Beauxbâtons - La dernière chance

Chapitre 65 : Sortilège 65 : testament

7240 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 10/10/2026 14:25

Le pavillon de quartz était coupé en deux. À l’étage, Noël s’entraînait à jeter des sorts, accompagné de Séraphin et d’Andrea, sous l’œil intrigué de Bérénice. Au rez-de-chaussée, les membres du troisième niveau, sans exception, murés dans leurs chambres respectives, composaient sur le même thème de droit et politique sorcière, présenté par la professeure Alinea, le jeudi précédent. Le sujet avait plongé la plupart des étudiants dans l’embarras tandis qu’il avait suscité des réactions passionnées chez quelques élèves. Sidonia leur avait exposé l’énoncé comme suit : « Le ministère de la Magie vit une période d’instabilité. Les ministres se succèdent à un rythme soutenu, sans jamais obtenir l’assentiment des Sages sur leurs projets, leurs politiques, ni même sur l’indispensable budget de la nation. Les Sages votent alors, à la majorité absolue, les pleins pouvoirs exceptionnels à un ministre pour une durée d’un an, afin de débloquer la situation. À l’issue de la période, le dirigeant qui a placé des complices chez les Aurors et la Compagnie de Régulation Sorcière, refuse de restituer le pouvoir et fait emprisonner les Sages. Quelles actions proposez-vous pour revenir à la normale ? »

Hercule n’aimait pas cette matière et encore moins ce sujet polémique. Il s’appliqua à lister les articles de la loi permettant au pouvoir judiciaire d’agir en mandatant les Aurors pour une arrestation. Cependant, cela supposait que la justice ne soit pas corrompue, ce qui était illusoire dans le cas d’une dictature établie. Selon lui, il convenait d’anticiper le problème en votant une loi permettant au peuple de destituer son dirigeant, à l’issue d’une consultation populaire. La communauté sorcière française se chiffrait à un peu plus de 4000 âmes dont une centaine constituaient les forces de l’ordre au sens large. Le poids de 3100 sorciers adultes était supérieur à celui d’une centaine des leurs aux ordres d’un dictateur. Le garçon savait qu’il n’obtiendrait pas plus que ÉTAIN+ ou BRONZE- pour cette composition médiocre et ennuyeuse.

Son esprit voguait sur un océan d’inquiétudes pour Juliette, préoccupé par la réponse de la jeune femme. Dans un premier temps, il avait fait preuve de franchise et dévoilé les informations en sa possession. Il ignorait comment, mais il était convaincu qu’elle trouverait le moyen d’enchanter le quartz pour qu’il remplace toute l’intelligence sorcière répartie entre la boîte noire accolée à l’Hyperloupe, le réseau végétal et la serre avec les plans envoûtés. Face à cet aveu, Juliette avait répondu qu’elle réfléchissait à une nouvelle création. Puis, elle s’était rétractée et avait confessé vouloir miniaturiser sa création et la rendre transportable. Hercule avait vu juste. Il lui avait alors rapporté les confidences du directeur Dégivré et attiré son attention sur les menaces encourues par Bonpied, soulignant que les rétrogrades, conservateurs suprémacistes n’hésiteraient pas à la séquestrer, la maltraiter, voire l’éliminer s’ils apprenaient quoi que ce soit à propos de son génie supérieur. Elle pensait qu’il faisait du catastrophisme et affirmait ne rien risquer. En revanche, elle serait heureuse de collaborer, même à distance, avec le seul sorcier capable de suivre son intellect. Le garçon avait répondu qu’il en serait enchanté mais que le secret devrait demeurer absolu. La sécurité de Juliette était à ce prix.

Au fond de lui, il était angoissé. Il redoutait l’instant où l’hôpital, démantelé, jetterait les résidents permanents du cinquième étage à la rue. Si la réforme du principal outil de santé visait à générer des économies rationnelles, à améliorer le service, elle pouvait être vertueuse, efficace, sans dommage pour le personnel soignant et les patients. Mais si ce n’était qu’un vulgaire truchement pour placer un Grand Questeur suprémaciste, se transformant en Inquisiteur, engageant une chasse au Sang-Impur, Juliette, née-Moldue, serait soit sacrifiée, soit réduite en esclavage.

Hercule recopia son brouillon de devoir au propre, tout en consultant sa montre à gousset toutes les cinq minutes. Les enfants s’étaient donnés rendez-vous dans la salle blanche à 18h00, pour une surprise concoctée par Eugénie. Il n’était que 16h30 lorsqu’il acheva la production du rouleau exigé par Sidonia, recto-verso. La politique ne l’intéressait pas. Il rêvait d’un monde utopique, en paix, sans haine, où chacun apporterait sa pierre à l’édifice sorcier, tout en intégrant les Moldus tolérants aux magiciens. La princesse portugaise le moquait sans délicatesse lorsqu’il évoquait son idéal de société. Elle affirmait que dans une telle société, son flair et son intelligence, utiles pour résoudre les crimes, n’auraient plus de raison d’être et qu’il serait sans emploi. Il répondait qu’il soignerait toutes les créatures et produirait des artefacts pour subsister. Il ne manquait pas de cordes à son arc. Lorsqu’elle avait affirmé qu’il ne gagnerait pas autant de Gallions qu’avec ses enquêtes, Shin s’était fait l’avocat du Belge.

