissants, mais aussi quelques Espagnols, des Suisses, la Luxembourgeoise, les Italiens, nombreux à avoir pris part à l’action au Portugal. Luisa Fellini avait participé à l’assaut sur Lindoso et selon une rumeur persistante, son nouveau Dornier se parait de deux cocardes vert-blanc-rouge correspondant à la paire de criminels qu’elle avait personnellement estourbie. Elle tomba dans les bras de Rosa Fuchs et d’Umbelina, ses rivales attrapeuses.

Hercule observait à la dérobée. Il nota la présence d’un couple accompagnant deux fillettes dissemblables. Le père était le portrait craché du directeur de l’hôpital Bonpied, Geoffroy Dégivré.

Lorsque son tour d’embarquer approcha, il enfila son uniforme par-dessus ses vêtements civils légers et noua son écharpe blanche. D’autres élèves l’imitèrent, comme Roland Clervois. Lorsque sa tête blonde émergea de l’encolure, il resta paralysé, dévisageant Sigrid.

— Mon cher Roland, vous semblez pétrifié alors que vous fûtes prompt à donner l’assaut il y a peu. Je n’ai vu aucune baguette vous lançant un sortilège.

— C’est… c’est… Sigrid ?

Hercule tourna la tête et confirma.

— Par le signal de Botrange ! Comment elle a changé ! Sa coiffure est… stupéfiante ! Elle a une de ces classes ! Et ses yeux… !

— Ils sont bleus et ont l’avantage d’être deux.

— Mais avant…

— Ils étaient noirs. Ils sont devenus bleus.

— Comment est-ce possible ?

— Aucune idée. La dépigmentation de l’iris est très rare. Comme Sigrid s’est découvert un féroce appétit, avec une passion pour les sucreries, j’espère qu’elle n’a pas développé un diabète sucré, accompagné du syndrome Bernard-Horner.

— Hein ?

— Oh, rien… Le fruit de mes lectures estivales, très médicales.

— Tu as toujours ta canne ?

— Oui et malheureusement, mon futur s’annonce douloureux. Je n’ai pas réussi à m’en remettre.

— De Valmy ne risque pas de recommencer.

— On peut dire qu’il m’aura gâté, cet oiseau-là ! Enfin de la place ! Allons-y !

Le module fut vite complet. Hercule avait hâte de se débarrasser de sa malle et de sa valisette. En dépit des sorts d’allègement, tout pesait le poids d’un dragon ! Pas question d’utiliser la magie en dehors du château ! Le garçon et son associée avaient rendu leur exception et se soumettaient au règlement, malgré leurs exploits.

L’œuf à trente places se traîna pour cause de surcharge. Après l’arrivée, un engorgement dans la Cabane Enchantée et une sortie à l’air libre, Hercule marqua un arrêt. Le ciel était parsemé de quelques nuages, la température était douce et les senteurs florales embaumaient l’air. Sigrid se retourna et constata à quel point le garçon était accablé, incapable de faire un pas en avant. Elle n’était pas là.

Au fond de lui, il avait espéré un miracle, impossible. Eugénie suivait les cours de Poudlard depuis 15 jours. Elle en bavait sauf en Défense Contre les Forces du Mal où aucun élève n’appréciait de faire face à sa furie. Elle adorait le professeur de potions, un jeune homme nommé Horace Slughorn. Elle appréciait son pragmatisme, un certain anticonformisme. Elle détestait le directeur mais appréciait une de ses petites nièces prénommée Lycoris. Son meilleur copain était Peeves, un esprit frappeur auteur des pires bêtises auxquelles Eugénie ajoutait son grain de sel. Elle avait repéré des végétaux dignes d’intérêt dans la forêt et mettait au point une sortie illégale pour un prélèvement massif. Poudlard autorisait la magie sur tout le domaine. Un véritable plus ! Du coup, il y avait de l’action et de l’Accio dans l’air. Mais Eugénie n’était pas là pour se jeter à leurs cous.