— Hercule pourrait exercer une profession interdite à nous tous. Même à la directrice Bonnelangue.

— Laquelle ?

— Taxi transplaneur.

— Pour que ce soit intéressant, il faudrait qu’il fasse mieux que le système de Transportation.

— Mais c’est le cas. De l’école à Madrid, il y a 550 kilomètres. Combien donneriez-vous pour vous retrouver à Portal Estrellar, en une fraction de seconde ?

— C’est impossible ! On ne peut pas transplaner sur une telle distance !

— Vraiment ?

Le Japonais avait jeté une poignée de pétales sur le sol, levé les yeux sur Hercule d’un air stupéfait et fixé Umbelina en la tançant :

— Un petit pari, Umbelina ?

Hercule avait coupé court au débat.

— Je ne me suis jamais rendu au musée du Prado. Ne connaissant pas la destination, c’est impensable, même en me trouvant à une distance de mille mètres.

— Ah ! Tu vois, ce n’est pas possible !

Shin avait ricané puis avait soufflé à son ami :

— Et avec une photographie de cette porte unique au monde ?

Le Belge avait secoué la tête en lâchant :

— Tssss…

Le garçon consulta sa montre. 16h35. Ça n’en finissait pas. Il choisit de se dégourdir les doigts en salle blanche.

À 18h00, l’effectif du Gerbera était au complet, à l’étage, assis sur de confortables fauteuils disposés en cercle, autour d’un guéridon. Sur le meuble, un petit objet était dissimulé par un morceau d’étoffe. Personne, hormis le jeune Belge, ne se doutait de la raison de cette réunion provoquée par Eugénie. La jeune fille dévoila un flacon de verre bleuté en forme de losange avec une base stabilisatrice pour le poser à plat. En lettres dorées, il était inscrit « Devin ». Elle fit pivoter le guéridon afin que tout le monde puisse détailler sa création.

— C’est un parfum ? osa Katarina. C’est votre œuvre ?

— Oui, rougit mademoiselle Greengrass. Je l’ai appelé « Devin » en hommage à nos deux spécialistes de la divination. Pour l’instant, je ne sais pas s’il convient mieux aux filles ou aux garçons.

— Nous allons le tester et vous donner notre avis, suggéra Hercule.

— Je veux bien mais pas seulement. Je vous propose un jeu : deviner les ingrédients que j’ai utilisés. Celui ou celle qui en trouve un, marque un point. Il y en a un supplémentaire si la variété de l’ingrédient est précisée. Le gagnant remporte le flacon de 30 millilitres.

Elle distribua des petits morceaux de papier moldu qu’elle avait commandé par feuilles épaisses chez Magillard.

— Je vais pulvériser du parfum sur ces supports neutres et ensuite, sur votre poignet, si vous voulez le ressentir sur votre peau. Je vous explique comment cela va se passer. Vous allez passer par trois étapes. Cela s’appelle des notes. La première, c’est celle de tête. C’est ce qu’on sent tout de suite. Après, il y a celle de cœur. C’est l’essentiel du produit. À la fin, c’est la note de fond, ce qui restera sur le support quand l’alcool et l’eau se seront évaporés. Prêts ?

— Oui ! répondirent-ils en chœur.

— Je pulvérise et dès que je vous dis « allez ! », vous faites vos propositions.

Elle mit ses paroles à exécution et accomplit la distribution. Puis, elle donna l’ordre.

— Citron vert ! lancèrent les élèves d’une seule voix.

— Un point pour tout le monde.

— Il y a de la menthe.

— Bien joué, Noël !

— Menthe poivrée.

— Exact ! Noël et Jacques mènent avec deux points.

— Je détecte un autre agrume, soupçonna Hercule. Moins puissant.

— Tu es sur la bonne voie.

— De la bergamote ?

— Et un point pour Sigrid !

— C’est, à mon avis, un parfum plus destiné à un garçon, confia Shin. Il est discret, plaisant, rafraîchissant. Avez-vous créé le flacon à coups de sortilèges ?

— Oui et j’en ai bavé !

— C’est une réussite. Sa forme est très élégante et moderne.

Le Japonais emplit ses poumons et discerna un élément.

— Y a-t-il de la lavande ?

— Oui, Shin.

— Lavande officinale ?

— Non, Sigrid.

Jacques murmura à l’héritière des Flamel :

— Tu ne peux pas lancer le sort Specialis Revelio ?

— Pour connaître tous les ingrédients ? Attends…

Elle agita sa baguette en silence. Elle n’obtint aucun résultat visible ou sonore.

— J’ai trouvé un enchantement à appliquer sur mon parfum. Il s’agit de Totalum Specialis Revelio Protego. Une protection commerciale et sorcière de mon travail. C’est en attendant de déposer le brevet au ministère.

— Astucieux, avoua Hercule. Lavande aspic.

— Et un point pour notre enquêteur.

— Est-ce que c’est normal qu’on sente encore un peu de citron ? demanda Umbelina.

— Oui.

— Oh ! Je sais, je sais ! claironna Jacques. Du thym citron.

— Bravo ! Tu mènes la compétition avec trois points. Quel nez !

— À ce jeu-là, Jacques est redoutable, souligna Hercule. Sauf si vous avez mis de la nitroglycérine moldue pour faire exploser les cœurs à conquérir.

— Ah ah ah ! Excellent, l’ami ! Alors… attends de voir ma réplique ! Du… jasmin. Il y en a ! J’adore le jasmin. C’est un parfum envoûtant.

— Jacques s’envole ! Quatre points ! Réveillez-vous ! Il ne reste plus que les notes de fond. Secouez votre morceau de papier pour le sécher et évacuer l’alcool.

Sigrid effleura le papier et une odeur désagréable se répandit autour d’elle. Hercule, à ses côtés, la perçut et devina le dernier ingrédient. Mais il choisit de se taire. Séraphin, affligé d’une pâleur croissante, montra le plus de promptitude :

— Clou de girofle… C’est… caractéristique, même s’il est couvert… par une autre senteur… plus sucrée. Une écorce…

Bérénice se pencha vers Jacques et lui chuchota à l’oreille.

— Écorce d’érable, proposa le grand gaillard.

— Splendide ! Et de cinq pour Jacques. Il vous reste un seul ingrédient de parfum, plus un dernier, d’une autre nature, mystérieux, qui vaut cinq points. Tout n’est pas perdu.

— Pas facile, dit Noël. Je sens bien un effluve doux, un peu sucré-salé, comme l’odeur de la peau.

— Du musc ?

— Bravo, Hercule !

— Merci à Noël.

— Vous avez découvert tous les ingrédients sauf le mystérieux que les parfumeurs moldus ne peuvent pas inclure dans leurs créations.

— Car il ne s’agit en aucun cas d’un produit obtenu par vapodistillation, n’est-ce pas ?

— Tu as raison, Hercule. Laurine, je te vois avec ton verre mou. Et Shin, range tes pétales !

Mademoiselle de Clermont-Tonnerre et le Nippon éclatèrent de rire, ayant eu simultanément la même idée pour emporter les cinq derniers points. Eugénie les observa, en train de se triturer les méninges, proposant des composants fantaisistes. Tous sauf Hercule qui savait mais se taisait. Le détail, l’indice, ne pouvait pas avoir échappé à son œil de lynx.

— Tu as trouvé, n’est-ce pas ?

— En effet.

— Pourquoi ne le dis-tu pas ?

— Parce que j’attends que vous le deviniez, Jacques.

— Moi ? Parce que… ça a un rapport avec la serre…

— Ou la ménagerie, objecta Bérénice.

— C’est vrai. Ça vient pas de la serre. C’est animal. Mais je ne sens rien d’animal. Parce que…

Il reprit son morceau de papier, le fit pivoter légèrement et discerna une myriade de couleurs, comme si un prisme éclatait un rayon solaire sur sa surface. Sauf qu’il s’agissait de microscopiques paillettes multicolores.

— Du poil de Laiséon !

— Magistral, Jacques, déclama le Belge en applaudissant.

— Tu as gagné, décida Eugénie.

Elle lui remit son prix et il en fut très fier. Puis, sans crier gare, il se tourna vers Bérénice et lui en fit cadeau.

— Mais c’est… trop… Tu es si… gentil avec moi.

— Faux. Jacques est gentil avec tout le monde, coupa Hercule.

— C’est vrai. Mais je… n’ai rien à t’offrir en retour.

— Mais si ! Ton sourire. Moi, ça me suffit.

Elle le gratifia d’une bise sous un tonnerre d’applaudissements. Ce fut comme si la foudre s’abattait sur l’esprit du Belge, participant et observateur. Il se leva d’un bond et clama :

— Je sais ce que veulent les Quokkampes !

Séraphin, livide, glissa de son fauteuil et perdit connaissance.

Le mercredi suivant, Hercule effectua ce qu’il pensait être l’ultime plongée. Il mit le cap sur l’antre des créatures aquatiques, la cavité située après un coude de plusieurs mètres. Il découvrit le couple de Quokkampes qui l’accueillit avec ces mots :

— Bienvenue, porteur de Benben. Tu te présentes à nous sans avoir procédé à une exploration d’une nouvelle zone du lac.

Hercule leur servit le plus sincère et amical des sourires, ouvrant ses bras en signe de bienveillance.

— Tu as compris.

Le mâle disparut une fraction de seconde avant de revenir en maintenant un objet entre ses nageoires ventrales.

— Tu en es digne. Cependant, il te faudra l’ouvrir sans moyen mécanique ou magique. Juste avec ton intelligence. Si d’aventure, tu essayais de le forcer, un sortilège anéantirait le contenu. C’est ce qu’il a dit, en nous le remettant.

— « Il ? » Ambelion Ballessaim ?

— C’était son nom.

Le jeune garçon les remercia et promit de tout faire pour mériter la confiance. Après avoir observé les différents paliers, il remonta jusqu’à la surface, sans cesser de s’ébahir sur l’exceptionnelle longévité des gardiens du lac. Ils avaient connu les fondateurs. Ils étaient peut-être là depuis plus longtemps. Quel était leur secret ?