— Viens, Hercule. Viens…

Sigrid le tira par la manche et il suivit, tel un sorcier sous sortilège Impero. Ils se rapprochèrent du perron, furent salués à maintes reprises par des anciens, dévisagés par des nouveaux aux allures de bambins. Certains murmurèrent le nom du Belge avant de tomber en pâmoison devant la Portugaise suivant dans le sillage. Jacques se montra enfin et lut dans le regard de son ami l’abysse sans fin dans lequel il se débattait. Un élève de l’OWL attira l’attention de Barthélémine. La beauté caribéenne fit volte-face et offrit son sourire ensoleillé au Belge. L’attention porta ses fruits. Il esquissa un rictus maladroit. Elle leva le pouce en l’air, lui signifiant que tout s’était déroulé à la perfection durant l’été. La demi-vampire était radieuse. Elle se décala, révélant un trio de nouvelles recrues de l’OWL. Trois enfants recueillis par le chaleureux Wilfried. Trois de plus, abandonnés par leurs familles. Il y avait deux garçons, bruns aux yeux noirs et une fillette brune avec les cheveux mal coupés au carré. La frange mangeait son front.

Alors que les membres de l’OWL bavardaient, la gamine fluette demeurait silencieuse et se contentait de détailler le château, les jardins, sans lâcher sa petite baguette droite de vingt centimètres. Son regard croisa celui d’Hercule. Elle esquissa un signe de tête qu’il lui rendit. Shin murmura à l’oreille du Belge :

— Lorsque j’ai rêvé de l’Académie, il y a trois ans, j’ai vu cette fillette.

— Vraiment ? Qui est-ce ?

— Je l’ignore. Mon rêve ne me soufflait qu’une phrase à son propos.

— Laquelle ?

— Protège-la, même au péril de ta vie.

Hercule fronça les sourcils, surpris par la brutalité de la voyance nipponne. Il profita de la proximité de Barthélémine pour aller à la pêche aux informations. La beauté renversante de la métisse faillit lui faire oublier ses questions. Il apprit que la demoiselle n’avait pas éprouvé de soif sanguine anormale, qu’elle s’était contentée de trois nourrissages avec une seule goutte de sang maternel. Elle avait hâte qu’il narre leurs aventures, car elle n’avait pas accès au Dragon Déchaîné. Deux mois et demi de lecture s’entassaient dans son casier à courrier.

— Mes parents te remercient infiniment pour ton aide. Ne sachant comment te témoigner leur reconnaissance, je leur ai suggéré de mettre en conserve quelques spécialités succulentes de mon île.

— Par Flamel ! Je vais succomber à la tentation dès que j’aurai mis le nez dedans. C’est adorable. Merci, Barthélémine. Quand êtes-vous arrivée ?

— Juste après ton départ, vendredi dernier. Je suis partie le 7 septembre.

— Un sacré voyage ! Mais si vous veniez de Tahiti ou de Nouvelle-Calédonie, vous n’auriez pas pu retourner chez vous durant l’été.

— L’hiver, corrigea-t-elle.

— Suis-je distrait ! L’hiver austral pour ces territoires. Je vois que l’OWL a gagné trois recrues.

— Oui. Juan et Manuel, deux Espagnols. Et elle, c’est Emma, une Suissesse.

— Elle est suisse ? J’imaginais leurs Moldus moins effrayés par la magie.

— Il faut croire que non. Hercule…

— Oui ?

— Sigrid…

— Ah oui ! Il y a eu des changements.

— Elle est différente. Comme… simplifiée. Elle s’est débarrassée d’un élément… encombrant. Un Obscurus et… Je le sens. Elle possède une nouvelle baguette. Elle est en accord avec elle. J’adore sa transformation. Elle est…

— Heureuse, je crois. Épanouie.

— Par contre, j’éprouve une crainte.

— Umbelina ?

— Oui. Elle est en proie à une lutte intérieure. C’est… effroyable.

— Un Obscurus ?

— Non. C’est elle. Elle est…

Les mots se perdirent. Elle chassa ses sensations et fit preuve de légèreté.

— Tu as remarqué que Laurine fait tourner des têtes ? Elle était jolie, elle devient magnifique. Regarde ! Les garçons !