Lorsqu’il émergea, il brandit victorieusement le trophée. Les élèves présents exultèrent. Noël et Shin l’aidèrent à se hisser sur la berge tandis que Umbelina s’emparait de l’objet enveloppé. Elle retira le tissu et découvrit ce à quoi elle avait affaire. Après quelques secondes d’observation, elle déchanta :

— Regardez ce cylindre. Il y a… neuf bagues tournantes, crantées, comportant chacune les 26 lettres de l’alphabet. Il faut former un mot. C’est ça, Hercule ?

Le garçon, casque à terre, s’intéressa à l’objet de près. Il eut du mal à croire ce qu’il voyait.

— Fantastique ! Cet objet est un système de cryptage par mot de passe. Sans le sésame adéquat, impossible d’ouvrir. Il contient des informations et un mécanisme de destruction. Ce que je ne comprends pas, c’est comment l’un des fondateurs pouvait être en possession de cette réalisation.

— Pourquoi ?

— Shin, il s’agit d’une invention du Moldu Léonard de Vinci.

— L’inventeur et peintre.

— Oui. Il est né en 1452. Il a imaginé 1 cet appareil vers la fin du 15ᵉ siècle. Cet objet était au fond du lac bien avant sa naissance.

— N’empêche que nous ne sommes pas au bout de nos peines. 5500 milliards. C’est le nombre de combinaisons de lettres !

— Quoi ? paniqua Sigrid. Tu es sûre de ton calcul ?

— Absolument.

— Comme dirait Andrea, merde ! parodia Eugénie.

Hercule, finissant de retirer les éléments de sa tenue, injecta une dose d’optimisme dans le marasme annoncé.

— Soyez rassurés : il faudra trouver un terme de neuf lettres, un véritable mot.

— Combien existe-t-il de mots de neuf lettres ?

— Shin, vous connaissez la réponse. Madame Bonnelangue vous l’a fournie durant les séances de Cecrabebleu.

— 29 000, environ, coupa la blonde aux yeux bridés, avant que le Nippon ait répondu.

— Oh…

— Il va nous falloir percer la dernière partie de l’énigme que nous obtînmes lors des épreuves de la cave aux voix. Souvenez-vous : « Pour l’ouvrir, tu devras en faire preuve. »

— Faire preuve d’intelligence ? suggéra Noël. Trop long. Mais nous cherchons une qualité, c’est ça, Hercule ?

— Oui. Je dirais même un nom commun, une qualité appréciée par Ambelion Ballessaim et rejetée, à fortiori, par Philémon Beauxbâtons. En nous y mettant tous, nous devrions en avoir raison en une ou deux heures. Umbelina, la tenue d’exploration est désormais à votre disposition.

— Il y a du record dans l’air, affirma Eugénie.

La princesse opina et questionna :

— Hercule, tu crois que tu pourrais fixer le Magiclic sur le balai ou sur le casque ?

— Il est trop encombrant. Cependant, je crois savoir que Magiclic a doté deux photographes du Cri de la Gargouille d’un modèle dont les dimensions n’excèdent pas 20 centimètres sur 10. Envoyez un courrier chez monsieur Gentil et mettez Magiclic et Animaclic en concurrence, pour déterminer quel appareil photo prendra le premier cliché depuis la frontière de l’espace. Vendez les clichés.

— En concurrence… Du mécénat…

— Comme les équipes de football chères à Andrea. Néanmoins, équipée d’un Dornier et d’une tenue Gerbera, les occasions d’engranger des Gallions seront rares. Difficile de demander à Badin, le fabricant moldu de compteurs de vitesse, de participer au financement d’un vol sur balai.

— Et si tu demandais à notre enseignante de Divination d’apposer une réclame pour ses cafés ? suggéra Laurine. Le café Obscur, l’assurance d’un esprit affûté du réveil à l’exploit.

— Wouah ! Laurine ! Ça, c’est une vraie phrase-choc !

— Félicitations ! Et excellente idée, souligna Hercule.

— Mais il ne faut pas que j’échoue !

— Vous n’échouerez pas, affirma Shin. Les étoiles de la destinée n’attendent que vous, pour briller.

Le Japonais refusa d’en révéler davantage. La tenue fut démontée et rangée pour la première fois dans une nouvelle valise à extension conçue par le Belge. La troupe rejoignit le pavillon de quartz où elle retrouva les autres membres de l’Ordre. Séraphin avait les traits tirés mais souriait. Il avait répondu à près de 500 questions du docteur Dadé.

— Séraphin, nous touchons au but ! lança Hercule en brandissant le casse-tête.

La mine réjouie, le jeune enfant répondit :

— Le docteur a trouvé. Pourquoi la malédiction a cessé.

L’auditoire était attentif aux explications du sorcier apprenti cuisinier. Ce que les élèves et les soignants en poste à l’infirmerie avaient pris pour un évanouissement dû au surmenage, trois jours auparavant, n’en était pas un. Alphonse avait cessé son questionnement après avoir abordé les préférences alimentaires du garçon et évoqué les produits qu’il abhorrait. Séraphin détestait la menthe sous toutes ses formes. Pire : il y était allergique et développait de larges plaques rouges si sa peau touchait le végétal, dermatose accompagnée de démangeaisons et d’œdèmes si le contact durait. Dimanche, il s’était trouvé en présence d’une infime quantité, mais il l’avait respirée.

— Vous êtes allergique à la menthe et c’est pour cela que la malédiction a pris fin ? Je ne comprends pas. Votre père la briserait s’il n’en consommait plus ?

— Non. Il ne peut pas s’en passer. Je n’ai jamais eu de problème pour boire l’eau ferrugineuse de notre puits mais mon père et mon grand-père sont tous les deux incapables d’ingérer de l’eau si des feuilles de menthe n’ont pas infusé. Peu importe la source du liquide. S’il n’y a pas cette plante, ils endurent de terribles souffrances.

— Mais comme vous y êtes réfractaire, votre corps a intégré l’absence mentholée. C’est prodigieux ! Comment faisiez-vous pour… des gants, peut-être ?

— J’en porte toujours. Y compris dans les cuisines de l’Académie. Des gants en caoutchouc. Cette histoire, ça fait penser au jus de citrouille, après la fête d’Halloween. Les conséquences d’une malédiction jetée sur toute l’école.

— Et même au-delà. Je me demande si d’autres malédictions engendrent des accoutumances irrépressibles…

— Tu ne trouveras ces informations que dans des grimoires de magie noire, affirma Sigrid. C’est logique.

— C’est juste. Quoi que… La question, bien tournée, pourrait trouver une réponse auprès du Sondeur.

— Au cas où il ait déjà assisté à d’autres phénomènes d’hystérie collective ?

— Voilà.

— En tous les cas, ce n’est pas à LA bibliothèque que tu trouveras une réponse. Les grimoires de magie noire comportent des protections agressives capables de repousser les sorciers. Une sorte de censure. Qui n’est pas transposée à une copie Gemino.

— Je ne comprends plus un mot de votre dialogue, les amis, se plaignit Jacques. Ça sent le Repulsa à plein nez.

— Repulsa ! confirmèrent les deux complices.

— D’accord ! Et si on s’occupait d’ouvrir votre… cylindre. Je propose sincérité. Ça fait neuf lettres.

Hercule forma le mot en face de l’encoche après avoir félicité le Cracmol pour sa suggestion. Le cylindre demeura clos. Sigrid demanda à tester « paternité » sans réelle conviction. Les devins eurent le réflexe de faire appel à leurs talents divinatoires mais la réponse leur fut une fois de plus interdite.

— Curiosité, tenta Andrea.

— Je l’entre.

Ce fut un échec mais les enfants furent persuadés que c’était la bonne direction pour déterminer la solution. Bérénice lança un audacieux « éloquence » puisqu’il en fallait pour mettre la main sur le mot de passe. Au bout d’un quart d’heure, après la limpidité, l’innocuité, le caractère, l’assiduité, la franchise, la vaillance, l’Italien estima qu’il fallait de l’endurance pour jouer à ce jeu. Umbelina demanda soudain :

— Séraphin, quelle est la principale qualité de ton père ?

— Papa, il est patient. Je sais que Maman lui manque beaucoup et que m’élever tout seul, sans aide, sans argent, n’a pas été facile. Je faisais pas mal de bêtises, quand j’étais petit. Il lui a fallu une sacrée dose de patience pour s’occuper de moi.

— C’est un homme tolérant ?

— Oh oui !

— Mais c’est ça ! s’exclama Eugénie. La tolérance. Ton aïeul était tolérant mais le mien, absolument pas.

Un déclic se fit entendre. Hercule venait de placer les lettres « tolérance ». Le cylindre s’ouvrit en deux. Il retira une chevalière qui s’échappa de ses mains, car elle lui brûla les doigts. Séraphin interdit à quiconque d’y toucher et la ramassa. Il l’enroula autour de son majeur droit. Hercule retira un rouleau de parchemin inséré dans la seconde partie du cylindre. Il le déroula et lut à haute voix, à l’attention de tout le Gerbera.