Hercule s’amusa de constater à quel point le clan italien, aggloméré autour de Di Maggio, fondait pour mademoiselle de Clermont-Tonnerre. Marcello se montrait très entreprenant, n’hésitant pas à la complimenter. Elle finit par lui demander s’il servait ces tirades enjôleuses à son interminable liste de conquêtes féminines. Il répondit qu’il n’y pouvait rien si son charme agissait mais que son cœur n’appartenait jamais à plus d’une demoiselle à la fois. Hercule et son amie pouffèrent lorsque Laurine s’empara de son cristal mou, son support de voyance fétiche, pour vérifier la fidélité de Di Maggio. L’Italien déclina la proposition et se carapata en un éclair. La scène n’échappa pas à Claudio Dello Carbone, son compatriote, un Lonicérien en 4ᵉ année, un anti-suprémaciste ayant subi l’attaque du carrosse et ayant accouru à l’appel d’Hercule pour apporter son concours au début du mois de septembre. Hercule crut que le cœur du discret Claudio allait sortir de sa poitrine. L’Italien connaissait ses premiers émois d’adolescent.

Soudain, l’absence d’Eugénie dégringola sur les épaules du Belge, avec encore plus de violence qu’à la sortie de la Cabane Enchantée. La vision de Rosier, Rostang de Hautefeuille, Baggio et de De Luca Rosso lui souleva le cœur. Par bonheur, ce fut l’instant que la directrice choisit pour entamer son discours de bienvenue, rappeler quelques règles essentielles et indiquer aux plus jeunes de rejoindre le Sondeur pour leur répartition dans un des quatre ordres. Quand les benjamins eurent passé le perron, les aînés eurent la permission de s’engouffrer dans le restaurant et d’attendre d’être rejoints par les nouvelles recrues.

Les premiers étudiants franchissant le seuil du restaurant découvrirent un changement majeur. Les lustres n’avaient pas changé de place, projetant des lumières dansantes sur la vaisselle étincelante. Le nombre de tables était identique et leur disposition n’avait pas varié d’un pouce. Les miroirs liquides menaient aux extensions. Comme toujours, avant le discours de la directrice, les victuailles brillaient par leur absence. Elles n’apparaissaient qu’après son autorisation transmise au chef Feuillantine. En revanche, tous les élèves avaient désormais obligation de s’asseoir aux places attribuées par le Sondeur. Leurs identités s’affichaient en lettres flamboyantes sur le dossier des sièges. Hercule l’ignorait puisqu’il se tenait toujours à l’extérieur, curieux de voir si l’âme sorcière du château était résolu, comme l’an passé, à procéder à quelques transferts au sein du Gerbera.

La devise rougeoya et blanchit l’écharpe jaune de Barthélémine. L’enquêteur ne fut pas étonné ; sa nature de demi-vampire aurait déjà dû lui valoir une intégration directe dans l’ordre des exceptions. Le double et dernier changement causa une surprise dans les rangs des étudiants. Valentine Clairdelune et Sidonie Delacour, gravissant les marches côte à côte, reçurent un traitement identique des uniformes et des accessoires vestimentaires. Si la plupart admirent que la Suissesse soit regroupée avec les autres devins de l’école, personne ne comprit pourquoi Sidonie était dans le lot.

Hercule gagna la salle, remarqua la nouveauté et n’eut qu’à suivre les membres du Gerbera. Il choisit, avec sagesse, de respecter le marquage imposé, ayant constaté ce que la désobéissance avait causé à Rosier et De Luca Rosso. Ils avaient interverti leurs places et avaient écopé, en retour, d’une décharge cuisante. Le Belge patienta, observa, luttant pour ne pas laisser certaines idées se développer dans son esprit. Du calme, il en manquait à une table voisine. Roxane Delacour était remontée comme un coucou. Furieuse, elle ne manquait pas de sobriquets pour « habiller » Sidonie, la dilettante passée en seconde année de justesse, intégrant « l’élite ». Son agacement mit les autres convives mal à l’aise au point où Hercule prit sur lui d’aller lui parler.

— Roxane… Je vous entends vous plaindre de ce déplacement de Sidonie et l’un des termes employés est inexact.

— Lequel ?! s’emporta-t-elle.

— L’élite. Gerbera n’est en aucun cas l’ordre suprême académique. C’est celui des êtres dotés d’une caractéristique peu courante qui les distingue, les rend différents par rapport à une norme attendue. À mes yeux et à celui des enseignants, du Sondeur, je pense, Lonicera reste l’ordre des meilleurs et des plus travailleurs. Les résultats de Sidonie n’étaient pas à la hauteur de ses attentes, le Sondeur l’a réaffectée.

— Vous avez une salle blanche, chez Gerbera. Comme Lonicera !

— Oui mais pas de bibliothèque privée.

— Le Sondeur peut vous procurer tous les livres que vous désirez.

— C’est juste. Mais vous savez bien que nos lectures sont souvent le fruit du hasard, d’une déambulation dans des rayonnages débordant d’ouvrages.

— Hum… Oui…

— J’ai une hypothèse supplémentaire, à propos de Sidonie. Pour l’instant, je me la réserve, car je manque d’indices. Le Sondeur pourrait bien avoir un plan en tête.

— Ah…

— Je le questionnerai demain.

— J’aurais bien aimé être avec… vous. Et…

— Noël, en particulier ?

Elle rougit et retrouva plus de douceur. Hercule leva la tête et balaya la salle du regard. Il questionna :

— Où est Jeanne ? Toujours dans la salle du Sondeur ?

Roxane se figea et marmonna, les dents serrées :

— Elle a reçu une lettre de refus.

— Quoi ?! hurla le Belge, attirant tous les regards sur lui.

— C’est la vérité.

— Mais pourquoi ? Décidément, le Sondeur m’exaspère !

Il se laissa choir sur son siège, bras croisés. Agathe, devinant la raison de son éclat de voix, lui signifia qu’elle était navrée. Il était abasourdi.

« Le Sondeur a-t-il été victime d’une nouvelle maladie ou s’agit-il d’un entêtement, comme lorsqu’il refusait l’intégration de Noël ? Demain, à la première heure, j’exige des éclaircissements ! Pauvre Jeanne… Elle se faisait une telle joie de rejoindre l’Académie ! Je… je suis ulcéré ! Et je comprends mieux l’attitude des Delacour, entraperçus place Cachée, fin août. L’annuaire de l’école regorge de Delacour. Quel directeur a été assez insensé pour en refouler ne serait-ce qu’un seul, au cours des six siècles passés ? Par Flamel ! Gervais et Claudia doivent être dans tous leurs états. C’est incompréhensible ! Pourquoi Jeanne ? Pourquoi accepter ce Nott et refuser l’adorable Jeanne ? Non ! Là, non ! »

Hercule mentionnait Edward Nott et son physique fait d’angles aigus. Il se trouvait toujours chez le Sondeur, attendant sa répartition.

« Pourvu qu’il ne l’envoie pas chez Gerbera ! On a assez à faire pour préserver certains secrets avec Bérénice et Jacques. »

Il tenta de focaliser son esprit sur le temps présent. Les tables se remplissaient peu à peu. Pour l’instant, le Gerbera comptait 15 étudiants, 16 si Eugénie était incluse dans les effectifs. Ils étaient répartis sur deux tablées de neuf places, complétées par des membres d’ordres différents. À la droite d’Hercule, il y avait une chaise vide, sans nom. À sa gauche, dans le sens des aiguilles d’une montre, on trouvait Barthélémine, puis Sigrid, Jacques, Bérénice, Umbelina, Noël et Séraphin. L’autre table accueillait, dans le même ordre, Katarina, Shin, Sidonie, Valentine, Andrea et Laurine. Ysandre de La Fare les avait rejoints, au grand plaisir de son amie Laurine. Bianca Toscanini et Roland Clervois complétaient le tableau.

« Le Sondeur a joué sur les affinités politiques, sorcières et émotionnelles. Une entreprise initiée l’année dernière lorsque la directrice a séparé les clans. Le Sondeur suit ses directives. Mais si j’en juge par le regard d’Agathe, elle déplore le refus de Jeanne. Mon ami Sondeur, il va falloir corriger ça et sans traîner ! »

Hercule se pencha une fois de plus sur la droite.

« Toujours pas de nom ! Les tables sont presque complètes. »

— Vous avez remarqué ? lança Jacques.

— Quoi donc ?

— Hercule, tu n’as pas noté la répartition ? La table voisine : il y a tous les voyants. Au complet ou presque.

— En effet. Mais pourquoi « presque » ?

— On a atteint l’adolescence. Madame Obscur nous a répété que le Don se manifestait souvent à cet âge. Il y aura peut-être un nouveau devin parmi nous.