— À toi, lecteur de cette missive, ceci n’est pas le testament conclu entre moi et Philémon Beauxbâtons. À l’origine de l’Académie, mon ami et moi décidions quels élèves seraient dignes de recevoir le meilleur enseignement sorcier que l’on puisse imaginer. Très vite, des divergences apparurent. Si tu lis cet écrit, tu connais mon histoire, transmise de génération en génération à un descendant de ton époque. Il sera le seul à pouvoir porter la chevalière dissimulée dans le cylindre, bijou qui lui donnera accès au testament. L’histoire de ma malédiction n’est pas complète. Comme tu le sais, l’arrivée du Sondeur est postérieure à la construction du château. Peu avant 1380, Beauxbâtons reçut la visite d’un jeune sorcier passé par l’Académie et devenu un maître dans l’art d’ensorceler des objets en bois, des plus petits aux grandes constructions. Il se nommait Armand Delacour. Il épousa Iphigénie Ballessaim, ma petite-fille Cracmol, dans le plus grand secret. Avec Armand, nous suggérâmes, petit à petit, d’introduire le Sondeur au château. Lorsque Philémon fut convaincu que l’entité filtrerait les élèves, rejetterait les Sang-Impurs, Armand put passer à l’action. Il construisit les isoloirs, introduisit le Sondeur mais accomplit aussi quelques travaux non déclarés dans le château. Il introduisit des portes de sortie vers d’autres lieux magiques et laissa, à l’attention de ses aïeux, des instructions pour renforcer la sécurité des épreuves. Comme je craignais ensuite qu’elles ne soient pas assez compliquées, je lui demandai de prendre ce parchemin et de réciter une formule longue et ardue, que je ne pouvais énoncer à sa place. L’enchantement envoya cette missive dans le cylindre gardé par les créatures aquatiques du lac souterrain. Le testament disparut et fut envoyé dans le seul endroit qui convienne à ce document. Seul un Ballessaim pourra le réclamer. Tout autre sorcier sera anéanti. Pour la petite histoire, Philémon a cantonné le Sondeur dans un rôle de répartiteur et s’est chargé de lui présenter une liste de Sang-Purs lorsqu’il a appris que l’épouse de Delacour était ma petite-fille. Il s’est méfié et il a eu raison parce que le Sondeur est capable de juger, à lui seul, de la pureté des cœurs, de la sincérité des convictions et de la droiture des élèves. La tolérance demeure sa vertu première. J’espère qu’un jour, l’être minéral, l’âme du château, sera le seul à décider, sans être influencé en aucune manière. Bon courage à toi, lecteur du futur.

— Quoi ? C’est tout ? geignit Eugénie. Pas le moindre renseignement ?

Le Belge ricana.

— L’indice qu’il a donné, me suffit. Je sais où se trouve le testament.

L’opération de récupération du testament se déroula la veille du match Urtica-Lonicera. Hercule, accompagné d’Eugénie, mena Séraphin, craintif, dans la salle du Sondeur. Il mit en place les modèles réduits de voiture avec leur bouton réglé sur le degré 280, l’espace dévolu aux solutions administratives des sorciers, un lieu où Hercule avait failli perdre la raison, puis la vie.

— Tu ne peux vraiment pas venir avec moi, Hercule ?

— Je suis persona non grata.

— Et toi, Eugénie ?

— Mes capacités en matière de patience n’égalent pas celles d’Hercule. Si je ressens de l’agressivité, je vais sortir ma baguette et batailler. Or, mes meilleurs coups sont les plus incendiaires de la panoplie sorcière. Inutile de te faire un dessin sur ce qui arriverait dans ce degré bourré de parchemins et de papiers.

— Ah…

— Tout va bien se passer, Séraphin. Vous vous présentez à l’accueil, vous montrez aussitôt votre chevalière, vous déclinez votre identité et vous exigez, sans vous déplacer, d’obtenir votre document. Au besoin, rappelez-leur que, sans votre aïeul, ils n’auraient aucune existence, aucune visite.

— Je fais comme tu as dit.

Le garçon, rouleau de parchemin, casse-tête et baguette en main, s’introduisit dans l’isoloir central. Hercule agita sa compagne de bois en silence. Le mécanisme libéré, les autos poussèrent les bancs jusqu’au degré 280. Moins d’une minute plus tard, le carrousel se remit en branle et l’héritier Ballessaim apparut, indemne. Il tenait une fiole contenant une particule lumineuse, de couleur blanche, bleutée. Lorsque ses amis manifestèrent leur surprise, le garçonnet répondit :

— Il y avait une vieille femme acariâtre, à l’accueil. Dès qu’elle a vu la chevalière à mon doigt, elle a plongé la main sous le comptoir, m’a remis la fiole et m’a félicité avec le sourire. J’ai eu l’impression de la soulager d’un poids.

— Tant mieux ! Allons remettre le testament à madame Bonnelangue.

— Tout de suite ? On ne rentre pas prévenir les autres ?

— La mission ne sera achevée qu’en nous défaisant de cet objet, au nom de la sécurité de l’école. Pas le temps de tergiverser.

Hercule remballa le matériel, le glissa dans un sac à extension tandis que Eugénie s’assurait que la voie était libre. Elle passa une tête et faillit écoper d’un sort malfaisant venu de la loge du concierge, bien qu’elle n’ait vu aucun individu armé de sa baguette.

— Zut ! s’exclama-t-elle. Hercule ! Nous sommes attendus !

— Qui ?

— L’assaillant est invisible. Attends…

Elle se montra une seconde pour lancer un Hominum Revelio. Une forme verdâtre se dessina devant elle. Elle battit en retraite pour éviter un nouveau maléfice.

— Une seule personne. Une fille. Rostang de Hautefeuille, je parie !

— N’en soyez pas aussi sûre, contra Hercule. Venez… Nous allons lui jouer un tour à ma façon.

Il posa ses mains sur les avant-bras de ses camarades et transplana directement dans le bureau d’Agathe. Elle faillit faire une attaque.

La directrice écouta le récit complet des membres sorciers du Gerbera, rassemblés dans la salle de réunion. Jacques et Bérénice étant présents, Hercule tourna l’histoire de manière à insister surtout sur la cave aux voix et l’exploration du lac souterrain, indiquant qu’ils avaient résolu la dernière énigme à la vitesse de l’éclair, grâce à de précieux enseignements tirés du Sondeur et, après réflexion, avoir été aiguillé par l’attitude du patient de Katarina qui n’avait rien pu lui offrir d’autre qu’une accolade, pour le remercier.