Barthélémine chercha à esquiver le regard du Cracmol. De tous les élèves, sa capacité de perception sensorielle, son ressenti en touchant les baguettes, étaient ce qui se rapprochait le plus de la voyance.

— P’tête que ce s’ra moi ! plaisanta le fils Boulanger.

Hercule crut défaillir. Jacques allait-il miser juste ? Mentionnait-il sa curieuse expérience dans les égouts portugais, narrée après la bataille ?

Andrea n’avait pas perdu une miette de la conversation et répliqua :

— Vous, c’est la table de quoi ?

— Des intellectuels, répondit Jacques, déclenchant l’hilarité des deux camps.

— Eh ! Nous avons presque deux équipes de Quidditch, remarqua l’Italien. Il suffit que Umbelina nous rejoigne et on est l’équipe première, Boulanger. Vous, c’est la réserve, provoqua Alinea.

— Très drôle ! Attends que j’enfile la tenue d’exploration, avec un balai coincé entre les genoux ! On verra si tu passes le Souafle dans les cercles que je garderai.

— Ah ah ! J’voudrais voir ça !

— Mais c’est tout vu ! Même au football moldu, je te mets une piquette ! 3 Un coup de crosse dans la balle et je la passe entre les poteaux.

— Ah ah ! Y a pas de crosse au football et les buts se marquent dans les cages. Tu confonds avec le rugby.

— Ah zut ! s’empourpra le Cracmol.

La distraction proposée par les deux garçons n’empêcha pas Hercule de vérifier une nouvelle fois la chaise vide. Une identité s’inscrivit. Son cerveau s’enflamma à sa lecture. Il fut certain de faire le lien et comprit en un éclair comment les pièces du puzzle estival s’emboîtaient.

— Quoi ? s’agaça Umbelina, tendue. Il y a un nom ?

Hercule opina. La Portugaise se déplaça pour en prendre connaissance. Elle en perdit son bronzage estival.

— Une suprémaciste ! Comment le Sondeur peut-il nous l’imposer ? hurla-t-elle.

— Les Bréguet sont des Traditionalistes, des Conservateurs.

— C’est la même chose !

Barthélémine fut prise de tremblements et dut dissimuler ses mains agitées sous la nappe fleurie couvrant leur table. Umbelina regagna son siège, crispée, les yeux haineux. Une brise glaciale, venue de nulle part, se répandit autour des convives. Elle balaya les joues rougies par les rires précédents. Hercule posa sa main gauche sur l’avant-bras de Barthélémine. Benben s’activa et agit sur la demi-vampire, comme un baume apaisant. Elle se détendit.

« Pourquoi le Sondeur m’a-t-il placé entre notre nouveau membre et notre adorable Marie-Galantaise ? Juste en face d’Umbelina. Pourquoi n’a-t-il pas placé Séraphin à côté de Barthélémine ? Il aurait pu installer la princesse près de Shin ou de Katarina, capables par leur seule présence de l’apaiser, et la remplacer par Bianca. À quoi joue-t-il ? Va-t-il faire évoluer les places au cours du temps ? »

La tactique de l’âme sorcière se précisa lorsque la nouvelle élève s’assit à sa place. Emma Bréguet portait une écharpe blanche et un Gerbera.

La fillette avait une voix enfantine. Hercule se remémora son arrivée à l’Académie, en première année. Il était aussi timoré, impressionné. Les aînés l’avaient accueilli avec bienveillance. Il entendait appliquer cette règle à la lettre.

— Bonsoir. Je m’appelle Emma.

— C’est marqué sur ta chaise, lança Umbelina. Bréguet. Des suprémacistes.

— Traditionalistes, corrigea Hercule pour la seconde fois. Mais vous êtes la bienvenue dans l’ordre Gerbera, ajouta-t-il.

— On verra ça, coupa la Portugaise.

— Je suis Hercule Van Betavende. Je veillerai per-son-nel-le-ment à votre intégration et je répondrai à toutes vos interrogations, légitimes lorsqu’on est propulsé dans un nouvel environnement.

— Ce sera sans moi, coupa Umbelina, empêchant la fillette de s’exprimer.

— Nous connaissons les positions et la réputation de votre famille. Nous ne vous jugerons jamais sur votre nom, Emma. Seuls vos actes compteront.

— Tu peux croire Hercule, ajouta Noël, venu s’intercaler entre Emma et Hercule. Je m’appelle Noël Millefeuille et je suis le descendant d’un des plus horribles assassins que la communauté ait connus. J’en connais un rayon sur le poids du nom de famille. Et Hercule a payé un lourd tribut pour le sien.

— Toujours est-il que j’avalerai n’importe quel breuvage concocté par Noël ! Son nom n’a aucune importance. Il gagnera l’accessit des potions. N’est-il pas le plus extraordinaire des potionnistes ?

— Un peu qu’il l’est ! assura Jacques. Hein, Sigrid ?

— C’est la vérité. Même si je compte Nicolas Flamel comme parent, qu’il m’a enseigné des potions complexes, mes talents n’égalent pas ceux de Noël. Il a réalisé la potion de répulsion la plus puissante qui existe.

— Capable de repousser un dragon ?

— Un Nundu, confessa le Belge. Savez-vous ce que c’est ?

— Un léopard géant. Il vit en Afrique. C’est la créature la plus puissante.

— Il m’en faudra pour l’éloigner, maugréa la Portugaise, arc-boutée sur son rejet.

— Vous faites preuve de désobligeance, ma chère. Voire d’incorrection. C’est indigne de votre rang.

— Je me méfie des gens comme elle !

Barthélémine sursauta comme si elle recevait un Fulguracrucio dans les côtes. Hercule repoussa son assiette, ses couverts et se vautra sur la table de façon à se tourner face à la fillette et à occulter la Portugaise de son champ de vision. Il déclama, d’un ton solennel :

— Sondeur vous a affectée dans l’ordre Gerbera pour une raison essentielle, Emma. Je me fais fort de la découvrir. En attendant, nous ferons preuve de gentillesse, d’attention et je m’assurerai de votre bien-être. N’écoutez pas Umbelina, elle se ressent encore de son incarcération.

— Ouais, n’écoute pas la princesse ! s’exclama Jacques. Elle est comme ça parce qu’elle a appris que le Quidditch était annulé.

— Hein ? Quoi ? s’insurgea Umbeijo. D’où tu tiens ça ?

— De ma cervelle ! taquina le Cracmol. Ça t’embêterait, ça ! Bon, Emma, sois la bienvenue. Si tu es une Bréguet, tu sais peut-être réparer des montres ? J’ai pété la mienne en faisant une course de cochons avec mes cousins !

Le grand gaillard fut brocardé à sa juste mesure. Emma confirma qu’elle avait appris à remettre les mécanismes horlogers d’aplomb.

Le dernier élève affecté par le Sondeur fut Edward Nott. Il était affublé de l’ortie et de l’écharpe jaune. Rosier se manifesta. La place de l’Anglais se trouvait à la table du suprémaciste en chef. Il s’y retrouva comme un poisson dans l’eau.

Après la présentation des enseignants où Jean Racine se tailla la part du lion d’un point de vue applaudissements, le Gerbera éclaira le jeune membre sur les raisons de ce plébiscite. Hercule dévoila qu’il avait observé, en douce, le professeur à l’hôpital Bonpied, à l’étage de la Folie, au plus fort de son syndrome et qu’il avait eu le cœur brisé. Emma se contenta d’acquiescer en baissant la tête. Hercule mit sa réaction sur le compte de l’attitude anxiogène distillée par Umbelina, ne perdant jamais l’occasion de placer une pique agressive, gratuite. Au-delà de la timidité, de la réserve normale, le Belge perçut une fêlure derrière les yeux d’ambre larmoyants. Il détermina aussi une caractéristique physiologique inhabituelle. Dès qu’une attaque d’Umbelina faisait mouche ou que la narration la touchait au plus profond de son être, des mèches de cheveux s’électrisaient et se redressaient sur son crâne, comme si elle était soumise à une intense source d’électricité statique.

Barthélémine, discrète jusque-là, lâcha un compliment sincère.

— Tu possèdes une très jolie baguette, Emma. Vient-elle de Cosme Acajor ?

— Non.

— Ollivander, comme celle d’Hercule ?

— Ollivander ? répéta-t-elle.

Le garçon l’éjecta et expliqua son histoire, ses réticences, sa composition.