— Voilà, résumée, notre quête entreprise depuis le début de l’année. Une tâche où tout le Gerbera, nos amis Cracmols compris, a œuvré pour que l’Académie ne tombe pas dans les mains du ministère et reste indépendante.

— Vous avez fait preuve de courage, d’abnégation, de cohésion, d’ingéniosité et… de loyauté. Je vous félicite. Je vais demander à Sébastien d’analyser les baguettes de quelques élèves.

— Ce ne sera pas nécessaire, Madame. L’ultime attaque n’est pas venue des suprémacistes.

— De qui, alors ?

— Du fauteur de troubles. Un élève qui se révèle être à la solde du ministère, selon moi.

— Comment ?! C’est insensé !

— Je ne dispose pas de toutes les preuves, mais je suis patient.

— Séraphin, pourquoi n’as-tu pas ouvert la fiole ?

— Parce que l’héritier vivant, c’est mon père, Madame. Je ne le serai qu’à sa mort.

— C’est juste. Je vais lui envoyer un hibou. Il est temps d’accomplir la volonté de ton ancêtre.

— Madame…

— Oui, Umbelina ?

— Un autre courrier, adressé au Cri de la Gargouille, nous assurerait d’une bonne publicité.

— C’est vrai. C’est une bonne assurance. Prévenons la presse et mettons ces fichus suprémacistes devant le fait accompli.

Séraphin glissa la fiole dans le coffre de la directrice. Cette dernière referma la porte et verrouilla. Elle appliqua plusieurs sorts silencieux sur la production gobeline. Ensuite, après avoir remercié les élèves, elle les congédia en leur demandant de se consacrer désormais à leurs travaux scolaires, la période des examens approchant à grande vitesse. Les étudiants préférèrent confectionner une immense banderole supportant Lonicera pour l’avant-dernier match de la saison opposant les bleus aux jaunes d’Urtica.

Suite à la fête spontanée organisée dans le pavillon de quartz, Umbelina annula l’entraînement dans le bois, se contentant d’une heure de Quidditch allégée entre 10h30 et 11h30. En dépit de leurs esprits embrumés, les élèves se tenaient fin prêts à 9h00 pour assister à l’arrivée de Philippe Ballessaim, à la grille nord du domaine. Pour l’occasion, l’homme avait revêtu la tenue sorcière la plus impeccable de sa modeste garde-robe. Le concierge lui ouvrit les portes du domaine, l’autorisa à embrasser et étreindre son fils unique. L’invité fit ensuite connaissance avec les membres du Gerbera ayant œuvré dans l’ombre pour le rétablissement de ses droits. Ce ne fut pas sans émotion qu’il traversa les jardins pour la première fois de sa vie, accompagné par l’ordre blanc, Sébastien, Ursula, Elvira, Max, Wilfried et Dune. Il prit conscience du danger encouru en revêtant le costume d’héritier, au nez et à la barbe des criminels qui s’imaginaient faire main basse sur l’Académie. Les enfants furent autorisés à entrer dans la salle de réunion où plusieurs journalistes, accompagnés de photographes, étaient conviés pour assister à l’événement. Alfred tendit une main chaleureuse à Philippe et les deux hommes surent aussitôt que leur entente serait totale.

Avant de libérer la fiole et d’activer le serment inviolable, Philippe précisa qu’il continuerait à habiter sa demeure et qu’Alfred conserverait l’usufruit de l’appartement jusqu’à son décès. Le médicomage proposa que monsieur Ballessaim réside au château dans l’aile locative où il serait en sécurité. Ses nombreuses connaissances en botanique, en agriculture, en confection, trouveraient mille et un débouchés dans l’Académie. L’homme dut admettre que la proposition d’Alfred et d’Agathe avait du sens. Il souhaita conserver et entretenir la masure qui avait abrité ses ancêtres depuis la malédiction. Tout le monde comprit que cela allait au-delà d’une valeur sentimentale. Sébastien s’engagea à jouer les gardes du corps quand le Cracmol souhaiterait s’évader du domaine dans lequel il était désormais chez lui.

Puis, ce fut l’heure de l’ouverture de la fiole par Philippe. Devant les flashs des photographes – Hercule supposa que le vieillard sans âge, envoyé spécial du Dragon Déchaîné, n’était autre que sa mère –, la lueur blanche et bleue s’échappa, s’intensifia et s’étala jusqu’à la production d’une peau jaunie, recouverte d’encre noire. Les lettres s’agencèrent et Agathe put lire les termes vieux de plus de 500 ans. Alfred et Philippe scellèrent le destin de l’Académie en se serrant la main sous les applaudissements de l’assemblée. Hercule poussa un long soupir que Eugénie perçut.

— Soulagé ?

— Très. Espérons que cela suffira à tuer dans l’œuf, les convoitises des tenants du Sang-Pur.

— Quel pied de nez ! Un Cracmol, héritier de l’Académie ! Certains vont mal dormir. Alors ? La suite ? Quelle nouvelle énigme ?

— Comme vous y allez ! Un peu de répit, non ?

— Tu te ramollis, Hercule !

— Voyons… Je ne suis qu’un enfant ordinaire qui profite de l’instant présent.

Elle ricana, persuadée qu’il chercherait un nouveau mystère à élucider avant la fin de la journée.

Agathe invita ses hôtes au restaurant pour y prendre des rafraîchissements. Les enfants s’abstinrent pour cause de Quidditch. Philippe fut invité à livrer ses premières impressions aux journalistes mais l’homme, timide, non rompu à ce genre d’exercice, fut soutenu par la directrice et Alfred, plus volubiles. Le nouvel héritier se sentit à la fois un brin gauche et heureux de l’accueil réservé. Puis, agissant en père, il posa des questions aux professeurs sur les progrès de Séraphin. À plusieurs reprises, il eut la larme à l’œil, touché par les compliments adressés à sa progéniture.

Le match Lonicera-Urtica se tient juste après le repas. Dès l’entame de la rencontre, sous un ciel sombre, lourd, chargé d’humidité, la domination des bleus à la poursuite fut écrasante. Contre toute attente et toute logique, Rosier avait réintégré Clervois dans l’équipe à l’ortie. Le Belge n’occupait pas le poste habituel de batteur, dans lequel il se révélait redoutable, mais il était affecté à la poursuite, un rôle pour lequel il n’avait aucune expérience. Résultat, après trente minutes de jeu, Lonicera menait 90 à 0. Si le score n’était pas plus creusé, c’était grâce à René Tremblay. Le suprémaciste s’épanouissait dans le rôle de gardien des cercles.

En dépit de la moiteur, l’orage ne se décida pas à éclater. Le Vif fit son apparition au bout d’une demi-heure d’attente. Dès lors, entre Gabriella d’Annunzia-Laflèche pour les jaunes et Rosa Fuchs pour les bleus, ce fut une lutte sans merci. À 40 minutes, le match faillit s’achever par la capture de la balle ailée par la Luxembourgeoise. Hélas pour la capitaine, un swing de d’Arcy sur un Cognard lui fit perdre l’avantage. La lutte dans les airs s’intensifia. Mais, lorsque le score fut de 110-0, un accident imprévisible eut lieu. Seul Hercule ne fut pas surpris ; il redoutait un coup bas. De Valmy envoya sciemment un Cognard dans le crâne de son équipier Roland Clervois. La cible fit une chute de 20 mètres. Elle s’écrasa dans un fracas d’os brisés et demeura immobile jusqu’à ce que le docteur Dadé soit à ses côtés. Le médicomage lança un sort pour faire apparaître un brancard. Aidé par Rose, il prit mille et une précautions pour déposer le Belge, évacué dans un silence de plomb, ponctué par quelques sourires du côté des supporters de Rosier.

Privé du poursuiveur, Urtica fut dans l’incapacité d’intercepter le Souafle. Tremblay eut droit à un assaut en règle, quelque peu modéré par ses équipiers jouant les remparts tandis que plus haut dans les airs, Gabriella tentait de renverser l’issue de la partie face à son aînée vindicative. Après 50 minutes de jeu, Lonicera était sur le point de l’emporter grâce à un écrasant 140 à 0. Le Gerbera s’était rallié aux supporters des bleus. Il les exhortait à livrer un ultime coup de boutoir pour arracher une victoire méritée. C’était sans compter sur le résultat des nombreuses heures d’entraînement de Gabriella avec son père adoptif. Wilfried clama :

— Gabriella capture le Vif d’or ! Urtica gagne la partie 150 à 140.

Une bordée de sifflements accueillit la nouvelle. Urtica avait été en dessous de Lonicera qui ne méritait pas cette défaite. Mais telles étaient les règles cruelles du Quidditch.

Hercule quitta le stade à la vitesse de l’éclair et fonça à l’infirmerie. Il trouva Alfred sur sa route.

— Comment va Roland ?

— C’est fini, pour lui.

— Comment ? Il est… mort ?

— Presque.

— Tant qu’il n’est pas décédé, je peux agir.

— Et tu vas subir le traumatisme qu’il vient d’encaisser. Sans compter que Rose et Alphonse poseront des tas de questions.

— Je m’en fiche ! Débrouillez-vous ! Inventez une histoire !

— Tu en as de bonnes ! Oooooh ! Aaaaah ! se mit à hurler le père d’Eugénie. Ma jambe ! Ma jambe !

Le garçon se glissa derrière la porte du bureau du médicomage tandis qu’Alfred, boitant, hurlant comme une bête blessée, se plaignait d’une violente et cuisante douleur à la cuisse droite.

L’élève transplana sous le lit de Roland, tira les draps pour être invisible et éjecta Benben. Il lança les sortilèges de réparation du cerveau et sombra dans l’inconscience.



1 En réalité, il aurait juste dessiné les plans, sans réalisation, trop en avance sur son temps. Le cryptex, nom de l’objet, contraction de cryptologie et de codex, viendrait du romancier Dan Brown soulignant que Léonard de Vinci n’a pas ou peu attribué de nom à ses inventions.

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