— La mienne est en sorbier. Elle contient du crin de Licorne.

— Voyez la mienne. Adaptée à une main de taille modeste. J’étais beaucoup plus petit à mon arrivée. J’en ai tenu d’autres. Celle-ci me convient à merveille. Mais j’en possède une seconde, différente.

Il produisit Benben. Emma la trouva splendide. Barthélémine faillit se trahir en révélant que Benben n’était qu’amour. Hercule décrivit l’appétence de la création pour le soin. Il confessa sa révulsion pour les sorts d’attaque et sa complaisance dans la défense. Elle l’écouta parler de ses baguettes comme d’enfants.

— Lors de l’assaut au Portugal, je n’en ai pas fait usage.

— Est-ce que c’est le signe d’une grande sagesse ?

Hercule trouva sa question très mature et pertinente. Il prit le temps de réfléchir avant d’y répondre.

— Peut-être, Emma. Je chevauchais surtout un dragon dont les flammes étaient bien plus puissantes que mes sortilèges.

— Oui, forcément, un dragon…

— Les baguettes agressives ne me conviennent pas. Du sorbier, dites-vous ?

— Oui.

— Je ne connais pas d’enseignant possédant du sorbier. Voyons, parmi les élèves… Il y a Claudio Dello Carbone, un Italien de Lonicera. Travailleur, doué pour la médicomagie, adroit de ses mains, réservé et plutôt à l’aise avec la protection. Il se défend en Occlumancie.

— Je… je crois que cela me correspond assez.

— Tout se passera bien, Emma, répéta Hercule.

Le garçon remarqua les regards furtifs de Wilfried. Emma avait une famille sorcière. Pourquoi l’OWL était-elle impliquée ? Comme la fillette s’enhardissait à son contact, il creusa :

— Vous n’avez aucune question ? Allez, une petite ?

— Si.

— Je vous en prie.

— On a le droit d’avoir des animaux de compagnie ?

— Bien sûr !

— Mais ils doivent rester à la ménagerie, la nuit ?

— En effet. En possédez-vous un ?

— J’ai un Fléreur. Il s’appelle Flèche. En journée, il dort. La nuit, il chasse. J’aurais préféré qu’il vive dans le pavillon où je dormirai. Les Fléreurs sont propres, pas comme les oiseaux ou les rongeurs.

— Ma foi, nous poserons la question. La conception du bâtiment Gerbera est différente des trois autres. La porte détecte les présences et s’abaisse automatiquement. Je ne vois aucun inconvénient à ce que Flèche vive parmi nous. D’autant plus que ces créatures ont la réputation de détecter les mauvaises intentions. C’est un avantage.

— Qui a de mauvaises intentions ?

Il désigna la tablée réunissant la fine fleur des suprémacistes.

— Eux… Ils ont tenté de tuer la moitié des personnes de l’ordre. Des criminels sans foi, ni loi.

Hercule lui parla de Wilfried, de son organisation d’aides aux Né-Moldus abandonnés par leurs familles et aux personnes en situation d’isolement familial ou comme Barthélémine, géographique. Il effleura sa baguette de cèdre et se heurta à un mur noir. Surpris et décontenancé par le sourire de la fillette, il lui proposa :

— À vous ! Vous connaissez le sort ?

— Oui.

— Essayez…

Elle caressa le sorbier et fit face au néant obscur.

— Les deux véritables Occlumens de l’Académie assis à la même table. Intéressant.

— Nous avons un autre point commun, ajouta-t-elle d’un air mutin.

— La traîtrise ? suggéra Umbelina, s’attirant les foudres du Belge, prêt à répliquer avec verve avant qu’il ne discerne d’infimes volutes noires dans l’abondante chevelure de la Portugaise.

La Caribéenne tressaillit une fois de plus. Sa baguette et celle de Sigrid crépitèrent. Celle d’Umbelina se nimba de brume noirâtre. Les trois morceaux de vigne se toisèrent par sorcières interposées.


1 Hommage à une tirade signée Michel Audiard (Le cave se rebiffe) : « Les bénéfices, ça se divise. La réclusion, ça s’additionne. »

2 Traduction : « Santé et baguette »

3 L’utilisation du terme piquette pour signifier la correction date du début du vingtième siècle.

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